MARAIS
Par la nature de son sol et la pente de ses terres , le département a trèspeu de marais. Toutefois, on en trouve un sur la rive droite de la rivière
TOPOGHAPHIB. 235
tfEygues, à Vio^obres et à Saint-Maurice, dWe étendue considérable, qui conserve encore Tancien nom latin Palus. Ce sont des sources profondes qui n^ont point d^issue, des espèces de puits formés par la nature, dont Teau vient à fleur de terre. Chaque source est entourée d^un gazon épais qui la couvre presque entièrement, et dont les racines sont si fortement entrelacées, qu^elles ne s^enfoncent sous les pieds que pour se relever aussitôt, en faisant jaillir beaucoup d^eau par Touverture du puits : il serait dangereux de s^en approcher sans précaution. L^eau de ces puits est toujours très-fraîche et d^une limpidité que les pluies ne troublent presque pas.
Le dessèchement de ce marais, sur lequel je crois devoir appder Fintérêt et la sollicitude de Tadministration , présenterait de très-grands avantages^ non-seulement sous le rapport agricole, mais encore sous celui de la salubrité; car c^est à son voisinage que Ton doit attribuer les fièvres intermittentes qui affligent souvent les villages de Saint-Maurice et de Villedieu et quelques campagnes du territoire de Vinsobres. Ce dessèchement serait facile , car il existe deux pentes naturelles , Tune du nord au midi , et Fautre du levant au couchant.
Sur les autres points du département, ce que Fon nomme marais ne consiste qu^en quelques arpens dissémmés de prairies devenues marécageuses, parce que les lits des ruisseaux qui les traversent et les rigdes d^écoulement sont souvent négligés , restent encombrés et retiennent les eaux.
Il existe aussi quelques bas-fonds qui sont inondés dans les années de pluies extraordinaires, et qui, ne pouvant se dégorger,, ne se dessèchent que par Févaporation et Finfiltration^ mais c^est assez rare.
CANAUX D^ARROSAGÏL
On n'^est nulle part pfais pénétré de leur utilité que dans ce département f aussi j sont-ils dirigés avec beaucoup d^intelligence , et y a-t-on porté à une sorte de perfection Fart de tirer parti des eaux dans Fintérét de Fagriculture. Là, un léger filet, qui naguère paraissait pour se perdre aussitôt, et semblait n^avoir de toute éternité diantre destination que cdie d^entretenir quelques plantes aquatiques^ se trouve soigneusement recueilli
dans un réservoir , d^on s^échappant à grosses ondes, il parconrt la surface d^une belle prairie qui lui doit son existence et sa fécondité. Ici j c^était un cours d^eau qui arrosait une prairie déjà trop humide : le propriétaire, soit en le dérirant, soit en prolongeant ses canaux, a opéré une double métamorphose : la prairie marécageuse est le meilleur diamp de sa ferme, et des terrains sablonneux , presque stériles d^uis des siècles , sont devenus les prairies les plus précieuses de la contrée par leur qualité et Fabondance de leurs produits.
Dans certaines localités , c^est aux entrailles de la terre que s^est adressé lliomme industrieux, pour jouir d^un bienfait à la participation duquel la nature semblait avoir refusé de Fadmettre. Ce demi^ genre d^industrie s^est particulièrement développé dans la portion de territoire qui s^éteod au pied des montagnes, depuis Saint*Nazaire*en-Rojans jusqu^à Chabeuil. Le sol inférieur est un banc de gravier plat, fort serré, dans lequel filtrent les eaux dont ces montagnes sont le réservoir. Comme le terrain a une inclinaison marquée du levant au couchant, la fouille, qui se £ût horisontalement dans un sens opposé, devient toujours plus profonde à meswe qu^on s^éloigne du point de départ , et les filtrations que recueillent ces sortes d^aqueducs sont |
en même temps plus abondantes. Cette multitude de petits filets d^eau réunis forment à la fin une source plus ou moins considérable, suivant la disposition plus ou moins favorable du terrain et la longueur de Faqueduc. Comme le gravier est ferme, les terres n^ont pas toujours besoin d^être soutenues , et |
Faqueduc garanti par des ouvrages d^art. Il faut seulement, de distance en distance, quelques puits d^épreuve pour faciliter le déblai. La fouille se fait d^ordinaire à 1 franc 75 centimes ou 2 fi-ancs par mètre de longueur.
