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LA MORT HE GUILLAUME 1" D'ALLEMAGNE

(»sl imc pour MOUS. Qui oserait dire que ce monde îuiloriiMir est moins réelienKMit présent que l'autre ù la cérénioiiic!? L'autre, foule anonyme; qui va passer sans laisser de traces dans le souvenir, en quoi est-il plus vrai, plus réel? Accordons qu'il est plus sensible, qu'il nous montre des chairs d'un inslanl, des oripeaux et des butons dorés sur ces coussins de velours : tout ce qu'on peut voir chaque soir, pour deux thalors, avec autant de sérieux et de pompe, sur les planches du théâtre d'à côté. Mais ici comme partout, ce qui est vrai, réel et grand, c'est l'Idée, et non sa représentation momentanée; ce sont les formes permanentes où viennent se mouler successivement des êtres accidentels; c'est le rôle, et non l'acteur. Dans cette église, l'assistance vraiment vivante est celle qui occupe fortement notre pensée, non celle qui se peint sur la rétine distraite de notre œil.

De même pour le convoi qui s'allonge sous les Tilleuls, grossi par ces députations de l'Histoire, maintenant que la dernière prière est dite et que l'Empereur s'achemine vers le lieu de sa sépulture. La décoration est maigre, mal réussie, la foule désordonnée; le ciel a seul drapé avec magnificence : il a jeté un blanc linceul de neige sur la ville enveloppée de crêpes. Quelques-uns regrettent la somptueuse mise en scène qu'un génie plus artiste suggère en pareil cas à d'autres races.

Ce serait moins beau. Ce qui est beau, c'est la raison d'être des choses, aperçue à travers elles; c'est la concordance de ce qu'on voit avec ce qu'on sait ou ce qu'on devine. Le deuil de ce peuple est rude, pauvre et simple comme lui; on retrouve sa gaucherie et sa roideur dans la toilette mortuaire de sa triste capitale, sa brutalité dans l'expression de sa douleur. Comme il convient, une seule partie est irréprochable, la partie militaire. Aux funérailles du chef germain, il ne faut que son cheval de bataille et ses soldats. Que les régiments défilent bien, et c'est assez. Le spectacle fait réfléchir par ce qu'il montre et par ce qui lui manque. Dans le cortège, ceux que le regard suit avec le plus d'attention, ce sont trois absents : l'héritier d'abord, le souverain, absent de cet intervalle qui lui était destiné, derrière le corps. Absents aussi, les deux grands compagnons qui devraient être aux côtés du maître, le maréchal et le chancelier, disparus dans leurs retraites depuis l'instant de la mort. Tout le monde les cherche, comme on cherche, en examinant la machine qui donne le branle à un grand bâtiment, les deux leviers moteurs ; l'œil qui ne les rencontre pas ne s'explique plus le jeu des ressorts et la marche du navire.

L'Empereur est sorti par la porte de Brandebourg. Les rois et les princes l'abandonnent, le

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peuple s'écoule; son escorte a rompu les rangs sur la place de Paris, sous le drapeau en hcrne ((ui pend «le celle dca-nière maison. C'est un drapeau aux trois couleurs, les nôtres. L'Empereur conliiHie seul. j»ar l'allée de la Victoire. Il passe un pied de la colonne. On sait de quoi elle est faite, la funeste tour do bronze : les canons montrent encore leurs bouches muelles, saillantes sur le pourtour en couronnes symétriques; leurs âmes prisonnières sont engag-ées dans la masse de fonte. Ils attendaient Guillaume depuis longtemps; serviteurs do la Mort, ils savent qu'elle aime à varier ses trophées; ils le regardent passer. Les chevau.^c pressent le pas vers Charlottonbourg-. Craindrait-on qu'aux allées solitaires de cette forêt, dans la brume lugubre de cette journée d'hiver, un nouveau cortège se reforme pour remplacer la suite princière qui ne marche plus derrière le char? Cortège de fantômes, qui guettait son tour à l'ombre de la lourde pyramide d'où il sort : spectres innombrables, jeunes hommes mutilés, mères en deuil, toutes les figures de la misère et de la souffrance, et des princes encore, mais dépouillés, sans diadèmes, conduits par un

t vieux roi aveugle, qui les a ramassés sur tous les chemins de l'exil pour venir témoigner les derniers au bord de la tombe impériale, pour y découvrir ;

l'envers mauvais de cette glorieuse histoire.

