CHAPITRE II Mise en pratique des deux lois précédentes
$ 1. — Loi sanitaire.
L'application des prescriptions édictées par le Public Healt Act de 1875 n’a jamais rencontré d'opposition sérieuse,
Les pires ennemis de la loi sur la vaccination obligatoire s’y conforment eux-mêmes scrupuleusement.
Déjà en 1879 (1) la plupart des districts avaient réussi à assurer l'isolement plus où moins complet des maladies contagieuses. Actuellement, toutes les villes ont à leur disposition un hôpital où sont soignés. les malades qui en sont atteints ;: et leurs habitants acceptent sans murmure la déclaration obligatoire, la désinfection, voire même l'isolement.
Dans chacun des hôpitaux de varioleux, des règle ments sévères sont établis en ce qui concerne le droit de visite. Ne sont admis que les plus proches parents et amis des malades. Une seule visite par jour est permise, et sa durée ne doit pas excéder un quart d'heure.
Les visiteurs sont obligés de se revêtir d’un Wrapper
(1) MARTIN. Administration civile à l'étranger.
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pour protéger leurs vêtements, et de se laver les mains et le visage à l'eau phéniquée en quittant l’hôpital.
Sous le rapport de l'isolement des varioleux, Londres a atteint la perfection.
Jusqu'en 1886, chacun des cinq hôpitaux pour les fiévreux possédait une division spéciale pour les malades atteints de variole.
Actuellement ces malades ne sont soignés qu’à Plastow, sur la rive gauche de la T'amise, en dehors de la ville et à l'est de celle-ci, dans des navires transformés en hôpitaux : Atlas, Castalia, Endymion, ancrés à Long-Reach.
On les traite également à l’hôpital de Darent (Kent), sur la rive droite du fleuve.
Chacun de ces hôpitaux dispose de voitures et de bateaux affectés spécialement au transport des varioliques.
$ 2. — Loi sur la vaccination obligatoire. Les ligues antivaccinatrices.
Dès la publication deson admirable découverte, Jenner trouva parmi ses compatriotes des adversaires.
Longtemps, les attaques furent isolées, émanant de personnes étrangères à la médecine. Mais, à partir de 1871, année où fut votée la loi concernant la vaccination, la lutte recommença plus vive, et dirigée par des hommes influents et appartenant pour la plupart au monde médical.
La premièreligue antivaccinatrice se fonda à Londres. En 1879, elle prit pour président le D' Taylor, qui, en 1871, faisaitpartie de la commission chargée de rédiger la loi et aux conclusions de laquelle il se rallia.
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Quelques années après, cette ligue fut secondée par la «National anticompulsory league », qui l’aida à propager dans toute l'Angleterre ses doctrines plus ou moins fantaisistes.
Enfin, en 1880, fut créée la ligne internationale des antivaccinateurs, qui tint à Paris son premier congrès. Elle était composée en presque totalité de médecins étrangers, parmi lesquels Boëns, Linet, Vogt, Tayloret Will, Tebb.
Ils firent heureusement fausse route. Le public qui assista à leurs conférences fut clairsemé, et le journal qui devait servir leur cause (Réveil médical), vécut à peine trois mois
Néanmoins, ils proclamèrent bien haut avoir convaincu le monde politique et obtenu lajournement de la discussion du projet de loi Liouville.
Les années suivantes, la ligue tint ses congrès à Cologne, Berne, Charleroi et Berlin.
Le seul succès qu’elle remporta fut d'obtenir en 1883, dans le canton de Zurich, la radiation, par le peuple consulté ad referendum, de la loi sur la vaccination obligatoire.
Le profit que les habitants en tirèrent ne se fit pas longtemps attendre. La variole, qui n’avait pas causé un seul décès en 1882, ne tarda pas à reparaitre ; et successivement on enregistra, pour 100,0U0 habitants, 3 décès en 1883, 11,15 en 1884, 52 en 1885 (1).
Actuellement, le véritable centre d'action des ligues
(1) Rapp. PROUST, Loc. cit., p. 188.
antivaccinatrices est en Angleterre, et elles y sont toutes-puissantes.
Leurs moyens de propagande sont nombreux : meetings, journaux et brochures répandus à profusion. Ces écrits, tombant généralement entre les mains degens peu instruits et partant incapables d'apprécier la fausseté des arguments contré la vaccine, n’ont guère de peine à amener de nouveaux adhérents.
Les amendes infligées aux parents qui refusent de soumettre leurs enfants à la vaccination sont payées par la ligue.
