SCÈNE XI
MARTINET, * GOBICHONNET.
MARTINET, à part, de sa voix ordinaire.
Sous ce costume, je pourrai visiter la maison, car Armandine, m’a-t-on dit, l’habile toujours! (Avec l’accent marseillais.) Té! il n’y a donc personne dans la cambuse !....
GOBICHONNET, sautant de trayeur.
. Hein?...
* Mari., Gobich.
Ah ! C’esl vous qui êtes de quart ici ! mon cer, z’ai vu sur la porte de votre dunette que vous pouviez disposer d’une casemate... et je me propose d’y susprendre mon hamac !
GOBICIIONNFT, à part.
Qu’est-ce qu’il chante !
MARTINET
En d’autres termes, mon pichoun, je désire louer votre lozement?
GOBICHONNET, à part.
Oh ! c’est un amiral anglais I ça se voit à son accent !.. les Anglais, ça paye bien !
MARTINET
Eh bien ! de quoi qu’il se compose, le lozement?
GOBICHONNET.
Au second, milord, salle à manger, chambre à coucher... cuisine et dégagements... 6,400 francs, l'éclairage et les impositions en plus !
MARTINET
Bagasse ! mon bon, ça me sausse !
GOBICHONNET, tendant l'oreille.
Plaît-il î... Il n’y a pas de sauce!...
MARTINET
Je dis : ça me sausse... ça me botte comme un gant!
GOBICHONNET. N
Ah! bien... ça vous gante comme une botte!.. C’est que, milord, vous avez une si singnlière façon de baragouiner le français...
MARTINET
Ah! c’est que je suis de Marseille... né natif de la Cannebière... mais j’ai pas d’accent!
GOBICHONNET.
Sac à papier ! ça se voit bien... (Changeant de ton.) Ah ! je dois vous prévenir que nous ne recevons dans la maison ni chat, ni oiseaux, ni singe, qui s’appelle Zarabado et qui apprenne le piano.
MARTINET
Suffit! on exécutera la consigne... Ça n’est pas pour rien que j’ai navigué sur les côtes d’Afrique !
GOBICHONNET.
Ah ! vous avez navigué sur l’eau !... Dites donc, vous connaissez le Sénégal... ousqu’on peint les nègres en noir ?
MARTINET
Eh! bagasse! montrez-raoi donc un nègre qui ne soit pas peint en noir !
GOBICHONNET.
J’ai entendu dire que dans l’Inde, et, de plus, j’ai lu daDs la Case de l'oncle Tom, qu'il y avait aussi des nègres marrons?
MARTINET
Certes, mon bon ! mais ce sont des marrons d’Inde.
GOBICHONNET.
Justement. Vous voyez bien que je connais ça, moi qui n’ai pas navigué sur l’eau.
MARTINET
Mille sabords! mon pichoun, le capitaine Bouillabaisse èst assez renommé sur les bords africains !
Air : le Violonneux. (Offenbach.)
Sur les côtes de l’Afrique.
J’ai vu d’affreux moricauds,
Les habitants du tropique
Sont tous noir§ connu’ des pruneaux.
Oui, mais vivent les négresses....
Quand elles font les yeux doux.
Ah ah ah ah,
Quand elles font les yeux doux,
Et Ion Ion là I Car elles sont diablesses.
Ehl Ion Ion la,
A vous rendre presque fous.
Eh ! Ion Ion là!
Tout ça dépend des goûts.
Eh ! Ion Ion ldn Ion Ion Ion Ion là !
(Reprise du refain ensemble.)
GOBICHONNET.
lia l’air d’un bon zigue, ce capitaine de Bouillabaisse t... Il me va.
MARTINET
Nous verrons l’appartement tout à l’heure; en attendant, voici mes arrhes de l’enrôlement : c’est comme si le ministre de la marine y avait passé.
GOBICHONNET.
Dix francs!... deux roues de première classe!... mon capitaine, quand vous voudrez, vous pourrez emménager.
MARTINET. -
Troun de l’air! ça ne sera pas bien long!... le temps de déposer mon hamac, mes sabres d’abordage et mes aiguilles à tricoter.
GOBfCHONNF.T, étonné.
Quoi!... Je comprends que vous ayez des aiguilles à tricoter... ma femme, de son vivant, en avait bien... mais des sabres d’abordage ?... .
J’instruis les jeunes gens pour la marine... J’ai mon brevet de prévôt dans ma poce.
GOBICHONNET.
Vous comptez donc donner des leçons d’armes maritimes chez vous?
MARTINET
Ehl pourquoi non? Je suis en congé illimité, (n va prendre deux sabres qu’il avait apportés.) Du-reste, ça ne fait pas de bruit. Tenez, voyez. (Il remet un sabre à Gobichonnet, et tous deux se mettent en garde.
Air : Gai gai.
Une, deux, parez mes coups,
(Ils ferraillent).
Camarade A la parade.
Une, deux, parez nos coups.
Vite en tierce, fendez-vous ;
Vieux conscrit, moins de raideur,
En avant, levez la télé 1 Mais vrai, parole d'honneur.
Vous avez l’air un peu bête.
(Au moment où ils so remettent en garde. Martinet dit à Gobichonnet.)
Té! votre fille! (Gobichonnet se retourne, Martinet lui lance un coup de pied au derrière.)
Touché. Ohî apothicaire!... Capitaine, vous m’avez atteint dans mon honneur. (Us se remettent en garde, et Gobichonnet reprend l’air :)
Une, deux, parez les coups, etc., etc.
(A la fin de l’air, Gobichonnet dit à Martinet.) Madame la comtesse !... (Il le frappe de même qu’il l’a été quand il sc retourne et lui dit en riant.) Manche 11 manchet
MARTINET, riant.
Eh bien 1 il n’est pas trop bête pour un portier !
GOBICHONNET.
Ali I mais dites donc, capitaine : une, deux I ça doil être très-incommode pour les voisins du dessous.
MARTINET
Les voisins du dessous !... je m’en fice comme de la cuisine au beurre !