‹ Spectacles et comédiens: à ValenciaChapitre 74 sur 88 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Les Comédiens chez eux.

Leur moralité. — Où ils logeaient. — Le milieu où ils vivaient. — Péripéties de la vie des actrices. —Rixes et crimes des comédiens. — Un mariage d'acteurs. — Difficultés financières : que faire du

pécule économisé ? — Les prêts et les emprunts du chef de troupe. — Constitution d’une troupe comique. — Engagement d'un comé-

dien. — Une troupe sans directeur. — Une troupe qui change de directeur. — Composition de quelques troupes. — Les troupes internationales.

Les comédiens étaient séduits par l’appât d’une existence pittoresque et mouvementée, affranchie de bien des préjugés, féconde en imprévu. Sur ce‘point, Valencia ne leur laissait rien à désirer, et leur vie privée, tandis qu’ils séjournaient dans la cité du Turia, réserve des surprises et quelques occasions de se scandaliser à qui prend la peine de la considérer.

Les contemporains ne s’y sont pas trompés, et de l'indignation que les désordres des comédiens leur inspiraient, on perçoit encore lécho dans lPépître que Andrés Rey de Artieda écrivait au marquis de Cuellar. Le probe auteur de Los Amantes, quand une fois il a voulu traiter dogmatiquement de Part dramatique, a trouvé que de tous les problèmes qui s’offraient, il n'y en avait point de plus pressant ni dont la solution intéressât davantage ses compatriotes que celui des rapports entre le théâtre et la morale. L’attention presque exclusive qu'il lui accorde nous avertit à elle seule de l’état d’esprit qui était à cet endroit celui des Valen-

A de

ciens aux environs de l’année 1600, et nous en jugeons encore plus clairement par les détails circonstanciés dans lesquels Artieda se croit obligé d’entrer. Par « théâtre », en effet, il n'entend pas seulement les œuvres, mais encore et surtout les acteurs qui en sont les interprètes ; et si, en fin de compte, il dresse une barrière entre celles-là et ceux-ci, c’est seulement pour affranchir les œuvres d’une compromission dangereuse et pour faire retomber l’opprobre sur les seuls agents d'exécution. Il nous raconte, avec la malice désabusée d’un soldat qui en avait vu bien d’autres, l'histoire de deux ménages d’arüistes. De part et d'autre, la femme était charmante, — l’une, doña Laura, danseuse hors ligne — l’autre, doûa Pafila Copete, sans rivale pour faire danser les écus et, sur le chapitre des amours, plus ardente que la braise. Auprès d’elles, les maris semblaient d’humbles comparses; celui-ci, « pétrarquiste » enragé, passait le jour à rimailler et à déclamer; celui-là, avec des apparences de matamore, était plus poltron qu’un gros lièvre. Comme de juste, ils furent vite supplantés, et dans leur propre intérieur s'installa un intrus, qu'Artieda nomme modestement un € auxiliaire », mais qui usurpa vite toutes les prérogatives du chef d'emploi, y compris celle de pourvoir à la dépense. Or, les deux matrones, chatouilleuses et fortes en gueule, se querellèrent un beau malin jusqu’à en venir aux mains. Vous croyez que les maris intervinrent et tranchèrent le différend? Loin de là ; ils ne surent que trépigner et beugler. Ce furent les amants qui se substituèrent aux combattantes et, pour elles, ils se mirent à mal comme deux dogues. L'’anecdote, évidemment, ne prouve rien contre la moralité de l’art dramatique et Artieda, pour plaider sa

cause, se donne ici beau jeu. Mais elle éclaire d’un jour fâcheux les mœurs des comédiens. [ls se mariaient volontiers et, dans chaque troupe, il y avait une assez forte proportion de ménages; seulement, la pratique relâchait vite cette union, non point toujours par lassitude réciproque, mais trop souvent par intérêt; on accueillait des amants, on les recherchait peut-être et, en tout cas, on les associait par une sorte d’élargissement du contrat primitif à toutes les vicissitudes de la vie conjugale. Quiconque regardait du côté des coulisses y découvrait « des adultères, des relations infâmes telles qu'il sera sage de les passer sous silence ». C’est Artieda qui le déclare en propres termes, et il ajoute : « Tous les comédiens d’une même troupe habitant ensemble, il s’ensuit que les célibataires s’en prennent aux femmes mariées; ce sont les maris eux-mêmes qui les leur offrent. »

L’accusation n’est point voilée. En croirons-nous l’accusateur sans autre forme de procès? Un document lui donne raison : un rapport adressé à l’Inquisition de Valencia et qui concerne la troupe de Rodrigo Osorio”. Rien de moins exemplaire, d’après les allégations fort précises de ce rapport, que la vie des collaborateurs de Osorio. La propre famille du directeur montrait une impudeur particulièrement scandaleuse : Magdalena Osorio, fille de Rodrigo, était acoquinée, au vu et au su de tout le monde, avec un acteur nommé Bautista; celui-ci

n’en était pas moins légitimement marié, mais comme il

1. Publié par Cotarelo, Estudios de historialiteraria, pp.206-207. Ce document, à ce qu’il paraît, se trouve aux Archives nationales, à Madrid; l’auteur n’en donne pas la cote.

