‹ Station de carême de 1888Chapitre 7 sur 26 · XX · texte numérisé non relu

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ÀAjoutons que notre Divin Sauveur fait le bonheur de l’homrre en lui donnant la vie. Mais quelle vie? Ah! mes frères, la vie morale, sans doute, la dignité des mœurs qui seule constitue la vraie vie.

Il existe, vous le savez, une correspondance intime entre les doctrines et les mœurs. La brute n’a pas de doctrine, aussi elle n’a pas de mœurs; et parmi les horames, à mesure que les doctrines s’altérent ou s’épurent les mœurs aussi se dépravent ou s’ennoblissent ; et cela parce que l'être raisonnable ne saurait agir que conformément à ce qu’il pense; ni désirer, ni vouloir que ce qu’il connaît déjà. Or, il résulte de cette correspondance intime des doctrines et des mœurs qu'entre le vrai disciple de Jésus-Christ et celui qui ne l’est pas il doit exister une différence énorme sous le rapport de la dignité morale.

Voyez plutôt le bon chrétien, celui-là qui irarche sincèrement dans la lumière de Jésus-Christ et qui réalise véritablement dans sa personne, dans sa conduite les maximes du bon Maitre. Oh! quelle dignité, quelle grandeur, quelle noblesse divine est la sienne! Tandis que la brute obéit aveuglément

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aux instincts du corps, que la foule imm ense de hommes, en suivant la nature et ses inclinations, avance dans la vie la tête basse, les yeux attachés constamment à la terre, n’entrevoyant presque plus rien du Ciel ni de l'éternité, le véritable chrétien, lui, marche la tête haute, les yeux en haut; il dédaigne la loi de l'intérêt et du plaisir ; ilse nourrit de pensées graves et sereines ; il aspire aux choses immortelles ; il a sa vie à lui; et ce n’est pas la vie de la nature, la vie des sens, la vie du corps, non! C’est la vraie vie de l’âme. Ce chrétien sera peut-être moins riche, moins puissant, moins honoré, qu'un autre, — c'est possible, —moins habile dans le maniement des choses temporelles, c'est encore possible; mais nul ne le surpassera pour la délicatesse et la sublimité du sentiment ; nul ne saura développer autant de grandeur, de générosité, de dévouement au service des grandes causes ; nul ne sentira son cœur battre aussi vivement en présence d’un austère devoir, d’une grande douleur. Il sait que tout passe sur la terre ; il accomplit un pèlerinage, il s’en va vers l'éternité; aussi, ressemble-t-il à cet illustre étranger qui traverse des plages inhospitalières sans presque laisser tomber un regard autour de lui ; il court, sans presque toucher la terre, vers le Ciel, sa patrie, qui l’attend.

Telle est l'influence que la doctrine de Jésus-Christ exerce, dans les conditions ordinaires de la vie, sur tout esprit, sur tout chrétien fidèle. Oh! quels merveilleux effets ne produit-elle pas, quand elle tombe dans des cœurs choisis, dans des cœurs d'élite, dans des âmes privilégiées. Oh ! quand cette divine lumière tombe dans ces âmes privilégiées, comme elle fait éclater en elles un amour, une recherche de perfection presqu’adorable.

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C’est alors que nous voyons apparaître dans le monde ces illustres pénitents toujours affamés de perfection ; ces solitaires, ces anges du désert, ces pures, ces innocentes vierges de l'Eglise, ces femmes charitables, toujours dévouées ct prêtes au sacrifice d’elles-mêmes ; ces contemplat'is sublimes, toujours en adoration devant l'idéal infini; ces grands chrétiens qui passent à travers toutes les générations en faisant, comme Jésus, admirablement le bien et se tenant constamment en communion de vérité et d'amour avec Dieu.

