CHAPITRE II
Nous connaissons maintenant quels sont les divers états pathologiques que peut présenter la rate ; 1l nous reste à considérer de quelle façon ces états pathologiques se manifestent à l'extérieur, par quelssignes, en présence d’un malade, nous serons conduits à porter notre attention du côté de lorgane splénique. Ces signes sont la splénalqie, la splénomégalie, — dont on doit distinguer deux formes: l’hypermégalie, simple augmentation de volume de cause purement circulatoire ; lhypertrophie vraie, qui se distingue de lhypermégalie « en ce que les éléments nobles et normalement constitutifs de l'organe auraient subi un surcroît de développement ou une augmentation de nombre »; — enfin, l'atrophie splénique, forme rare, que nous passerons sous silence, et qui ne s’observe guère qu'à la suite de périsplénite ou d’un travail de sclérose dont les causes peuvent être multiples.
Nous ajouterons à cetle énumération, comme dernier signe, une fièvre particulière, à larges oscillations, et que nous décrirons dans un chapitre spécial.
S EL. — SPLÉNALGIE
La splénalgie est un symptôme subjectif qui révèle la souffrance de lPorgane. Ce n’est pas un phénomène constant dans les manifestations des lésions spléniques ; et quelquefois ces lésions ne se traduisent guère, pour le praticien, que par une augmentation de volume.
La splénalgie se caractérise par une douleur siégeant dans lhypochondre gauche. Cette douleur est rarement très violente. Toutefois, lorsqu'il y à eu distension rapide de la rate, elle peut acquérir beaucoup plus d'intensité, et l'on à pu la confondre, dans certains cas, avec des coli-’ ques néphrétiques. Ses caractères généraux ont été bien décrits par M. le professeur Baumel (Leçons sur l'appareil digestif) qui, relatant l'observation d'un cas type, s'exprime alnsi :
« La douleur, spontanée et continue, mais à exacerbations vespérines, était accrue par la palpation de lPorgane au-dessous du rebord costal.
» Les doigts étant légèrement enfoncés dans Phypochondre droit. dans la direction de l'organe, on éprouvait bientôt une certaine résistance. À ce moment, le malade accusait une douleur beaucoup plus vive et presque Intolérable.
» Cette douleur était également accrue par la percussion de la paroi costale, bien plus par celle des espaces inter-
Re fee costaux que par celle des côtes elles-mêmes. C'estsurtout, en effet, et ce point me paraît important à noter, à travers les espaces intercostaux que l’on pourra juger de Phypéresthésie des organes splénique et hépatique.
« Pour le premier même, ce sera d'autant plus précieux que, souvent, la rate, non seulement ne dépassera pas le rebord costal, mais encore ne l’atteindra pas. »
La splénalgie, localisée, avons-nous dit, à lhypochondre gauche, peut quelquefois, el e’estce quis est présenté dans notre observation IV, irradier sur le trajet du phrénique et provoquer au niveau de l'épaule gauche une douleur comparable à celle que l’on observe fréquemment à l'épaule droite dans les maladies du foie.
La douleur splénique, avec les différents caractères que nous venons d’énumérer, ne devra pas être prise pour une pleurodynie, une névralgie intercostale, un point pleurétique ou péritonéal, ou même une manifestation douloureuse d’une lésion d'un organe voisin. C’est ainsi que nous avons déjà parlé d’une méprise possible avec une colique néphrétique. Nous-même avons été obligé, dans notre observation IV, de discuter la possibilité d'attribuer la douleur ressentie par la malade à la broncho-pneumonie qu'elle présenta presque simultanément. Enfin, le point de côté splénique peut être confondu avec des palpitations cardiaques, de la gastralgie, des troubles intestinaux.
Nous ne voulons pas faire ici le diagnostic différentiel entre la Splénalgie et ces diverses affections : le caractère de la douleur, les symptômes concomitants, pourront mettre sur la voie. Mais ilest,toutefois,un point que nous devons signaler, el qui peut, dans certaines circonstan-
ces, aider au diagnostic, c'est que, ainsi que nous le
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verrons plus loin, la splénalgie s'accompagne souvent de larges oscillations de température.
