‹ Spinoza (volume 3)Chapitre 14 sur 38 · M 3FIN02A · texte numérisé non relu

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pas une, et qui ne dépendait pas de lui ? Sa vie fut une longue maladie, toujours à la merci de fièvres qui ne cessaient de l'altaquer avec violence, comme sa Correspondance Tatleste en maints endroits : o II était, dit Colerus, d'une constitution tn*s faible, malsain, maigre et atteint de phtisiedepuisplusde vingt ans (1). » Rejeté brusquement de la liberté de Tesprit dans la servitude du corps, il ne s'étonoait pas, ne se troublait pas, car ses souffrances étaient conformes à Tordre uuiversel de la nature ; son intelligence les comprenait, et, en les comprenant* elle recouvrait sa propre autonomie. Aussi, bien quil regardât la santé comme une condition du bonheur, et qu'à ses yeux la médecine préparât à la morale presque au même titre que la logique (3), il ne se plaignait pas ; il se contentait Lie suivre avec attention la marcbe de la malndie, et de se soiguer suivant un système particulier qu'il avait découvert. Son vrai remède, d'ailleurs, c'était de s absorber tout entier dans la méditation et d'oublier tout ce qui n*était pas proprement idée, au point qu'au témoignage de Jarigh J elles, il demeura trois mois retiré dans ses spéculations, sans sortir de son cabinet (3); il avait coutume de veiller fort avant dans la nuit, jusqu'à trois heures du matin souvent^ si bien que Kortholt étonné ne peut s empi'^cher de rappeler le mot de Senèque : « Vatia est enseveli ici (4), » En effet, la philosophie était une sépulture p3ur Spinoza, si l'on entend par

(i) Saisset^ n, xsxv et Leben&gesrhichte, p. 94-

(2) InL Em. ; I, 6. . ^

(3) Préface des Œuvreu po&îhtimes, fk 'x. Cr Lucas, Saisaely \U XhiTL el Lehen&gesckichte, p. i4-

(4) Leben&geschichie^ p. ij.

là quil était mort à, la vie du monde et à tout ce qui était dans le monde; mais cfttte mort, il Ta qualifiée luimême de régénération : wedergeboorfe (1) : c'est la naissance à la vie éternelle, qui rend indifTérent à la mort naturelle. Aussi la tin de Spinoza fut-elle simple et calme. Ses ennemis, ne concevant pas qu'il loi lût possible de mourir en paix, entourèrent de circonstances inventées à plaisir le récit de ses derniers moments. En réalité, Spinoza mourut doucement, sans agonie, ayant auprès de lui Tun de ses fidèles amis (1)- Sa seule préparation à la mort avait été d'examiner ses manuscrits et de brûler tous ceux qui lui paraissaient Incomplets ou imparfaits* C'était un jour de réjouissances publiques: en souriant, il fit remarquer à son hôte qu'il prenait sa part de la fête populaire et qu'il allumait, lui aussi, son feu de joie. Les seuls désirs qu'il exprima, ce fut d'abord qu'on vendît les objets qui lui appartenaient, et qu'avec le produit de la vente ^on payât exactement le;^ dettes qu'il pouvait laisser, ensuite que l'on réunit en volume celles de ses œuvres qu'il n'avait pas livrées au feu, à la condition que la publication en fût anonyme (3)*

(i) KorU Vtrhfindding, 11,22; i^ 3^2*

(2) Col crus, Saisset, 11, xxatv ti Lebensgtschkhte, p. g5.

(3) Lucas Saismet^ II, l et Lebensgeachichte^ p, iG,

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