I>E PUEAU DU CAR.UEL DE LISIEUX
tUn côté (Ui iIouastt;re. I
La fenêtre, marquée d'une croix est celle, de la cellule que S" ThérHe de l' Enfant- féiug habita pendant les derniire» annéeê de sa vie. — A gauche la ealle du Chapitre où elle fit l'rnfetfion.
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et me communiquant par vous ses ordres bénis. Je sais bien, ma Mère, que vous me rendez doux et léger le fardeau de l'obéissance; mais il me semble, d'après mes sentiments intimes, que je ne changerais pas de conduite et que ma tendresse filiale ne souffrirait aucune diminution, s'il vous plaisait de me traiter sévèrement, parce que je verrais encore la volonté de mon Dieu se manifestant d'une autre façon pour le plus grand bien de mon âme.
Parmi les grâces sans nombre que j'ai reçues cette année, je n'estime pas la moindre celle qui m'a donné de comprendre dans toute son étendue le précepte de la charité. Je n'avais jamais approfondi cette parole de Notre-Seigneur : « Le second commandement est semblable au premier : Tu aitneras ton prochain comme toi-même '. » Je m'appliquais surtout à aimer Dieu, et c'est en l'aimant que j'ai découvert le secret de ces autres paroles : « Ce ne sont pas ceux qui disent : Seigneur / Seigneur ! qui entreront dans le royaume des deux : mais celui qui fait la volonté de inon Père ^ •»
Cette volonté, Jésus me l'a fait connaître, lorsqu'à la dernière Cène il donna son commandement nouveau, quand il dit à ses Apôtres de s'entr'aimer comme il les a aimés luimême^... Et je me suis mise à rechercher comment Jésus avait aimé ses disciples ; j'ai vu que ce n'était pas pour leurs qualités naturelles, j'ai constaté qu'ils étaient ignorants et remplis de pensées terrestres. Cependant il les appelle ses amis, ses frères, il désire les voir près de lui dans le royaume de son Père et, pour leur ouvrir ce royaume, il veut mourir sur la croix, disant qu'il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime '.
' Matt,, xxii, 3u. — - /J., vu, 21. — •» Joan., xui, 34. — '' IJ., xv, i3.
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En méditant ces paroles divines, j'ai vu combien mon amour pour mes sœurs était impartait, j'ai compris que je ne les aimais pas comme Jésus les aime. Ah ! je devine maintenant que la vraie charité consiste à supporter tous les défauts du prochain, à ne pas s'étonner de ses faiblesses, à s'éditier de ses moindres vertus ; mais surtout, j'ai appris que la charité ne doit point rester enfermée dans le fond du cœur, car pei'sonne n'allume un flambeau pour le mettre sous le boisseau, mais on le met sur le chandelier, afin qu'il éclaire tous ceux qui sont dans la maison '. 11 me semble, ma Mère, que ce flambeau représente la charité qui doit éclairer, réjouir, non seulement ceux qui me sont le plus chers, mais tous ceux qui sont dans la maison.
Lorsque le Seigneur, dans l'ancienne loi, ordonnait à son peuple d'aimer son prochain comme soi-même, il n'était pas encore descendu sur la terre ; et, sachant bien à quel degré l'on aime sa propre personne, il ne pouvait demander davantage. Mais lorsque Jésus fait à ses Apôtres un commandement nouveau, son com^nandemeyit à lui ^ il n'exige plus seulement d'aimer son prochain comme soi-même, mais comme il l'aime lui-même, comme il l'aimera jusqu'à la consommation des siècles.
O mon Jésus ! je sais que vous ne commandez rien d'impossible ; vous connaissez mieux que moi ma faiblesse et mon imperfection, vous savez bien que jamais je n'arriverai à aimer mes sœurs comme vous les aimez, si vous-même, ô mon divin Sauveur, ne les aimez encore en moi. C'est parce que vous voulez m'accorder cette grâce que vous avez fait un commandement nouveau. Oh ! que je l'aime ! puisqu'il me donne l'assurance que votre volonté est d'aimer en moi tous ceux que vous me commandez d'aimer.
