Non sedeat in concilie, sed audiendus intromittatur
Qu'il sorte, ou nous sortons. » Comme les officiers demandaient quel sujet particulier de plainte existait contre lui, Lucentius répondit ; « Il a usurpé l'autorité de ju^e, et il a osé tenir un concile en dehors de l'autorité du saint-siège ».
Les officiers firent observer qu'il n'était pas équitable de l'accuser seul, alors qu'il y avait eu un grand nombre de coupables. Cette remarque n'était pas absolument juste, attendu qu'il était sans contredit le plus coupable de tous, ayant été l'instigateur et le principal agent de la révolte, et ayant forcé, par la terreur, beaucoup d'autres à partager sa faute; mais il faut reconnaître que quelques-uns au moins de ses complices ne paraissent avoir guère mérité plus d'indulgence que lui. Le sénat lui ordonna enfin d'aller s'asseoir au milieu en qualité d'accusé, et les légats se contentèrent de cette mesure.
Aussitôt Eusèbe de Dorylée demanda qu'on fît la lecture d'une requête où il réclamait contre les injustices de Dioscore et insistait pour qu'on lût publiquement les actes du faux concile d'Éphèse. On satisfit à sa demande, après l'avoir fait asseoir parmi les accusateurs.
On commença la lecture des actes par celle de la lettre de convocation écrite par Théodose. Comme celle-ci parle en termes injurieux de Théodoret, l'on crut bon de faire venir cet évèque, afin qu'il prît part aux débats; ce qui suscita des protestations tumultueuses de la part des Egyptiens et de tout leur parti. Théodoret entra pourtant, et alla s'asseoir, lui aussi, au milieu de l'assemblée, parmi les accusateurs.
La lecture des actes du faux concile continua, fré-
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quemmenl interrompue par des réclamations passionnées, en particulier quand il fut question du refus constant qu'avait fait Dioscore de laisser lire la lettre du pape.
Dioscore chercha à se défendre ; mais son lanij^age hautain, effronté, ne lui servit de rien, non plus que ses subtilités, ni son appel aux témoignages douteux et obscurs des anciens pères par lesquels il prétendait justifier ses doctrines. Quant à ses violences, il osa soutenir qu'il ne les avait exercées que de l'avis des évêques ; mais des protestations indignées lui répondirent de presque tous les côtés. (( On nous a fait violence, » criait-on ; et chacun rappelait les odieuses scènes de brigandage qui avaient déshonoré l'assemblée d'Ephèse.
Pendant ce temps, la plupart de ceux qui avaient soutenu Dioscore l'abandonnaient peu à peu, pour aller s'asseoir par groupes du côté des légats. Juvénal de Jérusalem fut un des premiers : cet homme est le digne patron de ces lâches fonctionnaires qui cherchent à établir leur fortune en accablant ceux qui sont persécutés par les tyrans du jour, mais qui sont tout prêts à changer d'allure, le jour où il leur sera utile d'aller se courber devant d'autres maîtres. Rappelons-nous pourtant que Juvénal racheta plus tard les faiblesses de sa vie, en luttant et en souffrant lui-même courageusement pour la vérité.
On prolongea la séance jusque dans la nuit, afin de pouvoir achever la lecture de la première session du conciliabule d'Ephèse^. C'en était assez pour
I. Rappelons que cette lecture, déjà fort longue et fre'quemment interrompue, entraînait encore celle des actes du con-
convaincre Dioscore d'avoir foulé aux pieds tous les canons afin de rétablir Eutychès et d'opprimer Flavien et Eusèbe de Dorylée. On prononça anathème contre Dioscore^, et des voix se firent entendre pour demander sa déposition à l'heure même. Les officiers firent observer, avec quelque apparence de raison, qu'il était juste, en ce cas, de déposer en même temps les principaux auteurs des troubles, Juvénal, Thalassius, Eusèbe d'Ancyre, Eustache de Béryte, Basile de Séleucie. Les évêques d'Illyrie et de Palestine répondirent en demandant un pardon général; mais les Orientaux insistèrent pour la condamnation de Dioscore.
L'heure étant déjà fort avancée, il fallut en demeurer là pour ce jour, et l'archidiacre Aétius déclara que la séance était levée.
La seconde séance eut lieu le surlendemain, 10 octobre. Dioscore n'y assista pas, non plus que Juvénal, ni les principaux de leur ancien parti; mais Eustathe de Béryte s'y trouvait, car sa signature figure au bas du procès-verbal. Dès le début, les officiers ayant proposé d'examiner à nouveau les questions de foi, les évêques répondirent d'une commune voix que la chose était inutile, que la foi avait été parfaitement définie dans les conciles précédents, et que d'ailleurs, s'il restait des doutes dans l'esprit de quelques-uns, la lettre de Léon à Flavien suffisait à les éclaircir.
cile tenu àCoustantinople contre Dioscore, qui avaient été' relus clans rassemblée d'Ephèse. et par suite insérés dans les actes de cette dernière.