Oh ! que ces âmes sont belles! Oh! qu'elles planent à une hauteur sublime, dans une révion sereine ! Qu'elles sont ravissantes et que leur commerce est doux! Elles s’enveloppent: de la lumière de Jésus- Christ ; elles se revêtent de la lumière de Jésus-Christ ; elles se transfigurent en la lumière de Jésus-Christ, et si bien qu’elles deviennent, selon le magnifique langage de Saint-Paul, des filles de lumières : Füili lucis Qu'ils sont beaux ces enfants de lumière et quel éclat ils répandent autour d'eux. Ils font pius, ils deviennent, comme Jésus-Christ, la lumière du monde à leur tour: Lux mundi. Ah! c'est ainsi que notre adorable Sauveur élève l'âme fidèle, à l’aide de sa lumière jusqu’à la perfection de sa vie, c'est-à-dire, jusqu'au véritable bonheur.

Mais l’homme, mes Frères, n’est pas condamné à vivre isolé sur la terre : il est au contraire appelé, prédestiné à vivre en société, en commerce avec ses semblables; et c'est pourquoi notre adorable Sauveur perfectionnera son œuvre rédemptrice en établissant une juste harmonie dans les rapports des hommes entre eux. Dans ces rapports les uns n’embrassent que la famille, les autres plus étendus embrassent la société

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tout entière. Or, c'est Jésus qui a établi l’ordre et la paix dans les familles, c’est Jésus qui a établi la justice et la charité dans la société humaine.

Vous savez tous, mes Frères, ce qu'était la famille avant Jésus-Christ—je veux dire la famille antique, la famille paienne—une insupportable tyrannie, un abominable désordre. Le chef de la famille n’était pas tant un père qu'un maître absolu ayant droit de vie et de mort sur ses enfants,—puissance terrible qui fait frémir quand on songe à l'ignorance, aux colères, aux caprices des hommes ;—ce n'était pas un époux, mais un oppresseur qui pouvait en vertu des lois autorisant le divorce et la polygamie, réduire en esclavage la femme, c’est-àdire la moitié du genre humain! Et qui ne se rappelle avec horreur les mystères redoutables, les atrocités commises au foyer domestique des paiïens ; et ces hideuses coutumes païennes ; et ces honteuses prostitutions ; et ces mille formes diverses de l'esclavage ; et ces sacrifices barbares inondant les foyers, comme les autels, de sang humain; et ce déluge d’infamies infestant les mœurs domestiques.

Oh ! il ne fallait rien moins, pour retirer la famille de cet abîme de honte, de dégradation, d’abaissement, il ne fallait rien moins qu'un Dieu : Il est venu, c’est Jésus ! À sa voix, le père n’est plus un bourreau, mais un être environné du respect de tous, dans la famille, vénérable et toujours bien aimé.

. La mère n’est plus une esclave, mais la douce compagne de l’homme, associée à son empire, partageant tous ses droits, la consolatrice des douleurs, le charme et l'amour du foyer. Ees frères se sont aimés, l’esclave a disparu, les mœurs sont devenues pures : l’ordre et la paix ont régné.

Oh! mes Frères, si vos demeures canadiennes sont tant hospitalières, si vos foyers sont si doux, si vos familles sont si aimables, c'est à Jésus que vous le devez.

Il ne s’est pas contenté de rétablir la famille, il a voulu refaire aussi la société; et, pour cela, il a soufflé parmi les hommes un doux esprit de justice et d'amour ; il a fait régner l'harmonie entre les peuples, comme aussi entre les gouvernants et les sujets de chaque peuple. Avant Jésus, jamais le monde n’a connu que la haine, la dévastation, la mort, l’extermination ; jamais le monde n’a connu les sentiments de la bienveillance fraternelle, ni de l'humanité.

La patrie voyait toujours ces sentiments expirer à ses frontières, et quiconque en ee temps-là ce serait déclaré l'ami du genre humain eut passé pour traître à la patrie. Cette idée, ce sentiment exclusif de la patrie, exagéré sans mesure, glorifié même par les lois, les coutumes et les religions s’est presque tonjours changé en un atroce fanatisme. La soif du sang dévorait les nations ; elles se ruaient les unes sur les autres, se combattant, s'entretuant, comme des scélérats qui se disputent une proie. Avant Jésus, le monde entier n’a été qu’un immense, qu’un véritable champ de bataille.