» Luca;, xi, 33. — - Joan., xv, 12.
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Oui, je le sens, lorsque je suis charitable c'est Jésus seul qui agit en moi ; plus je suis unie à lui, plus aussi j'aime toutes mes sœurs. Si je veux augmenter en mon cœur cet amour et que le démon essaie de me mettre devant les yeux les défauts de telle ou telle sœur, je m'empresse de rechercher ses vertus, ses bons désirs ; je me dis que, si je l'ai vue tomber une fois, elle peut bien avoir remporté un grand nombre de victoires qu'elle cache par humilité ; et que, même ce qui me paraît une faute peut très bien être, à cause de l'intention, un acte de vertu. J'ai d'autant moins de peine à me le persuader que j'en fis l'expérience par moi-même.
Un jour, pendant la récréation, la portière vint demander une sœur pour une besogne qu'elle désigna. J'avais un désir d'enfant de m'employer à ce travail, et justement le choix tomba sur moi. Aussitôt je commence à plier notre ouvrage, mais assez doucement pour que ma voisine ait plié le sien avant moi, car je savais la réjouir en lui laissant prendre ma place. La sa^ur qui demandait de l'aide, me vovant si peu pressée, dit en riant : « Ah ! je pensais bien que vous ne mettriez pas cette perle à votre couronne, vous alliez trop lentement ! » Ec toute la communauté crut que j'avais agi par nature.
Je ne saurais dire combien ce petit événement me fut profitable et me rendit indulgente. Il m'empêche encore •d'avoir de la vanité quand je suis jugée favorablement, car je me dis : Puisque mes petits actes de vertu peuvent être pris pour des imperfections, on peut tout aussi bien se tromper en appelant vertu ce qui n'est qu'imperfection ; et je répète -alors avec saint Paul : « Je me mets Jort peu en peine d'être jugée par aucun tribunal humain. Je ne me juge pas moimême. Celui qui me juge, c'est le Seigneur '. »
' I Cor., IV, 3, ^.
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Oui, c'est le Seigneur, c'est Jésus qui me juge ! Et pour me rendre son jugement favorable, ou plutôt pour ne pas être jugée du tout, puisqu'il a dit : « Ne juge\ pas et vous ne sere^ pas jugés ' », je veux toujours avoir des pensées charitables.
Je reviens au saint Evangile où le Seigneur m'explique bien clairement en quoi consiste son commandement nouveau.
Je lis en saint Matthieu : « Vous ave^ appris qu'il a été dit : Vous aimerez votre ami. et vous haïre^ votive ennemi. Pour moi, je vous dis : Ai7nc; vos ennemis, prie^^ pour ceux qui vous persécutent -. »
Sans doute, au Carmel, on ne rencontre pas d'ennemis, mais enfin, il y a des sympathies; on se sent attiré vers telle sœur, au lieu que telle autre vous ferait faire un long détour pour éviter sa rencontre. Eh bien, Jésus me dit que cette sœur il faut l'aimer, qu'il faut prier pour elle, quand même sa conduite me porterait à croire qu'elle ne m'aime pas : « Si vous aifne^i ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? car les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment '\ » Et ce n'est pas assez d'aimer, il faut le prouver. On est naturellement heureux de faire plaisir à un ami ; mais cela n'est point de la charité, car les pécheurs le font aussi.
Voici ce que Jésus m'enseigne encore : « Donner à quiconque vous demande; et si l'on prend ce qui vous appartient, ne le redemandc{ pas \ » Donner à toutes celles qui demandent, c'est moins doux que d'offrir soi-même par le mouvement de son cœur; encore, lorsqu'on vous demande avec affabilité, cela ne coûte pas de donner ; mais si par malheur on use de paroles peu délicates , aussitôt l'àme se révolte
i Luca-, VI, 37. — - Matt., v, 43, 44. — ■" Luca-, vi, 32. — * hi., vi, 3o.
