CHAPELLE DU CARMEL DE LISIEUX
CHŒUR DES CARMELITES
La stalle marquée dune croix fui celle de S- Thértue de lEn/anl-Jésus. A droite la grille de Communion.
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ni'abordant avec le plus gracieux visage, elle me parle comme à l'ordinaire, d'une façon plus aimable encore s'il est possible. Je lui dis alors tout simplement : Vous ave{ du chagrin, j'en suis sûre. Aussitôt elle me regarde avec un étonnement inexprimable... sa stupéfaction est si grande qu'elle me gagne moi-même et me communique je ne sais quelle impression surnaturelle. Je sentais le bon Dieu là, tout près de nous... Sans m'en apercevoir, — car je n'ai pas le don de lire dans les âmes — j'avais prononcé une parole vraiment inspirée, et je pus ensuite consoler entièrement cette àmc.
Maintenant, ma Mère bien-aimée, je vais vous conticr mon meilleur profit spirituel avec les novices. Vous comprenez que tout leur est permis, il faut qu'elles puissent dire tout ce qu'elles pensent, le bien comme le mal, sans restriction. Cela leur est d'autant plus facile avec moi qu'elles ne me doivent pas le respect que l'on rend à une Maîtresse.
Je ne puis dire que Jésus me fasse marcher extérieurement par la voie des humiliations; non, il se contente de m'humilier au fond de mon âme. Devant les créatures tout me réussit, je suis le chemin périlleux des honneurs, — si l'on peut s'exprimer ainsi en religion — et je comprends à cet égard la conduite de Dieu et des supérieurs. En etfet, si je passais aux yeux de la communauté pour une religieuse incapable, sans intelligence ni jugement, il vous serait impossible, ma Mère, de vous faire aider par moi. Voilà pourquoi le divin Maître a jeté un voile sur tous mes défauts intérieurs et extérieurs.
Ce voile m'attire quelques compliments de la part des novices, compliments sans flatterie, je sais qu'elles pensent ce qu'elles disent; mais vraiment cela ne m'inspire point de vanité, car j'ai sans cesse présent le souvenir de mes misères. Quelquefois cependant, il me vient un désir bien grand d'en-
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tendre autre chose que des louanges, mon âme se fatigue d'une nourriture trop sucrée, et Jésus lui fait servir alors une bonne petite salade bien vinaigrée, bien épicée : rien n'y manque, excepté l'huile, ce qui lui donne une saveur de plus.
Cette salade m'est présentée par les novices au moment où je m'y attends le moins. Le bon Dieu soulève le voile qui leur cache mes imperfections ; et mes chères petites sœurs, voyant la vérité, ne me trouvent plus tout à fait à leur goût. Avec une simplicité qui me ravit, elles me disent les combats que je leur donne, ce qui leur déplaît en moi ; enlin elles ne se gênent pas plus que s'il était question d'une autre, sachant qu'elles me font un grand plaisir en agissant ainsi.
Ah ! vraiment c'est plus qu'un plaisir, c'est un festin délicieux qui comble mon àme de joie. Comment une chose qui déplaît tant à la nature peut-elle donner un pareil bonheur? Si je ne l'avais expérimenté, je ne le pourrais croire.
Un jour, où je désirais ardemment être humiliée, il arriva qu'une jeune postulante se chargea si bien de me satisfaire que la pensée de Séméi maudissant David me revint à l'esprit, et je répétai intérieurement avec le saint roi : « Oui, c'est bien le Seigneur qui lui a ordonné de me dire toutes ces choses ' . »
Ainsi le bon Dieu prend soin de moi. Il ne peut toujours m'offrir le pain fortifiant de l'humiliation extérieure; mais, de temps en temps, il me permet de me nourrir des miettes qui tombent de la table des enjants -. Ah ! que sa miséricorde est grande !
Mère bien-aimée, puisque j'essaie de chanter avec vous dès ce monde cette miséricorde infinie, je dois encore vous faire
• II Reg., XVI, lo. — ^ Marci, vu, 28.