avait pris la précaution de laisser sa femme à Séville, il se consacrait en toute liberté à Magdalena sous Pœæil complaisant des parents, qui n'auraient eu garde de protester par crainte d’éloigner de leur troupe un acteur dont le public appréciait le talent. Se sentant nécessaire, et plus nécessaire encore à son directeur ‘qu’à sa maîtresse, Bautista abusait de la situation; sur ses amours avec Magdalena, régulières dans leur double irrégularité, il greffait des escapades dont la délaissée pensa mourir de jalousie; il ne fallut un soir rien moins que des exorcismes et de l’eau bénite pour conjurer les horribles blasphèmes que son dépit lui inspirait. La contagion de ce scandale avait gagné le reste de la troupe; une actrice, Isabel de Torres, surnommée la Granadina, accordait toutes ses faveurs à l’acteur Avendaüo, malgré une blessure qu’il avait auprès de l'œil droit; elle n'en cachait rien à son mari; elle le menaçait, au contraire, de le faire tuer si d'aventure 1l la gênait, et cet infortuné, tremblant de peur, allait souvent passer sa nuit ailleurs, sans même qu’on lui sût gré de son renoncement. Isabel de Torres avait donc à sa suite un mari et un amant; Bautista, par une Juste réciprocité, avait une épouse et une maîtresse. Rodrigo Osorio groupait autour de lui les deux variétés du ménage à trois.

À quelle date sa troupe donnait-elle ce scandale aux Valenciens? Le document qui nous le révèle ne porte aucune indication de date. M. Rennert cependant le rapporte à 19588, parce qu'il avait connaissance d’un séjour d’Osorio à Valencia au cours de cette année’.

1. Il est remarquable que si M. Rennert donne la date de 1588 comme ferme à l’article Osorto (Rodrigo) dans sa List of spanish

Mais nous savons maintenant que Rodrigo Osorio est passé à plusieurs reprises par Valencia, notamment en 1999; et peut-être cette dernière date convient-elle mieux que celle de 1588. Car enfin, pour que Cristébal de Avendaño s'abandonnât avec la Granadina aux familiarités que lon a vues, il fallait bien qu’il eût l’âge requis. Or, il vivait et il jouait encore en 1635, et la rude vie que menaient les acteurs n’était point faite pour les conserver jusqu'à un âge extrême. Supposé qu'il ait eu Soixante ans en 1635, supposé même que chez lui, en sa double qualité d'Espagnol et d’acteur, la valeur n'ait point attendu les années, il est difficile d'admettre qu’à treize ans, en 1588, il ait mis en déroute le légitime époux de la Torres. Reportons à 1595 l’idylle de leurs amours, il a pour lors vingt ans et il mérite pleinement l'épithète de jeune homme, mozo, que notre document lui applique.

En tout cas, la concordance du témoignage d’Artieda et des faits allégués par-devant lInquisition est hors de discussion. Elle est même si frappante que lanecdote contée par le poète peut passer pour une transposition, spirituellement enjolivée, d'une situation dûment constatée dans la troupe d’Osorio et dont la chronique scandaleuse de Valencia ne manqua point de se divertir. L'Épître au marquis de Cuellar, publiée seulement en 1605, aurait donc été composée en 1595 ou très peu de temps après. Les théories qu'Artieda y ‘émet, les aperçus qu’il y donne sur le théâtre contemporain, ne

contredisent pas cette date.

actors and actresses, il ne l'indique que sous réserves à l’article Avendaño (Gristébal de).

Les privautés entre comédiens et comédiennes étaient favorisées à Valencia par la cohabitation. Du jour où PHôpital posséda un théâtre, c’en fut fini pour la plupart d’entre eux du régime des auberges. On leur donna le logement dans les constructions qui entouraient la cour ou pati. Dès l’année 1584, cet usage est établi : ni nuit ni jour ils n’abandonnent le lieu de leurs exploits + Cependant, si PHôpital donnait un emplacement pour camper, il ne fournissait pas les accessoires de campement. L’alcaide ou gardien chef du théâtre s’en chargea; moyennant une modique rétribution, il offrait aux comédiens un gîte où ne manquaient ni les lits, ni les bons soins, et après la mort de Alonso Maluenda, sa veuve, Francisca Gomis, continua le négoce. Cela n’allait point pour elle sans quelques mécomptes. Des hôtes indélicats partaient sans solder la note, et Francisca Gomis obtenait à grand’peine de quelques-uns — les plus consciencieux — qu'ils confessassent leur dette par-devant notaire ; il ne restait plus qu’à la recouvrer *. Lorsque la troupe était nombreuse, elle détachait chez d’autres logeuses une partie de son contingent. Une certaine Villanueva, dont nous ne savons rien que le nom, logeait chez elle, en 1595, quatre ou cinq acteurs ou

1. Parr. José Riudaura, 14 oct. 1584. Il s’agit de Jeronimo Veläzquez, qui doit une certaine somme « ad complementum totius logerii cuiusdam domus dicti hospitalis site et posite in presenti ciuitate in parrochia sancti Stephani in platea vulgo dictade la Oliuera a toto tempore quo in ea representaui et permanst ».

