‹ Spectacles et comédiens: à ValenciaChapitre 15 sur 88 · LED ES · texte numérisé non relu

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mais on n’en avait pas tiré parti de la même manière.

La partie basse de l’hémicycle n’était pas seulement empierrée, comme dans l’édifice démoli; elle était entièrement pavée de dalles carrées. Les chaises en occupaient une partie, la plus rapprochée de la scène. Derrière les chaises, des gradins s’élevaient en pente douce, sur lesquels on avait fixé, non sans les raboter soigneusement, des bancs de bois. La nécessité de loger au fond de la salle ces gradins ascendants explique que la première galerie se soit trouvée à plus de 4 mètres au-dessus du sol.

La scène, faiblement élevée, s’appuyait contre un grand mur. Les vestiaires l’encadraient, Pun à droite, Vautre à gauche; ils tenaient lieu de coulisses. Le toit des vestiaires se trouvait à la même hauteur que la première galerie, c’est-à-dire à 418 au-dessus du sol; mais pour avoir la hauteur vraie de la scène et des vestiaires, il faut déduire de ce chiffre lélévation du terre-plein qui constituait la scène et sur lequel les vestiaires étaient édifiés. Il semble impossible, dans ces conditions, que vestiaire et scène aient mesuré plus de 3 mètres de haut en bas: Il y avait, au-dessus de la scène, un balcon qui allait d’un vestiaire à autre, le balcon des apparitions. Sous ce balcon, à droite et à gauche de la scène, tout contre les vestiaires, on avait construit deux logettes, auxquelles on pouvait accéder extérieurement par un escalier, et qui servaient peut-être aux acteurs pour leurs entrées et leurs sorties”. Au niveau même du balcon, une loge

1. CF. Rennert, The Spanish Stage, p. 92. Ces logettes, situées en arrière de la scène et communiquant avec elle par une porte, s’appelaient n'chos. Il y en avait tantôt une, tantôt deux,

s’ouvrait où les spectateurs étaient admis : on la nommait tantôt aposento del balco, tantôt aposento del vestuario. Un toit la couvrait, qu’on avait surbaissé le plus possible pour ne point masquer les fenêtres ouvertes dans le-mur du fond. C’est en effet par ces fenêtres, par celles qui de la deuxième galerie s’ouvraient sur la ruelle, et par les lacarnes du toit, que la salle recevait la lumière du jour. Des cordes et des ressorts permettaient d'ouvrir ou de fermer les lucarnes sans monter sur le toit.

Le balcon et la charpente, placés au-dessus de la scène à 3 mètres environ de hauteur, ne gâtaient pas seulement la perspective. [ls empêchaient encore d'aménager des machines compliquées ou volumineuses. Aussi les rendit-on démontables au gré des comédiens. En outre, ceux-ci disposaient, dans Re sous-sol de la scène, de trappes d’où les fantômes surgissaient : ces trappes s’ouvraient sur des chambres basses ({lonjetes), dans lesquelles on descendait du vestiaire par un escalier.

Sous terre ou dans les airs, les comédiens pouvaient donc étendre le champ de leur action. A peine y avait-il, pour le limiter, un arc en maçonnerie, de courbe aussi tendue que possible, qui réunissait Pun avec l’autre, au-dessus de la scène, les deux grands piliers destinés à supporter la toiture. Cet arc se trouvait à la hauteur de la seconde galerie; les architectes souhaitaient qu’il contribuât « à la solidité et à la parure de l'édifice ». Sa longueur, au moins égale à celle de la scène qu’il traversait de part en part à quelque 5 ou 6 mètres d’élévation, ne dépassait pas 30 empans (627). Nous prenons par là une idée de lexiguité de la lice où les acteurs livraient leur combat : la scène n’était guère plus