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part d'un réel profit, retiré comme tant d'autres de ma petite mission. Autrefois, lorsque je voyais une sœur agir d'unefaçon qui me déplaisait et paraissait contre la règle, je me disais : Ah ! si je pouvais donc l'avertir, lui montrer ses torts,, que cela me ferait de bien ! Mais en pratiquant le métier, j'ai changé de sentiment. Lorsqu'il m'arrive de voir quelque chosede travers, je pousse un soupir de soulagement : — Quel bonheur! ce n'est pas une novice, je ne suis pas obligée de la reprendre! Puis je tâche bien vite d'excuser la coupable et delui prêter de bonnes intentions qu'elle a sans doute.
Mère vénérée, les soins que vous me prodiguez pendant ma maladie m'ont encore beaucoup instruite sur la charité. Aucun remède ne vous semble trop cher; et, s'il ne réussit pas, sans vous lasser vous essayez autre chose. Lorsque je vaisen récréation, quelle attention ne faites-vous pas à me mettre à l'abri des moindres courants d'air ! Ma Mère, je sens que je dois être aussi compatissante pour les infirmités spirituelles, de mes sœurs, que vous l'êtes pour mon infirmité physique.
J'ai remarqué que les religieuses les plus saintes sont lesplus aimées ; on recherche leur conversation, on leur rend des services sans même qu'elles les demandent; enfin, ces âmes, capables de supporter des manques d'égard et de délicatesse se voient entourées de l'affection générale. On peut leur appliquer cette parole de notre Père saint Jean de la Croix : « Tous les biens m'ont été donnés, quand je ne les ai plus recherchés, par amour-propre. »
Les âmes imparfaites, au contraire, sont délaissées ; on se tient vis-à-vis d'elles dans les bornes de la politesse religieuse: mais, craignant peut-être de leur dire quelque parole désobligeante, on évite leur compagnie. En disant les âmes imparfaites, je n'entends pas seulement les imperfections spirituelles, puisque les plus saintes ne seront parfaites qu'au
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ciel ; j'entends aussi le manque de jugement, d'éducation, la susceptibilité de certains caractères : toutes choses qui ne rendent pas la vie agréable. Je sais bien que ces infirmités sont chroniques, sans espoir de guérison ; mais je sais aussi que ma Mère ne cesserait pas de me soigner, d'essayer de me soulager, si je restais malade de longues années.
Voici la conclusion que j'en tire : Je dois rechercher la compagnie des sœurs qui ne me plaisent pas naturellement, €t remplir à leur égard l'office du bon Samaritain. Une parole, un sourire aimable suffisent souvent pour épanouir une àme triste et blessée. Toutefois ce n'est pas seulement dans l'espoir de consoler que je veux être charitable : je sais qu'en poursuivant ce but je serais vite découragée ; car un mot dit dans la meilleure intention sera pris peut-être tout de travers. Aussi, pour ne perdre ni mon temps, ni ma peine, j'essaie d'agir uniquement pour réjouir Notre-Seigneur et répondre à ce conseil de l'Evangile :
« Quand vous Jattes un Jestin, n'invites^ pas vos parents et vos amis, de peur qu'ils ne vous invitent à leur tour, et ■qu'ainsi vous aye^ reçu votre récompense : mais invite-^ les pauvres, les boiteux, les paralytiques, et vous sere{ heureux de ce qu'ils ne pourront vous rendre, et votre Père qui voit ^ians le secret vous en récompensera '. »
Quel festin pourrais-je offrir à mes sœurs, si ce n'est un festin spirituel composé de charité aimable et joyeuse? Non, je n'en connais pas d'autre, et je veux imiter saint Paul qui se réjouissait avec ceux qu'il trouvait dans la joie. Il est vrai qu'il pleurait avec les atlligés, et les larmes doivent quelquefois paraître dans le festin que je veux servir ; mais toujours j'essaierai que les larmes se changent en sourires, puisque le Seigneur aime ceux qui donnent avec Joie -.
* LuciL', XIV, 12, i3, 14. — - Il Cor., ix, 7.
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Je me souviens d'un acte de charité que le bon Dieu m'inspira lorsque j'étais encore novice. De cet acte tout petit en apparence, le Père céleste, qui voit dans le secret, m'a déjà récompensée sans attendre l'autre vie.