2. Parr. Miguel Jeronimo Chorrutta, 20 déc. 1615 : « Ego Franciscus de mudarra, fabulator pro nunch Val. repertus.. recognosco me debere vobis Francisce gomis et de maluenda vidue dicte ciuitatis. duscentas viginti sex dragmas beticas. Et sunt pro habitatione, lectis et seruiciis, siue de possades, Ilits y seruicis, per me vobis datis et factis vsque in presentem diem, »

actrices de la troupe de Rodrigo Osorio’', mais le directeur lui-même, avec sa famille et quelques-uns de ses collaborateurs, habitait, comme de juste, dans les annexes et dépendances du théâtre,

A la Olivera, les comédiens se trouvaient au rendezvous favori de la pègre valencienne. L’aubergiste qui reçoit Don Quichotte à sa première sortie, dans la méchante auberge fréquentée des maritornes et des porchers, énumère, dans un accès d’attendrissement ironique, tous les mauvais lieux de la péninsule où sa jeunesse a perpétré d’inoubliables exploits. Ni les Percheles et les Islas de Riarän à Mälaga, ni le Compäs de Séville, ni l’'Azogue]jo de Segovie, ni la Rondilla de Grenade, ni ja plage de Sanlücar, ni le Potro de Cordoue, ni les Ventillas de Tolède ne lui refusèrent une hospitalité dont il abusait, et la Olivera de Valencia lui fut fon moins accueillante; il put aussi bien que dans les pires coupegorge « y exercer la légèreté de ses pieds et la dextérité de ses mains », voire se signaler aux cours et tribunaux de justice *. Ce n’était point le théâtre qui avait attiré à la Olivera cette affluence de malhonnètes gens; ils y avaient pris leurs quartiers bien avant la fondation du théâtre. La prostitution à Valencia, au temps où elle était sévèrement réglementée et surveillée, avait été reléguée au nord-ouest de la cité, dans les limites du Partit, sorte de réserve où les femmes perdues, les auols fembres, vivaient en clôture, sans autre diversion que Îles prèches, qu’on leur venait faire en semaine sainte, sans autre garantie que le bon plaisir du justicia criminal,

1. CorareLo, Estudios de hisloria literaria, p. 206. 2. Don Quijote, I, ui.

qui était le chef de la police municipale. Le Partit était exactement sur les rives du Turia ce que fut sur celles de Guadalquivir le trop fameux Compas. Mais le Partit périclita plus vite; son apogée, que l’on doit placer au début du quinzième siècle, fut suivie d’une si complète décadence que, dès le seizième siècle, les religieuses Augustines de Saint-Joseph occupaient, avec leur couvent, le point central de l’enclave maudite. La morale publique n'y gagna rien. Tout se réduisit à un changement dans les modes et les parages de la prostitution : de surveillée, elle devint libre; des rives du fleuve, elle se transporta dans la direction de la mer, au quartier de la Oliverà, qui était aussi celui de l'Université et du théâtre.

Le Partit existait encore que déjà la Olivera abritait un troupeau de proxénèles. Dès le quatorzième siècle, les religieux de saint Dominique, dont le couvent s'élevait dans ces parages, sollicitaient l'expulsion des courtüisanes établies auprès d’eux. Mais il est certain que du jour où toute l’armée du vice fut concentrée sur un même point et à la Olivera, les forces en parurent plus imposantes. Les maisons de jeux, les tavernes pullulient. Et les plaintes de se multiplier soit contre le célèbre Bordellet dels Negres, qui existait dès 1559 mur à mur avec l'Université, soit contre les scènes scandaleuses qui se déroulaient publiquement dans les ruelles et culs-de-sac du quartier. « C'est un fait, constate une ordonnance municipale de 1564, qu'il se commet là bien des vols et des friponneries par la faute de femmes

1. Sur la Olivera, cf. un art. de D. Manuel Calvo Pelarda dans la Revista de Valencia, t. II, num. 3, 10 de marzo de 1883, dont nous résumons ici l'essentiel.

dévoyées et d'hommes de mauvaise vie’. » Rufiens, truands et matamores, courtisanes et entremetteuses, dans une promiscuité où chacun prétendait trouver son bénéfice, passaient des scènes d'amour aux scènes de violence, jouaient indifféremment de l'œil ou du couteau, et terrorisaient les alentours. A l’école d’immoralité, dont ils étaient comme le personnel enseignant, les élèves ne manquaient pas : soldats rentrant d'Italie, prisonniers échappés ou rachetés aux Mores d'Algérie, débarqués de la veille au port du Grao, désireux les uns et les autres de dissiper par de franches repues jusqu’au souvenir de la guerre ou de la captivité.

