PREFACE
Un siècle s'est écoulé depuis le dernier partage de la Pologne. La discorde, une fausse conception de la liberté, les défauts aussi nombreux que graves de sa Constitution et par-dessus tout l'ambition des États voisins, telles furent les principales causes de cet événement. Ceux qui, par leur conduite politique, furent les acteurs essentiels de la ruine de leur patrie, se plurent à rejeter sur le roi Stanislas-Auguste la responsabilité de son malheur. La foule ignorante fut souvent disposée à les croire. L'étranger mal renseigné jugea très diversement aussi la conduite de ce prince honnête, loyal, patriote et qui se laissait plus souvent conduire par l'impulsion de son cœur que par les calculs d'une politique profonde. Les personnes qui avaient été le mieux placées pour pouvoir juger ses actes et sa conduite, cherchèrent à renseigner exactement le public ; ses nombreux adversaires réussirent cependant quelque fois à étoufiTer ces voix isolées et à maintenir l'Europe
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dans la persuasion que Stanislas Ponîatowski n'était pas le souverain véritablement patriote qu'il aurait fallu à cette nation fière et belliqueuse.
Les nombreuses lettres qui composent ce volume pourront peut-être faire mieux connaître la conduite de ce souverain. Un grand nombre ont été écrites par lui et sont empreintes d'un esprit de sincérité qui attire la confiance. D'autres furent expédiées par son ordre et d'après ses instructions. D'autres enfin le furent par des personnes qui étaient bien placées pour pouvoir connaître ses pensées. La bonté du roi et les nombreux moyens dont il se servit pour chercher à rendre à sa patrie son ancienne prospérité ou pour la préserver de nouveaux malheurs, apparaissent à chaque instant dans les lettres que renferme ce volume. Si celui-ci peut servir à jeter un nouveau jour sur cette époque mouvementée de l'histoire de la Pologne, le temps que j'ai consacré à recueillir ces documents n'aura pas été perdu.
La correspondance que je livre au public appartient aux archives de la famille de Lerber qui descend de Maurice Glayre, le Conseiller intime et l'ami de Stanislas Poniatowski. M. et madame Maurice de Lerber à Romainmôtier, ont bien voulu me la confier. J'espère que le public pourra leur en être aussi reconnaissant que je le suis moi-même.
Lorsque Maurice Glayre fut chargé en 1788 d'une mission du roi de Pologne en France, il reçut communication des dépêches que ce souverain avait expédiées depuis 1772 au général comte de Monet, son agent
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secret à Paris. Il retrouva en outre, mélangées à ces dépêches quelques-unes de celles qu'il avait lui-même adressées à la même personne pendant cette période.
Maurice Glayre resta aussi propriétaire des originaux ou des copies des lettres échangées par le roi et le comte Branicki pendant la mission dont ce dernier avait été chargé à la fin de Tannée 1772 auprès du cabinet de Versailles.
Le dernier tiers du volume se compose de lettres adressées de Pologne à Maurice Glayre après son retour en Suisse. Elles furent écrites soit par le roi, soit par quelques personnes qui étaient attachées à sa cour ou à son service. Elles sont relatives à la longue Diète de 1788, à la Constitution du 3 mai 1791 et enfin à la guerre qui précéda le second partage.
Les dépêches du roi à ses agents étant écrites en chiffres, je n'ai pas eu à tenir compte de l'orthographe du temps. Je ne l'ai pas fait non plus pour le reste de la correspondance.
Yverdon (Suisse), a a octobre 1896.
EUGÈNE MOTTAZ.