Aer bénigne nobiscum egit. Chrys., Epist. 10 ad Olymp
céleste, presque un dieu. La seconde, celle de Glirysostome, énergique et dominatrice, soutenait l'autre dans ses défaillances, comme une plante délicate qui a besoin de redressement et de support. Le gouvernement de cette âme vouée à la sienne était pour Chrysostome un de ses plus chers et de ses plus impérieux devoirs. Nous le verrons aux plus mauvais jours de son exil consacrer une partie des loisirs que lui laisse la captivité à combattre dans son amie, par de tendres exhortations et souvent de dures réprimandes, des excès de douleur qui minent sa vie, et la font presque douter de la Providence. Ses deux derniers ouvrages, les plus parfaits peut-être de tous, sont employés à soutenir cette thèse, que la persécution dont il est l'objet est une grâce d'en haut dont ses amis doivent bénir Dieu, comme il se plaît lui-même à le faire. Ces deux traités composés dans le donjon d'un château fort, il les écrit pour Olympias.
Si Ciirysostome ne recevait point de Constantinople les nouvelles qu'il désirait, il en reçut une en revanche dont il se serait volontiers passé. Le rescrit impérial que son escorte et lui attendaient si impatiemment, ils le trouvèrent à Nicée; l'empereur fixait la résidence de l'exilé à Gueuse', dans la Petite-Arménie, et non à Sébaste, dans l'Arménie supérieure, comme celui-ci l'avait demandé. Ce fut pour lui un grand sujet de chagrin. Gueuse était une petite ville pauvre, sans commerce comme sans ressources
1. Eum in parvum quoddam ac desertum Armenise oppidum relegarunt, cui nomen est Ciicuso. Theodor., v, 3i.
pour la vie de l'esprit, perdue au fond d'une vallée] sauvage du Taurus, à l'enlre-croisement des chaînes de] l'Arménie et de la Gappadoce. L'histoire profane ne la] nomme point, mais elle avait acquis quelque céléhrité dans l'histoire ecclésiastique pour avoir servi de lieu de hannissement et de tombeau à un archevêque do Gonslantinople, Paul, martyr de la persécution arienne; sous le règne de Constance : une pareille gloire avait dû attirer sur elle le choix d'Eudoxie. Ce rapproche-] ment peut-être ou du moins la certitude d'une telle i prison fat pour lui comme un coup de foudre, car i\\ avait bien compté que ses amis lui obtiendraient Sébaste; — ils n'avaient donc rien fait pour lui, eux, si influents, si puissants quand ils voulaient, et qui se^ targuaient de la constance de leur dévouement; ils n'avaient pas daigné lui tendre la main pour le sauver! On le supposait déjà mort, et on le rejetait comme! un cadavre! — Tous ces ombrages l'assaillirent, et il] était presque désespéré, moins encore de son propre sort que de l'abandon possible de ceux qu'il aimait ^] Il dut s'en vouloir à lui-même de ces injustices lors-| qu'il connut plus tard la vérité. Les amis qu'il accusait d'indifférence avaient remué ciel et terre poui obtenir de l'empereur la résidence de Sébaste, etl l'empereur était près de céder quand rimpératricéj intervint et exigea Cucuse^ On voit que les ressentiments d'Augusta ne s'adoucissaient point avec la vic-1 toire, car une pareille résidence était une aggravation-j cruelle de l'exil.