Qu'est-il besoin d'appeler des fantômes imaginaires? On en a vu un trop réel, celui qui attendait l'Empereur au seuil du mausolée de Cliarlottenbourg- : la Destinée n'inventa jamais une rencontre plus tragique. Un instant, il a paru derrière la vitre, à une fenêtre du palais; pour la première et dernière fois, il a salué de loin la dépouille de son père ; son regard l'a suivie, comme elle entrait dans le lit de repos des Hohenzollern. Tout s'est évanoui, l'apparition fugitive qui venait de recueillir l'Empire au passage, et le mort qui échappait aux mains de ses gardes sur la pente du caveau.

Une dernière salve de tous les canons d'alentour, chiens hurlant après leur maître; et c'est fini de son bruit. — « J'ai eu un rêve.... C'était beau. »

Qui sait s'ils n'étaient pas plus vastes, les horizons de ce rêve, et quel sens profond Guillaume a pu mettre dans ces mots : « La dernière fête à la cathédrale? » La vue des yeux qui se ferment est souvent prophétique, bien des voiles se déchirent devant eux. Le roi de Prusse a-t-il

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r|>rouvt' le frisson (1(^ la fin pour son (L'uvro comme pour lui-m(Mnc?L'Knipcrour d'Allemaj^ne, expression suprùme d'une forme do la vie historique, a-t-il vu celle forme s'alTaissanl après lui, caduque vl vide de substance? Voulait-il faire entendre (pie CCS funérailles d'un homme seraient à quel- <pies égards celles d'uu monde? Plus d'un se l'est (lemaïKU'', peut-être, parmi ces princes qui célébraient au Dôme la communion des grandeurs royales. Plus d'un, peut-être, a senti trembler (jnelque chose sous ses pieds, au bord de cette tombe cnlr'ouvcrle, trembler quelque chose sur sa têle, comme se retirait la main solide qui avait raffermi tous les trônes.

Après le premier moment de silence et l'explosion de regrets, le bruit de la vie renaît; le peuple qui formait la haie dans Berlin revient de la triste fête; c'en est une pourtant, puisqu'on n'a pas travaillé ce jour-là. Chacun regagne son faubourg, sa province, chacun reprend son outil et son cœur des jours ouvriers. Suivons-les au liasard par l'Allemagne, ces compagnons, écoulons ce qu'ils disent. De partout arrive à nos oreilles la même menace sourde contre le vieil ordre social; moins violente et moins fanfaronne qu'en d'autres pays, mais plus tenace, raisonnée et constante comme le génie de ce peuple. Ce n'est pas le fracas du torrent qui écume ailleurs

au grand jour, arrache quelques pierres, passe et tarit jusqu'à l'autre saison; c'est le grondement lointain de la mer, amenant de l'intini ses vagues méthodiques, rongeant sans relâche tout le rempart des hautes falaises. Ces gens-là veulent comme voulait leur Empereur, ils préparent leur règne avec la même patience qu'il avait mise à préparer le sien; l'heure venue, ils le réaliseront par le môme emploi scientifique de la force brutale. Des lois rigoureuses ferment leurs bouches et condamnent leurs presses; le bulletin de vote leur reste; la tlernicrc fois qu'ils se sont comptés, ils étaient 800,000. La rumeur de défi monte des villes et des campagnes : on l'entend sous le battement des métiers, dans ces fabriques serrées autour de Berlin comme les lignes d'une armée d'assaut; sous le tapage des marteaux qui forgent les canons monstres, dans le vaste enfer des usines d'Essen; dans les forêts du Hartz, entre les coups (le la hache fouillant le tronc des sapins; on l'entend sur le marché de Leipsig et sur le port de Hambourg, dans le convoi de recrues qui rejoint le régiment, dans la cale du paquebot où les plus désespérés s'entassent pour fuir au bout du monde la caserne et l'impôt. Elle monte des profondeurs de la terre, des mines de Thuringe et des houillères de Silésie; pour la propager, les méchants Kobolds ont creusé le sol allemand

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