Enfin, de temps à autre, des manifestations monstres sont organisées « pour protester contre la loi et pour honorer les défenseurs de la liberté médicale » (1).
Depuis quelques années, la campagne a été si ardente et la question de la vaccination passionne tellement l'opinion publique, que les candidats au Parlement sont obligés de se prononcer sur elle.
L'an dernier, le gouvernement lui-même est intervenu dans le débat, non pour assurer l'exécution de la loi, mais pour la laisser remettre en question devant la Chambre des Communes. La proposition Hopwood, tendant à l’abolir, n’a été repoussée que par les deux tiers des membres, malgré l'éloquent plaidoyer du secrétaire du Local government Board, le D' M. B. Walter Foster. | |
« Les antivaccinateurs (2), aussi puissamment encouragés, ont redoublé leurs efforts. L'opinion désorientée
(1) Voir Revue d'hygiène, 1886. Manifestation antivaccinatrice à Leicester. (2) MoxoD. Revue d'hygiène, 1893, p. 452.
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et ne croyant plus à un péril qui, depuis vingt ans, paraïssait écarté, s'est détournée du respect de la loi. L'administration sanitaire, les tribunaux n’ont plus eu la force morale nécessaire pour la faire exécuter.
« Alors on à vu des spectacles curieux. Des pères de famille rèsistant à la loi prennent des airs de persécutés. La population s’échauffe pour eux. Un individu, cinq, six fois condamné à l'amende, est enfin condamné à la prison. Quand il en sort, il est accueilli par une foule enthousiaste, porté en triomphe à quelque meeting contre la vaccination, honoré comme un martyr.
« Aussi la loi est-elle complètement négligée. A Londres même, elle est appliquée de moins en moins. À Leiïcester, qui est comme la forteresse de la ligue antivaccinatrice, un document officiel constate que, sur le nombre des naissances, celui des vaccinations est d'environ 2 p. 100.
« Un grand journal politique (Morning Post) déclare que dans beaucoup d’'unions la vaccination n’est plus en usage.
« Dans la pratique, dit The Lancet (21 janvier 1893), l'effet des prescriptions des lois protectrices contre la variole est suspendu. »
Dans un des chapitres suivants, nous verrons que la conséquence de ce revirement fut l'épidémie de variole qui éclata en 1892 dans le Yorkshire et envahit bientôt tous les comtés du nord de l'Angleterre.
$ 3 — Arguments des antivaccinateurs.
Depuis la découverte de la vaccine, les arguments produits par les antivaccinateurs sont toujours les mêmes. Les continuateurs de Verdé de l'Isle, de Bayard de Cirey et de Carnot n'ont pu trouver de nouvelles objections et rompre la monotonie du débat. Aussi nous contenterons-nous d'énumérer rapidement les plus sérieuses de ces objections, et d'exposer aussi brièvement que possible les réponses qui y ont été faites. .
Du reste, sans remonter à une date trop éloignée, en 1880, le D' Hart, dans son livre : La vérité sur le vaccin ; en 1881, le D' Warlomont, à l'Académie de médecine de Belgique; M. Vacher, dans la Gazette médicale de Paris ; Blot, à l'Académie de médecine, et enfin plus récemment lors de la discussion, en 1891, sur la vaccination obligatoire, MM. Hervieux, Proust, Brouardel, Dujardin- Beaumetz, Léon Colin et Rochard ont réfuté chacun des arguments de la ligue antivaccinatrice et ont fourni les preuves éclatantes des bénéfices réalisés par les pays où existe l'obligation de la vaccination.
1° La loi porte atteinte à la liberté individuelle.
Les antivaccinateurs réclament l’isoiement, la désinfection et la déclaration obligatoires des cas de variole. Or il est évident que ces mesures, plus que la vaccination, portent une atteinte à la liberté individuelle.
En outre, quand bien même les adversaires de la vaccine ne les admettraient pas, le fait seul de vivre en société oblige chacun des membres qui la composent à
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faire en une certaine mesure le sacrifice de sa liberté, quand, par l'exercice absolu de celle-ci, il peut nuire à ses Voisins.
20 La vaccine ne protège pas de la variole.
Il suffit de lire l’histoire de différentes épidèmies de variole pour voir que cette maladie n’a rien perdu de sa gravité quand elle s'attaque à des sujets non vaccinés et qu'elle épargne généralement les individus vaccinés récemment ou revaccinés. Si quelques-uns d’entre eux sont frappés, ils n’ont guère que des varioles bénignes.
Les statistiques de la mortalité par variole, chez les peuples bien vaccinés, sont également les meilleures preuves de l'efficacité de la vaccine.