Le monde très mêlé des acteurs s’accommodait aisément d’un pareil voisinage. On peut craindre que les actrices notamment n'aient tiré parti de la situation. Certaines commerçantes, qui avaient boutique ouverte sur la place de la Olivera, étaient toujours prêtes à leur rendre de bons offices, et de louches tractations se nouaient dans la confusion propice de cette foule. Quels secrets ne nous révélerait pas, si elle retrouvait la parole, cette plantureuse Maria Veläzquez, courtière en bijoux à l’enseigne de la Olivera. Ses complaisances pour un monde interlope furent récompensées comme elles le méritaient : attirée dans un guet-apens, elle y mourut ignominieusement en septembre 1585*. Au milieu de ces intrigues, dans le va-et-vient des oisifs et des picaros, circulaient, coudoyant les uns, évitant les autres, les comédiens fraîchement installés à Valencia, d’allure indécise ou le verbe haut, selon qu'ils sollicitaient des

1. « Pues se hacen muchos robos y muchas tacañerias por muJeres erradas y hombres de mala vida. » Cité par Calvo Pelarda, p. 118. 2. B, N. P., ms. esp. 147, p. 730.

— ÀI2 —

bravos pour le lendemain ou que leur succès de la veille les gonflait d'importance; attirant à eux tous les regards, même hostiles, — fiers de toutes les manifestations, même narquoises, — redressant leur taille sous le manteau fané, — obséquieux et altiers, le sourire sur les lèvres et l’inquiétude dans le cœur, un salut toujours prêt pour ceux qui les montraient du doigt, attentifs à répondre au sobriquet dont on les désignait et dont ils se paraient . comme d’un nom de guerre, Vergara el Temerarto” ou Andrés de la Vega e/ Gran Turco.

Au logis, bien des ennuis guettaient le directeur de troupe. Comédiennes qui étaient ou se prétendaient malades, comédiens que la police inquiétait à la suite de rixes rarement inoffensives, il n’en fallait pas davantage pour brouiller le programme des spectacles. En 1597, vers la mi-novembre, au moment où Vergara, après une compétition de quelques jours, venait d’obliger Martinez à lui céder la place, la femme de Vergara qui jouait les grands rôles féminins, quoique éloignée encore du terme de sa grossesse, est saisie de violentes douleurs; un avortement se produisit, et si lon s’en tira avec un chômage de trois jours, on peut juger de l’état où était la malheureuse lorsqu'elle remonta sur la scène.

1. Livre de Trésorerie, 1603-1604 : « Ittem en 20 de Juliol| 1663] rebi vint y sis Îliures, onze y set, de la representacio de Anto de Vergara alias el Temerario. » Le surnom était donné à Antonio de Vergara pour le distinguer de Luis de Vergara, alias El Bueno. Livre de Trésorerie, 1595-1596 : « A TT de juny 1595 que fonch lo primer dia que comensa a .representar en la casa de la oliuera Vergara el Bueno rebi 14.18. 3. »

2. Ibid., 1597-1598 : «a XXVIL, a XXVIII y a XXVIIII de dit no representaren per serse affollada la muller de Vergara. » Dans le Contralibre : « Nos representa perque aborta la muller de Vergara. »

Telleautre actrice, pour des raisons moins intéressantes, mortifiait son public avec désinvolture. Maria de Cérdoba, qui a rendu célèbre le surnom d’Amarilis, surpassa en sans-gêne ses compagnes les plus effrontées. Il est probable qu’elle séjourna à Valencia, pour la première fois, au printemps de 1620; elle appartenait pour lors à la troupe de Pedro de Valdés, qui occupa la Olivera du 19 avril au 8 Juillet 1620, et il est vraisemblable qu’elle y revint au terme de l'année 1621 avec la troupe de Tomäs Fernandez dans laquelle elle était enrôlée, ainsi que son mari. Dès son premier séjour, Amarilis fit sensation. Elle trouva jusque dans la noblesse des admirateurs dévoués ; ils s’intéressèrent à elle, même après son départ, et le 16 février 1621, Vich note dans son Journal la nouvelle, répandue ce jour-là dans Valencia, qu’Amarilis, la célèbre actrice, avait été mise en prison à Madrid pour ses insolences envers le duc d’Osuna?. A force de parler d’elle, la curiosité de la revoir s'était surexcitée, et lorsque enfin, en 1628, elle arriva associée avec son mari Andrés de la Vega pour la direction d’une troupe, il y eut en ville un enthousiasme auquel n’échappa point le trésorier de l'Hôpital. Lui que la pratique des chiffres semblait préserver de toutes les effusions, au risque de bouleverser la symétrie de ses écritures, il calligraphie en marge de son registre un gigantesque et exclamatif « Amarilis » : symbole touchant qui prouvait que toutes les personnes, tous les intérêts s’effaçaient devant cette femme.

