ARCHÉOLOGIQUE
Si l'on en croit la tradition locale, Saint- Honoré lut jadis une ville gauloise, célèbre par les sources thermales qui jaillissent à quelques centaines de mètres du bourg actuel, aux limites mêmes du granit et des formations calcaires.
A l'ouest, au nord-ouest, derrière un vaste
rideau de verdure, s'étendent les plaines et les
riches embouches du Nivernais : à tous les autres
aspects l'horizon est fermé par les hautes cimes, Mawr-Ven, d'où le nom de Morvan (1).
Dans ce canton isolé et presque entièrement couvert de forêts , dans ce Pagus Morvinus , dépendant du territoire éduen, la chasse était la grande occupation des habitants, l'engraissement des porcs la principale industrie ; des indices certains démontrent aussi qu'on y travaillait le fer. Ainsi, l'on retrouve non loin de Saint- Honoré, aux abords de la voie romaine : Ad Passas , les mines , aujourd'hui les Fossats ; Vallis-Ferrea, La Vau-de-Ferrières ; Mons-Erosus Mont-Rosé ; le Pra-Bis , magnifique dolmen superposé à deux galeries creusées de main d'homme , où les traces d'antiques travaux métallurgiques sont irrécusables (2).
(1) Mawr, en composition Mor, grand, élevé. Voy. Gruter (26.6.) Pictet, Revue archéoi. février 1865, p. 118. Roget de Belloguet, Ethnol. Gaul. t. 1. p. 108, etc.
(2) Une fouille pratiquée dans la galerie de droite nous a donné une médaille gauloise, dite de la ligue contre Arioviste.
Cet état de choses dura aussi longtemps que l'indépendance des Gaules; César vint et tout tut changé.
Maîtres du pays, les Romains ouvrent des routes à travers des forêts séculaires, asile mystérieux du culte druidique ; ils défrichent les meilleurs terrains et les amendent encore au moyen de la chaux, procédé usité en Gaule bien avant la conquête; ils exploitent sur une vaste échelle les minerais de fer et les carrières de marbre ; ils édifient ces innombrables constructions dont nous foulons à chaque pas quelques débris.
Nos châteaux, nos vieilles églises, nos plus anciennes paroisses, tout cela est assis sur des fondations romaines.
Florissants sous les premiers Césars, successivement appauvris par les exigences toujours croissantes du fisc, par les révoltes des chefs militaires, par les incursions des tribus d'outre- Rhin, par la fuite des serviteurs attachés aux
cultures et par les pilleries des Bagaudes , presque tous ces établissements gallo-romains s'abîmèrent dans la grande tempête du cinquième siècle.
On trouve chez nous un très-petit nombre de noms de lieux d'origine germanique; le pays n'offrant plus guère de ressources, les nouveaux venus montrèrent peu d'empressement à s'y établir. A l'approche du danger, les tristes populations gagnaient les bois (cela s'est vu à d'autres époques) et les barbares passaient, amoncelant ces ruines devenues pour nous des antiquités nationales.
Le Morvan garde toujours le souvenir des âges purement celtiques. La politique adroite et cauteleuse d'Auguste, les rigoureux édits de ses successeurs, pas plus que les pompes et les faciles accommodements de la religion officielle, pas plus que les prédications évangéliques ellesmêmes, n'ont eu le pouvoir d'abolir certaines coutumes, ni de faire oublier aux gens de la
campagne (payant) le culte des rochers, des arbres, des fontaines.
Le christianisme traça une croix sur le rocher, bâtit une chapelle à l'ombre de l'arbre sacré, substitua le culte d'un saint au culte de l'antique génie des eaux; de là les pas de Saint-Martin, les croix de l'Arbre, les chapelles du chêne, du Fau-Bouloin (fau, fagus, hêtre) ; de là les fontaines de la Bonne-Dame , de Saint-Pierre et tant d'autres; et, malgré ce baptême, la Pierre- Perthuse , le Vieux-Chêne , et surtout 1 esprit familier de la fontaine , n'ont jamais chômé d'offrandes toutes païennes acompagnées de rites transmis d'âge en âge.
Au Morvan, porter des souhaits de bonne année, c'est : « Courir le gui-1'an-neuf » ; de même , nous nommons Gauds, par abréviation de Bagaudes, les mendiants valides qui rançonnent les campagnes.
Vous trouverez sur votre chemin une baguette de coudrier qu'un (il de laine retient au tronc
d'un vieux, chêne; gardez-vous d'y toucher, c'est un sort ! La lièvre attend l'imprudent qui oserait y porter la main ! !
A deux pas de Saint-Honoré, au hameau de Tussy, promeneur matinal, vous verrez une jeune malade agenouillée au bord d'une fontaine : « Je t'apporte mon malheur , dit-elle , 6 source, donne-moi ton bonheur ! » Bientôt elle se relève et jette en arrière son offrande : une menue monnaie, un œuf, une simple épingle..., puis elle s'éloigne furtivement. Se voit-elle découverte, le charme est rompu.
