‹ Species des hyménoptères composant le groupe des formicidesChapitre 109 sur 234 · PL. XV · texte numérisé non relu

PL. XV

A l'exemple de Smith {1), je réunis à ce genre les Typhlopone et les Dichthadia, par ce que si l’on n’a pas encore la preuve absolue de leur identité générique, les présomptions à cet égard sont tellement fortes que je vois moins d’inconvénients àadopter une probabilité qui touche à l'évidence, qu'à perpétuer une erreur presque certaine, en maintenant la séparation de ces trois formes que tout concourt à faire considérer comme les trois sexes d'un même genre.

A propos des Dorylus ©, je ne rappellerai pas les observations de Jerdon et d’Elliot qui ont rencontré ces mâles dans des fourmilières de Typhlopone, et je ne rééditerai pas l’argumentation de Gerstæcker sur leurs affinités, mais j'ajouterai seulement aux preuves sérieuses fournies par ces auteurs, une considération d'habitat qui me parait décisive; c'est que les Dorylus et les Typhlopone sont les seuls Dorylides qui aient été rencontrés dans l'étendue de la faune européo-méditerraréenne, et que de tous les pays d’où j'ai reçu des Dorylus © (Algérie, Tunisie, Egypte et Syrie), j'ai eu aussi un certain nombre d’ouvrières de

(1) Smith: Scientific Results of the second Yarkand Mission, Calcutta, 1878, p. 13.

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Typhlopone. L'opinion de quelques auteurs qui donnaient les Labidus comme mâles aux Typhlopone, n’est plus soutenable depuis que plusieurs espèces de Typhlopone ont été découvertes dans l’ancien monde,tandis que les Labidus sont restés exclusivement américains. Partant d’une observation de Savage qui avaitrencontré des Dorylus au milieu d’une procession d'Anomma, Shuckard et Mayr ont supposé que les Dorylus pourraient être les mâles des Anomma, et cette hypothèse ne me parait pas inconciliable avec l'opinion que j’adopte d'accord avec la plupart des naturalistes tels que Smith, Gerstæcker, Emery, Forel, etc. En effet les Tyr'hlopone et les Anomma sont des formes très voisines, et d’après ce que nous savons des fourmis en général, il est permis d'admettre que leurs mâles présentent des différences encore moinsaccentuées, d'où il suit que certains Dorylus peuvent très bien être les mâles des Typhlopone, tandis que d’autres seraient ceux des Anomma, c'est-à-dire que des caractères regardés jusqu'ici comme spécifiques devraient être considérés comme génériques.

À l'égard des Dichthadia, leur assimilation s'impose avec moins d'autorité, mais des documents nouveaux sont cependant venus depuis peu appuyer l'hypothèse de Gerstaecker, et on ne peut plus aujourd’hui les considérer avec Mayr comme des ouvrières, ou même comme des intermédiaires entre ouvrières et femelles d’après la supposition d'Emery et de Forel. Il résulte en effet d’une communication faite en 1880 par M. Roland Trimen à la Société entomologique de Londres {1}, qu’un naturaliste du Cap, M. Fairbridge, importuné par la présence d’un nid de petites fourmis rouges qui existait dans sa propriété de Sea Point, donna l’ordre de le détruire, mais en recommandant expressément au manouvrier chargé de ce travail, de rechercher avec soin les femelles que ce nid pouvait renfermer. Ces instructions furent suivies et eurent pour résultat la découverte d'une grosse femelle unique, tout à fait semblable aux Dichthadia de Gerstaecker et peut-être même identique à la D. furcata de cet auteur. Cette

(1) On a supposed Female of Dorglus helvolus Linné. (Trans. of the ent. Soc. of London, 1880 p.XXIV.)