Les débuts eurent lieu le 24 septembre, et le prélès

1. Dietarto de Vich, p. 42 : « Febrero 1621. Martes a 16 se supo que en Madrid havian emparedado a Amarilis, famosa representanta, por las insolencias del Duque de Usuna (sc). »

vement de l'Hôpital sur la recette s’éleva à 46 livres 2 sous 2 deniers, ce qui semble bien le maximum atteint au cours de la période de 1582 à 1630 : on juge par là de l’affluence qu’il y avait à toutes les places. Commencé en idylle, le séjour d’Amarilis à Valencia s’acheva en tragi-comédie. Elle était engagée, ainsi que sa troupe, jusqu’au 1° janvier 1629; mais, le 28 décembre, les administrateurs eommirent l’imprudence de lui payer 990 livres qui, vraisemblablement, lui avaient-été promises par contrat. Dès lors, n'ayant plus intérêt à plaire, elle se montra insupportable; elle n’imposa plus aucune contrainte à ses nerfs, car une jolie femme, heureuse et fêtée, est toujours prête à en jouer, et, le 29 décembre, elle bouda dans sa chambre, empêchant la représentation annoncée sans aucun prétexte, sans l'ombre d’une raison, simplement parce que tel était son bon plaisir"! Gageons qu’au lieu des huées qu’elle méritait, les Valenciens lui firent une ovation. De toute évidence, sa grâce était la plus forte.

Pour des raisons moins profanes, une autre actrice laissa à Valencia de profonds souvenirs. On l’appelait Baltasara de los Reyes, mais c'était là un nom de guerre; les documents légaux la désignent, à plusieurs reprises, du nom très bourgeois d’Ana Martinez®. Il est probable que, s'étant placée par ce baptême de théâtre sous l’invocation de Balthasar, qui était l’un des rois mages,

1. Livre de Trésorerie, 1628-1629 : « À 24 del dit mes de sette comença a representar Andres de la Vega y Re de la Comedia 46.2.2... A 29 de dit [dembre] no y ague Ca perque no volgue representar Amarilis.. A 28 de dee pagui a Maria de Cordoua y de la Vega, muller de Andres de la vega, autor de comedias, 990 1. »

2. CF. Pérez Pastor, Bibliografta madrileña, Madrid, HI, 325.

celui-ci lui a fourni, en même temps qu’un prénom, le patronymique (reyes) dont elle se parait. Ce pieux patronage la prédestinait au coup d'éclat qui lui valut la gloire. En 1611, tandis que la troupe de Heredia, où elle Jouait les premières dames, séjournait à Valencia, par une belle après-midi, en plein spectacle, l’actrice fut illuminée de la grâce divine. En vain son concours avait-il été requis pour mener à {erme la représentation déjà commencée de Saladin, comédie nouvelle du licencié Damiän Salustio del Poyo. En vain, un engagement en bonne et due forme, en vain la présence de son mari Miguel Ruiz qui tenait dans la troupe l'emploi de gra- CioS0 Ou comique, en vain les assiduités d’un amoureux qui à Salamanque avait abandonné pour elle l'Universilé et la suivait comme une ombre, pesaient sur elle pour la maintenir fidèle à son métier. La-voix de Dieu fit entendre un appel impératif. Baltasara, éperdue et confiante, abandonna les planches, s'enfuit auprès de Carthagène vers un ermitage consacré à saint Jean-Baptiste, où elle avait déjà fait halte en se rendant avec sa troupe à Valencia, et là dans la pratique de la vertu elle expia les erreurs d’une existence aventureuse, Compagne, mari el amoureux coururent à ses trousses; elle ne céda point à leurs sollicitations, elle les gagna au contraire à sa foi nouvelle; d’eux aussi elle fit des ermites, et avec une délicatesse ingénieuse elle gradua les rigueurs de l’ascétisme au zèle encore incertain de ces néophytes. Elle ne vit point de mal à ce qu’ils confondissent parfois leur thébaïde avec la Olivera. Ce dut être une scène charmante que celle où Pactrice Jusepa et le comique Miguel Ruiz, en proie à une crise de nostalgie, obtünrent d'elle la permission d'exécuter au seuil de l’er-

mitage une danse qui leur avait valu sur les tréteaux les applaudissements de la péninsule entière. Sous le froc, pieds nus, la discipline à la ceinture, ils dansèrent, ils chantèrent, pour la gloire de Dieu et l'apaisement de

leurs cœurs, un refrain de Galice” :

JUSEPA.

MiquEL.

JUSEPA.

1. En réalité, cette chanson a été composée par un auteur castillan, qui, avec quelques mots galiciens choisis au petit bonheur et trop souvent déformés, a prétendu donner au texte une apparence étrangère. M. Vicente Garcia de Diego, si compétent sur tout ce qui concerne, de près ou de loin, la Galice, a bien voulu transcrire la

Galegiño nouo, [meu]| Galegiño, naon chiles barbado con tanto chillido.

