DIALOGUE IV BILINSKI, LE PÈRE MAGIUS ET AUGUSTE, AUGUSTE
Mon Père, mon Pèr
e, priez pour Stanislas !
LE PÈRE MAGIUS.
Qu'y a-t-il, mon enfant ?
AUGUSTE
Il est poursuivi : on va le saisir,
BILINSKI.
Etes - vous bien sûr de ce que vous dites, seigneur Auguste ?
AUGUSTE
Hélas ! oui. Le mendiant avec lequel il a changé d’habits, aux portes de Vienne, a fait Connaitre qu’il est sur la route d’Augsbourg. Paul s'y est précipité : peut-être l’'a-t- il déjà atteint; il sera bientôt ici. Impossible que Stanislas échappe,
Enfin nous le tenons.
AUGUSTE
C'est donc en vain qu'il a compté sur la protection du ciel !
LE PÈRE MAGIUS.
Mon enfant, personne ne peut sonder les desseins de Dieu. <@
DIALOGUE v.
LE P. MAGIUS, PAUL, AUGUSTE ET BILINSKI,
BILINSKI.
Quoi ! Stanislas n’est pas avec vous! Mais il a été reconnu ; on sait de quel côté il à dirigé ses pas: on vous disait à sa pour suite, Vous ne l’avez donc pas découvert ?
PAUL
Bilinski, j'ai vu mon frère.
BILINSKI.
Et vous l'avez laissé fuir ? Il vous a La résisté ?
PAUL
Calmez - vous, Bilinski. Mon Père, je re connais ici le doigt de Dieu. J'étais sur les traces de Stanislas: je le poursuivais
di | avec toute la rapidité de mes chevaux: je 4 songeais déjà à lui faire expier cruellement ce que j'appelais sa folie. Dans mon ardeur, ou plutôi dans mon aveuglement, je lPavais devancé sans le reconnaitre. Revenu sur mes pas, je l’aperçus bientôt devant moi : sa démarche était calme et assurée. On eût dit que rien ne le pressait, et qu'ilne redoutait aucun danger. J’allais atteindre, quand les chevaux s'arrètent tout:à-coup. En vain le guide les presse de la main et de la voix: une barrière insurmontable semble s'élever devant eux; une force invisible les
a cloués au sol.
AUGUSTE
Merci, Ô mon Dieu!
Gr [==
PAUL
Lorsque j'ai voulu reprendre la route de Vienne, mes chevaux ont retrouvé leur liberté et leur vigueur. J'ai compris que le ciel se déclarait pour mon frère.
BILINSKI.
Comment, seigneur, fous pourriez Croire...
PAUL
Bilinski, nous avans été insensés et cou -
mais ie ne veux plus avoir rien de commun avec vous. Retirez - vous; allez dans quelque
sinon, craignez le juste courroux de mon père. (Biülinski quitte la scène). Pour moi, . je vais tâcher de réparer mes torts à l'égard du meilleur des frères, en lui obtenant la liberté de suivre ses pieuses inspirations.
Stanislas est un saint.
LE PÈRE MAGIUS.
Vui... Laissez-le poursuivre se course, il
faut qu'il se rende dans la ville sainte. Jjusqu'à présent, Stanislas, fleur cach$ée au mi-
: LA pables. Je n& vous ferai pas de reproches; | É
lie des herbes de la prairie, nous dérobait l'éclat de ses vertus; voici qu'il va attirer tous les regards, exciter l'admiration de l’univers. Mais qu’il se hâte ; car Dieu ne peut le laisser longtemps à la terre, de peur que le souffle de l’iniquité n’altère la céleste beauté de son âme, C’est un enfant, mais il a déjà fourni une longue carrière. Tandis que le silence pèsera sur nos tombeaux, le sien resplendira de gloire, l'Eglise chantera ses louanges.
Un jour, il sera invoqué jusque dans les régions que la civilisation n’a pas encore visitées. Stanislas n’est déjà plus le pèlerin qui s’en va, humble et pauvre, chercher cette terre lointaine du repos, que Dieu lui a montrée : il est l'ange tutélaire, le puissant protecteur de sa patrie. Voyez comme du haut du ciel, il frappe de terreur et disperse les cruels enfants de Mahomet, qui se croient déjà maîtres de la Pologne... Mais... O mon Dieu! f[nfortunée Pologne! cette fois, qui donc pourra la délivrer. Trois aigles avides l’ont déchirée, et en retiennent les sanglants lambeaux dans leurs serres puissantes ? Qui pourra guérir ses plaies, lui rendre sa liberté et la foi de ses pères ? Je cherche dans la suite des siècles... per.
tue. 1. Nes EE
sonne... Rois, guerriers, sages, elle a tout perdu, tout lui manque. Ah! voici cet enfant béni. Il lutte contre l'aigle du nord et contre l'aigle du midi... Il les a terrassées: la Pologne revit dans toute la splendeur de son courage et de sa foi invincible.
Gloire à vous, o mon Dieu! qui avez choisi ce qu’il y a de plus faible et de plus petit, en apparence, pour opérer les merveilles de votre miséricorde.
Gloire à vous !