A Onlay, le lo d'août, les jeunes mères viennent en foule baigner leur sein à la fontaine de la Bonne-Dame, pour obtenir un lait abondant; elles montent ensuite à l'église, bâtie sur les ruines d'un ancien temple, et déposent une offrande aux pieds de la Sainte- Vierge, associant ainsi l'antique culte des Déesses-Maires et la dévotion à la mère de Dieu. Abondance de grâces ne saurait nuire.
Incantations , remèdes magiques, nos sorciers du Morvan les conservent en plus grand nombre que n'ont t'ait Calon , Pline, et même Marcellus de Bordeaux . le médecin du quatrième siècle , qui confesse naïvement les tenir des bonnes gens de la campagne. S'agit-il d'une douleur de tête, une bandelette de papier-vierge et ces mots YAthena! Athena! (Athèné, Athêné) en auront promptement raison. C'est un ressouvenir de la migraine de Jupiter et de la naissance de Minerve.
Faut-il arrêter le sang d'une blessure, conjurer un mal d'yeux fils nomment ceci tirer la maille) faut-il charmer les convulsions d'un enfant, réduire une foulure, remettre en place le crochet de l'estomac ? Ils ont des paroles pour tous ces cas; ils en ont pour se faire suivre des loups, pour faire perdre aux chiens la piste d'une bète de chasse; ils en ont cent autres encore. Formules bizarres, parfaitement inintelligibles pour ceux-mêmes qui les emploient, mais dans les-
quelles on retrouve pêle-mêle du grec, du latin et du celtique.
Les sources de Saint-Honoré, douées de vertus réelles et puissantes , furent , on le peut croire , connues et fréquentées de toute antiquité. Des médailles romaines y ont été recueillies en grand nombre ; elles remontent jusqu'au règne de Tibère. Chose singulière, parmi tant d'ex-voto, pas une 6eule pièce gauloise. Cependant il existe un grand nombre de monnaies frappées par des chefs indigènes, même contemporains de Jules César ; sous Tibère l'élément gaulois était-il donc déjà réduit à ne se manifester par aucun signe extérieur capable de rappeler l'indépendance perdue.
Saint-Honoré est bien YAquis Alisencii (1) de
(1) Dans les deux premières éditions de ces notes, nous avons écrit Jquis Nisinœi, leçon proposée par Bacon, d'après Aymoin — édition de Venise 1500 —
la carte de Peutinger ; — c'est ainsi qu'on nomme un très-ancien itinéraire qui retrace toutes les routes militaires de l'empire au temps de Théodose et que des archéologues font remonter à l'an 200 de l'ère chrétienne, il fut remis en lumière au commencement du seizième siècle par le savant dont il a gardé le nom. — Les
acceptée par M Hase et reproduite sur un calque dont nous nous sommes servi Le résumé du travail de la commission de la topographie des Gaules, œuvre de M. Alex Bertrand, porte page 24, ligne 15 :
« La commission lit sur la table Jquis Alisencii et « non pas Aquis Nisencii ainsi qu'on lit ordinairc- « ment Or, en cherchant dans la direction d'Autun à « Decisc , à trente-deux lieues gauloises d'Autun , « comme l'indique la table, un établissement thermal '<■ situé sur une voie romaine, on tombe justement à « Saint-Honoré.. . L'itinéraire (d'Antonin) remplace « les Aquae Alisenciee par Alisincum, qui se retrouve « aisément dans Anisy, près Saint-Honoré. La préce senec d'une localité voisine des eaux et leur don- « nant son nom n'est pas d'ailleurs un fait isolé ; plu- « sieurs exemples de ce genre ont été signalés déjà « par divers archéologues. » Cette attribution est aussi la nôtre, nous nous rallions donc à la nouvelle leçon.
villes, les camps, les châteaux, les stations thermales y sont indiquées par des signes spéciaux. Si l'on relève sur cette carte les deux voies romaines qui, partant d'Autun, contournent le mont Beuvray au nord et au sud, et dont la première traverse Saint-Honoré même, si l'on applique ce calque sur une carte moderne où ces deux voies seront retracées, on constate entre Y Aquis-Alhencii de la table théodosienne et le bourg actuel de Saint-Honoré une coïncidence qui exclut toute autre attribution. Pareillement, sur la voie du sud, Aquis Bormonis , longtemps confondu avec nos thermes, ne saurait convenir qu'à Bourbon-Lancy, qui possède une inscription dédiée aux génies du lieu : Bormoni et Damonae.
Nous serions tenté de croire que César ouvrit ces routes et jeta les premiers fondements des thermes en 702 de Rome, l'année même de la chute d'Alise. Au début de cette mémorable campagne, le manque de communications l'avait
Tort gêné dans ses mouvements, et finalement lui avait fait perdre à Nevers (Noviodîtnum) les otages de la Gaule, le trésor et les immenses approvisionnements de son armée. Un peu plus tard, victorieux et fortement établi au Beuvray. dans Y oppidum des Eduens qui commandait à toute la contrée, l'un de ses premiers soins dut être de s'assurer pour l'avenir un facile accès vers l'Arvernie et vers la basse Loire. Des sources chaudes se rencontrant sur ce double parcours, les goûts bien connus des Romains nous garantissent qu'elles furent immédiatement utilisées.