Galeguiño nouo,

meu Galeguiño,

mal San Juan tengades con vuesso gemido.

Tres pares de çapatiñas teño.

chanson en galicien correct :

JusEepA.

MiqueL.

JUSEPA.

Mique,

Galeg[u jiño nouo, [meu] Galeg[u liño, n[o]n chiles barbado con tanto chi[l}/ido.

Galeguiño nouo,

meu Galeguiño,

mal San I[o]an te[ñJades

con v|o|sso gemido.

Tres pares de çapatiñas teño.

Un[h as tendes por ga[ñ Jar, o[u]tras tendes por pagar,

e o[ujtras en cas do] çapateiro.

Los pos. Tres pares de çapatiñas teño.

Miquez. Unas tendes por ganar, otras tendes por pagar, y otras en cas del çapateyro.

Los pos. Tres pares de çapatiñas teño.

On conçoit que le théâtre se soit emparé de cette aventure. Trois auteurs, Luis Vélez de Guevara, Antonio Coello et Francisco de Rojas, la portèrent à la scène en collaboration. Leur pièce ne fut imprimée qu’en 1652', mais elle est probablement antérieure d’une vingtaine d'années. Le premier acte se passe tout entier au théâtre même de la Olivera : c’est un tableau d’après nature, car l’auteur de cet acte, Luis Vélez de Guevara, avait séjourné à Valencia, en 1599, parmi les pages de l’archevêque de Séville, D. Rodrigo de Castro, à une époque de fêtes publiques et de prospérité dramatique. Ne convient-il pas là-dessus de pardonner à Baltasara de los Reyes sa brusque désertion? Et au total ne vaut-il pas mieux pour une actrice susciter des comedias® que d’en Jouer?

1. En tête du volume Primera parte de comedias escogidas de los mejores de España.…., año 1652. Con Licencia, en Madrid, Por Domingo Garcia y Morras. Le titre de la comédie est ainsi libellé : « La gran comedia de La Baltasara, La primera jornada de Luis Velez de Guevara, la segunda de D. Antonio Coello, la tercera de D. Francisco de Roxas. » Pour dater l'aventure qui fait le sujet de la pièce, je me fonde : a) sur ce qu’on sait par ailleurs de la vie de l'actrice, aucun document la concernant n’est postérieur à février 1611 ; b) sur le séjour de la troupe de Heredia à Valencia, dont les dates ne sont pas certaines, mais qui a pu se placer dans la seconde moitié de l’année 1611 (cf. le tableau de la page 129); c) sur certains vers de la comédie qui montrent qu’au moment où la conversion de Baltasara s’est produite, le divorce entre les Provinces-Unies et la Flandre était déjà consommé et officiellement reconnu (f. 2 rectob); or, la Tréve de douze ans est du 9 avril 1609.

2, On trouvera une analyse, d’ailleurs fort médiocre, de La Bal-

Les démêlés des acteurs entre eux ou avec leur directeur avaient de plus terribles conséquences, surtout lorsque s’y ajoutaient des rivalités de troupe à troupe. Dans la première quinzaine de décembre 1581, Francisco Osorio et sa femme Beatriz Hernändez y de Osorio étaient installés à Valencia avec tous leurs gens. La troupe de Mateo de Salcedo ne tarda pas à y arriver et avec elle Pacteur Melchor de Leôn. Se disputa-t-on les emplacements disponibles pour jouer? et Leén prit-il le parti de son directeur? ou bien entre lui et Francisco Osorio y avait-il un vieux compte à régler? Le fait est qu'ils en vinrent aux mains, et Osorio reçut en pleine. face un coup qui lui mit l’œil gauche dans le plus piteux état. L'autorité compétente fut saisie d’une plainte, et il allait en cuire à Melchor de Len lorsque des personnages d'importance s’interposèrent. Ces médiateurs — (c’étaient peut-être les administrateurs de l'Hôpital, intéressés à ce que des représailles ne fussent pas exercées sur la gent comique) — obtinrent que Osorio, tant au civil qu’au criminel, se désistât de tous ses droits le

18 décembre, par-devant le greffier de la Royale

e Audience; sa femme renonça de son côté, le 19 décem-

bre, à se prévaloir du dommage subi par son mari’. En

lasara dans Casiano Pellicer, Tralado histôrico sobre el origen y progresos de la comedia y del histrionismo en España.

1. Parr. Minutes de Franco Jeronimo Victor, 1581, 19 déc. : « La honor. beatriu hernandez y de osorio muller de franco osorio auctor de farses resident en Val. Ates y considerat que estos dies propassats y ha hag...questio entre lo dit mon marit y Melchior de leon representant, en la qual questio lo dit mon marit reb... en lo vll squerre va colp de qual... mal y com entre dit mon marit y lo dit Melchior de leon se ha fermat... tregua y ha... renunctit tot dret ciuil y criminal ab acte fermat en poder del scriua de la real Audientia en lo dia de ahir. E com per interuencio de algunes notables persones per part

échange de quoi Melchor de Leon versa à sa victime une indemnité de 80 réaux castillans, qui avait été calculée à raison de 4 réaux par jour pour incapacité de travail, plus les frais de médecin, chirurgien et pharmacien. Dès le 5 janvier 1582, Len s'était acquitté de sa dette et la paix régna à nouveau dans la cité des comédiens.

