CONNAIT PAS ASSEZ LA PUISSANCE ET LE ZÈLE DE CETTE SAINTE CARMÉLITE
POUR LA SANCTIFICATION DES PRÊTRES. Elle a daigné^mc le jaire com-
Pluie de Roses.
prendre, ?ion seulement par sa sollicitude à mon égard, mais par une vision spéciale où elle me montrait le Ciel, m'excitant à travailler avec elle à la sanctification de mes frères dans le sacerdoce.
Oui, S"- Thérèse sera le salut des prêtres. C'est la mission qui lui a été confiée par le Seigneur!
La main sur le saint Evangile, je jure que tout ce que j'ai dit dans cette relation est conforme à la vérité. X., curé.
Suivent les attestations du directeur et du confesseur de ce prêtre.
Les Carmélites de Lisieux demandent aux personnes qui reçoivent des grâces attribuées à l'intercession de sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus, de bien vouloir, sans tarder, les faire connaître à leur monastère.
Elles remercient des relations déjà envoyées, ainsi que des dons offerts en reconnaissance des grâces obtenues, — dons de toute nature, gardés précieusement et discrètement, jusqu'au jour où il sera permis de les exposer et de s'en servir : — ex-voto de marbre blanc, objets dart, dentelles de prix, bijoux d'or, pierreries, etc. ; dons en argent, faits en vue du Procès de Béatification.
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Bien des fois durant sa dernière maladie, Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus avait annoncé qu'on ne retrouverait d'elle, selon son désir, que des ossements.
« Vous avez trop aimé le bon Dieu, il fera pour vous des merveilles, nous retrouverons votre corps sans corruption », lui disait une novice peu de temps avant sa mort. — « Oh non ! répondit-elle, pas cette merveille-là ! ce serait sortir de ma petite voie d'humilité, il faut que les petites âmes ne puissent rien m'envier. »
L'exhumation des restes de la Servante de Dieu, faite dans le but d'assurer leur conservation et non de les exposer déjà à la vénération des fidèles, eut lieu le 6 septembre 1910.
On avait essayé de tenir la chose secrète, mais elle fut cependant assez connue pour permettre à plusieurs centaines de personnes d'accourir au cimetière.
Mgr Lemonnier, évêque de Bayeux et Lisieux, Mgr de Teil, vice-postulateur de la cause, MM. les chanoines Quirié et Dubosq, vicaires généraux, et beaucoup de prêtres parmi lesquels tous les membres du Tribunal chargé d'instruire le Procès de Béatitication, étaient présents.
Le travail de l'exhumation offrait de grandes difficultés, le
Sœur Thérèse de l'Enfant- Jésus.
cercueil se trouvant placé à une profondeur de 3 m. 5o, et dans un très mauvais état. Un expert en ces sortes de manœuvres dirigeait celle-ci. Il fit glisser des planches sous le cercueil, pour faire un fond artificiel destiné à soutenir l'autre qui menaçait de s'effondrer; puis on enveloppa le tout de fortes toiles maintenues par de solides courroies. Avec bien du temps et des anxiétés, on parvint ainsi à remonter le cercueil sans accident. Lorsqu'il apparut à ses regards, le Pontife entonna d'une voix émue le chant de David louant le Seigneur qui « tire l'humble de la poussière pour le faire asseoir avec les princes de son peuple ». Et tandis que les prêtres psalmodiaient le Laudate pueri Dominum, on aperçut au travers des planches disjointes, toute verte et fraîche comme au premier jour, la palme que le 4 octobre 1897, on avait placée sur la dépouille virginale de la Servante de Dieu '. N'était-ce point le symbole de la palme immortelle qu'elle avait remportée par le martyre du cœur? ce martyre au sujet duquel elle avait écrit : « A tout prix je veux cueillir la palme d'Agnès ; si ce n'est par le sang, il faut que ce soit par /'amour. »
On ouvrit alors le cercueil.
Deux ouvriers, le père et le fils, se tenaient près de là ; ils sentirent à ce moment un suave et fort parfum de violettes qu'aucune cause naturelle ne pouvait expliquer et qui les émut profondément ^.