Nous ne prétendons point que César ait campé avec tout son monde sur le plateau du Beuvray. au milieu des neiges et à huit cents mètres d'altitude ; dès cette époque il put exister sur l'emplacement actuel d'Autun, une ville qui devint riche et puissante sous les Césars. Le conquérant des Gaules y passa l'hiver de l'an 702, nous l'accorderons si l'on veut; mais nous ne saurions admettre qu'il n'ait pas occupé et gardé
cette position dominante, entourée de forêts profondes et abondamment pourvue d'eau, que la tradition corroborée par les témoignages historiques désigne comme la primitive citadelle de la confédération Eduenne.
Quand ils ont éprouvé un échec, nous voyons les Gaulois chercher invariablement leur refuge sur les sommets les plus élevés; celui-ci pouvait devenir le point de ralliement des débris encore redoutables de l'armée confédérée.
On a dit des fortifications du Beuvray qu'elles n'affectaient point la forme accoutumée des camps romains , qu'elles appartenaient à l'époque mérovingienne ; ces questions ont été traitées avec une grande autorité par M. Bulliot dans un ouvrage cité plus bas ; nous-même y reviendrons à l'occasion de notre excursion au Beuvray.
Une localité voisine de Saint-Honoré est nommée Alisincum dans l'itinéraire d'Antonin ; ce
nom nous rappelle encore Alise et les malheureux prisonniers si libéralement distribués par César après la défaite de Vereingétojrix. On est d'accord aujourd'hui que Sarmaticum (Sermages), Boïanum (Bous), lieux voisins de Moulins-Eiigilbert, reçurent jadis des colonies de Sarmates , de Boïens : serait-il plus invraisemblable de placer à Alisincum le lieu d'exil des vaincus d'Alise, employés, suivant l'usage du temps, aux travaux qui s'exécutaient de ce côté ? Disons-le sans détour, l'attribution d'Alisinfum est une pure conjecture, et nous ne saurions apporter à l'appui d'autre démonstration que cette analogie acceptée pour les nombreuses colonies de Boïens, Dalmates, Marcomans, Sauromates ou Sarmates colloques à diverses époques sur le territoire éduen. Alisincum , est actuellement représenté par Anisy, à dix kilomètres de Saint-Honoré : on y trouve de nombreux débris gallo-romains (1).
(I) En un grand nombre de lieux anciens ayant Al
Notre grand géographe d'Anville , qui publia sa notice des Gaules au milieu du dix-huitième siècle, n'eut pas connaissance des sources thermales de Saint-Honoré , encore enfouies dans la vase ; en outre, il place Aquis-Bormonis à Bourbon - l'Archambault. M. de Walckenaer, auteur de travaux si persévérants sur la géographie ancienne des Gaules cisalpine et transalpine, veut qu'on supplée Alisincum à Aquis-Alisencii dans l'itinéraire de Decetia (Decise) à Augustodunum (Autun) , et reporte nos thermes à Bourbon-Lancy. L'erreur ici est flagrante et les distances ne sauraient concorder, soit qu'on les calcule en milles romains de 1,500 mètres, ioit qu'on préfère la lieue gauloise de 2,250 mètres. Qu'on en juge : on lit à la page 68,
pour racine, nous retrouvons des vestiges celtiques ou gallo-romains
Mais (Gard), Alase (Lozère), Alaise (Doubs), Alise, Aloxe (Côte-d'Or), Aluse (Saône-et-Loire), Alisinum (Nièvre), etc.
Nous allons, on le voit, au-devant des critiques.
tome III de Y Analyse des itinéraires , table théodosienne, seg1 1 et 2 :
Roule d' Augustodunum (Autan) à Decclia (Decize). Augustodunum, Autun.
Boxum 8 lieues gauloises, Buis.
Aquis-Nisencii . 22 — Bourbon-Lancy
Degena.' .... 14 — Decize.
Total ... 44 lieues gauloises ou 99 kilomètres.
Il faut, dans cette supposition, faire un longdétour et suivre la Loire depuis Bourbon-Lancy pour atteindre Decize.
Au contraire, en suivant la voie qui traverse Saint-Honoré, et en restituant Aquis-Alisencii à ce dernier lieu nous avons :
Decetia Decize.
Aquis-Alisencii. . 14 Saint-Honoré. Augustodunum . 22 Autun.
Total ... 36 lieues gauloises ou 81,000 mètres , ce qui est bien la véritable
distance d'Autun à Decize par la ligne directe. Nous plaçons Boxum au Beuvray, au pied de la montagne.
On a cherché une similitude entre Aquis- Nisencii et la prononciation fautive Bourbon- Nancy ; l'appellation de ce dernier lieu vient en réalité de Bormonia ou Bormo, divinité topique, et de Ancy, seigneur du dixième siècle, qui restaura le château des Thermes de la voie du sud. La véritable orthographe, celle des vieux titres, est Bourbon-l'Ancy.