I. « Ces sortes d^anathèmes ne passaient pas pour des condamnations juridiques ; et il fallait une condamnation plus régulière et plus dans les formes. * (Tillemontj Saint Léon, CVIT.)
Les officiers insistèrent quelque peu : ils paraissent avoir été fort soucieux d'obtenir des décisions ollicielles, qu'ils estimaient sans doute favorables à l'union et à la paix futures. Mais il eût été non seulement illéj^itime, mais d'un exemple très fâcheux, de remettre en question des points déjà régulièrement établis. Ce fut l'avis du concile, qui se contenta de faire lire les principaux textes qui servent de fondement à la foi catholique, en particulier sur les matières récemment contestées.
Eunomius de Nicomédie lut donc le symbole de Nicée, l'archidiacre Aétius celui de Constantinople et des lettres de saint Cyrille à Nestorius et aux Orientaux; ces textes vénérables furent salués par les acclamations de tous. Enfin le secrétaire Véronicien donna lecture de la fameuse lettre de saint Léon, traduite en grec, et accompagnée des nombreux passages des pères que son auteur y avait joints depuis pour appuyer sa doctrine. Des cris d'enthousiasme accueillirent cette lecture : « C'est la foi des apôtres, c'est la foi des pères, c'est ainsi que nous croyons tous.... C'est Pierre qui a parlé par la bouche de Léon Léon et Cyrille ont enseigné la même
chose Pourquoi n'a-t-on pas lu cela à Ephèse?
Voilà ce que Dioscore a caché ! »
Cependant les évêques d'Illyrie et de Palestine n'étaient pas encore entièrement satisfaits, et Atticus de TSicopolis demanda quelques jours de répit afin que l'on pût examiner à loisir certains passages des pères, en particulier de saint Cyrille, qui paraissaient à plusieurs avoir besoin d'explication. Le sénat, toujours pratique, proposa donc d'interrompre les séances ordinaires pendant cinq jours,
durant lesquels on tiendrait des assemblées particulières chez Anatole ; et celui-ci serait chargé de choisir, parmi les signataires de la lettre de saint Léon, ceux qu'il croirait les plus capables de dissiper une bonne fois les doutes et les scrupules de tous les esprits hésitants. C'est ce qui fut fait, et les explications données par les légats furent enfin acceptées par tous les assistants, qui signèrent, eux aussi, la lettre du pape.
On put alors reprendre le cours des séances ordinaires, et la troisième se tint dès le i3, c'est-àdire un peu plus tôt qu'il n'avait été prévu par le sénat. Les officiers s'abstinrent d'y assister, par discrétion peut-être*, car il s'agissait de juger Dioscore, et il importait de laisser à cette mesure son caractère purement ecclésiastique ; comme les peines qui pouvaient être prononcées dans cette séance devaient être d'un ordre tout spirituel, la puissance séculière n'avait point à y intervenir, et il ne fallait pas qu'on pût prétendre à l'avenir, pour attaquer le jugement des évêques, que leur liberté n'avait pas été pleine et entière.
Les partisans de Dioscore n'assistaient plus aux séances, bien qu'ils fussent toujours régulièrement convoqués. Quant à lui-même, il répondit par de très mauvaises raisons à tous ceux qu'on lui envoya successivement pour l'adjurer de venir se défendre (il reçut ainsi jusqu'à trois députa tions d'évêques),
I. Leur altitude dans la suite des débats peut à la rigueur faire douter que leur a])sence ait e'ië volontaire. Comme d'autre part la réunion n'a certainement pas été convoquée à leur insu, Ton peut se demander si ce ne fut pas l'empereur luimême qui leur défendit d'y assister.
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et il demeura évident que son dessein bien arrêté était de ne point paraître. Il fallut donc se décider à instruire et à juger sa cause en son absence.
Cependant, pour occuper le temps, sans doute fort long, de cette vaine insistance, on avait commencé la lecture de différentes pièces.
On lut ainsi une requête d'Eusèbe de Dorylée, par laquelle il demandait que tout ce qui avait été fait à Kphèse, contre lui et contre Flavien, fiU cassé, et riiérésie d'Eutychès anathématisée.
