CHAPITRE X
comte de Wilsheck, ambassadeur d'Autriche à Milan, me fît obtenir. J'allai l'en remercier dès que je fus installée, et je fus reçue par lui avec autant de bonté que de distinction. Il m'engagea beaucoup à me rendre à Vienne, m'assurant que ma présence y causerait une grande satisfaction. Comme les nouvelles que nous recevions de France m'obligeaient d'ajourner indéfiniment mon retour à Paris, je ne tardai pas à me décider, ainsi qu'on le verra, à suivre ce conseil.
Je fus reçue à Milan de la manière la plus flatteuse; le soir môme de mon arrivée les jeune gens des premières familles de la ville vinrent me donner une sérénade sous mes fenêtres. Je me contentais d'écouter cette musique avec grand plaisir, ne soupçonnant pas le moins du monde que je fusse l'objet de cette galanterie italienne, quand mon hôtesse monta pour me le dire, et m'assurer de l'extrôme désir que l'on avait de me garder dans la ville au moins pendant quelque temps. Afin de témoigner ma reconnaissance d'un pareil accueil, je crus devoir m'établir pour plusieurs jours à Milan, où d'ailleurs je désirais voir les tableaux des grands maîtres, et beaucoup d'autres choses curieuses.
Je visitai d'abord le réfectoire de l'église des Grazie, où se trouve la fameuse Cène, peinte sur mur par Léonard de Vinci. C'est un des chefs-d'œuvre de l'école italienne; mais, en admirant ce Christ, si noblement représenté, tous ces personnages, peints avec tant de vérité et de caractère, je gémissais de voir un aussi superbe tableau altéré à ce point; il a d'abord été couvert de plâtre, puis repeint dans plu-
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sieurs parties. Toutefois on pouvait juger de ce qu'avait été cette belle composition avant ces désastres, puisque, vue d'un peu loin, elle produisait encore un effet admirable. Depuis, j'ai su que ce chef-d'œuvre avait été bien autrement dégradé. On m'a dit que, pendant les dernières guerres de Bonaparte en Italie, les soldats s'amusaient à tirer des coups de fusils à balles dans la Cène de Léonard de Vinci! Maudits soient ces barbares !
Je m'empressai, comme on peut le croire, d'aller voir les cartons de l'école d'Athènes, tracés par Raphaël, et je les contemplai longtemps avec délices. Puis je trouvai aussi à la bibliothèque Ambroisine une collection de dessins très-précieux ; car plusieurs sont de Raphaël, de Léonard de Vinci et d'autres grands maîtres. Ces dessins ne sont points terminés, mais tout y est indiqué avec autant d'esprit que de sentiment ! plus finis, ils auraient perdu de leur piquante originalité. On voit dans cette bibliothèque Ambroisine une grande quantité de médailles antiques, les plus intéressants manuscrits et des trésors en pierres rares et en marbres précieux.
Je fis différentes excursions aux environs de Milan, une entre autres à la montagne de la Madone del Monte, où l'on voit à gauche, sur la hauteur, un temple; puis * de distance en distance de petites chapelles dans lesquelles se trouvent tous les sujets de la passion. Les figures, grandes comme nature, ne sont pas sculptées d'un travail très-lin ; mais elles ont une grande vérité d'expression; une Vierge surtout, plus grande que nature, qui est représentée seule et montant