SAVONE
Totaux
a CHAPITRE L
Le sol de ce département est en général montagneux et peu fertile; et, malgré la sobriété des habitants, les productions ne sviffisent pas à la consommation. Les deux tiers environ du territoire sont couverts de friches, de rochers nus, et de bois taillis; les forêts de châtaigniers y sont dune grande ressource pour le pauvre. Les bords de la mer ne laissent point cependant que de donner des productions précieuses : on y récolte une grande quantité d'huile, particulièrement sur le rivage le plus à Fouest; des fruits, des jardinages, des oranges, et du vin. Les vallons, qui s'agrandissent vers les limites septentrionales du département, forment des plaines assez fertiles. Le pays possède de& substances métalti<|u0B de plusieurs espèces: il renferme une grande quantité de bois, de mines de charbon, qui ne sont point exploitées, et des marbres de différentes natures. Il y existe diverses manufactures qui peuvent être encouragées, des usines, des papeteries, des chantiers de constrvictipn -, on y récolte une quantité considérable de soie. Cette partie de l'Italie mérite donc par elle-même d'être étudiée avec soin , mais- plus paEticuUèremeni encore à raisdn des avantages que sa posiftion peut péïrir «m^ jour au coHunerce de la France. Placée entre le riva^ de la Méditerranée et les riches plaines de l'Italie, die dmt, à l'aide de ses ports,, de ses rades, et de ses plages abordables dans-tous les temps, ouvrir desdébouchés aux plaines du Piémont , du Montferrat et du Milan^s, etrece* voÎF, en échange des produis qu'elle offre aucommeroe, des denrées, des subsistances , et tout ce dont elle est dépourvuei
C'est à l'aide des routes et des cofiununications nouvelles. que ce pays profitera de tous les avantages qui lui semblent réservés ; mais il faudra de longs et pénibles travaux pour établir des routes qui devront constamment franchir des montagnes escarpées. En effet, le département est traversé dans toute sa longueur par une grande chaîne qui s'appuie d'une part aux extrémités des Alpes, et se prolonge ensuite parallèlement aux côtes de la Méditerranée ; il est ainsi divisé en deux parties distinctes, qui versent leurs eaux dans les deux mers opposées qui baignent l'Italie.
Sur le flanc des montagnes qui environnent les sources du Tanaro, commence et s'appuie la chaîne des Apennins, qui va du sud-ouest au nord-est, et forme les versants nord du vallon de cette rivière; sa crête se
dirige ejMuite parallèlement au rivagedelav»» , fomaut ^lireiitraat consîdéraUe à Ja haateuf desisources de la Becmida^ et m rapjprochant du rivage près de Safrone ,; où elle d'abaisae ooufiîdiérahleDienl;. A partir de ce poiot dAe se prolonge encore pardlélement au littoral juaquà la hiiii443ur de la Bpcdietta, ojk elle change de direction et tourae ver$ le^ud-est.
Dea hauteurs principales de cette chaîne, et de la partie* des Alpes oi^ elle se rattache, partent les différents contre-forts qui d'un côté forment le bassin des torrents qui ^e jettent à la mer, et de 1 autre les vali^i^is où coulent les riWères qui arrosent la partie nord du département, et vont grossir le Pô à la hauteur d'Alexandrie.