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quand elle n'est pas atlermie dans la charité parfaite; elle trouve alors mille raisons pour refuser ce qui lui est ainsi demandé, et ce n'est qu'après avoir convaincu la solliciteuse de son indélicatesse qu'elle lui donne par grâce ce qu'elle réclame, ou qu'elle lui rend un léger service qui lui prend vingt fois moins de temps qu'il n'en a fallu pour faire valoir des obstacles et des droits imaginaires.
S'il est difficile de donner à quiconque demande, il l'est encore bien plus de laisser prendre ce qui appartient sans le redemander. O ma Mère, je dis que c'est difficile, je devrais plutôt dire que cela semble difficile; car le joug du Seigneur est suave et léger ' ; lorsqu'on Taccepte. on sent aussitôt sa douceur.
Je disais : Jésus ne veut pas que je réclame ce qui m'appartient ; cela devrait me paraître tout naturel, puisque réellement rien ne m'appartient en propre : je dois donc me réjouir lorsqu'il m'arrive de sentir la pauvreté dont j'ai fait le vœu solennel. Autrefois je croyais ne tenir à quoi que ce soit ; mais, depuis que les paroles de Jésus me sont lumineuses, je me vois bien imparfaite. Par exemple si, me mettant à l'ouvrage pour la peinture, je trouve les pinceaux en désordre, si une règle ou un canif a disparu, la patience est bien près de m'abandonner et je dois la prendre à deux mains pour ne pas réclamer avec amertume les objets qui me manquent.
Ces choses indispensables je puis sans doute les demander, mais en le faisant avec humilité je ne manque pas au commandement de Jésus ; au contraire, j'agis comme les pauvres qui tendent la main pour recevoir le nécessaire ; s'ils sont rebutés, ils ne s'en étonnent pas, personne ne leur doit rien. Ah ! quelle paix inonde l'âme lorsqu'elle s'élève au-
« iMatt., .\i, 3o.
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dessus des sentiments de la nature! Non, il n'est pas de joie comparable à celle que goûte le véritable pauvre d'esprit ! S'il demande avec détachement une chose nécessaire, et que non seulement cette chose lui soit refusée, mais encore que l'on essaie de prendre ce qu'il a, il suit le conseil de Notre- Seigneur : « Abandonne-; même votre manteau à celui qui veut plaider pour avoir votre robe '. »
Abandonner son manteau, c'est, il me semble, renoncer à ses derniers droits, se considérer comme la servante, l'esclave des autres. Lorsqu'on a quitté son manteau, c'est plus facile de marcher, de courir, aussi Jésus ajoute-t-il : « Et qui que ce soit qui vous force de faire mille pas, faites-en deux mille de plus avec lui -. » Non, ce n'est pas assez pour moi de donner à quiconque me demande, je dois aller au-devant des désirs, me montrer très obligée, très honorée de rendre service ; et, si l'on prend une chose à mon usage, paraître heureuse d'en être débarrassée.
Toutefois je ne puis pas toujours pratiquer à la lettre les paroles de l'Evangile ; il se rencontre des occasions où je me vois contrainte de refuser quelque chose à mes sœurs. Mais lorsque la charité a jeté de profondes racines dans l'âme, elle se montre à l'extérieur : il y a une façon si gracieuse de refuser ce qu'on ne peut donner, que le refus fait autant de plaisir que le don. 11 est vrai qu'on se gêne moins de mettre à contribution celles qui se montrent toujours disposées à obliger; cependant, sous prétexte que je serais forcée de refuser, je ne dois pas m'éloigner des sœurs qui demandent facilement des services, puisque le divin Maître a dit : « N'éviie{ point celui qui veut emprunter de vous '. »
Je ne dois pas non plus être obligeante afin de le paraître ou dans l'espoir qu'une autre fois la sœur que j'oblige me
' .Matt., V, 40. — '- Ibid., 41. — » Ibid., 42.
