SCÈNE
GOB1CHONNET, ouvrant la lettre.
Voyons quel est le malotru qui se permet... ciel !... c’est mon propriétaire.... (Se découvrant). M. Antoine Freslon, pardonnezmoi d'avoir insulté à vos pattes de mouches. (Lisant.) « Mon cher Gobichonnet. (Parié.)Uest rempli d’attention pourson concierge. (Lisant.) Vous êtes une vieille bête !... hein ! une vieille bête !... (Retournant la lettre.) Est-ce que cette lettre est bien pour moi? ma foi oui!... (Lisant.) «J’apprends avec le plus grand déplaisir que vous avez congédié mes locataires, des 1" 2“* et 3”* étages qui payaient fort bien!... (Parlé.) Oui, mais qui m’embêtaient beaucoup, moi. (Lisant.) « Je désire que vous les rem- « placiez au plus vite par des gens on ne peut plus tranquilles, « J’arriverai bientôt pour m’assurer que mes ordres ont été « exécutés, faute de quoi je vous flanque à la porte,, de ma « porte, avec laquelle je suis bien votre affectionné! Antoine « freslon. » (Froissant la lettre.) El me faire payer six sous, pour me traiter comme ça! .. C’est affreux?
Air : la Violette. (Kriésel.)
Oui, c’est affreux que vot’ propriétaire Vous traite ainsi qu’un vulgaire portier.
Je veux, morbleu, que l’on me considère.
Je suis concierge, et j’honor’ le métier.
Il faut me voir envers les locataires,
Comm’ du respect je sais prendr’ le chemin.
Près du premier je fais de bell’s manières.
En m’inclinant le bonnet à la main :
Avec celui de mon deuxième étage,
Je suis beaucoup moins souple assurément,
Et je lui fais le v rai salut d’usage,
Sans m’incliner, je m’ découvre seul’ment.
Quand au troisième, avec un air honnête,
J’porte à mon front tout simplement la main ;
Au quatrièm, j’envoie un sign’ de tête,
C’est déjà trop pour un pareil crétin.
Pour le cinquième avec un ton régence Je le reçois et lui pari’ sans façon,
Quant au salut, dam ! j’attends qu'il commence!
Ne suis-je pas le dieu de la maison !
Mais c’est vexant d’avoir des locataires Qui tous les jours saliss’nl les escaliers.
Et je voudrais que les propriétaires,
Les forc’nt d’ôter en montant leurs souliers.
Oui, c’est affreux î je le dis sans colère !
D’être traité comme un simple portier.
Je veux, messieurs, que l’on me considère,
Je suis concierge et j’honor’ le métier.
Allons, et mes escaliers qui ne sont pas balayés! six étages! il est vrai que je ne les balaie que toi s les mois ! Qu int à | a recommandation de ne louer qu’à des gens tranquilles, je suis là-dessus sans peur et sans reproches! vu que je n’ai pas loué du tout, bien plus j’ai là un congé pour mademoiselle Ar- mandine, la locataire du 4*“*, une artiste dramatique, qui certainement n’est pas une locataire désagréable à l’œil...
rentrant toujours avant la fermeture du gaz... à moins qu’elle ne rentre... plus tard... mais comme on dit:// faut que jeunesse se casse!!... mais elle a un inconvénient major, elle a un do dans la poitrine, pour moi ça m’est inférieur.... Mais comme elle climte souvent à l’heure où ma Gabrieila étudie sa clarinette, je l’ai prévenue qu’avec ses roulades elle asticotait ma fille, mais je l’en fiche, c’est comme si j’avais hanragué l’obélisque; en sorte que j’ai fa t confectionner un congé par maître Cripouillet, huissier, et je vais le lui flanquer à la face lorsqu’elle va rentrer. Ah c’est que ma Gabrieila est tout pour moi, ô cher ange !... (u va frapper à la cloison de droite.) Gabrieila, viens donc un peu que je te présente à la compagnie.
GROSSE VOIX, enrouée à la cantonade.
Des navets?
GOBICHONNET.
Quel joli organe ! elle me rebourre, un peu parce qu’elle est dans le feu de l’inspiration; écoutez!.. (On entend jouer sur la clarinette : Ah! vous dirai- je maman). Entendez-vous, c'est le morceau si difficile de madame Blanche! (On enten t au dehors la voix d’Armandine faire des roulades) ail ! la voix de mademoiselle Arruandine! (Il va prendre le congé sur la table à gauche, Armandine entre par le fond à gauche. Gobichonnet a passé au n® 2, Armandine se trouve à son entrée tu n”!...)