Un contre^fort qpi tient enoere aux^Alpes nxaritimes*se.prcdonge vers Sas^to- Stephano, et forme à 1 ouest les versants de TArg^tina,. qui 'terminent le départemopt. U se subdivise en plusieurs points, et sa Jbase est covipée par les basons de divers torrents qui ne s appuient plus à la grande chaîne , et ont des sources moins intarissabl/es. Le prenûer de ses rantcaiix remarquarbles est celui qui. prend son origine à Capella di Strona, et, ae divisant Montegrandi, forme dune part la vallée d'Oneille, et, séparé ensuite ^en trois branches, divise le torrent d'Oneille de celui de Rosso„ deDiano, de Cervo, pousse un rameau qui forme la vallée d'AJbenga, et, se divisant à 1^ hauteur de<prarlande, se dirige sur Laigueglia, où il. se termine au cap de.lM^lle, en formant la rade importante dAlassio. Un vautre rameau .sort du sommet au-dessus de Garpasio, et sépare la vallée d'Oneille de oellede Px)rt*Maurice; un autre rameau descend encore de Passo-I^igea, et divise les bassins des torrents de Port-Maurice et de Saint-Laurent. Aunlelàde ce rwneau, laLase du contre-fort s'élargit, et est coupée par de petits ravins.
Cette partie du sol, qui appartient pour ainsi dire aux Alpes, est dune structure dilfér^ite de celle qui tient immédiatement .aux Apenaûns.
Le premier contre^fort de cette dernière montagne, partant de la cime de Garlande, sépare les deux sources de TArossia; le second, appuyé au mont Arial, à lest de ]Nava, sépare la Penaveradu torrent dont nous venons de parler.
Le troisième part du brico de Galle , et divise les sources de la Penavera.
Un autre contre-fort appuyé sur Rocca-Barbena te^rmine et ferme à Touest
le yallon d'Albmga. De Monte-Calyo part également un rameau, c^i sépare les vallons de Loano et de Pietra. Des montagnes de Sette-Panni et de Saint-Jacques partent deux contre-forts principaux, qui forment le lit du torrent de Finale. Lie dernier se dirige sur Bergeggi et. Vado: il forme dune part la belle rade de ce nom, et de lautre il aboutit à Noli, dont le cap se compose de rochers calcaires taillés à pic, et inaccessibles jusquà cette époque.
Des montagnes de Cadibona, de Montenegino, fameux par le champ de bataille de Montenotte, enfin de Monte-Oldino, au-dessus de la Stella, sortent les contre-forts qui forment les lits des torrents de Timbro et de la Sansobia; enfin, de Monte^Boga, de Brico-Comola et de Monte-Fayole, audessus de Gampanu, partent trois contre-forts qui séparent les torrents de Varraze, de Cogoletto, de Leone; le dernier, qui s appuie sur ub point très élevé, et dont la base a plus de largeur, vient aboutir près d'Arenzano, dont le territoire limite le dépai-tement vers la Lovera.
Telles sont, du côté de la mer, les principales ramifications qui appuient et servent de base aux sommités des Apennins.
Sur le revers septentrional, on remarque d'abord les versants du Tanaro, qui sont limités par les pics élevés de Ciaggio-Cavallo, à lest du Col de Tende, la pointe Bertrand, celle de Garnino, etc. De ces sommités part un contrefort qui, se dirigeant au nord-ouest, compose un des versants du Tanaro, limite par ses versants nord le territoire de Montenotte, et vient aboutir à Viola, où il se divise en deux branches , dont lune sépare le lit de la Corsaglia du torrent Monza, et l'autre, celui du Tanaro du bassin du même torrent.
Le second versant du Tanaro est d'abord formé par le revers septentrional de la grande chaîne des Apennins, jusqu'à la hauteur Gianea. A cette pointe s'appuie un contre-fort qui se dirige au nord-est en formant les montagnes élevées de Montelinco, Spinarda et la Sotta. De Mâssimino, les montagnes se prolongent plus vers l'est, formant le bassin de la Bormida ; et, sur l'autre revers, les sources de la Gevetta, au pied de Montremolo. De ce point remarquable descendent deux contre-forts: l'un se dirige sur Dogliani, se partageant à la hauteur de Murassano, et formant d'une part le bassin de la Rhea, et de l'autre celui du Bejibo.
L autre contre-fort, partant de Montezemolo et Rooca-Vignale, suit le cours de la Bormida.