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rendra service à son tour; car Notre-Seigneur a dit encore : « Si vous prétei à ceux de qui vous espère^ recevoir quelque chose, quel gré vous en saura-t-on ? les pécheurs tnême prêtent aux pécheurs afin d'en recevoir autant. Mais pour vous, faites du bien, prêter sans en rien espérer, et votre récompense sera grande ' . »
Oh! oui, la récompense est grande, même sur la terre. Dans cette voie, il n'y a que le premier pas qui coûte. Prêter sans en rien espérer, cela parait dur; on aimerait mieux donner, car une chose donnée n'appartient plus. Lorsqu'on vient vous dire d'un air tout à fait convaincu : « Ma sœur, j'ai besoin de votre aide pendant quelques heures ; mais soyez tranquille, j'ai permission de notre Mère, et je vous rendrai le temps que vous me donnez. » Vraiment, lorsqu'on sait très bien que jamais le temps prêté ne sera rendu, on aimerait mieux dire : « Je vous le donne ! » Cela contenterait l'amour-propre ; car c'est un acte plus généreux de donner que de prêter, et puis on fait sentir à la sœur que l'on ne compte pas sur ses services.
Ah ! que les enseignements divins sont contraires aux sentiments de la nature! Sans le secours de la grâce, il serait impossible, non seulement de les mettre en pratique, mais encore de les comprendre.
Ma Mère chérie, je sens que, plus que jamais, je me suis très mal expliquée. Je ne sais quel intérêt vous pourrez trouver à lire toutes ces pensées confuses. Enfin je n'écris pas pour faire une œuvre littéraire; si je vous ennuie par cette sorte de discours sur la charité, du moins vous verrez que votre enfant a fait preuve de bonne volonté.
Hélas! je suis loin, je l'avoue, de pratiquer ce que je com-
' LuciC, VI, 34, 35.
Sanir Thérèse Je i Enfant-Jésus.
prends; et cependant le seul désir que j'en ai me donne la paix. S'il m'arrive de tomber en quelque faute contraire, je me relève aussitôt; depuis quelques mois, je n'ai plus même à combattre, je puis dire avec notre Père saint Jean de la Croix : « Ma demeure est entièfement pacifiée », et j'attribue cette paix intime à un certain combat dans lequel j'ai été victorieuse. A partir de ce triomphe, la milice céleste vient à mon secours, ne pouvant souffrir de me voir blessée après avoir lutté vaillamment dans l'occasion que je vais décrire.
Une sainte religieuse de la communauté avait autrefois le talent de me déplaire en tout ; le démon s'en mêlait, car c'était lui certainement qui me faisait voir en elle tant de côtés désagréables; aussi, ne voulant pas céder à l'antipathie naturelle que j'éprouvais, je me dis que la charité ne devait pas seulement consister dans les sentiments, mais se laisser voir dans les œuvres. Alors je m'appliquai à faire pour cette sœur ce que j'aurais fait pour la personne que j'aime le plus. A chaque fois que je la rencontrais, je priais le bon Dieu pour elle, lui oH'rant toutes ses vertus et ses mérites. Je sentais bien que cela réjouissait grandement mon Jésus; car il n'est pas d'artiste qui n'aime à recevoir des louanges de ses a^uvres, et le divin Artiste des âmes est heureux lorsqu'on ne s'arrête pas à l'e.xtérieur, mais que, pénétrant jusqu'au sanctuaire intime qu'il s'est choisi pour demeure, on en admire la beauté.
Je ne me contentais pas de prier beaucoup pour celle qui me donnait tant de combats, je tâchais de lui rendre tous les services possibles ; et quand j'avais la tentation de lui répondre d'une façon désagréable, je m'empressais de lui faire un aimable sourire, essayant de détourner la conversation ; car il est dit dans l'Imitation qu'il vaut mieux laisser chacun dans son sentiment que de s'arrêter à contester '.
' Imit., 1. m, c. XLJV, I.
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Souvent aussi, quand le démon me tentait violemment et que je pouvais m'esquiver sans qu'elle s'aperçût de ma lutte intime, je m'enfuvais comme un soldat déserteur.... Et sur ces entrefaites, elle me dit un jour d'un air radieux : « Ma sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus, voudriez-vous me confier ce qui vous attire tant vers moi ? Je ne vous rencontre pas que vous ne me fassiez le plus gracieux sourire. » Ah ! ce qui m'attirait, c'était Jésus caché au fond de son àme, Jésus qui rend doux ce qu'il y a de plus amer!