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femelle, envoyée vivante à M. Trimen, fut présentée par lui à la Société entomologique de Londres, accompagnée de trois de ses ouvrières trouvées adhérentes à l'extrémité légèrement mutilée de son abdomen. Avec une simple loupe on pouvait distinguer, à travers la paroi abdominale, les œufs massés dans son intérieur, ce qui donne la certitude qu'on avait réellement affaire à la mère féconde de la communauté. Ii est fâächeux que les ouvrières qui accompagnaient cette reine n'aient pas été exactement déterminées, ce qui eut permis de trancher définitivement la question des Dichthadia, maïs la note où je puise ces renseignements se borne à dire que ces fourmis semblent voisines des Anomma sans toutefois leur être identiques. Ces vagues données justifient cependant la supposition que ces insectes pouvaient être des Typhlopone, dont l'aspect général se rapproche en effet beaucoup de celui des Anomma. N'est-il pas d’ailleurs probable que les femelles de ces deux genres doivent avoir de grands rapports de conformation, et si l'observation précédente ne nous permet pas de décider auquel doit appartenir la femelle en question, elle nous apporte au moins la certitude que les Dichthadia sont bien des femelles, qu'elles appartiennent soit aux Typhlopone, soit aux Anomma, et que si on veut les attribuer à ce dernier genre, il est du moins presque certain que les femelles des Typhlopone doivent présenter des caractères très analogues. Aussi, bien que les rares individus rencontrés jusqu'à ce jour fassent partie de la faune extraeuropéenne, je crois utile de donner plus loin les caractères et même de fizurer un spécimen de ces insectes si remarquables, rappelant tout à fait lé facies des femelles de Termites, et que leur privation des organes de la vision et du vol éloigne de toutes les fourmis du même sexe aujourd’hui connues.La connaissance de leurs caractères pourra engager les naturalistes à les rechercher, et si un insecte de semblable conformation était un jour rencontré dans les limites de notre faune, on pourrait le considérer, sans aucun doute, comme une femelle de Dorylus, puisque les Anomma n’habitent pas les régions tempérées.

Après ces préliminaires indispensables, je passe à l’exposé des caractères genériqnes :

© |( Typhlopone). Tête rectangulaire, plus ou moins échancrée

FAM. DORYLIDÆs — G. DORYLUS 249

en arricre(fig.?). Epistome très étroit etpresqueindistinct, paraissantcommeun liseré transversal occupant le bord antérieur de la tête. Arêtes frontales courtes, rapprochées l'une de l’autre, se recourbant en avant pour contourner l’insertion des antennes. Aire frontale nulle. Pas d’yeux ni d’ocelles. Mandibules étroites, à bords parallèles, aiguës à l'extrémité, sans bord terminal et munies d'une ou deux dents à leur bord interne. Palpes maxil-

laires et labiaux de deux articles. Antennes robustes, de 11 arti-

cles, (de 12 chez quelques espèces exotiques), insérées très près du bord de la bouche ; scape court, épais, fortement élargi de la base à l’extrémité ; funicule graduellement épaissi de la base au sommet, sans massue distincte, ses articles courts, les premiers transverses, les suivants presque carrés, le dernier assez allongé etaussi long que les trois précédentsréunis.Thorax en rectangle allongé, déprimé en dessus, son profil dorsal droit, non interrompu ; mesonotum invisible en dessus ; metanotum inerme. Pétiole épais, cylindro-cubique, muni en dessous d’une arête longitudinale saillante. Abdomen en ovale très allongé, plusétroit en avant qu’en arrière, son dernier segmenttronqué à l'extrémité et muni de chaque côté d’une petite dent dirigée en bas (fig. 4). Pattes courtes et robustes ; cuisses assez larges en leur milieu, faiblement comprimées ; éperons pectinés.

? (Dichthadia). (fig 7). Têteconvexe,divisée par un sillon médian en deux moitiés plus ou moins gibbeuses (fig. 8). Mandibules delargeur médiocre,arquées, falciformes,non dentées. Pas d’yeux ni d’ocelles. Palpes maxillairesnuls ; palpes labiaux d’un seularticle.Antennes courtes (fig. 9), de 11 ou 12 articles, (probablementde 11 articles chez les espèces de notre faune). Thorax relativement court, étroit, étranglé àchacun desessegæments ; mésothorax et métathorax sans suture visible en dessus. Pas d'ailes, ni d’articulations alaires. Pétiole transverse, trapéziforme, convexe, ses angles postérieurs saillants, aigus, dentiformes. Abdomen très long, cylindrique, légèrement déprimé, ses côtés presque parailèles, son dernier segment terminé par un appendice fourchu, très saillant. Pattes courtes ; cuisses et tibiascomprimés. T'ailleénorme relativement à celle de l’ouvrière. | D'après les descriptions de Gerstæcker basées sur deux espèces exotiques).