Quelques-unes de ces sources artificielles sont assez considérables pour arroser à fil, d^autres sont éclusées dans des réservoirs. Toutes arrosent, ça et là , des prairies et des jardins ; elles ont puissamment contribué à donner à cette contrée une face riante, en même temps qu^elles en ont beaucoup augmenté les produits.
En parcourant ces campagnes, croirait-on, si la tradition ne s^en était conservée, qu^il fut un temps où les habitans de la commune d^Alixan étaient obligés, dans les années de sécheresse, d^aller abreuver leurs bestiaux à FIsère , sur la commune de Châteauneuf , à 6 ou 7 kilcmiètres de distance ?
Qu^on réfléchisse sur les améliorations qui ont en lieu en ce genre depuis cette époque, et Ton pourra juger de quoi est capable Findustrie humaine protégée et encouragée par de bonnes lois.
On sait que Favantage des pays montagneux est d^avoir des eaux à toutes les hauteurs, et de pouvoir ouvrir presque partout des canaux d^arrosage. Cest ainsi qu^il existe dans presque toutes nos vallées des canaux d^vés des rivières et des principaux torrens , parce qu^il est peu de ces cours d^eau qui n^offi*ent, sur im assez grand nombre de points, la pente et les autres facilités nécessaires.
Cest sur les rives du Rhène, de la Veuze , de la Galaure , de FHerbasse^ de la Lionne , de la Véoure , de la Drome , de la Gervanne , du Roubion et du Jabron , de FEjgues et de FOuvèze , qu^ils sont en plus grand nombre et ofirent le plus d^importance.
Je mentionnerai particulièrement le canal de Pierrelatte, dont les travaux, commencés en 1812, ne furent terminés qu^en 1819. Ils ont été exécutés par la compagnie Madier et Fluchaire , qui les a combinés avec le halage partout où le canal longe le Rhône, ce qui, dans le temps, détermina le gouvernement impérial k concourir à la dépense pour une somme de 150,000 francs.
Le canal est alimenté par les eaux du Rhône , que Fon prend aux rochers de Malmouche , au-dessus et à quelque distance du port dit du Robinet de Donzère. II arrose une partie de la plaine de Pierrelatte et de Lapalud.
En prenant les eaux un peu plus haut, on en eût eu constamment, avec plus de pente , un plus grand volume , et Fon eût pu les porter jusque sur les territoires de Montdragon et JOrange. 11 est même reconnu aujourd'hui que ce canal n^dE>tiendra toute Fimportance dont il est susceptible , qu^il ne rendra tous les services qu^on s^en est promis , que lorsqu^il aura subi cette modification.
Un canal qui amène les eaux de Clansajes à Saint-Paul-trois-Châteaux, dont elles arrosent le territoire , porte le nom de canal Saxnte-Croù». On le doit aux soins d^un ancien préfet, M. Descorches de Sainte-Croix, et la reconnaissance publique s^est plu à donner le nom de cet administrateur à cette création utile.
Le canal Souçioriy sur la rive gauche de la Drome, mérite aussi une
mention spéciale. Il date de Tannée 1830. Il prend lea eaux de la Drome près de Saillans, traverse une partie du territoire de cette commune, ceux de Saint-Sauveur, Aubenasson et Piégros, et va porter ses eaux dans le mandement de la Clastre. Il a coûté 60,000 francs pour une longueur to^e de 7,500 mètres. 11 arrose 800 sétérées de terres qui, brûlées par les chaleurs de Tété , ne produisaient presque rien avant cette belle opération , tandis qu^elles donnent aujourd'hui autant et plus que les meilleures terres de la vallée : Taugmentation de produit de la première année a presque suffi pour couvrir la dépense. On est ravi , en voyant cette plaine , naguère si aride , présenter partout le tableau de Fabondance et de la fécondité. Les arbres, dont la végétation était arrêtée par la dureté de la terre qui ne laissait point percer les racines , prennent chaque jour un admiraUe accroissement. Les eaux sont si abondantes , qu^elles pourraient être portées plus loin, et fertiliser 150 sétérées de plus, sans Tinconcevable opposition de deux particuliers , qui s'obstinent à refuser le passage sur leurs terres , quoiqu^on leur ait maintes fois offert une indemnité de plus du double de la valeur réelle de leur propriété. L^opinion publique de la contrée a fak justice de cette entrave malveillante. Espérons que Fadministration saura j mettre un terme, et que Fexcédant des eaux, qui, arrivé à ce point, est maintenant rejeté dans la Drome , faute d'emploi , recevra bientôt une destination plus conforme aux véritables intérêts de Fagriculture.
