‹ Soyez donc concierge folievaudeville en un acteChapitre 20 sur 25 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

SERAPHITA *, GOBICHONNET.

GOBICHONNET.

Je n’y suis pas, adressez-vous à côté !

SÉRAPHITA, en dehors.

Monsieur le concierge !...

GOBICHONNET.

Une voix de femme inconnue ! J’y suis, j’y suis, mademoi-

selle. (Il va ouvrir, Armandine vêtue en costume de danseuse espagnole, entre.)

SÉRAPHITA

Vous avez un appartement à louer !

GOBICHONNET.

Oui, madame, au troisième, salle à manger, salon, chambre à coucher ! Cuisine et dégagements, 5,300 francs, l’éclairage et les impositions en plus.

SÉRAPHITA

La maison est-elle silencieuse?

GOBICHONNET.

On entendrait à toute heure du jour et de la nuit une mouche éternuer. (On entend la clarinette faire des gammes.) Allons, bon, voilà ma fille qui fait des gammes...

SÉRAPHITA

Qu’est-ce que c’est que ça !

GOBICHONNET, tout penaud.

ça?

SÉRAPHITA

Oui.

GOBICHONNET.

Ça doit être un fontainier, madame, un marchand de robinets qui passe; depuis que l’autorité leur a défendu de jouer du cornet à pistou, ils sont retombés sur la clarinette, c’est plus doux...

SÉRAPHITA

C’est que, voyez-vous, je redoute le tapage au delà de toute expression.

* Sérap., Gobich.

SOYEZ DONC GONC1EHGE !

GOBICHOSNF.T.

Alors, vous n’avez ni chien, ni chat, ni singe appelé Zambado, auquel vous montrez le piano, et surtout vous n'avez pas servi dans la marine ?

SÉRAPHITA

Vous êtes fou ! je suis Espagnole, caramba ! (Elle ouvre sa mante et relève son voile.) Je suis la senora Séraphila Inès de la Casa Uermoza Margarita, veuve du comte Pedro y Sierra Moréna de los Montés y Batignolas...

GOBICHONNKT.

Triple cordon ! votre parrain n’a pas regardé à la dépense...

SÉRAPHITA

Je vis de mes rentes, et quant à mon pays...

Air de Gil Blas. (Tb. Semet.)

Sous le beau ciel de l’Espagne,

Pays des orangers Bien rangés,

Tra la, la là la

Nous chantons dans la campagne Au son des tambourins,

Nos refrains!

Tra la, la la la...

Je suis native de Séville,

De Séville pays des fleurs,

La brillante et joyeuse ville Où l’on fait damner les tuteurs.

Nous aimons les castagnettes Les danseurs et le fandango !

GOBICHOrWET, continuant.

Moi, je n’aime que les sonnettes,

De nos vieux marchands de coco !

ENSEMBLE

Sous le beau ciel... etc., etc.

(Gobichonnet s’accompagne sur son plumeau en guise de Mondoline.) SÉRAPHITA, à part.

Il ne m’a pas reconnue !

GOBICHONNET, à part.

Enfin, voilà une locataire comme je les aime ! (fjaut.) Si le logement vous convient, je suis tout disposé...

SÉRAPHITA, lui jetant une bourse.

J’arrête votre appartement.

GOBICHONNET.

Elle est aussi jolie que généreuse... Quel beau pays que l’Espague !

SÉRAPHITA

Toutes les semaines, je donne deux bals à tous les Espagnols résidant à Paris.

GOBICHONNET, surpris.

Vous donnez des bals?

SÉRAPHITA, avec autorité.

Est-ce que je n’en ai pas le droit ?

GOBICHONNET, à lui-même.

Patatra ! voilà le bouquet ! elle fait de son logement un petit Valenlino. (A Séraphita.) Mais le propriétaire... senorita y Balignolas ? - ■

SÉRAPHITA

Je me soucie peu de l’opinion de votre propriétaire, sur les danses de mon pays.

GOBICHONNET.

Mais... mais... mais... enfin... enfin !...

SÉRAPHITA, elle ôte sa mante.

Caramba !.. taisez votre bec, ou sinon...

Air de Saltarello.

Malgré poi lier, propriétaire ! '

Je prétends m’installer ici.

Le logement a su me plaire,

Et je m’en empare aujourd'hui.

GOBICHONNET, commençant à danser malgré lui.

Parbleu 1 la chose est singulière,

Elle veut sans autre façon,

S’imposer comme locataire Et danser dans notre maison.

SÉRAPHITA, elle danse allant à lui.

J’y danserai, la chose est sûre!

Polkas, fondangos et lanciers;

Les Espagnols, je vous le jure,

Y figureront les premiers !

GOBICHONNET, dansant allant à elle.

Sapristi, vous savez, madame,

Que je ne votls céderai pas!

Et vos Espaguols, sur mon âme!

Autre part, porteront leurs pas!

(Ils dansent tous deux.)

ENSEMBLE

SÉRAPHITA

Malgré portier, propriétaire,

Je prétends m’installer ici.

L’appartement a su me plaire,

El je m’en empare aujourd’hui !

GOBICHONNET.

Quoi, malgré le propriétaire,

Prétendre s’installer ici.

L’appartement à beau vous plaire,

Il faut décamper aujourd’hui !

(Continuant à danser.)

Mille nom d’un petit bonhomme,

Vous voudrez bien vous en aller.

(Martinet entre tout à coup, il est furieux, et saisit Gobichonnet au

collet.)

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