grande qu’une chambre quelconque d’un appartement modeste. E

Les dégagements du théâtre comportaient principalement un spacieux vestibule; on y pénétrait dès qu’on avait franchi la porte principale. Ce vestibule occupait le rez-de-chaussée d’une maison dont on destinait à des locataires les étages supérieurs. Or, pour lui donner des proportions imposantes, on en avait construit le plafond non à la hauteur adoptée dans les maisons (3234), mais à celle de la première galerie du théâtre (4" 18). Si donc on avait laissé le plafond du premier étage à la hauteur habituelle, tout ce premier étage aurait été écrasé entre le rez-de-chaussée trop élevé et le deuxième étage trop bas ; il se serait trouvé dans les mêmes conditions que la galerie des femmes, haute tout juste de 2"29, habitable pour des spectateurs d’un moment, inhabitable pour des locataires permanents. Il fallut, pour remédier à cet inconvénient, surélever de deux empans le toit de la maison; chaque étage eut ainsi la hauteur suffisante, et 1l n'était pas mauvais qu’une maison plus élevée que ses voisines signalât à l’extérieur l’entrée du théâtre. De ce vestibule, qui avait provoqué à lui seul tant de modi-. fications dans une architecture toujours uniforme, les arrivan(s se dirigeaient par autant de portes vers les emplacements où les différentes catégories de places se trouvaient. À deux de ces portes, les comédiens se postaient pour percevoir sur le prix de la location la part qui leur revenait; afin que nul ne leur échappät, la porte était à deux battants, et l’un des battants restait fermé; deux marches disposées à cet endroit aïdaient à retenir l’élan de la foule. Quant à l'Hôpital, il fit cons-

truire, pour encaisser sûrement sa recette, une sorte de

PER 1; «20 tambour (cancell), percé de trois portes qu’on ouvrait ou fermait au gré du caissier et par lequel, bon gré mal gré, tous les spectateurs payants défilaient.

Les services que l’on pouvait attendre de ce théâtre étaient-ils en rapport avec l'effort dépensé pour le construire? Aux jours de fête ou de première représentation, alors que la foule garnissait la salle au point de n’y laisser aucun vide, à quel chiffre atteignait l'assemblée? Les documents contemporains ne nous renseignent pas sur ce point. Mais notre théâtre, une fois refait à neuf, subsista près de cent années sans modification importante. Il est certain qu'entre les dates extrêmes de 1618 et 1719, on changea à plusieurs reprises l’aménagement* intérieur. Le goût du luxe et du confort croissait de toutes parts, et l’on fut amené à augmenter le plaisir des spectateurs par le perfectionnement de l'appareil scénique et leur commodité par l’augmentation du nombre des places de luxe. Mais, tant que les murs restèrent, ces modifications-là et toutes celles qu’on a pu opérér, n’altérèrent pas sensiblement la capacité de l'édifice. Or, dans un registre de 1678, que gardent les archives de l'Hôpital", se trouve un relevé des places mises à la disposition du public, et le détail en est instructif :

Sillas de patio:..….:...…. 372 (186 de chaque côté). ADOSCTIOS rue naar 16.

Sillitas de la cazuela.... 20.

Un aposento sobre el ves-

PÉTELO D CODE ONE is

1. Libro para Îleuar quenta y Razon de lo prosedido de las Representuciones en la casa (sic) de las comedias del Hospital general de la ciudad de Valencia, que le pertenece, ast por la entrada de cada uno como por las sillas y AHPEQRE, cada dia que se Representare, Año 1678.

Se Te

Il faut tenir compte, pour une appréciation exacte, de ce que chaque loge contenait plusieurs spectateurs, et aussi des modifications fatalement survenues en soixante années dans le détail de l'aménagement. On n'en sera pas moins frappé des dimensions exiguës de ce théâtre. Construit avec un soin extrême, réunissant en lui tous les progrès de l’architecture théâtrale au début du dix-septième siècle, il est si différent encore de nos modernes édifices qu'à peine osons-nous lui accorder" le nom de théâtre. Qu'il est déjà loin, cependant, du corral, où lart dramatique a balbutié ses premiers dialogues! Le cadre est encore incommode et mesquin. Mais cette insuffisance ne fait que mieux apprécier les couleurs du tableau, dont l'éclat est devenu éblouissant. Dans quelque humble auberge, sise probablement dans la carrer de les Uomedies, Timoneda, à l'appel de Lope de Rueda et d’'Alonso de la Vega, a ouvert au théâtre valencien une voie triomphale, et celle-ci, après létape de la Confrérie de Saint-Narcisse, avec quelques relais à lannexe des Santets, a abouti finalement à la Olivera, qui à pris place à bon droit dans les annales de l’art dramatique à côté des théâtres madrilènes de la Cruz et del Principe, à côté des théâtres sévillans de las Atarazanas et de Doña Elvira.

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