‹ Statistique de la Grande-Bretagne et de l'IrlandeChapitre 3 sur 103 · DS LA · texte numérisé non relu

DS LA

Le Royaume-Uoi de la Grande-Bretagne et d'Irlande est formé par un archipel de plus de cinq cents îles, qui gisent à l'extrémité occidentale de l'Europe, entre la mer du Nord, la Manche et TAtlantique. Ce vaste pays insulaire semble avoir été détaché du continent et morcelé par les irruptions de l'Océan polaire, qui balayèrent plusieurs fois sa surface, renversèrent ses forêts et les changèrent en mines de houille et en marais tourbeux.

Ces îles, qui tiennent tant de place dans l'histoire moderne, demeurèrent ignorées des peu* pies de l'antiquité. Les populations qui les habitaient, étaient encore plongées dans la barbarie des sociétés primitives, quand le génie audacieux de César les fit paraître sur le théâtre du monde. Abandonnées par les Romains, elles restèrent

â INTRODUCTION.

tellement faibles et impuissantes que, pendant six cents ans, leur pays fut envahi par chacune des hordes du Nord qui, dans ses barques d'osier couvertes de cuir^ pouvait en aborder les rivages.

Cette terre froide et brumeuse, peuplée primitivement par deux races de sauvages^ les Gaëlics et les Kymris; conquise sept fois par des barbares (i); mise en esclavage par les lois romaines, saxonnes, danoises et normandes; ravagée par la famine chaque troisième année ^ malgré sa fertilité naturelle; dévastée perpétuellement, pendant sept siècles, par des guerres féodales, dynastiques, étrangères, civiles et religieuses; gouvernée, jusqu'à Guillaume d'Orange, par la main de fer de cinquante rois, dont aucun n'a mérité le nom de juste ou de bienfaisant^ cette terre si long-temps malheureuse est deveuue la patrie d'un grand peuple.

Elle est le berceau des libertés civiles de l'Europe moderne, le modèle du gouvernement parlementaire et du jugement par jury, la métropole qui a donné naissance à l'une des premières nations du monde civilisé, les États-Unis ; la fondatrice d'un empire d'Orient plus vaste que l'em-

(i) En 447* P*r les Saxons ; en 787, 832, 85i, 866, 979'Cl 1019, par les Danois; en 1066, parles Normands.

INTHODUCTIOlf. 3

pire Romain ; la plus grande puissance industrielle , commerciale et maritime qui ait jamais existé; et, ce qui est peut-être au-dessus de tous ces titres, acquis par l'ascendant de la fortune et les décrets de la destinée, c'est que ce pays est celui de Bacon, de Newton, de Jenner et de James Watt; et que les peuples contemporains doivent à son génie investigateur les premiers éléments de la philosophie des sciences, la connaissance du moteur de la mécanique céleste, la découverte de la vaccine, Téclairage par le gaz, les chemins de fer, et l'application du puissant agent de la vapeur aux manufactures, aux transports et à la navigation des fleuves et des mers.

C'est ce pays que nous entreprenons de faire connaître, — non par des assertions vagues ou hasardées, par des estimations arbitraires , par des jugements d'une équité pins ou moins problématique,— mais par des chiffres tirés des documents parlementaires, des pubUcations du gouvernement, et des ouvrages des publicistes les plus éclairés des Iles Britanniques.

Ces chiffres énumèrent les éléments de l'état social; ils en déterminent les proportions, Tordre et les rapports réciproques; ils en donnent ime.appréciation dont les bases sont positives et certaines ; ils exprimant, de la manière la plus brève possible et la moins sujette à Terreur, Thîs-

toire comparée des temps anciens et actuels^ et celle de chacune des parties de la Domination Britannique.

Nous avons divisé en quinze parties cette statistique générale, savoir :

1* Territoire.

a"* Population.

3"* Agriculture.

4* Mines.

5"* Industrie.

6*" Richesse publique .

7* Commerce.

8° Navigation.

9* Colonies.

lo"* Gouvernement et administration.

1 1** Finances,

la** Forces militaires.

i3* Justice.

i4* Instruction publique.

iS** Résultats généraux.

Pour remplir ce vaste cadre ^ nous ne nous sommes servis que de chiffres anglais exclusive-ment, et nous avons toujours eu recours aux documents originaux, aux papiers d*état, aux publications officielles des temps anciens, modernes et actuels. Lorsque ces immenses ressources nous ont manqué, nous nous sommes confiés aux re-

cherches des économistes, citant leurs noms, leurs ouvrages y leurs supputations, et mettant tous nos soins à vérifier leurs calculs et à les traduire en mesures métriques et en monnaie décimale. Quand des lacunes se sont présentées , nous avons essayé de les remplir par des nombres déduits des bases que nous avaient fournies des pièces authentiques. Ainsi, lorsque nous possédions le chiffre de l'étendue du territoire occupé par telle ou telle culture, et qu'un agronome comme Arthur Young, ou un économiste comme W. Jacob , nous apprenait quel était le rapport de Facre en quantité et en valeur, nous n'avons pas hésité à faire sortir un troisième terme de ces deux données, et à en conclure rationnellement la totalité de la production annuelle et le revenu qu'on en obtient. Cette méthode rigoureuse de déduction nous a permis d'embrasser l'agriculture anglaise dans une investigation plus large et plus complète qu'aucune des explorations qui ont été tentées jusqu'à ce jour.

Dans cet ouvrage, nous avons rarement exprimé par des paroles nos opinions et nos sentiments, et nous avons presque entièrement abandonné à nos chiffres la tâche de porter témoignage de la vérité. Cependant nous ne nous sommes point refusés à donner de justes éloges

à tout ce qui est beau, grand, utile ou bienEaisanty dans ce pays de merveilles sociales* Si jamais un publiciste a pu louer l'Angleterre sans être suspeci de partialité, c'est sans doute celui qui Ta étudiée au milieu de ses provinces, pendant de longs et tristes jours de captivité, et qui Ta combattue vingt ans dans les deux hémisphères, depuis Quiberon jusqu'à Waterloo.

Page 1