Les vêtements apparurent en ordre ; ils semblaient aussi conservés, mais ce n'était qu'une apparence. Les voiles et la
* Il est vrai que cette palme était stérilisée ; mais les semblables, aux feuilles très minces, que l'on avait en 1897 à la sacristie du Carmel, devaient être préservées avec soin de l'humidité et essuyées en temps pluvieux ; sans quoi elles jaunissaient et se remplissaient de points dé moisissure ; finalement on dut les brûler.
* L'un de ces ouvriers est le menuisier qui a fait les cercueils. En reconnaissance de la faveur qu'ils avaient reçue, ils apportèrent au Carmel, le 3o septembre, pour être déposée dans la cellule de la Servante de Dieu, une très belle couronne de violettes blanches artificielles.
Exhumation. log'
guimpe n'existaient plus, la grosse bure des carmélites avait perdu toute consistance et se déchirait sans effort... Enfin, comme l'humble enfant l'avait souhaité, on ne retrouvait d'elle que des ossements !
Un des médecins présents voulut en offrir une parcelle à Mgr Lemonnier, mais Sa Grandeur s'y opposa et défendit qu'on en emportât la moindre partie. 11 accepta seulement la petite croix de buis qui avait été placée dans les mains de la Servante de Dieu.
L'ancien cercueil fut alors déposé dans une bière de plomb disposée dans un cercueil de chêne. Puis on recouvrit le corps de vêtements neufs qui avaient été préparés, et la tête d'un voile que l'on entoura de roses, les dernières cueillies à ces mêmes rosiers du Carmel dont tant de fois l'angélique Thérèse avait jeté les fleurs au pied du Calvaire.
A ce moment, sur l'ordre de Mgr Lemonnier, pour contenter la foule qui stationnait dans le cimetière, silencieuse et recueillie, on écarta les toiles qui dérobaient aux regards le petit enclos des Carmélites et le cercueil fut placé sur des tréteaux devant la porte grillée.
Pendant trois quarts d'heure, on ne cessa de défiler, de prier, de faire toucher des objets de piété. Monseigneur l'évêque de Bayeux avait été le premier à faire toucher aux ossements des morceaux de soie violette apportés par lui à cette intention. On vit des ouvriers approcher leur alliance de mariage ; tous ceux qui avaient travaillé à l'exhumation semblaient pénétrés de respect. On estima à plus de cinq cents personnes celles qui vénérèrent les restes, après trois heures d'attente.
Une impression extraordinaire de surnaturel, une émotion dont ils n'étaient pas maîtres envahissait les assistants. L'âme de Sœur Thérèse planait sans doute auprès de sa dépouille mortelle, heureuse d'offrir à son Créateur l'anéantissement de son être physique... On sentait qu'il se passait quelque
110* Sœur Thérèse de i Enfant-Jésus.
chose de grand, de solennel. Malgré les réalités lugubres el humiliantes du tombeau, les âmes, au lieu d'être déconcertées, troublées, refroidies dans leur foi et leur amour, sentaient croître au contraire la ferveur et la tendresse de leur vénération.
Quand le défilé eut pris fin, un procès-verbal, écrit sur parchemin timbré aux armes de Mgr Lemonnier, fut renfermé dans un tube de métal et déposé dans le cercueil de plomb. Puis on ferma celui-ci, sur la couverture duquel est soudée une plaque avec l'inscription :
Sœuk Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face. Marie-Françoise-Thérèse Martin.
Le même texte se lit sur une plaque de cuivre fixée sur le cercueil de chêne. Deux empreintes de chacun des cachets de Mgr Lemonnier et de Mgr de Teil furent apposées sur la soudure aux quatre angles du cercueil de plomb. 11 ne restait plus qu'à fixer le couvercle en bois de chêne.
A quelques pas de la première tombe, on en avait creusé une nouvelle, de deux mètres de profondeur, où l'on avait préparé un caveau en briques, aux dimensions du cercueil. Mgr Lemonnier l'avait bénite en arrivant, et c'est là que fut descendue la précieuse dépouille.
Le soir, les planches enlevées au cercueil, quelques fragments des vêtements et la palme, que la dévotion indiscrète des ouvriers avait mise en lambeaux, furent rapportés au Carmel, et la Sœur chargée de les ramasser sentit par deux fois un parfum de roses. Des parcelles des vêtements et du cercueil exhalèrent ailleurs un parfum d'encens.