En revenant à la grande chaîne , vers Gianea , on remarque un contre-fort considérable, qui prend son origine à Sette-Panni, se dirigeant du sud au nord, et sépare les bassins de Bormida de Pallare et de Milesimo. Il se divise à Santa-Julia, et forme, dans le département, les versants du torrent Uzone.
A la hauteur deCastellazza, une nouvelle branche s'appuie à la chaîne des Apennins; et, se prolongeant vis-à-vis Terzo, sépare le lit de lïrro de celui de Bormida, donnant naissance, sur le revers occidental, au torrent de Spigno. Un autre prend son origine à Monte-Fayole, près Campanu, divise le lit de FErro de celui de FOlba, bifurquant à Ponsone, et formant le bassin du torrent Caramagna, qui aboutit près d'Acqui.
Enfin un dernier contre-fort part de la Bocchetta , au-dessus de Gènes , et , se dirigeant vers le nord-ouest , séparo 1p lit Hft TOrha de celui du Lemmo.
Le territoire de ce département a donc en quelque sorte pour charpente les montagnes que nous venons de décrire. Ce territoire se compose d une grande chaîne parallèle au littoral, appuyée entre deux contre-forts des Alpes maritimes, et poussant, dune part', directement à la mer une foule de contre-forts qui forment des torrents rapides; de l'autre, des rameaux plus alongés, moins escarpés, et plus larges : ces derniers suivent des directions moins parallèles, forment les divers vallons où coulent les rivières, et les dirigent toutes dans les fleuves de la Lombardie.
C'est une chose fort remarquable que l'aspect et la configuration des deux revers de la grande chaîne. Au noixl , les rivières ont un long cours : elles coulent paisiblement dans des vallons vers lesquels les monts descendent par des pentes faciles et riantes. Le point le plus bas des hautes vallées (38o mètres au-dessus de la mer) est au pied des Apennins, dans les environs d'Altarre. Les plaines inférieures (i5o mètres seulement audessus de la mer) sont aux environs d'Acqui. Au midi , les torrents roulent par bonds impétueux , et se précipitent à des profondeurs de 900 et de 1000 mètres, sur un espace de 3 ou 4 lieues jusqu'à la mer. Les montagnes
n offrent ^e dés sillons affreux i^d'honibles déchirements. Les âots se sont ouvert passage violemment; et, jusqu'à leur embouchure dans la mer, où ils ont formé despetîtes plaines d'alluvions très fertiles, ils ne laissent après eux que des ravins sans rivage. Ainsi , en partant du Piémont pour Savone, on voit d'abord de riantes prairies, des champs féconds, des collines chargées de vignes, ou des montagnes couvertes de châtaigniers. Maisi peine le voyageur a-t-il atteint le sommet de la grande chaîne, quun autre ^pectade vient fra^^r ses regards : des précipices lenvirannent; de quelque côté quil jette la vue^ des gorges profondes, d'afireux escarpements, pré^ . sentent -leur aspect menaçant; plusioin, rencaissement. étnoit du torrent, dans la profondeur iduqvel; Toeil ne j^osige qu avec effroi : plus loin , la mer ; raaîsisttr ses bovds en retrouve de plus riants tableaux : les bois d oliviers, la vigne, les jardins d orangers, de citronniers, couvrent tout le littoral de leur verte parure, et offrent, <lans un étroit espace, un cevip d œil enchanteur et un séjour délîiumiY
Ce premier aperçu général indique la manière dont les eaux sont distribuées sur tottute la surfooe du département. Nous allons maintenant entrer dans des détails |Jus -étendus; et le travail se trouvera naturellement divisé en trois >p€uties, dont Tune traitera des rivières et des principaux torrent»;
La seconde, des vallées, de leur largeur, leur aspect et leur profondeur;
La (troisième, des diffécentes régkms def cultures, suivant la iiature de chacune d'elles.
On a joint à ce travttl un plan général du département. Pour en faciliter Tintelligence, on y a marqué dune manière exacte ou très rapprochée la mesure des hauteurs.