« Ancy, Ancel, Ancérick, Anceau, Anceaume, était petit-fils d'Adhémar, auquel Charles-le- Simple donna, en 911, le castellum de Thermis prope Ligerim ; son père , Aymon , lui légua en 953 le château des Thermes , en instituant pour légataire universel Archambault ou Arkimbald, qui donna son nom à Bourbon-1 'Archambault.
Ancérick, signataire de chartes en 945, 977, 999, et fondateur du prieuré de Saint-Nazairc
de Bourbon en 1030. aurait donc vécu un siècle.
On trouve son nom ainsi latinisé: Anselmus, Ansericus, Anseisus, Anselicus : on trouve aussi Borbonium-Ancelmium , Anselli , Bourbon- 1 Anceaume . Ensy , Nansy , Lancis , Lanceis, etc. (Note communiquée par M. le docteur Robert, de Bourbon-Lancy.)»
A quelle époque remonte le nom inscrit sur la table théodosienne? Nous ne saurions le dire ; un fragment d'inscription antique relevé par nous sur le mur occidental de l'église est ainsi conçu :
(m) ilvivs
....AEDEM ....OMNIB ....NISDO POSVIT
Milvius fut-il le fondateur ou simplement le restaurateur des thermes, s'agit-il ici d'un édifice
public ou d'une construction privée, ces questions restent pendantes ; les types de l'inscription sont d'un beau style et d'une bonne époque.
Aymoin, un de nos vieux chroniqueurs, rapporte que Caïus Antistius Reginus, chef des vétérans de César en Nivernie, conduisit aux thermes d'Alisencium ses hommes infectés d'une horrible lèpre. A notre avis, Antistius serait ce lieutenant qui, devant Alise, soutint avec Caninius Rebilus le principal choc de l'armée de secours commandée par l'Arverne Vergasilaun, proche parent de Vercingétorix. On ne le voit plus dans la suite de la vie de César ; peut-être garda-t-il un commandement dans les Gaules jusqu'à l'époque où nous retrouvons son nom parmi ceux des triumvirs monétaires d'Auguste.
Il serait précieux , pour notre attribution d'Alisincium , de posséder les preuves authentiques de la présence et du séjour d'Antistius dans le voisinage des vaincus d'Alise ; ces preuves, le religieux de Fleury-sur-Loire les
po3sédait-il au onzième siècle quand il écrivait son livre Des Antiquités de l'Église ; en tout cas, il était bien placé pour connaître ce qui restait des thermes à cette époque. Il décrit le monument en homme sûr de son fait, et donne des détails de construction parfaitement justifiés par les découvertes modernes.
On a dit aussi, d'après l'Illustre Orbandale de Berthaud, que Prohus, puis Constantin, étaient venus aux eaux d'Alisencium. Assurément le passage des deux empereurs sur cette grande voie stratégique n'aurait eu rien d'extraordinaire, non plus que leur séjour dans une station de cette importance ; toutefois, ceux qui auront le courage de lire jusqu'au bout les deux énormes volumes dont nous venons de donner le titre, resteront convaincus que rien dans cet ouvrage n'intéresse nos thermes, et que le récit de Berthaud concerne uniquement le castrum de Cabilo, c'est-à-dire Chalon-sur-Saône.
Les constructions en bois usitées avant la conquête n'ont laissé que des cendres ; d'ailleurs pour retrouver quelques vestiges de l'époque celtique, il faudrait fouiller profondément, traverser les stra'.a romains et la couche d'argile sur laquelle ils reposent d'ordinaire; c'est en procédant de la sorte, qu'à Saint-Révérien nous avons exhumé des haches, des poteries noires et des monnaies gauloises enfouies à plus de deux mètres au-dessous des ruines gallo romaines.
Ces dernières abondent à Saint-Honoré et sont presque au niveau du sol ; elles commencent aux environs de l'église, occupent tout le massif du bourg et se prolongent à l'ouest, en suivant la voie romaine, jusqu'à l'entrée des bois.
Deux ruisseaux , bien amoindris depuis la destruction des grandes forêts, venaient au nord et au sud mêler leurs eaux à celles des sources chaudes ; ils furent détournés et contenus au moyen d'une digue encore apparente ; un
béton très-épais, dur comme le granit, isola les sources et les préserva désormais de tout mélange.
Cette grande station, dont les derniers débris attestent encore la splendeur, partagea le sort de toute la contrée. Très-fréquentée aussi longtemps que l'empire demeura fort et respecté, l'on s'en éloigna, puis on y revint, suivant que le pays eut à subir les invasions et les révoltes, ou qu'il fut momentanément pacifié.
Dans son savant traité du Système défensif des Romains dans le pays éduen, M. Bulliot, signalant plusieurs interruptions dans les suites des médailles retrouvées au fond des sources de Saint-Honoré, démontre que ces lacunes correspondent exactement aux perturbations survenues en Gaule du premier au cinquième siècle.
