AIMER
• II Cor., XI, 5. — - Saint .Augustin.
Lettres. 35g
Mais à qui notre pauvre cœur prodiguera-t-il l'amour? Qui donc sera assez grand pour recevoir ses trésors? Un être humain saura-t-il les comprendre? et surtout, pourra-t-il les rendre? Marie, il n'existe qu'un Etrepour comprendre l'amour: c'est notre Jésus; Lui seul peut nous rendre infiniment plus .que nous ne lui donnerons jamais...
A sa cousine Jeanne Quérin.
(M- La Néele.)
Août 1895.
Il est bien grand, ma chère Jeanne, le sacrifice que Dieu t'a demandé en appelant au Carmel ta petite Marie; mais souviens-toi « qu'il a promis le centuple à celui qui, pour son amour, aura quitté son père, ou sa mère, ou sa sœur '. » Eh bien, puisque tu n'as pas hésité, pour l'amour de Jésus, à jte séparer d'une sœur, chérie au delà de tout ce qu'on peut dire, il se trouve obligé de tenir sa promesse. Je sais qu'ordinairement ces paroles sont appliquées aux âmes religieuses; cependant, je sens au fond de mon cœur qu'elles ont été prononcées aussi pour les généreux parents, qui font à Dieu le sacrifice d'enfants plus chers qu'eux-mêmes.
' Marci, x, 3o.
36o Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus.
Aux deux missionnaires
ses Frères spirituels.
FRAGMENTS
Lettre V.
26 décembre i8q5.
Notre-Seigneur ne nous demande jamais de sacrifice audessus de nos forces. Parfois, il est vrai, ce divin Sauveur nous fait sentir toute l'amertume du calice qu'il présente à notre âme. Lorsqu'il demande le sacrifice de tout ce qui est le plus cher au monde, il est impossible, à moins d'une grâce toute particulière, de ne pas s'écrier comme lui au jardin de l'Agonie : « Alon Père, que ce calice s'éloigne de moi... » Mais empressons-nous d'ajouter aussi : « Que votre volonté soit faite et non la mienne K » 11 est bien consolant de penser que Jésus, le divin Fort, a connu toutes nos faiblesses, qu'il a tremblé à la vue du calice amer, ce calice qu'il avait autrefois si ardemment désiré.
Monsieur l'Abbé, votre part est vraiment belle, puisque Notre-Seigneur vous l'a choisie et que, le premier, il a trempé ses lèvres à la coupe qu'il vous présente. Un saint l'a dit : « Le plus grand honneur que Dieu puisse faire à une âme, ce n'est pas de lui donner beaucoup, c'est de lui demander beaucoup. » Jésus vous traite en privilégié ; il veut que, déjà, vous commenciez votre mission et que, par la souffrance, vous sauviez des âmes. N'est-ce pas en souffrant, en mourant, que lui-même a racheté le monde? Je sais que vous aspirez au bonheur de sacrifier votre vie pour lui; mais le martyre du cœur n'est pas moins fécond que l'effusion du sang; et, dès
' Matt., XXVI, 3q.
Lettres. 36 1
maintenant, ce martyre est le vôtre. J'ai donc bien raison de dire que votre part est belle, qu'elle est digne d'un apôtre du Christ.
Lettre W.
Travaillons ensemble au salut des âmes ; nous n'avons que l'unique jour de cette vie pour les sauver, et donner ainsi au Seigneur des preuves de notre amour. Le lendemain de ce jour sera l'éternité; alors Jésus vous rendra au centuple les joies si douces que vous lui sacrifiez. Il connaît l'étendue de votre immolation, il sait que la souffrance de ceux qui vous sont chers augmente encore la vôtre ; mais Lui-même a souffert ce martyre pour sauver nos âmes. Il a quitté sa Mère, il a vu la Vierge Immaculée debout au pied de la Croix, le cœur transpercé d'un glaive de douleur; aussi j'espère que notre divin Sauveur consolera votre bonne mère, et je le lui demande instamment.
Ah ! si le divin Maître laissait entrevoir à ceux que vous allez quitter pour son amour la gloire qu'il vous réserve, la multitude d'âmes qui formeront votre cortège au Ciel, ils seraient déjà récompensés du grand sacrifice que votre éloigrrcment va leur causer.
Lettre III\
24 février 189').
Je vous demande de faire chaque jour pour moi cette petite prière qui renferme tous mes désirs :
« Père miséricordieux, au nom de votre doux Jésus.' de'la sainte Vierge et des saints. Je vous demande d'embraser ma sœur de votre Esprit d'amour, et de lui accorder la grâce de vous faire beaucoup aimer. »
362 Sœur Thérèse de l' Enfant-Jésus.
Si le Seigneur me prend bientôt avec Lui, je vous supplie de continuer chaque jour la même prière, car je désirerai au Ciel la môme chose que sur la terre : aimer jésus et le faire