Ensuite on annonça que plusieurs personnes demandaient à entrer pour exposer leurs griefs personnels contre Dioscore et obtenir justice. C'étaient le prêtre Athanase, neveu de saint Cyrille, les diacres Théodore et Ischyrion, et un laïque du nom de Sophronius. On les fit entrer, et l'on donna lecture de leurs plaintes. Tous réclament contre les persécutions barbares dont ils ont été les victimes, et ils ajoutent les accusations les plus graves contre Dioscore, qu'ils déclarent coupable de crimes nombreux contre la foi et contre les mœurs, de rapines, de tentatives de meurtres. Ils donnent des détails précis, et ils se déclarent prêts à fournir des preuves de ce qu'ils affirment ou à faire entendre des témoins.
Mais le concile, depuis longtemps déjà, en savait assez sur la conduite de Dioscore, et, puisque celui-ci refusait obstinément de venir se défendre, le moment était venu de prononcer la sentence. Paschasin consulta l'assemblée à plusieurs reprises, et il lui fut répondu invariablement que celui qui méprisait ainsi les canons était digne de toute leur sévérité.
Alors, disent les actes, « Paschasin, évêque de Lilybée, de la province de Sicile, et avec luiLucentius, évêque d'Ascoli, et Boniface, prêtre de la grande église de Rome, tenant la place du très saint et bienheureux Léon, patriarche du siège apostolique de la grande et antique ville de Rome, prononcèrent ces paroles :
(( Les excès commis contre les canons par Dioscore, ci-devant évêque d'Alexandrie, sont rendus manifestes, tant par la séance précédente que par celle-ci. S'arrogeant la primauté, il a irrégulièrement reçu à la communion Eutychès, régulièrement condamné par son propre évêque. Il persiste à soutenir ce qu'il a fait à Ephèse, dont il devrait demander pardon comme les autres, à qui le siège apostolique a fait grâce. Il n'a pas permis de lire la lettre du pape Léon à Flavien, quoiqu'il en eût été requis plusieurs fois et qu'il l'eût promis avec serment; et par là il a causé des scandales et des plaies à la sainte Eglise de Dieu par tout l'univers. Toutefois, nous délibérions après tout cela si nous n'userions pas de clémence envers lui comme envers les autres qui étaient moins coupables; mais il a surpassé ses premiers excès par des excès plus grands encore. Il s'est emporté jusqu'à dicter une sentence d'excommunication contre Léon, le très saint patriarche de Rome. De plus, on a présenté contre lui plusieurs plaintes au concile. lia été cité jusqu'à trois fois et n'a pas voulu obéir: il a donc provoqué lui-même la sentence, par son mépris répété des canons ecclésiastiques. C'est pourquoi le très saint et bienheureux patriarche de la grande et antique Rome, Léon, par nous et par le concile ici rassemblé, en union avec l'apôtre saint Pierre, trois
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l'ois bienheureux et digne de toute louange, qui est la pierre qui sert de base à l'Eglise catholique et le fondement de la vraie foi, a privé Dioscore non seulement de la dignité épiscopale, mais de tout ministère sacerdotal. Que le saint concile ordonne donc de lui suivant les canons^. »
Les évêques opinèrent les uns après les autres, confirmant en quelques mots la sentence qui venait d'être portée au nom du pape. Puis ils la signèrent, les trois légats en tête comme toujours, de sorte que lîoniface lui-même, quoique simple prêtre, passait avant le patriarche de Constantinople, parce qu'il était l'un des représentants du souverain pontife.
On communiqua le jugement à Dioscore, ainsi qu'à Marcien et à Pulchérie, et des affiches le firent connaître au peuple, à Constantinople et à Chalcédoine. Dès le lendemain, trois prêtres de l'église d'Alexandrie furent chargés de l'administration provisoire du temporel de cette église. Dioscore fut, dans la suite, relégué à Gangres, en Paphiagonie, où il mourut en 4^4-
A la cinquième séance, qui eut lieu le 17, les officiers étaient présents, et ils montrèrent une singulière insistance en demandant derechef ce que l'on avait décidé touchant la foi. Il fallut leur répondre encore une fois qu'il n'était besoin de rien décider de nouveau, puisqu'on avait les décisions des conciles précédents, récemment confirmées par la lettre de Léon à Flavien. Ils exprimèrent alors le désir que l'assemblée déclarât du moins solennellement qu'elle jugeait
I. Cette traduclion abrège un peu le texte, mais sans rien omettre d'essentiel.
cette lettre conforme h la foi des trois cent dix-huit pères de iSicée et des cent cinquante pères de Constanlinople. La chose se fit sans difficulté, et chaque évêque, opinant à son tour et motivant son avis, rendit un nouveau témoignage de la vaste et sûre doctrine de saint Léon et de l'unité de la foi dans TEglise catholique.