Elle fut troublée dans des circonstances particulièrement graves, en 1609", par Alonso de Olmedo. Audacieux comme un jeune homme (il n'avait débuté au théâtre qu’en 1600), insouciant et ne portant encore le poids d'aucune responsabilité (il ne sera chef de troupe qu'à partir de 1616), il tua, dans des circonstances que nous ignorons, probablement au cours d’une querelle, un bourgeois valencien, Pedro Llopiz, connu et solidement établi dans la cité. Le coupable échappa, par une

del dit Melchior de leon sia estada... etc., etc. » Elle renonce pour sa part à toute poursuite. [Le document reproduit est en très mauvais état, les points de suspension (sauf à la fin) indiquent un trou du papier.] Autre document du 5 janvier 1582 (nunutes de Victor): « … franco osorio... y beatriu hernandez y de osorio... confessen hauer hagut y rebut de Melchior de leon... huytanta reals casts. ab los quals... per tot y qualseuol dret quels competeixca y puixca competir per raho de... quatre reals casts, que lo dit Melchior de leon se hauia obligat donar y pagar cascun dia al dit franco osorio mentres duras la cura de vn colp que lo dit osorio hauia rebut en lo vil squerre en los quals dits LXXX Rs. se entenen y comprenen lo que se ha gastat y se ha de gastar en dita cura axi de metge, çirurgia com de mediçines necessaries pera dita cura... ».

1. Nous savons qu’en 1610 Olmedo était enrôlé dans la troupe de Riquelme (Rennert, op. cil., p. 540). Or, Riquelme était à Valencia à la fin de 1608; il y cessa ses représentations le 8 décembre, mais il est possible qu'il s’y soit attardé jusqu'aux premiers jours de 1609. Si Olmedo appartenait dès ce temps-là à la troupe de Riquelme, l’affaire qui nous occupe se placerait donc tout à fait au début de l'année 1609.

fuite précipitée, au châtiment qu’il avait encouru ; et il prit bien soin, désormais, que ses pérégrinations le fissent toujours passer au large, très au large de Valencia. Un jour vint cependant, en octobre 1619, où il estima que le temps avait fait son œuvre, supprimant jusqu’au souvenir de son crime. Comme d’ailleurs il était maintenant devenu un acteur célèbre qui honorait une cité par sa présence, il obtint pour lui et les siens un saufconduit du vice-roi. Il se croyait certain de n'être pas inquiété. Mais l’Inquisition veillait; Pedro Llopiz était de son vivant familier du Saint-Office, elle se considérait comme chargée de venger sa mort. Dès le 15 octobre, une partie de la troupe de Olmedo était déjà arrivée à Valencia; lui-même était annoncé pour l’un des jours suivants, il comptait débuter le 29 à la Olivera. Les Inquisiteurs valenciens ne perdirent pas une minute; le 15 octobre, ils expédièrent au Grand Inquisiteur une lettre urgente, où ils établissaient leur droit à évoquer celte affaire et la nécessité de ne la point négliger. Ah! le beau procès qu’ils rêvaient ! et comme aux raffinements d’une instruction criminelle ils seraient heureux d'ajouter les péripéties d’un conflit avec le pouvoir civil, qui avait octroyé le sauf-conduit! Hélas! toute cette machine croula : le Grand Inquisiteur, qui n'avait aucune envie de contredire lPautorité royale, envoya le 22 octobre une réponse, non moins urgente que la demande,

ordonnant de ne rien entreprendre contre Olmedo'. La

1. À. H. N. — Inqon de Valcia, Registro de cartas del año 1618 & 1628, fol. 125, 19 oct. 1619 : « En el año pasado de mil seiscientos y nueue sucedié en esta ciudad que Olmedo comediante mato à Pedro Iopis, familiar deste Sto offo, y con su fuga y no hauer buelto mas a esta terra se a detenido desde entonces la prosecucion y processo

prudence exigeait ce sacrifice : que les mânes du familier s’en accommodent comme elles pourront !