Nous verrons enfin, dans un des chapitres suivants, que les rapports des médecins de quelques-uns des districts envahis en 1892 montrent les bénéfices que les vaccinés, et surtout les revaccinés, ont retirés de cette mesure, et le lourd tribut payé par la classe des non vaccinés.
3° En inoculant la vaccine, on inocule d'autres maladies.
En dehors de la syphilis, les affections capables de compliquer la vaccine sont très rares.
Le D' Lotz, de Bâle, dans son rapport au Conseil fédéral suisse en 1880, en réunissant tous les cas de syphils transmis par la vaccination « en trouve 50, avec 790 infections à peu près. Plusieurs sont trop mal étudiés pour passer sans réserve comme syphilis vaccinale » (1). :
(1) LoTz. Variole et vaccine. Trad. franç., p.112.
Les quelques autres affections soi-disant imputables au vaccin jennérien sont l'érysipèle infectieux, les lymphangites, les abcès, les adénites, la septicémie (1), la scrolule. « Pour quelques-unes, le reproche n'est pas fondé, pour la plupart, c’est le manuel opératoire qu'il faut incriminer et non le virus; elles existent aussi bien avec le vaccin animal. Et si l'infection purulente et la pourriture d'hôpital ont disparu de nos hôpitaux, la septicémie et tous les accidents infectieux consécutifs à la vaccine doivent disparaître de même ; résultant pour la plupart d'une pratique défectueuse et contraire aux lois de l'antisepsie, ils n'auraient jamais dù exister, ils ne doivent plus se reproduire (2) »
En résumé, le seul danger que présentait la vaccination de bras à bras était l'inoculation de la syphilis.
Actuellement, avec l'emploi de plus en plus fréquent du vaccin animal, ce danger disparaît. Il est vrai qu'on a également accusé celui-ci de pouvoir transmettre la tuberculose. Mais M. le professeur Straus a prouvé que, même avec le vaccin jennérien, « le danger de l'infection tuberculo-vaccinale est improbable et presque chimérique ». En outre, l'extrême rareté de la tuberculose chez la génisse, et la possibilité d’abattre l’animal et d’en pratiquer l’autopsie avant de se servir du vaccin, réduisent à néant cette objection.
4 L'isolement et la désinfection suffisent pour prévenir les épidémies de variole.
Certainement il faut reconnaître l'importance de l’iso-
(1) PROUST. Pull. médical, 11 décembre 1887.
(2) D: E. Descaamps. Revue d'hygiène, 1891, p. 469.
lement dans la variole; mais, outre que cet isolement présente d'énormes difficultés à être assuré complètement, il est impuissant à arrêter une épidémie. Les hôpitaux de Londres, où l'isolement des varioleux était très bien observé, furent des foyers de propagation pour les quartiers environnants; et c’est à la suite d’une enquête officielle, qui démontra la réalité de ces faits, que le Local Government Board transporta les hôpitaux de varioleux en dehors de la ville et sur la Tamise.
Dans le rapport du D' Barry, sur l'épidémie dé variole qui sévit à Sheffield en 1887, la même influence fâcheuse de l'hôpital pour son voisinage se trouvesignalée.
5° Déplacement de la mortalitéetaugmentation de la mortalité générale.
« Les antijennériens, à bout d'arguments, s'attaquèrent à la statistique ; ils torturèrent les chiffres, dit Pfeiffer, et grâce à une arithmétique fantaisiste, ils parvinrent à leur faire dire que le vaccin avait eu une influence néfaste sur la mortalité générale. On leur répondit en produisant les tables de la mortalité de la Suède, seule région dans laquelle le peuple ait su établir, depuis le siècle dernier, le bilan de ses morts. Ces tables indiquent que, de 1755 à 1775. la mortalité était de 28,9 pour 1,000 habitants, de 1841 à 1850, elle n’était plus que de 20,5. Ce n'est pas seulement la mortalité par variole qui a diminué, mais encore celle causée par d'autres maladies, de sorte qu'il s'est produit un déplacement des cas de mort, surtout entre 15 et 40 ans, c’est-à-dire dans la période de production par excellence.
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de ont eu l'avantage de stimuler le zèle de leurs adversaires, As Me LE SR d'amener dans les méthodes d’inoculation du vaccin des | perfectionnements précieux et de les entourer de toutes BVIES les précautions possibles. PRE | HER TR Mo PSE En y SORT DURE ENT Ê De 5 k RAS PS) «2 ve PRES REY. sn 4 \ i (D Jeuxnoume, Revue d'hygiène, 1888, p. 880 12
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