AUX OUVRIERS
O vous tous, mes amis, qui, tout le long du jour, Donnez, par le travail, la preuve de l’amour
Que vous avez pour ceux qui vous doivent la vie ; Il est un moyen sûr, auquel je vous convie, D’ennoblir nostravaux. L’amour de nos enfants Peut sans doute adoucir nos travaux fatiguants, Mais l’animal ici serait notre modèle,
Pour nous, enfants de Dieu, Dieu plus haut nous appelle. Comment tout supporter, sans des motifs puissants Qui nous viennent de Dieu ? Nostravaux sont si grands ! Pourrai-je les décrire avec ma faible plume ? Frapper de lourds marteaux sur une dure enclume ; Dégrossir, façonner, tourner, polir le bois
Et le rendre brillant et solide à la fois ;
Creuser, miner, tirer du sein de la carrière
De gigantesques blocs, que le tailleur de pierre
Va dégrossir, piquer, convertir en moëllons,
Puis, avec du ciment, en bâtir des maisons ; Fouiller d’un dur ciseau le marbre ou bien la pierre Et découvrir à nu de l’art tout le mystère ; Transformer les métaux en cent modes divers
Et les faire admirer aux yeux de l’univers ;
Dans la case choisir d’une main vive et sûre,
Des types fort nombreux, d’une égale mesure ;
En composer des mots, des phrases, des discours, Qui, pour nos descendants, puissent durer toujours ; Traiter chaque sujet sur pages séparées,
Réunir tout ouvrage en colonnes serrées ;
Puis, la forme sous presse, augmenter les travaux, Pour en faire soitir des livres, des journaux.
Et mille autres travaux qui, pour nous être utiles, Demandent des sueurs aux ouvriers habiles.
Eh ! bien, d&®s ces labeurs, ayons pour premier but, D’honorer notre Dieu, c’est là notre salut,
Outre le prix du jour, des travaux le salaire,
11 nous reservera une paye plus chère.
Le second but sera pour nos propres enfants ;
Mais joignons y toujours nos frères indigents,
Ne les oublions pas, et notre amour fidèle
Nous vaudra sûrement la couronne immortelle.