La splénalgie se rencontre dans la plupart des maladies infectieuses, principalement dans les fièvres intermittentes (docteur Fabre, de Commentry), et dans la fièvre typhoïde ; mais on la trouve encore, écrit M. le professeur Baumel, dans bien des circonstances où son existence est à peine soupçonnée. «Je la vis, un jour (1880), dans le service de M. le professeur Dupré, se produire, chez un militaire atteint de fièvre Lyphoïde, dès le début pour ainsi dire de la maladie, qui se termina par la mort, après avoir donné lieu à une parotidite gauche suppurée. L’autopsie révéla dans la rate l'existence de six énormes infarctus de forme pyramidale ».
Cette observation, intéressante à plus d'un point de vue, se trouve mentionnée dans plusieurs leçons cliniques de M. le professeur Baumel (1). Elle est encore inédite, et nous remercions M. Baumel d’avoir bien voulu nous la communiquer; nous réaliserons son désir en la publiant, comme il l'avait annoncé, sous le titre d’/n/farclus de la rate.
(1) Baumel. Lecons sur les maladies de l'appareil digestif, 1889, T. II, Pathologie des annexes :
1" lecon : Aperçu général sur la pathologie médicale des annexes du tube digestif ; 9° leçon : Asialie, rate et salive; 10° lecon : Parotidites, oreillons: 23° lecon: Splénalgie, hypermégalie splé-
nique.
Observation Première
Infarctus de la rate
Joseph Descel..…., caporal au 122*° de ligne, entre, le 8° novembre, à l’hôpital Saint-Eloi, et est couché au n° 6 de la salle Saint-Charles, service de M le professeur Dupré.
Rien au point de vue héréditaire. — Lui-même a eu, étant enfant, des glandes au cou, puis la variole.
Dans la nuit du 5 au 6, il éprouve des frissons suivis de chaleur intense. Ces frissons se renouvellent jusqu'au matin.
6. — Le 6, il fait son service comme de coutume, conservant un peu de céphalalgie.
Dans la nuit du 6 au 7, nouveaux frissons moins forts, moins fréquents que la veille.
1-8. — Le 7, il garde le lit ; il entre à l'hôpital au soir. Température : 39°7.
9. — La nuit est calme. — Le 9, céphalalgie, anorexie, langue saburrale. T., 39°2. Prescription :
IPÉCEN IEEE 1 gramme.
Tartre StDiÉ ne 0 03 centigr.
Infusion de camomille. 90 grammes.
Illico en 3 fois.
Soir: T., 385. Le malade a vomi trois fois; se trouve mieux. Pas de céphalalgie. Pouls large et fréquent. 10. — Matin: T., 38°6. Langue légèrement saburrale,
Huinre
rouge à la pointe. Céphalalgie sus-orbitaire légère. Pouls fréquent. — Bouillon, eau vineuse, pruneaux.
Soir : T., 40°1. Céphalalgie frontale très forte.
te Matin: T., 2878 Douleur épigastrique. Respiration gênée ; expectoration douloureuse. Tête tourne; bourdonnements d'oreilles. Langue saburrale. — Eau de Sedlitz, un verre. Bouillon, eau vineuse.
Soir : T. 40°5. Pouls fréquent, dicrote : douleur abdominale accrue par l'expectoration.
42. — Matin : T., 39°7. Fatigue plus grande; respiration difficile dans le décubitus latéral gauche ; douleur limitée en un point du côté gauche, vers le 10° espace intercostal.
Soir : Respiration difficile. T., 41°.
13. — Matin : T., 40°3. Respiration plus facile. Pouls petit, fréquent. Peau un peu sèche. Douleur étendue à tout le côté gauche, au flanc gauche et à l’épigastre, s’exaspérant à la plus légère pression. Trois selles diarrhéiques abondantes. Langue rouge dépouillée de son épithélium.