Le passage de saint Martin par le Morvan, en 376, éclaire un instant notre histoire, après quoi les ténèbres se font de plus en plus épaisses jusqu'à la grande invasion.
Les Bourguignons, les Francs laissent debout quelques châteaux , quelques fermes ; mais les bras manquent aux cultures et les forêts empiètent de jour en jour sur les champs délaissés. Au sixième siècle ces mots : lieux vagues, solitudes, déserts du Morvan servent généralement à caractériser l'état de notre contrée.
Vers le milieu de ce même siècle, saint Germain de Paris venait parfois visiter sa famille, qui habitait une villa près de Lusy , à Mazille ; comme il traversait le Morvan avec l'escorte qui convenait à un grand évoque et à l'ami des rois, des démons, dit la légende, accouraient à son encontre, lui criant : « Homme de Dieu, si tu nous chasses de lieux habitables, permets du moins que nous abritions notre misère au fond de ces déserts I» Les démons étaient vraisemblablement de malheureux païens , peut-être des druides, rejetés dans la vie quasi-sauvage par la famine et par les persécutions.
Aux premières années du septième siècle le Morvan semble renaître : la descendance des conquérants germaniques s'est à peu près fondue dans les populations indigènes ; le long règne de Gontran, le plus puissant des descendants de Clotaire Ier, a laissé respirer ce pays; la paix règne momentanément entre les princes mérovingiens; en Bourgogne, Brunehaut tient le sceptre sous le nom de ses petits-fds et favorise la réaction gallo-romaine.
Cette grande reine affectionne entre toutes la ville d'Autun , dont les mœurs religieuses et polies lui rappellent l'Espagne et la brillante cour de Tolède. Elle fonde de riches monastères qui conserveront jusqu'à nos jours les restes des temples d'Augustodunum, les édifices civils sont restaurés, les voies anciennes réparées, on ouvre des routes nouvelles; de grandes fermes surgissent, dont la plus grande part appartient aux, églises et aux communautés religieuses. C'est à; vrai dire le patrimoine des pauvres, des pèlerins,
des voyageurs, qui trouvent dans les maisons d'hospitalité annexées aux monastères et aux principales églises des secours gratuits de toute nature, que sans cela ils ne pourraient se procurer à aucun prix.
Trois villes du Morvan : Château-Chinon , Moulins-Engilbert et Luzy, ont gardé le nom des castels , qui , dès cette époque , offraient à quelques familles d'artisans et de cultivateurs la protection de leurs fortes murailles.
En ce temps de restaurations générales , nous ne retrouvons aucun souvenir des eaux d'Alisencium. Sans doute il en restait des débris considérables, sans doute encore les habitants du voisinage n'avaient point perdu la coutume d'y venir; mais nous croyons que leur existence, comme établissement public , ne dépassa guère l'an 480, passé lequel il ne resta plus rien aux Romains dans les Gaules. Nous insistons sur ce point contre l'opinion de certains auteurs qui font subsister nos thermes jusqu'aux invasions
des Sarrasins (731). Ces hordes ont-elles traverse notre pays : il nous semble difficile de l'admettre en présence des textes formels qui les montrent se dirigeant d'Autun sur Saulieu et de là sur des contrées plus opulentes.
Passées du domaine impérial à celui des chefs de la conquête, nos ruines et leurs dépendances tombèrent par la suite aux mains de la féodalité.
11 nous faut maintenant traverser trois siècles et arriver au terrible an 1000. Deux grandes familles se partageaient alors tout ce côté du pays, à savoir : dans la plaine, les sires de Châtillon-en-Bazois, issus des comtes de Ncvers, et dans la montagne les puissants barons de Glenne et de Laroche-Milay. Glenn est celtique et signifie vallée, Castrum-Glaine le château de la vallée ; on en voit encore des vestiges. Par la suite, une alliance réunit dans la même main tous ces vastes domaines
La fin du dixième siècle et tout le onzième lurent, comme l'on sait, féconds en fondations pieuses ; on avait beaucoup donné par peur de la catastrophe millénaire, la date fatale passée on donna par reconnaissance ; les croisades activèrent encore cette ferveur. Donc, vers 1010, Hugues de Châtillon, voulant payer sa dette à Dieu, fonda pour le remède de son âme, sur sa terre de La Montagne, une église et un prieuré. L'église ne tarda point à être érigée en paroisse ; le prieuré, donné aux Bénédictins de La Charitésur-Loire, fut placé sous le patronage de saint Honoré. Les ruines des thermes firent partie de la dotation et fournirent les matériaux des deux édifices. Actuellement encore on peut voir dans les murs de l'église un grand nombre de moellons de petit appareil romain; plusieurs ont subi l'action du feu, soit à l'époque de la destruction des thermes , soit en 1570, quand l'édifice fut incendié par les huguenots. Lors de la reconstruction, en 1602, on plaça dans le mur occidental,
au-dessus de la principale entrée , le curieux fragment d'inscription que nous avons rapporté ; puisse un heureux hasard nous rendre la portion qui manque !