Cependant, plusieurs d'entre eux ayant parlé au nom de tout un groupe, et quelques-uns peut-être n'ayant pas encore voté, le sénat invita l'assemblée entière à donner son assentiment de vive voix, a Nous croyons tous ainsi, » cria-t-on de tous côtés. Et des voix nombreuses, intercédant en faveur des absents, ajoutèrent : « Mais les cinq évêques ont signé aussi la lettre et croient comme Léon. Qu'on les rende au concile. » Ces cinq évêques étaient Juvénal de Jérusalem, ThalassiusdeCésarée, Eusèbe d'Ancyre, Basile de Séleucie et Eustathe de Béryte. Les légats euxmêmes, à qui le souverain pontife avait recommandé beaucoup de douceur, parlèrent en faveur de ces anciens révoltés. Les officiers, qui étaient peu favorables à tant d'indulgence ^, jugèrent à propos d'envoyer un message pour demander le sentiment de l'empereur; celui-ci répondit qu'il s'en remettait au concile, et l'on fit entrer sur-le-champ les cinq évêques, qui furent reçus au milieu des transports d'une joie unanime.
A ce moment, l'on introduisit treize évêques
I. Ils prononcèrent même quelques paroles un peu aigres à ce sujet, comme au sujet de la condamnation de Dioscore qui avait été' décide'e en leur absence. Mais le concile leur fit entendre que ses décisions n'avaient pas besoin de leurpre'sence pour être valables.
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d'Egypte, qui présentèrent une requête, et demandèrent avec beaucoup d'instance qu'on leur permît de ne pas signer la lettre de saint Léon avant qu'on eût donné un successeur à Dioscore : il ne leur était pas permis, assuraient-ils, de faire cette démarche sans l'avis de leur patriarche. La vérité, c'estqueleur vie même, comme ils ne craignirent pas de l'avouer, n'aurait pas été en sûreté, tant était grande en Egypte la puissance du patriarche d'Alexandrie, surtout depuis l'avènement de Dioscore, qui y avait encore des partisans nombreux, puissants et audacieux. Après d'assez longues contestations, on leur accorda ce qu'ils demandaient, à condition qu'ils anathématiseraient sur-le-champ la doctrine d'Eutychès, et qu'ils s'engageraient à ne pas sortir de Constantinople avant d'avoir donné satisfaction. Ils y demeurèrent en effet jusqu'au jour où saint Protérius fut ordonné h la place de Dioscore.
Le reste de la séance, ainsi qu'une assemblée supplémentaire qui se tint le 20 octobre et qui n'est pas comptée parmi les séances principales du concile, furent occupés d'abord à décider du sort d'un certain nombre d'abbés, ou prétendus tels, dont plusieurs avaient profité des troubles pour usurper une situation à laquelle ils n'avaient aucun droit. Quelques personnages trop connus, comme Barsumas, l'un des meurtriers de saint Flavien, et l'eunuque Calopodius, eurent l'audace de se présenter parmi eux : ils furent accueillis par les cris d'indignation de toute rassemblée.
Aux moines rebelles, on accorda un délai de trente jours pour se soumettre aux décrets du concile ; faute de quoi ils devaient être privés de la communion.
Enfin, on régla le différend qui s'était élevé entre Photius de Tyr et Eustathe de Béryte. Ce dernier avait obtenu, par la protection de Dioscore, une loi de Théodose le Jeune qui érigeait Bérvte en métropole. Il ne s'agissait très probablement que du titre de métropole honoraire^, mais Eustathe prétendit avoir une véritable juridiction sur plusieurs des villes qui dépendaient de Tvr. Il fut soutenu par Anatole, qui envoya à Photius le décret d'un certain synode, favorable aux prétentions de Tévêque de Béryte, en le menaçant de la déposition s'il refusait de le signer; Photius signa, mais en protestant qu'il agissait par contrainte. Le concile, après avoir entendu sa requête, décida contre Eustathe, en se fondant sur le quatrième canon de Nicée, qui déclare que chaque province ne peut avoir qu'un métropolitaib^.
Le 2 1 octobre, malgré la répugnance que le concile avait manifestée, h plusieurs reprises, pour toute définition nouvelle, Anatole réunit chez lui une commission pour préparer une formule qui pût être acceptée de tous. Tout porte h croire qu'il fut luimême l'auteur de la définition qui fut approuvée ce jour-là-^, et qu'il défendit dans la suite avec chaleur.
Quoi qu'il en soit, lorsque les pères s'assemblèrent, le lendemain 22 octobre, pour la cinquième séance