LETTRE
« J'arrive de Chaillot; j'enverrai demain matin savoir de vos nouvelles, car il me semble qu'il y a mille ans que je n'en ai eues. J'espère qu'elles sont bonnes, et je les souhaite telles de tout mon cœur non plus dans ce temps-ci que dans un autre, car, depuis le commencement de l'année jusques à la fin, je vous souhaite tout le bien que vous pouvez vous souhaiter à vous-même, et mon amitié pour vous ne
1. Correspondance générale, t. III, p. 205. Lavallée, qui a publié cette lettre d'après La Beaumelle, la considérait cependant comme entièrement apocryphe. Le texte véritable qui se trouve ici est seulement un peu différent.
d 16 MEMOIRE SUR MADAME DE MAINTENON.
sauroit augmenter non plus que diminuer en aucun temps de ma vie.
» Après cet élancement de mon cœur, permettezmoi de vous importuner à mon ordinaire, en vous priant de faire souvenir le Roi que c'est au commencement de l'année qu'il a la bonté de nous donner quarante mille francs ; je voudrois bien être en état de ne les plus demander, mais puisqu'il ne plaît pas à Dieu de m'y mettre, j'espère qu'il inspirera au Roi de nous continuer cette charité, car il faut appeler les choses par leur nom. — Je prie Dieu de lui en tenir compte de tant d'autres qu'il fait à notre égard; je suis au désespoir de vous être si importune, mais je sais que vous êtes assez bonne pour me pardonner et pour m'obtenir le pardon du Roi que je lui demande très humblement.
» Je prie Dieu, pour l'amour de vous, qu'il vous fasse une grande sainte, et je lui demande, pour l'amour de moi, que ce ne soit pas si tôt. »
Dans un faux rapport que l'on fît au Roi du roi et de la reine d'Angleterre, madame de Maintenon ayant pris leur défense et eux s'étant parfaitement justifiés, cette Reine manda à madame de Maintenon :
« Je me fie à votre amitié dans cette affaire pour nous obtenir justice; vous avez toujours été la meil-
leure de mes amies, mais dans cette occasion vous avez été la seule *. »