C'était avant que ma sœur Saint-Pierre tombât tout à fait infirme. Il fallait, le soir à six heures moins dix minutes, que l'on se dérangeât de l'oraison pour la conduire au réfectoire. Cela me coûtait beaucoup de me proposer ; car je savais la difficulté ou plutôt l'impossibilité de contenter la pauvre malade. Cependant je ne voulais pas manquer une si belle occasion, me souvenant des paroles divines : « Ce que vous aure-; fait au plus petit des miens, c'est à moi que vous l'aurez Jait '. »
Je m'offris donc bien humblement pour la conduire, et ce ne fut pas sans peine que je parvins à faire accepter mes services. Enfin je me mis à l'œuvre avec tant de bonne volonté que je réussis parfaitement. Chaque soir, quand je la voyais agiter son sablier, je savais que cela voulait dire : Partons !
Prenant alors tout mon courage, je me levais, et puis toute une cérémonie commençait. Il fallait remuer et porter le banc d'une certaine manière, surtout ne pas se presser, ensuite la promenade avait lieu. Il s'agissait de suivre cette bonne sœur en la soutenant par la ceinture ; je le faisais avec le plus de douceur qu'il m'était possible, mais si par malheur survenait un faux pas, aussitôt il lui semblait que je la tenais mal et qu'elle allait tomber. — « Ah ! mon Dieu ! vous allez trop vite, j'vais m'briser ! » Si j'essayais alors de la conduire plus doucement : — « Mais suivez-moi donc, je n'sens pas vot'main, vous m'iàchez, j'vais tomber!... Ah! j'disais bien que vous étiez trop jeune pour me conduire. »
' Matt., XXV, 40.
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Enfin nous arrivions sans autre accident au réfectoire. Là, surgissaient d'autres difficultés : je devais installer ma pauvre infirme à sa place et agir adroitement pour ne pas la blesser; ensuite relever ses manches, toujours d'une certaine manière, après cela je pouvais m'en aller.
Mais je m'aperçus bientôt qu'elle coupait son pain avec une peine extrême ; et depuis, je ne la quittais pas sans lui avoir rendu ce dernier service. Comme elle ne m'en avait jamais exprimé le désir, elle resta très touchée de mon attention, et ce fut par ce moyen nullement cherché que je gagnai entièrement sa confiance, surtout — je l'ai appris plus tard — parce qu'après tous mes petits services je lui faisais, disaitelle, mon plus beau sourire.
Ma Mère, il y a bien longtemps que cet acte de vertu est accompli, et pourtant le Seigneur m'en laisse le souvenir comme un parfum, une brise du ciel. Un soir d'hiver, j'accomplissais comme d'habitude l'humble office dont je viens de parler : il faisait froid, il faisait nuit... Tout à coup, j'entendis dans le lointain^ le son harmonieux de plusieurs instruments de musique, et je me représentai un salon richement meublé, éclairé de brillantes lumières, étincelant de dorures ; dans ce salon, des jeunes filles élégamment vêtues recevant et prodiguant mille politesses mondaines. Puis mon regard se porta sur la pauvre malade que je soutenais. Au lieu d'une mélodie, j'entendais de temps à autre ses gémissements plaintifs ; au lieu de dorures, je voyais les briques de notre cloître austère à peine éclairé d'une faible lueur.
Ce contraste impressionna' doucement mon âme. Le Seigneur l'illumina des rayons de la vérité qui surpassent tellement l'éclat ténébreux des plaisirs de la terre que, pour jouir mille ans de ces fêtes mondaines, je n'aurais pas donné les dix minutes employées à mon acte de charité.
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Ah ! si déjà dans la souffrance, au sein du combat, on peut goûter de semblables délices en pensant que Dieu nous a retirées du monde, que sera-ce là-haut lorsque nous verrons, au milieu d'une gloire éternelle et d'un repos sans fin, la grâce incomparable quMl nous a faite en nous choisissant pour habiter dans sa maison, véritable portique des cieux ?