: 2o0 FAM. DORYLIDÆ, == G. DORYLUS

o (Dorylus). Tête beaucoup plus large que longue, son bord antérieur presque droit,son bord postérieur en arcconvexeirrégulier (fig. 11). Epistometres petit ou indistinct. Arètes frontales très courtes,se recourbantenavant pourcontournerl’insertion desantennes. Aire frontalenulle. Yeux trésgrands,globuleux, occupant toutel’étendue des bords latéraux delatête, saufun petitespace près de l’articulation des mandibules.Ocellesgros,hémisphériques,très saillants. Mandibules arquées, falciformes,sans bord terminal et sans dents ;ellessont larges et se rétrécissent fortement jusqu’au sommet quiesten pointe mousse.Palpes maxillairesetlabiaux d’un seul article. Antennescourtes, de 13 articles ; scape presque cylindrique et un peu plus épais à la base qu’à l'extrémité ; funicule atténué, ses articles vont en grandissant et en s’amincissant de la base au sommet. Thorax ovale ; pronotum très court, invisible en dessus ; mesonotum grand, peu convexe ; metanotum court, inerme. Pétiole cylindro-cubique (cupuliforme chez certaines espèces exotiques), muni en dessous d’une lame ou arête longitudinale saillante (fig. 12). Abdomen très long, cylindrique, un peu plusétroitenavantqu'en arrière. Ailes courtes, avecune cellule cubitale et une cellule discoidale ; stigma étroit, allongé. Pattes

courtes, hanches globuleuses, trochanters et cuisses très comprimés, triangulaires ; éperons pectinés. Taille très grande, analooue à celle de la femelle.

Ce genre comprend environ 35 espèces mais qui, ayant toutes été décrites d’après un seul sexe, devront être en partie réunies quand on connaîtra mieux leur état civil. Ces insectes, dont les mœurs sont tout à fait inconnues, habitent les régions chaudes du monde entier, à l'exception de l'Australie qui ne paraitpas en avoir fourni jusqu'à ce jour.

Leurs nids, creusés souvent à de grandes profondeurs dans la terre ou le sable, renferment une quantité prodigieuse d’ouvrières dont lataille varie dans d'énormes proportions, mais dont la forme reste la même. Il semblerait résulter de l’observation de M. Fairbridge rappelée plus haut, que les femelles sont uniques dans chaque fourmilière, ce qui, joint à leur vie souterraine, expliquerait leur extrême rareté dans les collections. Quant aux mâles, ils sont bien plus abondants mais on les trouve presque toujours

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au dehors et ils paraissent ne rester que fort peu de tempsdans l'intérieur du nid où on ne les rencontre presque jamais.

J'ai déjà dit que les individus reproducteurs des deux sexes se font remarquer par leur stature vraiment colossale, cartandis que les plus grandes ouvrières ne sont encore que des fourmis de moyenne taille et que les plus petites n'attecignent pas trois millimètres de longueur, les males et les femelles peuvent mesurer jusqu'à 33 millimètres cet dépasser par conséquent de beaucoup la taille des plus grandes fourmis de nos régions.

Ouvrières

1 Arétles frontales non prolongées en avant en une saillie dentiforme,mais munies en arrière, à leur partie la plus élevée, d'une forte dent ou épine en forme de crochet aigu et recourbé en dehors (fig.5).Bordinterne des mandibules armé d'une grande dent près delapointe apicale et d'une autre plus courte vers le milieu de sa longueur. Antennes médiocrement épaisses, premiers articles du funicule pas beaucoup plus larges que longs. Téte et thorax parsemés de points fossettes très gros et peu serrés. Metanotum non ou indistinctement sillonné longitudinalement. Pétiole un peu ruguleux ; abdomen finement ponctué. Corps revêtu d’une pubescence fine et peu serrée, presque invisible sur la tête. D'un jaune rougeûtre luisant ; mandibules, antennes, devant de la tête et parfois la tête entière d’un brun-marron, surtout chez les grands individus dont la teinte générale est plus foncée que chez les petits. Long. 2? 1/2-8"m,

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