Dans les fameuses républiques de la Grèce, de Carthage, de Rome même, nous ne voyons que cela. Quel mépris pour tout ce qu’ils appellent les barbares ! Quelle passion d’opprimer ! Quelle perfidie dans les traités ! Quelle habileté à éluder les serments ! Quelles guerres exterminatrices où l’on disait : ‘ Væ vwictis ”. Malheur aux vaincus ! Pas de grâce! Quels affreux pillages ! Quelles violences sanglantes ! Quelle brutalité féroce ! Mais, en lisant cette histoire, on frémit !

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Quand Jésus, le doux Sauveur du monde, apparait, un nouvel ordre de choses soudain commence avec lui : il apprend aux nations qu’elles ne sont en effet que de grandes familles de frères créées par le même Dieu, filles du même père, notre Père qui est au Ciel. Cette idée fondamentale s’est fait jour promptement dans les esprits ; elle a gagné, elle a pénétré dans tous les cœurs, elle y a fait germer, et fait éclater une puissance d’affection, inconnue jusqu’à cette heure, qui va toujours grandissant, se répandant partout et embrassant enfin tous les hommes dans les liens d’un amour universel. Les peuples, en devenant chrétiens, cessent en vérité d’être des rivaux : ils deviennent des frères, ils deviennent des amis, donnant au monde le spectacle de la bonne foi dans les traités, dans la paix ; de la modération, de la sagesse dans les guerres inévitables : et tant que les principes du christianisme prévalent dan’ leur sein, il en est toujours ainsi. Grrâce à Jésus-Christ tous les peuples sont des amis, tous les peuples sont des frères.

Il ne s’est pas contenté d'accomplir ce prodige, d’unir tous les hommes entr’eux; il a voulu resserrer encore les liens d'union entre les gouvernants et les sujets de chaque peuple. Pour cela il n’a pas écrit de traité de politique, non : il a fait mieux, il a fait plus ;ila fourni la base fondamentale, essentielle, à toute bonne politique: en reconnaissant, en approuvant toutes les formes de gouvernement quelconques, toutes les institutions humaines, toutes lesinstitutions politiques quelles qu'elles soient, dès qu’elles ne sont pas en flagrante opposition avec les lois essentielles de l’ordre, il leur a donné à toutes une base immuable et la plus rap

de toutes les garanties.

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En effet, tandis qu’en dehors du christianisme et partout où l'esprit et les principes de l’incrédulité prévalent ; tout gouvernant se change bientôt en oppresseur et tout sujet en révolté ; tandis qu’entr’eux bientôt

la lutte s'engage, éclate, devient terrible et fait préva-

loir ou le despotisme ou l'anarchie ; tandis que le flux ou le reflux des violences continuelles va sans cesse des sujets aux gouvernants et des gouvernants aux sujets ; tandis que d’une part on forge toujours des chaînes à la liberté, et que de l’autre toujours on les brise, au sein des désordres civils, des proscriptions, des flots de sang versés ; tandis que les trônes croulent sous les princes, que les rois montent sur l’échafaud, que le despotisme populaire règne, ou bien tandis que le peuple, à son tour vaincu par des furieux, court chercher un refuge sous la protection et le sabre d’un despote ; tandis que le désordre règne partout, qu’un malaise indéfinissable soulève et travaille les esprits, qu'un rêve inquiet de nouveautés, de réformes, de chimères, jette pêle-mêle, peuples et gouvernants à la recherche d’un avenir incertain, au risque d’y trouver un abîme, d'y creuser la tombe, —Jésus-Christ, d'un mot sublime et lumineux, également honorable aux gouvernants et aux sujets, établit la paix profonde, harmonieuse : Ila dit : “Tout pouvoir vient de Dieu.” A cette parole le peuple s'arrête, il médite, il contemple dans le pouvoir un reflet de la Majesté divine, l'organe de Dieu et son ministre pour le bien ; et le gouvernant à son tour s'arrête et contemple dans les enfants du peuple les enfants de Dieu dont il n’est que le serviteur. L’obéissance est ennoblie, tous les droits sont respectés; peuples et gouvernants reconnaissent un juge: Dieu! Une mutuelle confiance

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