‹ Spinoza et ses contemporainsChapitre 4 sur 22 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le système spinoziste doit avoir pour principe une délînitiou ; cette définition, étant principe, exprime nécessairement une idée première, que l'espiit forme absolument, sans égard à d'autres pensées (1). Or cette idt e « exclut toute cause, c'tst-à-dire que sou objet ne réclame pour son explication d autre objet que lui-même (2) ». En conséquence, elle doit être telle « que, cette définition une fois donnée, il n'y ait plus lieu de poser la question d'existence (3) » ; autrement dit, puisqu'à toute définition correspond une essence, l'essence que contient la définition première, enveloppe nécessairement l'existence. Tel est le point de départ du système : l'essence enveloppant l'existence. Procédant tout entier de l'aciivité intellectuelle, il n'en comporte pas d'autre ; en ellet, il faut que l'esprit prenne immédiatement posses-

(i| Inl.Em. ; I, 35.

(2) Ibid. ; I, 32 : « Definilionis vero rei increatae, haec sunt requieita : 1») ut omnem causam secludat, hoc est, objectum nuUo alio prîBter suum esse egeat ad sui explicationem. »

(3) Ibid. : <■ a«) Ut data ejus rei definitione, nullus maneat locus quiestioni : An sit ? »

sion de l'être; sinon, il lui demeurera toujours impossible de déduire une réalité d'un simple concept, il ne pourra se développer quen surface, sans jamais sortir de l'apparence et atteindre la profondeur de l'être. Pai suite, ou le système sera une pure phénoménologie, ou la définition première' S3ra onttoiogique, c'est-à-dire qu'elle comprendra le passage de l'essence à l'existence. En vertu de la certitude inhérente à l'intelligence que les choses sont dans la réalité ou formellement telles qu'elles sont dans la représentation ou objectivement (1), tout acte de l'intelligence est une affirmation de la vérité ; mais cet acte particulier, par lequel est affirmé le passagerde l'essence à l'existence, est tel qu'il n'est vrai qu'à la condition de se dépasser lui-même en tant qu'acte intel^lectuel, de franchir la sphère de l'idéalité pour entrer dans celle du concret (2). L'idée contient en elle plus 4u'elle-même ; l'idée est l'être. Par là le concept est dégagé de son origine subjective ; sa réalité ne dépend plus. de l'existence de l'esprit, c'est lui-même qui se pose, non plus dans l'intelligence, comme simple notion, mais à titre d'essence dans l'absolu , c'est l'essence qui se confère à elle-même l'existence. Une telle essence possède donc une énergie intime, une activité efficace; elle est une puissance de production, ou, si l'on désigne d'un mot nouveau cette opération originale où le produit ne se distingue pas de ce qui produit, elle est une productivité. Spinoza l'appelle cause de soi, et la première défi-

(i) Ibid. ; I, 35. Vide sapra, p. 47. i^ote 5.

(2) Elh., I, 8 Sch. II ; I, 44 : «... adeoque fatendum necessario est, siibstanliae existentiam, sicut ejus essentiam, setcrnam esse veritalem. •>

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