En la personne d’Olmedo, l'Inquisition de Valencia prétendait châtier un crime commis sur l’un des siens; elle n’en voulait nullement à la profession qu’il exerçait, pareille en cela au clergé séculier, qui admettait les comédiens sans aucune réserve au sacrement du mariage. Entreprise compliquée que le mariage d’un comédien! Ses perpétuels changements de résidence l’obligealent à d’onéreuses et interminables formalités. Juan de Giraldes en fit l’épreuve. Les documents qu'il lui a fallu réunir pour convoler en justes noces, remplissent tout un dossier dans les archives du Palais archiépiscopal de Valencia”. Il appartenait à la troupe de Luis de Vergara qui, après un premier séjour à Valencia, partit le 21 ou le 22 janvier 1595 dans la direction de Cuenca. C’est là que Juan de Giraldes se détermina à épouser Mariana de Velasco. La fiancée était, elle aussi, une enfant de la balle, et elle devait fournir au théâtre une belle carrière; elle acquit la réputation, aux environs de 1623, sous le surnom de la Candada, qui lui venait de Luis Candau, son second mari, auquel elle garda jusque dans la mort une touchante fidélité. On ne sait

de su causa hasta aora que nos an dado noticia que el dicho comediante viene a representar a esta ciudad y que para ello a Ilegado ya parte de su compa y que todo esto es con seguro y guiaje que el Virrey le a dado por el dicho delicto, y como el conocimiento y castiguo del pertenesse a este Sto officio.… nos hallamos obligados a tratar dello. » Réponse de l’Inquisition centrale : €... y visto todo ha parecido que por ahora no haga v. s. novedad en este caso, dandonos luego cuenta del estado quel proceso tiene. »

1. Liber licenciarum Curie ecclesiastice Valentin, de Anno MD LXXXX Vo.

ne

rien d’elle à la date de 1595, tout juste ceci qu’elle était fort jeune, puisqu'elle devait vivre encore jusqu’en 16/49. Le fait est que ses yeux de Salmantine séduisirent linflammable Andalou qu'était Giraldes (il était né à Cordoue), et le 5 février 1595 ils se marièrent solennellement (se desposaron), à la mode de ce temps, par-devant Agustin Portero, curé de la paroisse Saint-Étienne, à Cuenca. Ils avaient obtenu la dispense des trois publications prévues par le Concile de Trente, pour la raison que, si les dites publications étaient faites dans leur ville natale, il se trouverait des gens qui s’opposeraient au mariage par pure méchanceté”. La cérémonie se fit à l’auberge de Diego Pérez de Teruel, surnommé e/ Vie]o, laquelle était à Cuenca le gîte de notre troupe comique. Les témoins furent : Diego Pérez l’aubergiste, le licencié Matiàs de Mora, le licencié Solis, et Luis de Vergara, le directeur de la troupe. Au recueillement des prières succéda vite l’allégresse d'une franche repue : Diego Pérez servit à l'assistance une collation, que le vin épais du pays dut animer d’une gaieté en rapport avec la condition des convives ?.

Il restait maintenant à confirmer, par l’imposition du voile (velaciones), le mariage déjà béni à la face de l'Église, et comme la troupe, dès la fin de février, aban-

1. «.. si se hiciessen las tres amonestaciones que el saneto consilo de trento manda, abria personas que se lo impidiessen de mali- C1a... » È

2. Déposition de Diego Pérez, recueillie à Cuenca le 27 février 1992 : « …. dixo que lo que pasa es que este testigo conoce a Juan giraldes e marianna de velasco farçantes.. Sabe este testigo que se an desposado segun orden de la sancta madre ygle-

. y este testigo les diô colacion a los que se allaron en el dicho manie »

donna Cuenca et que d’ailleurs le Carème interdisait la célébration d’une messe nuptiale, force était de se munir, avant le départ, de toutes les pièces justificatives. Juan de Giraldes n'y manqua point : enquête, acte de mariage, il emporta avec lui une liasse de papiers dûment scellés et il décida d’en faire usage à Valencia, lorsque la troupe de Vergara y reviendrait en juin pour un second séjour. Dès son arrivée, au début du mois, il mulüiplia les démarches; enfin, le 26 juin, en l’église Saint-Étienne, qui était la paroisse de la Olivera, le voile fut imposé aux conjoints; un prêtre du clergé paroissial et le sacristain servirent de témoins", Heureuse conclusion d’une entreprise matrimoniale plus compliquée que l'intrigue d’une comédie! Les nouveaux époux restèrent à Valencia jusqu’à la mi-août, puis ils parürent pour Grenade où leur troupe aHait jouer en

novembre une comédie de Lope, intitulée : Z7 leal Criado”.

Des écarts de conduite ou les événements de la vie familiale mettaient les comédiens en rapport avec les autorités religieuse ou judiciaire. Les ennuis qu’ils en éprouvaient étaient peu de chose auprès de ceux qui leur venaient de leurs créanciers. Car voilà bien l’endroit où le bât les blessa constamment : ils ne purent presque jamais faire honneur à leurs affaires, — trop

1. « Dilluns a 26 de Juny del present ani [1595] oiren missa nupcial i reberen la benediceio de la iglesia juan giraldes, representador de comedies, natural de la ciutat de cordoua del regne de castella, i mariagna de uelasco, natural de salamanca. foren testimonis mossen juan periz, beneficiat en sant esteue, i domingo morato, escola de s. esteue.., »

Page 1