ACTE PREMIER
Ma fortune, mon temps, mon sang, tout est à toi. Elle en mourrait!
BEPPO
Comment t'y prendrais-tu?
TROPPA.
Ho! moi, Mon cher, la jalousie est mon moyen. Promène Une autre femme ici pendant une semaine. Et ta marquise un soir te tombe dans les bras.
BEPPO
Oui, mais il me faudrait l'autre, et je ne l'ai pas.
TUOPPA.
Prends Fœdora.
BEPPO
Tu ris ! La marquise jalouse D'une Fœdora! Bah! est-ce qu'on les épouse? Il me faudrait quelqu'un qu'on pût aimer, tu sens.
TROPPA.
Prends dans quelque mansarde une enfant de seize ans. Belle et chaste.
B EPPO.
Tu veux que, chaste, elle consente?
TROPPA.
Fais comme moi.
Il lui montre un: maison dnns le parc.
Ci-gîte une enfant ravissante Que tu ne connais pas et que nul ne connaît.
Ma maîtresse ! Seize ans. Un petit cœur qui naît ! Un ignorant babil où la grâce se mêle!
BEPPO
Personne ne te sait son amant?
TROPPA.
Pas même elle.
BEPPO
Railles-tu
TROPPA.
Quand je dis que je suis son amant, C'est que j'ai résolu de l'être promptement. Mais je ne l'en ai pas encore prévenue.
BEPPO
Tu la loges !
TROPPA.
Voici l'histoire toute nue.
Tu vas voir si Troppa sait combiner un plan. Je l'avais plusieurs fois rencontrée, à Milan. Elle vivait avec une femme hors d'âge.
Sa parente, je pense. A mon dernier voyage, Cette vieille était morte. Un autre eût lestement Profité de son deuil et de son dénûment, Et se fût fait jeter lestement à la porte; Mais je connaissais trop la petite. La morte, Dont la tendresse était de l'adoration.
N'avait jamais gêné son inclination.
Donc, Lydie a poussé sans qu'on ployât rien d'elle. Il en est résulté, mon cher, une hirondelle ! Quelque chose de libre et d'ouvert à tout vent.