JTai , avec la voix publique , donné à ce bel ouvrage le nom de C€uwl Soui^ion y du nom de l'honorable citoyen qui , le premier , en conçut h pensée, se chargea de l'exécuter, avança pour cela ses propres capitamy et donna , pour le remboursement , des facilités qui prouvent son désintéressement et le désir bien louable de concourir à la prospérité de son pays.
On construit à Saillans un second canal d'arrosage , qui prend naissance au-dessous de cette ville , et qui , se prolongeant sur une longueur de phis de 5 kilomètres , arrosera les terres de la rive droite de la Drome , comme le canal Souvion arrose celles de la rive gauche.
U fut question , en 1811, d'établir aussi un canal dans la plaine de Valence, comprise entre lès montagnes qui sont à l'est, l'Isère au nord, tes coteaux d'Upie, de la Vache et de Fontlosier au sud, et le Rhône à l'o^uest. Plein du désir de rendre son ministère particulièrement utile à ses
compatriotes, M. de Montalivet en écrivit au préfet, M. Descorches, qui, de concert, avec M. Fingénieur en chef Lesage, le seconda de tous ses moyens.
On reconnut d^abord que c^étaient, non les eaux de Flsère ni de la Lionne qu^il fallait employer (les premières n^étant chargées d^aucun engrais et brûlant les plantes, et celles de la Lionne étant insuffisantes), mais les eaux de la Boume , constamment abondantes et réunissant tout ce qui produit la fertiUté.
Il restait à déterminer le point d^où Ton dériverait les eaux. On s^était arrêté à la pensée d^ouvrir un aqueduc au travers des murs de soutènement du pont de Saint-Nazaire. Un élève des ponts et chaussées fut envoyé sur les lieux pour s^occuper des travaux préliminaires; mais un nivellement de 13,850 mètres de longueur démontra Fimpossibilité dy établir la prise d^eau.
On fit d^autres opérations, et il en résulta que le seul point convenable était au-dessous du Pont-en-Royans , 9,000 mètres environ au-dessus de Saint-Nazaire. On gagnait une hauteur de 37 mètres, et en ne donnant au canal quWe pente de 25 centimètres par 1,000 mètres, on parvenait sur le plateau de la plaine de Valence, à peu de distance du domaine appelé V Ardoise y près de Romans ; mais ce n^était qu^à partir de ce point qu'on pouvait se diriger au sud, en longeant à une assez grande distance le pied des montagnes à Test.
M. Lesage estima approximativement la dépense à 4,000,000 de francs, et prouva que tout énorme qu'elle est, cette somme était encore bien au-dessous des avantages qu'offirait le canal , puisqu'il devait arroser une superficie de 18,400 arpens métriques.
Son rapport fut transmis au ministère en 1812; mais déjà les circonstances n'étaient plus favorables à une pareille dépense, et il ne fut malheureusement plus question de ce beau projet.
Qu'il soit permis d'espérer qu'il n'est point abandonné , et que , dans des temps plus prospères, le gouvernement s'en occi^pera avec une bienveillante et sérieuse attention. Il ne lui échappera point que dans un pays comme celui-ci, où il règne d'ordinaire une grande sécheresse depuis le solstice d'été jusqu'à l'équinoxe d'automne , ces trois mois sont pour Fagriculture comme im second hiver, et qu'im canal d'arrosage y décuplerait le produit des terres.