Née de La Rochelle reporte la fondation de l'église et du prieuré de Saint-Honoré aux premières années du douzième siècle. Sans vouloir infirmer en rien l'autorité de l'historien Hivernais , nous ferons observer que le prieuré de Saint-Honoré et celui de Semelay ont été fondés par le même personnage ; or , la possession de Semelay par Cluny, dès le onzième siècle, est établie par des preuves irrécusables que nous rapporterons plus loin.
Mis en possession des sources, soit que leur intention fût d'en interdire l'accès et d'abolir les superstitions qui pouvaient s'y pratiquer encore, soit qu'ils voulussent simplement tirer meilleur parti de leur bien, les moines amenèrent dans l'intérieur de la digue les deux ruisseaux
jadis détournes; remplacement actuel du parc tut converti en un étang, au bas duquel on bâtit un moulin ; de ce jour jusqu'à la fin du dixhuitième siècle, la vase et les alluvions s'amoncelèrent à l'envi au-dessus des travaux romains.
Mais, en dépit des précautions des bons pères, les chaleurs de l'été diminuant sensiblement les ruisseaux, les sources, pour un temps, demeuraient à découvert ; elles devenaient, dit-on, le refuge d'une myriade de reptiles. Malgré les incommodités d'un pareil voisinage et confiants en la tradition qui affirmait la vertu de ces eaux, les gens des alentours , atteints d'affections rhumatismales ou cutanées, n'hésitaient point à se plonger dans la vase saturée de matières minérales ; beaucoup s'en retournaient sains et dispos.
On recueillait aussi du limon et des fucus fort vantés pour le traitement de certaine éruption, souvenir des croisades, appelée en idiome morvandeau gcudre , c'est-à-dire mal de Judée , du
vieux mot geù, signifiant juif au moyen-âge. Maintenant encore il n'est pas rare de voir de braves gens amassant , dans le trop-plein des sources, ample provision de ces fucus qu'ils nomment des mousses d'eau.
Le 24 juin 1773 un épouvantable orage fondit sur Saint-Honoré ; la météorologie en a consigné le souvenir dans ses annales; l'air était en feu, des nuages livides et sulfureux semblaient rouler à la surface du sol : des gréions énormes hachaient les récoltes, la trombe déracinait les plus gros arbres ou les brisait comme fétus. La halle seigneuriale, située derrière le château, ayant été frappée de la foudre, sa couverture de chaume fut transportée tout en feu à plus de cinq cents mètres, au hameau de Clusebardenne qu'elle incendia ; le château lui-même fut ébranlé jusqu'en ses fondements. Les ruisseaux, transformés en torrents furieux, emportèrent les sept grands étangs de la seigneurie et tous
ceux du voisinage; celui du prieuré, comblé de terre et de boue, ne fut point rétabli.
Les sources thermales des deux étages formèrent dès lors un petit bassin fort apprécié des habitants du bourg. Il servait de lavoir durant la froidure, on s'y baignait en été, on y mettait rouir le chanvre en automne. Des savants se procurèrent de cette eau et en firent l'analyse ; la science confirma la bonne opinion des gens du village.
Les choses étaient à point ; on ne s'occupait guère plus de Saint-Honoré que des autres fontaines également thermales et sulfureuses , mais bien moins abondantes , qui existent aux environs, quand arriva, vers 1812, un médecin nommé M. Bacon-Tacon qui acheta les sources et quelques ares de terrain à l'en tour. M. Bacon- Tacon, disons-nous, était médecin, il était de
plus archéologue passionné, chose assez, rave à cette époque. Attaché au service médical de Catherine II, il avait demeuré en Russie jusqu'à la mort de l'impératrice arrivée en 1796 ; plus tard il parcourut l'Allemagne, visitant les universités et les collections scientifiques; à son retour en France il publia en deux volumes in-8° ses recherches sur les origines celtiques. C'était un beau vieillard dont le grand air et le costume rappelaient bien la cour où il avait vécu.
Dans la poussière des bibliothèques d'outre- Rhin il avait trouvé, disait-il, de précieux documents concernant l'antique établissement situé aux portes de Saint-Honoré ; il venait lui rendre son ancien lustre. De quelle nature étaient ces documents mystérieux , lui seul le sut. Appartenaient ils aux premiers siècles de l'ère chrétienne, comme la table de Peutinger, si longtemps oubliée dans un couvent d'Allemagne; avait-il simplement rencontré un des
nnombrables mémoires publiés au dix-septième siècle par Jean du Chatelet, baron d'Auffembach et de Beausoleil, et par sa courageuse compagne Martine de Berthereau, dont M. Louis Figuier, dans son Histoire du merveilleux, a si bien dit les diverses fortunes. Qui parcoururent ensemble toute l'Europe et une partie du Nouveau-Monde, cherchant et faisant connaître carrières, mines, eaux minérales ; et qui furent récompensés de leurs éminents services parla ruine et la prison, expiant jusqu'à la mort le malheur d'avoir déplu au terrible cardinal de Richelieu, et le tort non moins grand d'être venus un siècle trop tôt.