Je vous parlais à l'instant, ma .Mère, de mon dernier moyen pour éviter une défaite dans les combats de la vie. Je veux dire la désertion. Ce moyen peu honorable, je l'employais pendant mon noviciat, il m'a toujours parfaitement réussi. Je vais vous en citer un éclatant exemple qui, je crois, vous fera sourire :
Vous étiez malade depuis plusieurs jours d'une bronchite qui nous donna bien des inquiétudes. Un matin, je vins tout doucement remettre à votre intîrmerie les clefs de la grille de communion, car j'étais sacristine. Au fond, je me réjouissais d'avoir cette occasion de vous voir, mais je me gardais bien de le faire paraître. Or, l'une de vos filles, animée d'un saint zèle, crut que j'allais vous éveiller et voulut discrètement me prendre les clefs. Je lui répondis, le plus poliment possible, que je désirais autant qu'elle ne point faire de bruit, et j'ajoutai que c'était mon droit de rendre les clefs. Je comprends aujourd'hui qu'il eût été plus parfait de céder tout simplement, mais je ne le comprenais pas alors et voulus entrer à sa suite, malgré elle.
Bientôt le malheur redouté arriva, le bruit que nous faisions vous fit ouvrir les yeux, et tout retomba sur moi! La sœur à laquelle j'avais résisté se hâta de prononcer tout un discours, dont le fond était ceci : « C'est ma sœur Thérèse
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de TEnfant-Jésus qui a fait le bruit. » Je brûlais du désir de me défendre; mais heureusement il me vint une idée lumineuse; je me dis que, certainement, si je commençais à me justifier j'allais perdre la paix de mon âme; de plus, que ma vertu étant trop faible pour me laisser accuser sans rien répliquer, je devais choisir la fuite pour dernière planche de salut. Aussitôt pensé, aussitôt fait. Je partis... mais mon cœur battait si fort qu'il me fut impossible d aller loin, et je m'assis dans l'escalier pour jouir en paix des fruits de ma victoire. Sans doute, c'était là une singulière bravoure; cependant il vaut mieux, je crois, ne pas s'exposer au combat lorsque la défaite est certaine.
Hélas! quand je pense au temps de mon noviciat, comme je constate mon imperfection ! Je ris maintenant de certaines choses. Ah ! que le Seigneur est bon d'avoir élevé mon âme, de lui avoir donné des ailes! Tous les filets des chasseurs ne sauraient plus m'effrayer; car c'est en vain que l'on jette le filet devant les yeux de ceux gui ont des ailes '.
Plus tard, il se pourra que le temps où je suis me paraisse rempli de bien des misères encore, mais je ne m'étonne plus de rien, je ne m'afflige pas en me voyant la faiblesse même; au contraire, c'est en elle que je me glorifie et je m'attends chaque jour à découvrir en moi de nouvelles imperfections. Je Tavoue, ces lumières sur mon néant me font plus de bien que des lumières sur la foi.
Me souvenant que la charité couvre la multitude des péchés % je puise à cette mine féconde ouverte par le Seigneur dans son Evangile sacré. Je fouille dans les profondeurs de ses paroles adorables, et je m'écrie avec David : « J'ai couru dans la voie de vos commandements, depuis que vous ave-y dilaté mon cœur ^ » Et la charité seule peut dilater mon
» Prov., I, I-. — î Ici., X, 12. — 3 Ps. cxvni, 32.
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cœur... O Jésus ! depuis que cette douce flamme le consume, je cours avec délices dans la voie de votre commandement nouveau, et je veux y courir jusqu'au jour bienheureux où, m'unissant au cortège virginal, je vous suivrai dans les espaces infinis, chantant votre Cantique nouveau qui doit être celui de TA-mour.
.. M^igucur, vous le voyez, je suis trop petite iiour nourrir vos enfants ; si vous voulez i.iir donner par moi ce qui convient à cliaenne, remplissez ma petite nmin, et sans ■ IMUler vos liras, sans même «l.Lonruer la tOte, je distribu, lai vos tre-iors à l'iini,. nm Mendra me dumnmier sa nouriitun^. •>