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Statistique des provinces de Savone: d'Oneille, d'Acqui, et de partie de la

Les recherches auxquelles se livre la statistique sont dans Fintérêt des gouvernements et des peuples. En recueillant des renseignements qu'elle étudie, quelle classe avec méthode, l'administration apprend à mieux connoitre ses ressources, ses moyens, ses revenus. Elle sait quelle influence exercent les variations du climat, ou la nature du sol, sur la population, source première de la force et de la richesse dun état; elle voit ce que l'agriculture et le commerce attendent de l'action d'une autorité bienfaisante-, quelles routes il faut tracer, quels canaux on peut ouvrir, quels terrains incultes on peut rendre fertiles, et comment, par de sages avances, l'état, pour ainsi dire, s'enrichit en dépensant.

Dirigée d'après ces vues, la statistique est devenue depuis quelques années une science usuelle en Europe : les lumières des souverains la propagent et la favorisent. Chacun d'eux aujourd'hui cherche la splendeur du trône dans le bien-être de ses peuples: les droits sacrés d'une antique origine ajoutent naturellement aux sentiments d'afiPection que les princes portent aux sujets, comme ils fortifient l'attachement qui lie pour jamais les sujets aux princes.

Les recherches qu'on se propose offrent un nouveau degré d'intérêt et d'utilité quand leur application se fait dans un pays que des circonstances locales ou des causes politiques, ont long-temps privé des améliorations dont jouissoient déjà d'autres contrées. Dans cette partie de ritalie qui avoisine à-la-fois Gênes et le Piémont, la nature, l'aspect seul des lieux sufBsoient pour rendre les communications peu fréquentes.

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Sur les sommités de TApennin, qui de ce côté se rattache .aux Alpes, le climat est presque en tout temps âpre et rigoureux. Des monts escarpés, des torrents qui se précipitent de leurs flancs dans des vallées profondes, des sentiers à peine frayés sur la crête des rochers, au bord des abymes, n offroient aux voyageurs, aux commerçants, que des accès difficiles ou dangereux. On est surpris de trouver dans une contrée sauvage , surtout en descendant vers les bords de la mer, de riantes vallées où régne l'air le plus doux; où la terre, parée de verdure, déploie sa fécondité sous les feux dun soleil ardent; où croissent la vigne et l'olivier; où Toranger porte en pleine terre des fleurs et des fruits; où des soins assidus préparent enfin le sol à tous les genres de culture.

Malheureusement les améliorations sociales trouvèrent long-temps dans les anciennes mœurs et sur-tout dans les institutions du pays, plus d'obstacles à vaincre encore que dans la nature du sol. Les peuples de cette contrée ont dû, comme toutes les nations de TEurope, leur première instruction aux bienfaits de la religion chrétienne. Vers le quatorzième et le quinzième siècle, le latin, le grec, l'éloquence, et la poésie, s'enseignoient dans les couvents, et les lettres auroîent prospéré, notamment à Savone, si l'état politique du pays n'eût été contraire à leurs progrès.

Des villes et des communes qui composoient le département de Montenotte en 1810, les unes, lorsqu'on remonte à des époques éloignées, avoient été soumises à la domination des ducs de Montferrat, de Carretto, et d'une foule de seigneurs moins puissants; les autres, constituées en république, avoient leur gouvernement, leurs lois, leurs magistrats , et formoient autant d'états indépendants. Telles étoient Savone et la plupart des villes assises sur les bords de la mer. Gênes, à-la-fois

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commerçante et guerrière, ne vit jamais sans ombrage les petits états dont elle étoit entourée; son ambition fut toujours de les soumettre à son pouvoir, et, soit par la force des armes, soit par Thabileté de ses négociations, elle parvint à joindre au territoire ligurien presque toutes les villes maritimes. Les villes situées par-delà les crêtes des montagnes après avoir d'abord conquis ou payé leur affranchissement, tombèrent successivement sous l'empire des ducs de Savoie, qui comménçoient à s'agrandir. Gênes avec beaucoup de courage et d'opiniâtreté leur disputa constamment les bords de la mer. De là vint la haine aveugle qui divisa long-temps la Ligurie et le Piémont; de là vinrent peut-être aussi tous les soins qu'apporta dans sa conduite la maison de Savoie, pour rendre son alliance utile à ses amis, et son gouvernement cher à ses peuples.

Placés entre deux grandes puissances qui s'observent sans cesse,

maîtres d'ouvrir aux François les portes de l'Italie, à l'Autriche la route ,

de la France, tour-à-tour attaqués ou ménagés par leurs voisins, les

princes de Savoie ont été presque tous habiles politiques et vaillants

capitaines. On voit qu'ils ont cherché dans l'affection de leurs peuples

une force que leur refusoit le peu d'étendue de leur royaume. Une sage

économie suppléoit à la modicité de leurs revenus; ils exerçoient sur

leurs sujets cette double influence que donne la valeur unie à la bonté.

Les impôts n'avoient rien d'onéreux; en tout temps ceux qui avoient

des vœux ou des réclamations à porter au princes trouvoient un

libre accès près de lui. Tant que dura mon séjour dans cette contrée,

je ne vis que des hommes encore remplis du souvenir qu'avoit laissé dans

leurs cœurs la familiarité noble des princes de la maison de Savoie.