Bacon-Tacon réunit les sources de l'étage inférieur, sans pénétrer toutefois jusqu'aux travaux romains ; une piscine, divisée en compartiments par des cloisons de bois , tint lieu de baignoires , au-dessus on disposa quelques logements. Une gaîne en douves, que le docteur appelait Yhomme debout, élevait l'eau de la
source supérieure à deux mètres au-dessus du sol constituant ainsi le plus priniitii' des systèmes de douches.
Comme du Chatelet, Bacon vint avant l'heure propice; des routes si nombreuses qui sillonnent aujourd'hui cette partie du département, aucune n'existait en 1812; lechevalde selle et la voiture à bœufs étaient les seuls moyens de transport. On se souvient encore d'un grand chariot attelé de quatre bœufs blancs, conduit par Ginot dont nous enregistrons le nom pour la postérité ; au moyen de ce puissant véhicule , la bonne et vénérée marquise d'Espeuilles visitait son voisinage à raison de trois kilomètres à l'heure. Actuellement, le trajet de NeversàSaint-Honoré. aller et retour, se fait entre le lever et le coucher du soleil ; en ce temps-là. il fallait deux grandes journées et une solide monture.
Néanmoins, quelques personnes, surmontant tous les obstacles, vinrent à Saint-Honoré et s'en
trouvèrent à merveille; mais bientôt les désastres qui suivirent 1813 paralysèrent l'essor du naissant établissement. A quatorze siècles de distance, les échos d'Alisencium retentirent une fois encore du cri de guerre des Germains. Bacon n'était pas riche, au retour des temps plus calmes il se trouva complètement ruiné.
Il lutta longtemps, en proie au chagrin le plus poignant, aux privations les plus dures. Son fils, sa belle-fille vinrent à leur tour et n'eurent pas meilleure chance. Leur misère était navrante, la femme faisait le service des baigneurs; des pommes de terre cuites à l'eau constituaient toute la nourriture de la triste famille. Bacon reparut un instant, il avait en l'avenir de Saint-Honoré une foi inébranlable; quelqu'un le surprit un jour partageant son trop frugal repas avec un grand chien de Sibérie, fidèle compagnon de sa fortune. « Voyez, dit-il, mon pauvre chien vit bien mal , et moi je vis comme un chien ; pourtant, nous gardons des trésors. » Cependant
le vendeur des sources, qui n'était pas entièrement payé, et un M. Dandrillon qui avait placé des fonds dans l'entreprise , harcelaient sans relâche le malheureux docteur ; il fallut, à bref délai , les désintéresser ou déguerpir. Une suprême ressource, souvenir des jours heureux, restait à Bacon : une boîte enrichie de brillants qui lui avait été remise au nom de l'impératrice Catherine ; vint l'heure de s'en séparer. On
porta l'écrin au plus prochain lapidaire
Hélas I les diamants étaient du stras. A qui voudrait vérifier ce trait de mœurs, nous dirons que la boîte était encore entre les mains d'un honorable habitant de Moulins-Engilbert il y a peu d'années.
Ce fut le coup de grâce. M. Dandrillon solda le vendeur et se fit adjuger tous les travaux de Bacon ; celui-ci mit à l'encan le peu de mobilier qui lui restait, son beau linge de Saxe jusqu'à la dernière pièce, puis il partit suivi de son bon chien, n'emportant pas même l'espérance.
M. Dandrillon plaça dans la maison un gardien chargé en même temps de percevoir le prix des bains ; les malades restés fidèles aux sources de Saint-Honoré se logeaient au bourg, qui offrait alors très-peu de ressources. Chacun s'ingéniait à conjurer l'ennui, et chaque jour voyait s'organiser une excursion nouvelle à laquelle s'associait la jeunesse des alentours ; ce fut le bon temps des joyeuses chevauchées au vieux château de la Montagne.
Les abords des sources étant à peu près délaissés, M. le marquis Antoine d'Espeuilles y fit faire des recherches à son compte et trouva la partie supérieure des bains romains : cette découverte eut lieu le 29 septembre 1820, j ouimarqué dans les fastes de France par la naissance de Monseigneur le duc de Bordeaux.
Ce fut alors qu'on déblaya le bassin de recette des eaux de la crevasse, la partie la plus ornée des travaux antiques. On y voyait quatre saillies semi-circulaires, renfermant autant de piédestaux
revêtus de marbre blanc ; le sol était dallé de ce même marbre, qu'on suppose avoir été tiré de Champrobert ^campus Roth-Berthi), bameau peu distant de Saint-Honoré et chef d'un iief très-ancien. Ce réservoir renfermait cinq bassins peu profonds, trois circulaires et deux carrés, taillés dans le béton ; ils furent entourés de huttes en planches, le champ voisin fournit les genêts de la toiture ; un de nos rudes ancêtres revenant en ces lieux après vingt siècles ne s'y fût pas trouvé trop dépaysé.
