‹ Spinoza et ses contemporainsChapitre 14 sur 22 · IL · texte numérisé non relu

IL

(3) Cf. FrcHiiienlhal, op. cil., p. i23.

pandre la vérité, c'est la réserve que Spinoza y apporte. Louis IVfeyer, dans une préface qu'il devait mettre en tète des Principes de Descartes, avaient tenu à défendre l'auteur contre les attaques dont il était l'objet, peut-être contre ce même Gasearius pour qui les Principes avaient été rédigés; Spinoza lui demande d'efl'acerle passage, qui était, disait-il, de nature à choquer le lecteur : son travail a été entrepris dans l'intérêt de tous les hommes, et il en exclut tout ce qui pourrait le faire soupçonner d'apporter quelque pensée damour-propre dans sa propagande philosophique (1). C'était à ses yeux, comme il l'a dit dans VÉthique (2), un devoir d'enlever à l'envie toute occasion de s'exercer contre lui, et la pratique de ce devoir lui était facile, car son âme demeurait étrangère à tout calcul d'ambition personnelle. L'homme qui avait maintenu la liberté de sa pensée contre les préjugés de la théologie et les menaces de l'autorité civile était capable de la défendre contre ses propres passions. Sans chercher à leur substituer, pour mieux les terrasser, des passions contraires et tout aussi violentes, doucement, tranquillement, il leur opposait la contemplation sereine et joyeuse de la vérité éternelle. Le savant Fabricius lui avait offert, au nom de l'Electeur Palatin, la chaire alors très enviée de professeur à Heidelberg, où, disait Fabricius, il pourrait mener avec plaisir une vie digne d'un philosophe (3). Spinoza décline cet honneur : il ne veut pas que les charges de cet enseignement nuisent au progrès de sa propre philosophie ; surtout il entend ne rien sacri-

(i) Lettre XV; II, 55.

(2) Eih., IV, App. 25; I, 2',7.

(3) Lettre XLVII (53); II, i8i.

Brukschvicg. — Spinoza. i5

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