‹ Souvenirs sur Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 32 sur 112 · COMPARÉE A UNE VIOLETTE · texte numérisé non relu

COMPARÉE A UNE VIOLETTE

Modeste en ma couleur, modeste en mon séjour, Franche d'ambition je me cache sous l'herbe, Mais si sur votre front je puis me voir un jour, La plus humble des fleurs sera la plus superbe.

Plusieurs personnes de l'hôtel d'Albret, voyageant, virent pour enseigne une Madeleine ressemblant à l'abbé Teslu et firent pour lui ces vers :

Est ce pour flatter ma peine,

Que, dans un vieux cabaret,

Croyant voir la Madeleine

Je trouve votre portrait?

La marque d'amour me touche

J'en aime la nouveauté.

Le peintre vous fait un peu louche

Sans nuire à votre beauté 2.

1 César d'Estrées, né le 12 février 1628, évèque, duc de Laon et pair de France en 1653. Il mourut à l'abbaye Saint- Germain-des-Prés le 18 décembre 1714.

2. On remarquera que mademoiselle d'Aumale, en donnant tous ces petits vers comme écrits « pour », ne dit point de qui ils sont. La Beaumelle, qui les cite égalementet qui les avait trouves dans le manuscrit de mademoiselle d'Aumale, dont il avait eu communication, est moins scrupuleux. Il attribue à la duchesse de Richelieu elle-même les vers « pour » la duchesse de Richelieu, à la maréchale de Schomberg les vers « pour » la Maréchale , à madame Scarron l'épitaphe de l'abbé Testu, a madame Scarron également les vers sur le portrait de Madeleine ressemblant à l'abbé Testu, et il ajoute : « On peut

Autres vers que je crois sur madame de Maintenon, à la suite de quelques autres, après une maladie; au moins on les lui a appliqués.

Ces beaux yeux qui vous font aimer, Ces yeux qui savent tout charmer, Brillent encore davantage, Et Ton ne sauroit découvrir, Si ce n'est sur mon visage Que vous avez pensé mourir.

Autres encore qu'on lui a appliqués :

La douleur de votre absence Me fait sortir de Paris, Et, pour changer de souffrance Il m'expose à vos mépris.

D'une si longue souffrance N'aurai-je jamais le prix?

Ceux-ci sont de madame de Maintenon :

C'est dans ces lieux que règne l'innocence, Où les amants disent tout ce qu'ils pensent; Mais à la Cour, tout n'est qu'en apparence. Ce sont des fleurs qui sont notre parure, Nous nous lavons avecque de l'eau pure, Notre beauté doit tout à la nature.

Autres :

Six personnes brûlant du désir de se voir, Après s'être cherchées, se trouvèrent un soir Dans un bois solitaire.

juger par ces bagatelles qu'elle eût égalé Deshoulières si la dévotion, cet homicide de tous les talents aimables, ne l'eût fait renoncer à la poésie ». (Mémoires pour servir à l'Histoire de madame de Maintenon, édition de Maastricht, t. I", p. 201.)

Que leur plaisir fut grand! il passa leur espoir, Mais après les transports d'un salut ordinaire Ils ne sçurent que dire et ne sçurent que faire *.

On voit bien que c'est pour tout dire que je mets ces bagatelles.

Madame Scarron, outre ses liaisons avec l'hôtel d'Albret et de Richelieu, étoit fort liée à monsieur2 et madame de Monlchevreuil 3. Elle a raconté qu'à leur occasion, elle avoit poussé la complaisance fort loin, n'aimant rien tant que de faire plaisir à ses amis. Madame de Montchevreuil ayant envie d'un ouvrage de tapisserie, madame Scarron fut occupée à y travailler pendant trois ou quatre mois, et dès quatre heures du matin. Un homme qui logeoit près de chez elle, voyant tous les matins une fenêtre ouverte chez elle et une femme qui travailloit lui dit un jour : « Vous avez une femme de chambre qui aime bien l'ouvrage; tous les jours, à quatre heures du matin, elle travaille avec une vitesse extrême. » Madame Scarron lui laissa croire que c'étoit sa femme de chambre, et n'eut garde de dire

1. Madame de Maintenon, dans ses Conseils aux demoiselles, p. 119, dit formellement que ces vers sont de l'abbé Testu.

2. Henri de Mornay, marquis de Montchevreuil, gouverneur du duc du Maine et du "comte de Vermandois. Il mourut le 2 juin 1706.

3. Marguerite Boucher d'Orsay, mariée le 1er juin 1653 à Henry de Mornay, marquis de Montchevreuil, gouvernante des Filles de la Dauphine en décembre 1679; elle quitta cette fonction le 25 octobre 1687 et mourut le 25 octobre 1699.

que c'étoit elle, crainte qu'on ne l'eût dit à madame de Montchevreuil à qui elle nevouloitpas faire voir qu'elle prenoit tant de peine, ne voulant pas faire valoir les plaisirs qu'elle faisoit.

Elle m'a dit plusieurs fois que sur sa pension de 2 000 francs qui étoit son seul bien, elle trouvoit le moyen, quand elle alloit à Montchevreuil, d'acheter des jouets pour porter aux enfants, qu'elle en remplissoit le carrosse de façon qu'elle ne pouvoit poser ses pieds dans le carrosse. Elle les levoit et les mettoit sur le siège.

Voici une lettre d'elle écrite à peu peu près dans ce temps-là qui fera voir quel étoit son style1.

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