BOIS ET FORETS
On v€rra, au chapitre particulièrement consacré à la description des communes , que le sol forestier présente dans ce département une superficie considérable ; mais on se tromperait si on la comparait , pour les produits , à une superficie égale des forêts du centré et du nord de la France. Celles-ci sont une source de prospérité et de richesse pour ces pays , où elles alimentent des forges, des usines et des établissemens de tout genre. Dans le département de la Drome , au contraire , elles sont de peu d^importance , à cause de la difficulté de Texploitation et des débouchés. Elles couronnent le sommet et garnissent le flanc des montagnes, où, le plus souvent, un sol ingrat se refuserait aux àravaux ordinaires de la culture. Dans beaucoup de lieux , Textraction et le transport sont si difficiles et si coûteux, que les coupes restent invendues; dans d^autres, on est obligé de les convertir surplace en charbon.
En général, nos bois ne servent qu^aux constructions et au chauflâge babîtael des habî^ans, au charronnage, aux outils et aux instrumens aratoires. II est même des localités où la possession des forêts est onéreuse aux communes propriétaires , qui n^en retirent pas de quoi payer le traitement des gardes et les contributions. Ces communes ne cessent de demandar Tautorisation de les vendre. Le conseil général a joint plusieurs fois ses mstances aux leurs ; mais Tadministration forestière a constamment opposé une fâcheuse résistance. Elle ne veut pas comprendre que , dans le cas exceptionnel où il est bien démontré que les bois sont à charge aux communes , Faliénalion est évidemment dans Tintérêt de Fagriculture j qu^îl n^'en résulterait pas une diminution sensible du sol forestier , parce que les nouveaux propriétaires resteraient soumis à des dispositions conservatrices dont on ne leur permettrait certainement pas de s^écarter. Si cette mesure produisait quelques défrichemens, ce ne serait que dans les circonstances où ils sont sans inconvéniens et autorisés par le code forestier , et alors pourquoi résister, même indirectement, aux prévisions du législateur? Qu^on ne se méprenne point sur la pensée qui me dicte ces observations : je déplore, autant que qui que ce soit, Timprévoyance qui produisit naguère de si funestes défrichemens ,
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et je sois loin de désirer qu^on les renouyelle. Je demande épeFon respecte, que Ton conserve tous les bois comnumaux susceptibles d^aménagemeut et de produit; mais je crois, avec de très-bons es^nits, cp^il faut permettre Faliéaation des autres, parce que les particuliers qui eu deviendront propriétaires sauront, comme Texpérience Fa déjà prouvé y en tirer un parti beaucoup |dus utile que ne Fcmt fait jusquMci les communes* Cest un moyen nouveau, qu^on ne doit point négliger ,. d'^aecroifed le domaine et les produits de Fagriculture. Il est digue, enfin , de la soUîmtiide du. gouvernement , de faire cesser ilne résistance inconsidérée, qui devient ruineîise pour un grand nombre de communes.
On doit, du i*este, des éloges à tout ce que Fadmkeîstratioii forestière appcnrte de soins et d^efforts pour mettre un terme aux habitudes dévastatrices qui conduisent, chaque mois, par centaines, les délinquaBS Hir. lest bancs de la pdjce correctionnelle* Son zèle ne saurait être trc^ encouragé, parce qu^avec de la persévérance et Fappui des tribimaux , dk finira par triompifecr de tant d^obstades ; et c^est alors qu^dle aura vraiment bien mérité du pays.
Les essences se ressentent partout dans ce départeramt, à de rares exceptions près ^ de Fingratitude du sol qui les produit f dlessont, d^ailleura , peu variées.
La lisière du Hhône et les coteaux exposés au. midi produis^^it du dièiie blanc. Le hêtre et pluaeurs espèces de pin,, dont la plus petite est connue sous le nom de pin rabougri y et Fautre sous celui de pin sjrlvestre^ naissent sur les hautes montagnes, . . ir . ..
Le hêtre est le plus grand de nos arhrés finyestiersv
Le pin sylvestre , dont on fait de très-bonnes planches , ne donne que des poutres d'^environ vingt pieds , de moyenne gFeeâeur.
Le sapin etofi em abondance sur les. {dus haut^ méntagne» de Farïon* dissement de Die , notamment vers Lus-la-Croix^Haute# . : >
Il y a fort peu de futaies; 6n n^ej^doîte gmèeerquFen jandiDjmt; Le* gros bois est rare et d^un prix élevé.
On e]qploite communément les taillis dans le oaurant de sefitcmbre, avant que la feniUe perde sa couleur uatuseUe : <m.en fbnàe.das £fegata qu^on. Inrùle en hiver , après que les bêtes it laine en ont brouté la &uitte«
Les bois de construetiim pour larmarine ne se trouvent ^aëre quetparmt
les arbres épars dans la campagne. La forêt (TAigud^elle , arrondissement de Montélimar, et les bois communaux de Charmes, sont jusquUci les seuls qui aient fourni quelques pièces.
On n'extrait point ou Ton n'extrait que fort peu de résine. La récolte des iaines est toiit-à-fait nulle, et celle des glands est peu importante.
On en est dédommagé , dans quelques localités , par les bois [nropres à la teinture et à la tannerie, tels que le sumac Jxistet ( rîms cottnus ) autrement dît roux ou arhre à perruque y le surmic des tanneurs ( coriaria myrtifoUa ) ou redoulj arbre à tanner les cuirSy et le sumac de Virginie ( rhus tjrphinum ) ou sumac amaranûie.
