‹ Spectacles et comédiens: à ValenciaChapitre 70 sur 88 · ENT · texte numérisé non relu

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Les décors et les machines leur donnaient encore plus de tracas, — les machines surtout, parce que de décors, à vrai dire, il n’y en avait point, ce nom ne pouvant s'appliquer en bonne justice aux rideaux qui fermaient la scène sans aucune illusion d'optique. Lamarca, dans son très intéressant opuscule ZT {eatro de Valencia, à tracé de tout ce qui concernait la mise en scène à la Olivera un tableau pittoresque, qui mérite d'être ici reproduit : « Ce qui était très négligé, dit-il, c'était la décoration de la scène et tout ce qui avait trait à l’exacütude de la représentation. Sauf de légères différences, elle se trouvait encore dans l’état où nous la décrit Cervantes, car les représentations se donnaient ordinairement sans autre appareil que quelques rideaux d’indienne ou toile peinte, qui peudaient d’une corde tendue d’un côté à l’autre de la scène, à dix empans de hauteur ; le fond de la scène était formé, lui aussi, par un rideau de taffetas cramoisi, et par-derrière celui-ci, à la distance de huit empans, il y en avait encore un autre, avec lequel on simulait un trône ou quelque objet semblable. Quand on jouait des comédies dans lesquelles il devait y avoir une tour, une prison ou un autre édifice du même genre, on le plaçait sur les dits rideaux, et alors on augmentait d’un denier le prix de l'entrée, qui était de 14 deniers. Cependant, à l’époque de la Noël et du Carnaval, on avait coutume de donner des « comédies à grand spectacle » (comedias de teatro) avec chàssis et machines, el à cette occasion on mettait en place les décors qui le reste de l’année restaient serrés ». Quel dommage que nous ignorions où Lamarca à pris les traits de ce croquis! Je crains pour ma part qu'il n'ait ici brouillé les sources et les dates, Les sources : en

appliquant à la Olivera de Valencia des renseignements qui nous sont parvenus sur les théâtres de Madrid ou d’autres cités. Les dates : en confondant la simplicité de la mise en scène primitive avec des raffinements que le dix-septième siècle connut sur le tard et que le seizième ignora toujours. La confusion sur les sources est de médiocre importance; tout indique que ce qui se passait à Madrid, à Séville, à Barcelone, ne se passait pas autrement à Valencia et dans son Olivera, et à vrai dire, nous ne possédons, à ma connaissance, aucun renseignement direct sur l'aménagement de la scène à Valencia. Mais les dates gardent, quant à elles, leur inflexible rigidité. Les machines, ces fameuses machines dont Lamarca affirme la coexistence avec un système rudimentaire de décoration, n’apparurent en réalité qu’assez tard, à un moment où l’on avait déjà eu le temps de mieux séparer les coulisses de la scène. On a déjà vu qu'en 1618, lors de la reconstruction de la Olivera, des mesures avaient été prises pour faciliter les « inventions » des comédies : la charpente du toit au-dessus de Ja scène était démontable pour qu’on disposät, le cas échéant, d’une plus grande hauteur, et dans le sol on avait ouvert des trappes (escotillones, en castillan) par où surgissaient les apparitions et-autres artifices. Cet aménagement n’aurait pas eu de raison d’être si les comédiens n’avaient point déjà tenté de dresser leurs machines sur a scène de la Olivera; mais ne peut-on pas croire aussi que, si Île théâtre a été reconstruit, ce fut en partie pour aider à l'usage de ces artifices dont les essais n'avaient été Jusque-là que rares et malheureux par suite de l'insuffisance

du local?

Les machines ont fonctionné avec plein succès après 1618 dans la Olivera nouveau style; cela est incontestable; — mais quelle erreur ce serait d’en conclure qu’elles fonctionnaient déjà dans les mêmes conditions à la Olivera vieux style! En fait, les premières mentions que j'en ai relevées datent de quelques années plus tard. Le 19 juillet 1621, la représentation habituelle ne put avoir lieu, parce qu’elle aurait empêché de dresser certaines machines pour la représentation du lendemain. Le 20 août de la même année, on fit à nouveau relâche dans les mêmes conditions; il s'agissait de préparer une « invention » inédite’. La mode des mises en scènes compliquées se maintint et prospéra : on soigna les décors, on peérfectionna la machinerie. Le 8 novembre 1629, nous constatons encore un chômage de vingtquatre heures pour mettre au point la décoration”. Tout cela ne veut pas dire qu'avant 1621 on en était toujours réduit, à la Olivera, aux rideaux sommairement tendus autour de la scène : les mesures prises en 1618, lors de la reconstruction du théâtre, prouvent clairement le contraire. Mais sans qu’il nous soit possible de décrire avec précision une seule des machines employées, nous pouvons affirmer qu’introduites à la Olivera avant 1618, elles n’y prirent que peu à peu une véritable importance. Les premières que l’on employa méritaient à peine par leur simplicité le nom de machines ou de

1. Livres de Trésorerie, 1621-1622 : « À 19 de dit [Juliol] no y hague comedia perquen impedi lo hauer de posar certes inuencions pera la comedia seguent. » — « A 20 de dit [Agost] no y ague comedia perques feya serta inuensio. »

2. 1bid., 1629-36 : « A 8 de dit [nohembre] no y ague Ca per no estar açabades les tramoyes. »

pe nie. dédie

a pat

décors; des progrès se firent bientôt, et la scène nouvelle, établie sur un plan qui facilitait les grands spectacles, marqua dans ces progrès une étape décisive. Encouragés par là, les comédiens multiplièrent leurs tentatives et (tel était le goût régnant pour ces curiosités!) ils ne craignirent pas de perdre au besoin la recette d’une journée pour combiner des inventions plus subtiles. Ils étaient sûrs, grâce à la curiosité du public, qu'en fin de compte ils s’y retrouveralent.

