Souvenirs personnels
Vous souvenez-vous, mon excellent ami, du concert que K. Wagnek organisa au Théâtre Italien de Paris • l>.~> janvier 1860), concert où il fit entendre pour la première fois sous sa direction — (j'ai là le programme sous les yeux).
L'Ouverture du Vaisseau-Fantôme.
L'Ouverture et la Marehe avec Chœurs de Tannhaùser.
Le Prélude et la Fête nuptiale de Lohengrin.
Le Prélude de Tristan et Iseult.
Ce fut pour le monde musical d'alors, un événement de nature à amorcer fiévreusement la curiosité parisienne, en raison des polémiques violentes <jue provoqua dans la publicité, V apparition des écrits révolutionnaires de Wagnek concernant ses idées si hardiment réformatrices du drame lyrique.
On accourut en foule pour voir l'homme, pour entendre ses œuvres.
Vous vous rappelez V effervescence de ce public troublé; cette physionomie si curieuse de la salle, où nombre d'énergumènes de parti pris, ne se gênèrent nullement pour manifester carrément leurs sentiments d'hostilité ; où d'autres, — aussi poseurs qu'ignares, — crurent de bon ton de se distinguer par la raillerie et le persiflage ; tandis que quelques auditeurs, impressionnés de bonne foi, n'osèrent cependant formuler leur opinion, qu'en se précautionnant de multiples restrictions, afin d'atténuer le sens trop laudatif de leur approbation .
Un groupe très agité s'était formé au foyer, pendant l'interruption (jui précédait la seconde partie du programme. On faisait cercle autour J'IIaux ï , A mi:. Thomas, Auber, Clapisson, etc.
On discutait l'ouverture de Tarmliaiiser...
Vous arriviez. .
« Et i7ohs Gevaert, clama Joitvtn, qu'est-ce que vous dites de cette fane d'ouverture, à laquelle ce serait faire trop de politesse, que de la gober comme si c'était l'ouverture d'une... farce ? »
« Ce que fen dis, répondites-vous — c'est que je voudrais ravoir faite, afin de prendre le chemin le plus court pour aller à la postérité. »
ce Ali ! elle est bonne la blague, riposta Jouvin ; puis il ajouta \en style boulevardier) vous savez, mon p'tit, on ne me la fait pas... à moi ! »
Et voilà qu'elle a pris le chemin de la postérité, cette ouverture ! Seulement mon amitié regrette, que ce ne soit pas vous qui l'ayez composée.
Ceci, à propos du récit qui va suivre : — La Visite de Wagner a Rossini — récit que dans ma première pensée, je n'avais pas destiné à la publicité.
Vous le savez : les notes que j'ai conservées de mes longues relations avec Rossini — et où je retrouve tous les détails relatifs à cette entrevue avec Wagner, — je les ai en effet toujours considérées comme un mémorial de confidences intimes, que jusqu'ici je n'ai jamais songé à divulguer en dehors d'un cercle restreint d'amis, parmi lesquels, il est vrai, plusieurs familiers qui vivent encore de l'ancien entourage de l'auteur du Barbier, m'ont incité maintes fois à livrer à l'impression, quelques extraits de ces souvenirs.
Un désir analogue me fut exprimé, lorsque l'année dernière, à l'une des réceptions de la famille Wagner à Bayreuth — le cours de la conversation ayant amené l'attention sur la visite que fit le Maître à Rossini en 1860, — je me trouvai précisément en mesure de fournir la relation la plus circonstanciée du caractère de cette entrevue, à laquelle j'avais été présent.
Tenant compte de ces instances et d'autres encore qui se sont renouvelées depuis, — je m'exécute..., et voilà comment il se fait que j'exhume aujourd'hui un document, — enfoui depuis quarante six ans dans mes cartons, — mais dont la teneur, malgré son caractère rétrospectif, comporte peut-être encore, j'ose le croire, un certain intérêt d'actualité.
Lisez cela, mon cher Gevaert, et reportez-vous en esprit à l'époque de nos bonnes années de jeunesse à Paris, (dors que vous connûtes, comme moi, de près, les deux hommes de génie, immortalisés depuis, dont je vais retracer la physionomie et redire les paroles.
A vous donc, l'hommage de ces souvenirs.
Votre affectionné,