Ce n'est pas toujours avec ces transports d'allégresse que j'ai pratiqué la charité ; mais, au commencement de ma vie religieuse, Jésus voulut me faire sentir combien iljest doux de le voir dans l'âme de ses épouses : aussi, lorsque je conduisais ma sœur Saint-Pierre, c'était avec tant d'amour, qu'il m'eût été impossible de mieux faire si j'avais conduit Notre- Seigneur lui-même.
La pratique de la charité ne m'a pas toujours été si douce, je vous le disais à l'instant, ma Mère chérie. Pour vous le prouver, je vais vous raconter, entre bien d'autres, quelquesuns de mes combats.
Longtemps, à l'oraison, je ne fus pas éloignée d'une sœur qui ne cessait de remuer, ou son chapelet, ou je ne sais quelle autre chose ; peut-être n'y avait-il que moi à l'entendre, car j'ai l'oreille extrêmement fine; mais dire la ^fatigue que j'en éprouvais serait chose impossible! J'aurais voulu tourner la tête pour regarder la coupable et faire cesser son tapage ; cependant au fond du cœur, je sentais qu'il valait mieux souffrir cela patiemment pour l'amour du^,bon Dieu d'abord, et puis aussi pour éviter une occasion de peine.
Je restais donc tranquille, mais parfois la sueur m'inondait, et j'étais obligée de faire simplement une oraison de souffrance. Enfin je cherchais le moyen de souffrir avec paix et joie, au moins dans l'intime de l'âme ; alors je tâchais d'aimer ce petit bruit désagréable. Au lieu d'essayer de ne pas l'en-
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tendre, — chose impossible — je mettais mon attention à le bien écouter, comme s'il eût été un ravissant concert; et mon oraison, qui n'était pas celle de quiétude, se passait à offrir ce concert à Jésus.
Une autre fois, je me trouvais à la buanderie devant une sœur qui, tout en lavant les mouchoirs, me lançait de l'eau sale à chaque instant. Mon premier mouvement fut de me reculer en m'essuyant le visage, afin de montrer à celle qui m'aspergeait de la sorte qu'elle me rendrait service en se tenant tranquille; mais aussitôt je pensai que j'étais bien sotte de refuser des trésors que l'on m'offrait si généreusement, et je me gardai bien de faire paraître mon ennui. Je fis tous mes efforts, au contraire, pour désirer recevoir beaucoup d'eau sale, si bien qu'au bout d'une demi-heure, j'avais vraiment pris goût à ce nouveau genre d'aspersion, et je me promis de revenir autant que possible à cette place fortunée où l'on servait gratuitement tant de richesses.
Ma Mère, vous voyez que je suis une très petite âme qui ne peut off'rir au bon Dieu que de très petites choses ; encore m'arrive-t-il souvent de laisser échapper ces petits sacrifices qui donnent tant de paix au cœur; mais cela ne me décourage pas, je supporte d'avoir un peu moins de paix et je tâche d'être plus vigilante une autre fois.
Ah! que le Seigneur me rend heureuse ! Qu'il est facile et doux de le servir sur la terre! Oui, toujours, je le répète, il m'a donné ce que j'ai désiré, ou plutôt il m'a fait désirer ce qu'il voulait me donner. Ainsi, peu de temps avant ma terrible tentation contre la foi, je me disais : Vraiment, je n'ai pas de grandes peines extérieures, et, pour en avoir d'intérieures, il faudra que le bon Dieu change ma voie ; je ne crois pas qu'il le fasse. Pourtant je ne puis toujours vivre ainsi dans le repos. Quel moyen donc trouvera-t-il ?
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La réponse ne se fit pas attendre ; elle me montra que Celui que j'aime n'est jamais à court de moyens ; car, sans changer ma voie, il me donna cette grande épreuve qui vint mêler bientôt une salutaire amertume à toutes mes douceurs.
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.1 l):ms l(>;co!iir;de l'Eglise, ma Mère, je serai l'Amour... — Mes frères travaillent à ma ])lace. et moi, petite enfant, je mc,ti(.ns près du trône royal. Je jette les fleurs des petits
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.sacrifices, je chante le cantique de l'Amour. J'i