Le sumac Justèt est un arbuste dont la tige irrégulière s'élève rarement à dix ou douze pieds : les feuilles en sont alternes, ovales et marquées de fortes nervures , avec dés fleurs blanchâtres , peu apparentes et portées sur de longs pédoncules, ramifiées, capillaires, de couleur pourpre, et formant une grosse grappe terminale qui ressemble à une touffe de cheveux ; c'est de là que lui est venu le surnom dH arbre à perruque. Il croit dans les terrains secs et arides , et ne demande aucun soin particulier. La dépense à faire pour ramasser la feuille est si modique , que le prix de la vente peut être considéré comme un produit net pour le propriétaire. On cueille les feuilles et les jeunes pousses vers les mois de juillet et d^aoùt, et après les avoir fait sécher , on les verse dans les magasins des négocians , qui les mettent en poudre.
Le redouly on sumac des tanneurs j s'élève, avec des tiges faibles , à la hauteur de trois à quatre pieds ; il pousse un gi^nd nombre de rejetons par les racines.
Comme les deux précédens , le sumac de Virginie est fort robuste et se multiplie aisément de rejetons. La matière colorante en est beaucoup plus estimée que celle ànfiistet.
Il est un autre arbuiste non moins abondant dans la partie méridionale de l'arrondissement de Montélimar, et dans les environs de Nyons : c'est le chêne à kermès (quercus coccifera ) , connu en Provence et en Languedoc sous le nom âHaçauij ^a^ùcu^ diaifaoussès^ d'agarras. Son ac^oissement est de trois à quatre pieds; il s'élève rarement à douzel II est très-rameux, tortueux, et forme des buissons touffus : ses branches sont grêles; ses feuiUes
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sont jMtiteS, lisses, brillantes stir les deux surfkces, ovales, munies de dents along «es et aiguës ; eHes se conservent vertes toute Tannée , et sont dWe ^ contexture moins épaisse que celles du houx , avec lesquelles elles ont ,
d^aiUeurs , assez de ressemblance. Les glands sont plus petits que ceux du ,i chêne commun , plus longs proportionnellement à leur grosseur , enfoncés
plus profondément dacns leur calice f qui est très-hérissé en dehors. Cet arbre, qu^accompagne d'*ordinaire Fespèce connue sous le nom de chêne vert {yeuse y éause ), croit dans des terrains secs , dès landes et des plaines incultes, sur les montagnes et les coteaux.
Avant que la cochenille fût répandue sur Tancien continent , on récueillait avec soin Tinsecte kermès y qu^on mettait en fort grande quantité dans le commerce. Il était employé dans la teinture et dans la médecine, sous les noms de kermès y de vermillon y ou de graine d^écarlate.
La matière colorante j est peut-être moins abondante que dans la cochenille, mais il a toujours été réputé de meilleur teint; sa couleur est bien plus vive et plus brillante. Le kermès employé seul et à pliis forte dose a donc sur la cochenille une véritable supériorité, et il Teùt sans doute conservée dans Topinion , si Timmense quantité de cochenille apportée en Europe, en diminuant les demandes de kermès, n^en eût fait abandonner la récolte. Il est bien désirable qu^on la tire enfin de Toubli où elle est tombée ^ car il n^est pas douteux qu^elle ne puisse redevenir une source aussi féconde de richesses qu'^elle le fut autrefois.
Cette réeolte se fait en mai, et peut se continuer en juin et quelquefois en juillet : le moment en est indiqué par le luisant et la coloration du kermès , ainsi que par sa facilité à se réduire en pou^e dans les doigts. Lorsqu^il n^est pas bien mûr , il laisse échapper une liqueur par Teffet de la pression ; il est ridé et moins rouge.
On le recueille , soit en le détachant légèrement avec la main des feuilles aiuquelles il est adhérent , soit exk cueillant les feuilles elles-mêmes pour Ten séparer après. On ramasse aussi avec soin les œufs ou la poussière rouge connue sous le nom àejrafsec ou depoussety si toutefois elle se détache de dessous le corps de la mère. On mêle le tout, et aussitôt que le kermès est cueilli, on le met tremper pendant vingt-quatre heures dans de fort vinaigre bien< dair ; ensuite on retire le kermès avec la main ou avec une
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cuUlère perce^j on le met écouler dans un linge plocé à Tombre, et on Vy Im^p 1^ temps, ^éces3ai^a poyr le sécher. Le fraysec sq précipite au fond du va^ ; ou V^n retire en décantant doucement le vinaigre ; on Tétend sur im IJpge fiu> à Tombre et à Yahvi du vent, jusqu^à ce qu^il soit sec. Le vinaigre^ tue Tins^te, çn même tw^ps qu^il avive la couleur. Cette opération t^n^inée, le kermès et le frajsec se vident au poids»
iHusieurs communes ont tiré du sumac un revenu considérable pendant la guerre maritime qui avait fermé nos ports aux denrées oc^o^iales : telles sont , entre autres , celles de Grane , dans Tarrondissement de Die ; de Oon^ère, de Rous^as, de Chàteauneuf^du-Rhône et de la Garder-Adhémar , 4aus Varrondissemeat de Montélimar ; celles de. Saint-^AubaA , de Saintef^Vpbémie et de la Rochette, dans celui de Nyons, ?t celle de Mirmande, dans Tarrondissement 4^ Valence*
TABLEAU
Présentant f pop armée et par tribunal y la moyenne des délits forestiers et des îugemens rendus , telle qu^elle résulte des six derniers comptes de r administration de la justice criminelle en France (de 1827 à 1832), - publiés par ordre de M. le Garde^des-sceaux .