Après le plaisir des yeux, le plaisir des oreilles. La musique soulignait de son accompagnement certains épisodes de la représentation, et elle marquait la transition d’une partie à l’autre du spectacle. Ici encore, Lamarca a donné sur l’orchestre de la Olivera des détails surprenants : « L’orchestre, affirme-t-il, était ordinairement réduit à une guitare, dont jouait le guitariste de la troupe. C’est seulement dans les comédies, que lon jouait le vendredi et dont une seconde représentation était donnée le dimanche (le samedi, on faisait relâche par dévotion), que l’on ajoutait deux ou trois violons et un hautbois. » Autrement dit, d’après Lamarca, chacune des troupes qui se sont succédées à la Olivera amenait avec elle un guitariste; pour certaines représentations de gala, elle recrutait sur place deux ou trois musiciens de renfort. Tant de précision est faite pour inspirer des doutes, et les documents trop rares qui subsistent donnent lieu de croire que, pour la musique comme pour le reste, toutes les troupes n'étaient pas organisées sur le même modèle. Aussi bien arrivait-il souvent, surtout dans les débuts, alors que chacun n’était pas étroitement enfermé dans sa spécialité, que

le même personnage fût à la fois acteur et musicien. Tel était le cas de Juan de Biedura, acteur et musicien, naturel de la cité de Cordoue, qui, en février 1582, s’engagea à ce double ütre dans la troupe de Mateo de Salcedo'. Par suite, une troupe, selon le hasard des engagements,. pouvait compter un nombre relativement élevé de musiciens ou d’acteurs susceptibles d’en tenir Île rôle. D’autres, au contraire, dépourvues de ces artistes à double usage, n'avaient d’autres ressources pour Îles représentations extraordinaires que de s’adresser aux troupes mieux pourvues. Avec les musiciens de l’une, les acteurs de l’autre, on constituait un ensemble irréprochable. Chargé d’organiser, le 15 août 1602, un spectacle de gala dans le palais de la Députation, Baltasar Victoria, qui dirigeait la compagnie des Granadinos, emprunta à son confrère el rival Diego de Heredia les musiciens que ce dernier avait enrôlés dans sa troupe; il réussit par cette combinaison à donner une fête où, en outre de la représentation proprement dite, on admira une grande « variété de musiques? ».

En temps ordinaire, le spectacle de la Olivera comporta fréquemment plus et mieux que l’unique guita-

1. Parr. Francisco Jeronimo Victor, 14 février 1582 : « Lo honorable Joan de biedura, representant y musich, natural de la ciudad de Cordoua del regne de Andaluzia, atrobat en Valencia... promet al

honorable Matheu salzedo, auctor de comedies,.… de estar y repre-

sentar, {ocar y Cantar en sa compania en qualseuol ciutat, vila 0 loch que lo dit salzedo anara… » ;

2. Martinez Aloy, op. cit, p. 101. On remet à Baltasar Victoria 26 livres, « ço es vint Iliures per obs de repartir entre ell y els demes de la sua compañia, e les sis Iliures restants pera repartir entre els musichs de la compañia de Diego de Heredia en paga dels treballs

sostenguts en la representacio, farsa y EE de musiques que .

feren en la casa lo dia de Na Sa de Agost.

Lt» at citons dis ne dt

Sas Cédan is sh. pit is

riste dont Lamarca nous parle. Nous ne savons pas sur quel instrument exerçait sa virtuosité ce musicien du nom de Romero, qui était enrôlé en 1595 dans la troupe de Rodrigo de Osorio et séjourna avec lui à Valencia', mais certains chefs de troupes s’attachaient plusieurs musiciens, et de véritables musiciens, confinés strictement dans cet emploi, comme le prouve le fait que tels d’entre eux. étant aveugles, se trouvaient incapables par suite de doubler les acteurs. Sur ces infirmes que la vie. nomade n’effrayait pas, le recueil de l'Académie des Nocturnes nous fournit un curieux témoignage. L’un des académiciens (c'était Antonio Juan Andreu, surnommé Vigilia à Académie), ayant été chargé d’écrire pour la séance du 11 mars 1592 un Éloge de la cécité, se mit à fréquenter les aveugles pour se documenter. Le jour de la Saint-Thomas-d’Aquin, il sé rendit au couvent des Frères-Précheurs où les aveugles se réunissalent en grand nombre, mais on lui indiqua que les plus fameux d’entre eux, Villena, Parranco, Galvez, Soriano, Besalduque, étaient morts, ainsi que tous leurs semblables de quelque notoriété. « On me conseilla alors, raconte-t-l, de me rendre auprès des comédiens, et de causer avec messires Palomo et Barraco, qui étaient la fleur des aveugles de notre temps, élèves tous deux d’un autre aveugle, l’abbé Salinas de Selamanque. Si je ne trouvais en eux aucune ressource, On ne pensait pas que je pusse en avoir d’ailleurs. Désireux de voir Juste, même parmi des aveugles, j'allai à la Olivera, mais avec si peu de chance que la troupe des histrions était déjà partie, emmenant pour guides les deux aveugles

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