SPECTKOSCOPIE DES ORGANES ET DES TISSUS VIVANTS
Les recherches spectroscopiques iailes sur les organes et les tissus, pendant la vie ou après la mort n’ont pas encore été le sujet d’une étude d’ensemble, et, pour les exposer, il est essentiel de distinguer entre les organes que nous pouvons étudier directement, sans aucune intervention traumatique, et ceux dont l’observation nécessite une dissection, destinée à les mettre à découvert. Nous pouvons examiner directement au spectroscope les téguments, les muqueuses, l’œil, chez l’homme, et, chez les animaux, il est possible d'étudier les parties minces ou translucides d’une faible épaisseur.
Le dispositif à employer si l’on veut simplement étudier la réaction spectroscopique, con-
SPECTROSCOP1E DES TEGUMENTS
sisle à bien éclairer la partie à examiner avec la lumière solaire, soit par transparence, soit directement par la lumière diffuse, et à se servir d’un speclroscope à vision directe que l’on rapproche plus ou moins de l’objet à étudier. On peut alors faire une analyse spectrale qualitative ; mais il est possible d’obtenir des observations d’une valeur bien plus pratique, chez l’homme, par l’analyse spectroscopique de la vascularisation des téguments et des muqueuses, en suivant mes procédés d’observation.
Il suffit d’avoir étudié chez diverses personnes l’activité de la réduction ou, simplement, d’avoir observé au speclroscope, à vision directe, des régions diverses de la peau, ou des muqueuses, pour constater que la bande de l’oxyhémoglobine visible au speclroscope est plus ou moins large suivant qu’on examine des parties plus ou moins vascularisées. Celte observation m’a conduit à rechercher le moyen de comparer ces diverses intensités, de déterminer le rapport qui existe entre le degréd’intensilé d’absorption et la richesse du sang en oxyhémoglobine,etj’ai réussi à résoudre ce problème. Il est donc désormais possible de faire! analyse quantitative de l’oxvhémoglobine du sang à travers l’ongle, la peau, les muqueuses, les divers tissus mis à nu avec
ANALYSEUR CHROMATIQUE
une approximation suffisante pour ùtre utilisée dans les éludes cliniques et la pratique ordinaire, au moyen d’un spectroscope garni de verres colorés et gradués. Ce dispositif constitue l’appareil très simple que j'ai appelé Analyseur chromatique (*).
Analyseur chromatique. — Cet instrument a pour
Fig. 1
Rouge Oranger JauneVert Bleu indigo
(J) A. I1ÉNOCQUB. — Analyse clu sang dans les tissus vivants (Analyseur chromatique, archives de Physiologie norm. et palholog. de Brown-Séquard), n° i. janvier 189M, p. 3o.
ANALYSEUR CHROMATIQUE
principe les phénomènes d’atténuation des bandes de l’oxy hémoglobine par des verres colorés.
Après avoir étudié l’action des verres de toutes les couleurs simples sur le spectre du sang, j’ai définitivement choisi des verres jaunes, orangés, chromés, et je les ai disposés en séries d’épaisseurs déterminées et progressives en les plaçant successivement devant le diaphragme du spectroscope.
Ainsi que le montre la fi<j. i, ces verres, suivant leur épaisseur et, par conséquent, l’intensité de leur coloration, atténuent plus ou moins, éteignent même les plages violette, bleue, verte et jaune-vert, pour ne laisser apparaître que le jaune-orangé à leur plus grande épaisseur.
Si nous superposons ces verres au spectre du sang, dans l'hématoscope ou simplement au spectre de l’ongle ou de la paume de la main, nous voyons, ainsi que le démontre la fig. 2, le spectre s’assombrir, et, suivant l’épaisseur progressive des verres nos g, 10, 11, 12, les deux bandes de l’oxyhémoglobine se détacher moins nettement, devenir difficilement perceptibles, enfin se confondre dans l’obscurité qui est générale, les rayons lumineux étant pour la plupart absorbés, sauf les rouges et les orangés.
Partant de ce fait, j’ai déterminé les épaisseurs et l’intensité de coloration des verres jaunes qui correspondent à une quantité donnée d’oxyhémoglobine contenue dans le sang examiné à la paume de la main, alors que les bandes cessent d’être perceptibles, et j’ai adopté un dispositif auquel j’ai donné le nom d’analyseur chromatique {fig. 3).
Cet appareil se compose essentiellement d’un disque
ANALYSEllR CHROMATIQUE
percé d’ouvertures circulaires dans lesquelles sont enchâssés des verres jaunes, d’épaisseur et de colora-
Fig. 2
Rouge Orangé Jaune Vert * Bleu Indigo
üBC D E b F G
Examen sans verre coloré
Examen avec verre jaune n‘ 9
verre jaune n! 10
verre jaune n ° 1 1
verre jaune n! 12 £ Olerhn. del.
Spectre de 1 ongle
pour 11“/. d oxyhëmoglobine.
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lion progressivement variées, et un verre bleu urané; l’un des orifices reste libre pour laisser voir le spectre pur {fi g. 3). Ce disque D est mobile, sur un axe perpendiculaire P fixé à un collier G qui s'adapte au tube d’un spectroscope à vision directe, immédiatement en avant de la fente du diaphragme.
En faisant tourner le disque, on fait passer successivement les verres devant la fente du spectroscope et l’on peut étudier ainsi les spectres de chaque verre et leur effet sur le spectre de lcr peau, de l’ongle ou de divers tissus.
Le maniement en est des plus simple : on commence par viser avec le spectroscope, dont la fente est mise au milieu de l’orifice libre, la paume de la main dont les doigts sont h demi-fléchis et qui est exposée à la lumière du jour diffuse, en face d'une fenêtre, mais en évitant les rayons solaires intenses et directs. On voit alors se dessiner les bandes de l’oxyhémoglobine (fig. 7, i<“r spectre), et afin de les reconnaître plus distinctement, on fera tourner le disque pour placer le verre bleu devant la fente du spectroscope (fig. 4).