Plus tard, en 1828, M. Dandrillon céda ses droits à une société de grands propriétaires formée au sein du conseil général de la Nièvre ; on entreprit alors des déblais considérables qui emportèrent la maison de Bacon-Tacon. En 1829, on construisit pour les baigneurs un logement actuellement réuni à l'hôtel des bains. Mais bientôt le chiffre des dépenses prévues effraya certains actionnaires . certains autres soulevèrent des difficultés qui entravèrent la
marche de l'affaire; la révolution de 1830 ne fit qu'augmenter les embarras de la société. Elle croula et, en 1837, M. le marquis Théodore d Espeuilles acheta l'établissement à la barre du tribunal de Nevers.
Les fouilles, reprises en 1838, mirent à découvert l'ensemble des thermes antiques : tout le bassin inférieur de recette des sources dites de la Marquise, sept puits communiquant entre eux par un canal revêtu de marbre, une piscine, un dallage de calcaire compacte ou pierre lithographique; on reconnut à ses piles de briques rondes, à ses conduits de chaleur verticalement disposés Yhypocauste, foyer souterrain destiné à chauffer l'ensemble de l'édifice; un impluvium régnant à l'entour du réservoir isolait les eaux froides provenant soit des pluies , soit des suintements du rocher.
On put se convaincre qu'en poursuivant les travaux on retrouverait un jour les accessoires accoutumés des thermes romains : le vestiaire ,
vestiarium; la chambre d'attente, tepidarium ; les salles d'air chaud, caldarium; et de vapeurs. vaporarium; on entrevit l'escalier qui devait y conduire. Au fond du puits Marquise, d'où jaillit la source, on recueillit les nombreuses médailles dont il a été parlé (1).
Cette fois, chaque puits fut garni d'un tonneau à claire-voie servant de baignoire et coiffé d'une guérite recouverte en tuiles. La maison et les bains restèrent jusqu'en 1851 confiés à la garde du ménage Billault , braves gens qui depuis ont construit à l'orée des bois un petit hôtel, où l'on trouve un grand calme et de bons soins.
(1) Au moment où nous mettons sous presse, on vient de trouver une tête de statue en marbre blanc ; les cheveux sont séparés en bandeaux, le front est orné d'un diadème. En même temps on retire d'une fouille dans le village des débris de mosaïque, des fragments de poteries rouges , notable portion d'un vase antique en verre bleu.
Cependant, grâce aux progrès du siècle, notre contrée était devenue plus accessible; d'excellentes routes mettaient Saint-Honoré en communication journalière avec Autun, Château- Chinon, Clamecy, Nevers. On nous promettait des chemins de fer ; les baigneurs arrivaient de plus en plus nombreux à ces sources qui, de l'avis des médecins , peuvent remplacer les Eaux-Bonnes , épargner à un grand nombre de malades les fatigues et les frais d'un long voyage et leur offrir en outre un climat préservé des brusques variations atmosphériques.
Des artistes, gent aventureuse, avaient découvert au centre de la France des eaux vives, de frais ombrages, des sites admirables ; une petite Suisse , moins les glaciers , les neiges éternelles et les légions de touristes : c'était le Morvan, et l'on voulut bien convenir qu'il avait du bon.
Dans ces conditions nouvelles, il fut décidé qu'on fonderait à Saint-Honoré une station thermale de premier ordre, aucune dépense utile
n'y serait épargnée. Un savant chimiste ferait aux sources mêmes une nouvelle analyse des eaux ; un ingénieur en chef des mines, auteur des grands travaux exécutés aux Pyrénées et, à Vichy, donnerait les plans et pousserait le captage bien au-delà des travaux romains, jusqu'au cœur du rocher. L'analyse de M. Ossian Henri est de 1851 ; dès que la composition des eaux fut bien connue, les travaux de déblai commencèrent ; ils durèrent près de deux années.
Ceci, disons-nous, se passait en 1851, au lendemain de nos discordes civiles. En créant ce bel établissement, où les pauvres ne sont point oubliés , en ouvrant ces ateliers qui contribuèrent puissamment à ramener à l'ordre, par le travail , des populations encore frémissantes, M. le marquis Théodore d'Espeuilles trouva un noble emploi de sa grande fortune et mérita bien du pays. Le temps, croyons-nous, se chargera de prouver aussi qu'au point de vue de ses intérêts il lit une excellente opération. Le caplage des
sources et la masse des constructions furent exécutées en 1854 ; dès l'année suivante on put recevoir les baigneurs.
Actuellement, à dix. années de distance , le premier hôtel et les nombreux logements du bourg ne suffisant plus , il a fallu construire un second hôtel plus vaste que l'ancien, non moins rapproché des sources et doté de tout le confort que réclame notre époque.
A l'ombre du somptueux édifice se cache un petit chalet ; on nous permettra de n'en point médire ici.
Saint-Honoré possède un bureau de poste, une station télégraphique, des maisons de commerce en tout genre et fort bien fournies. Avant peu le modeste village aura fait place à une charmante petite ville, et le quartier des thermes en sera l'élégant faubourg.
G. Charleuf.