Un département composé en partie d'hommes aussi reconnoissants,

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en partie de Liguriens^ peuple actif, laborieux, rempli d'intelligenGeet d'industrie, méritoit bien qu'on, s occupât, même dans le cours d'une administration temporaire, du soin cl'ajouter aux avantages de sa posi«tion* Je cherchai donc par quels moyens on pouvoit assainir un canton; quelle digue il falloit opposer aux torrents qui dévastent des vallées fertiles; quelle culture convenoità certains territoires; quelles<fabriques pouvoient s'élever avec succès sur d'autres points; quelles ressources, dans chaque^comnmne, la charité publique avoit ménagées pour l'indigence, et quels revenus la piété du peuple assuroit au culte dont il reçoit tant de lumières et de consolations. Voilà, de quelle manière je me trouvois engagé insensiblement dans ce travail auquel vinrent se réunir successivement tous les détails que je rassemblai sur la géologie, l'histoire naturelle, les mœurs, les coutumes, et les antiquités du pays (i). Dans la foule des aperçus qu'un ouvrage de cette nature présente , nécessairement sur les travaux qu'on peut entreprendre, sur 1 administration des hôpitaux, ou sur la salubrité des prisons, sur les. routes qu'il convient de tracer, ou les ponts, les édifices publics, dont on attend la construction, peut^tre se trouverait-il quelques Jdées qu'on pourra mettre à profit? Le projet d'établir un canal, qui, traversant l'Italie d'un rivage à l'autre, uniroit l'Adriatique à la mer de Sardaigne peut, si je ne m'abuse, o£Frir d'incalculables avantages.au commerce ainsi qu'aux pays que le canal doit parcourir. Si quelques-unes de.oes

(i) n est inutile de remarquer qu'en publiant cette statistique, dont tousjes matériaux ont été recueillis en 1 8 lo, on a dû se conformer à Forganisation administrative et aux divisions territoriales alors en usage.' Tout autre mode de publication n'eût entraîné que désordre et confusion dans l'ouvrage, qu'on eût privé par-là de Futilité qu'il peut avoir.

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vues peuvent 9 en 8e réalisaùt, deveair utiles à lancienue Ligurie, au Piémont, à Savone, à toutes les villes dont se composoit autrefois le département . de Montectotte, je me croirai heureux d'acquitter ainsi 1 affection que mont témoignée leurs habitants; si cet ouvrage obtient lapprobation du monarque que Ja Providence a chargé du soin de les rendre heureux, je recevrai la plus douce récompense de mes travaux

Cependant un autre intérêt ma déterminé sur-^tout à la publication de cet ouvrage: cet intérêt est celui de la France. Deux états voisins ^gnenttoujours infiniment à Téchanga de3 produit» de leii;r sol ou de leur industrie. I^a France,. qui, par l'immense variété de ses richesses territoriales, ses manufactures, peut satisfis^ire aux besoins, et an luxe des peuples de l^'Italie, doit trouver un^gr^tod avantage à po^mottre ce quelle peut recevoir en cetûur. Le. Piémont peut ojSirir des bois de construction à nos chontims, du r», des^bléa k nos provinces méddionales, d^s huiles à notreLComm^rcç, d^ soies brutes à nos faln*iques« Lescariiàresde^marbires^ lesisoin^s, les.m9hnl[açtni;ef,fjb^^rr cien département de Montenotte^ pi^ésenH^roient ençpire, cpmxne o^l.e verra dans la statistique, bien d'autres objets à notre consommation, si leur placement étoit certain. Plus nous ménagerons de débouchés aux denrées de nos voisins, plus ils pourront nous les donner à bas prix, et les deux peuples gagneront à cette communication, comme ils gagnent déjà, sous tant de rapports, à la noble amitié qui lie les deux maisons de France et de Savoie.

François et Piémontois ont cent fois mesuré glorieusement leurs armes sur le champ de bataille. Les deux maisons avoient long-temps appris à se connoitre, à s'estimer, avant de s'unir. Leurs alliances ont été fréquentes, et dans ces heureuses années que suivirent* de trop près les

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orages révolutionnaires, la félicité d*un triplé mariage sembloit avoir abaissé les Alpes et rapproché Turin de Versaillies.

Des doctrines anarchiques et d odieux excès vinrent ébranler les trônes, et menacer tous les principes de Tordre social. Autant alors les petits-fils d'Henri IV montrèrent de magnanimité dans les revers autant les successeurs de Charles-Emmanuel opposèrent de constance aux coups du sort. Mêmes causes , mêmes sentiments , même sang les unissoient: la même époque les a vus rentrer dans rhéritage de leurs pères; et quand la France jouit des bienfaits dune restauration, quand tout ce quelle a obtenu, depuis quelques années de prospérité dans l'intérieur, de puissance, de gloire et de considération au-dehors, elle le doit à la sagesse de son roi, à la valeur, à la loyauté de ses princes, peut-elle oublier le sang qui coule dans leurs veines? cest le sang d'Adélaïde de Savoie, si remplie d'esprit, de grâces et d'amabilité; c'est le sang du duc de Bourgogne, l'élève de Fénélon, de ce prince accompli, llionneur et l'espoir de la France, et qui, ravi trop tôt à son amour^ revit pour nous dans ses augustes descendants!

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