Une autre planche, détachée de la tête du cercueil et qui n'avait pu être retrouvée le jour même, fut également, huit jours
Exhumation.
après, rapportée au monastère. La Sœur tourière qui l'avait découverte, doutant un peu de son authenticité, supplia Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus de la manifester par un signe sensible. Elle fut exaucée, car plusieurs Sœurs, qui n'avaient point été averties, furent embaumées d'un merveilleux parfum d'encens qui s'exhalait de cette planche et que l'une d'elles sentit à une assez grande distance.
Mais le cœur si tendre de Sœur Thérèse voulait encore consoler ceux qui l'aiment en leur donnant une image saisissante de la plénitude de vie dont elle jouit dans le Ciel.
Une des âmes qu'elle a favorisées en cette circonstance de ses célestes communications, et qui est fort estimée de prêtres pieux et éclairés, a attesté sous la foi du serment la vérité du récit qu'on va lire.
Cette personne souhaitait vivement assister à l'exhumation et avait projeté de s'informer de l'époque où elle aurait lieu, mais elle la croyait fort éloignée encore. Le fait suivant s'est passé dans la nuit même qui suivit l'exhumation, du 6 au 7 septembre.
Dans sa vision, elle aperçut d'abord une grande foule qu'elle prit à la fois pour un cortège triomphal et un enterrement très solennel. « Puis, dit-elle, je vis une jeune vierge resplendissante de lumière. Son vêtement de neige et d'or étincelait de toute part. Je ne distinguais pas ses traits, tant ils étaient imprégnés de lumière. A demi couchée, elle se souleva, paraissant sortir d'un suaire lumineux. Avec une candeur et un sourire d'enfant, elle m'entoura de ses bras et me donna un baiser. Ace céleste contact il me sembla que j'étais dans un océan de pureté et que je buvais à la source des joies éternelles. Je n'ai point de mots pour exprimer l'intensité de vie qui émanait de tout son être. Tout en elle disait sans parole, par un rayonnement inexprimable de tendresse, comment en Dieu, ibyer de l'amour infini, les bienheureux aiment au Ciel... »
Sœur Thérèse de i Enfant-Jésus.
Ignorant ce qui se passait à Lisieux, l'heureuse privilégiée se demandait quelle était cette jeune vierge et pourquoi elle lui était apparue couchée et sortant d'un suaire. Trois jours après, lisant dans La Ci^oix le récit de l'exhumation, elle eut aussitôt la certitude que c'était Sœur Thérèse qui était venue l'avertir de l'événement, et elle partit immédiatement pour l'en remercier sur sa tombe.
Mais ce n'était pas assez pour la Servante de Dieu d'avoir donné aux siens cette preuve d'affection, de leur avoir dit comme l'ange à Madeleine : « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celle qui est pleine de vie ? », elle voulut encore leur faire des promesses pour l'avenir.
Le 5 septembre, veille de l'exhumation, elle était apparue à la révérende Mère Prieure d'un Carmel étranger, et, lui annonçant que le lendemain on ne retrouverait d'elle que des ossements, « à peine des ossements », elle lui avait fait pressentir les merveilles qu'elle doit opérer dans la suite. La révérende Mère les résume ainsi : « Ces ossements bénis feront des miracles éclatants et seront des armes puissantes contre le démon. »
Quelques semaines plus tard, le résultat de l'exhumation parvenait à la connaissance d'un professeur de l'Université de X., homme d'une grande valeur intellectuelle, d'une éminente piété et, de plus, très favorisé par la Servante de Dieu de grâces de tout genre, depuis plus de dix ans qu'il la connaît. Il s'attrista d'abord de ce que l'angélique vierge avait été soumise à la loi commune, et comme il se laissait aller à ces pensées mélancoliques, il entendit une voix intérieure lui répondre :
« C'était la 7'obe de mes jours de travail que j'ai déposée ; j'attends la robe du dimanche éternel : peu 7n importe ce qui arrivera à l'autre. »
«. Et alors, dit-il, j'eus une lumière qui me consola, je com-
Exhumation. 1 1 3*
pris que cette dissolution répandra des atomes de son corps en tous lieux, de façon que non seulement son âme, mais encore quelque chose de son corps pourra être présent et faire du