‹ Statistique du département de la DromeChapitre 65 sur 234 · LANGAGE · texte numérisé non relu

LANGAGE

L\isage de la langue française n^est inconnu sur aucun point du départanent : on la comprend et on la parle dans Foccasion , surtout aved les étrangers; mais dans les campagnes et dans la partie méridionale notamment, le patois est le langage habituel Les pers<Hmes les mieux élevées, hommes et femmes ^ conversent presque toujours en patois dans le sein du ménage , ce qui les met dans le cas de parler et surtout de prononcer moins bien le français. On le parle mieux et plus habituellement dans la partie septentrionale.

On voit que les choses se sont fort améliorées depuis Fannée 1 661 , époque à laquelle Racine transmettant à Lafontaine la relation de son voyage de Paris à Uzès , lui parlait de la mésaventure qu'ail avait éprouvée à Valenoe , pour n^avoir pu se faire comprendre tfune domestique d'*auberge (1).

(1) c J'avais, dit-il, commeneé àèi Lyon à ne plus gaère entendre le langage du » pays, et à n'être plus intelli{;ible moi-même. Ce malheur s'aoorut à TaitODoe, et » Dieu voulut qu'ayant demandé à une servante un pot de chambre, elle mit un » réchaud sous mon lit. Tous pouvez vous imaginer les suites de cette maudite aventure.

Le mouvement en quelcjue sorte universel imprimé par la révolution ^ le progrès des lumières , Finstruction beaucoup plus répandue qu^autrefois , ont rendu et rendent chaque jour encore Tusage de la langue française plus général.

Le patois est fort riche pour exprimer avec précision et vivacité les besoins, les actions et les sensations ordinaires, mais il est pauvre pour rendre ks sentimens élevés et les idées abstraites.

Ce n^est pas y du reste , comme dans les départemens du nord et dans les environs de Paris un jargon où Ton reconnaît toujours les mots français horriblement défigurés par des solécismes et des barbarismes : le dialecte méridional tient à une véritable langue ; il est assujetti à des règles générales et fixes. Ce sont les traditions de Tancienne langue romane y qui se forma, après rétablissement des Goths et des Bourguignons, du mélange assez régulier à^ langues du nord avec celles du midi de FEurope.

Le patois a ses difficultés et ses beautés. La prononciation lui donne un caractère particulier , mais elle ne saurait s^écrire , et Torthographe , même avec le secours des accens , ne la fait connaître qu^imparfaitement Elle varie non-seulement d^un canton à un autre , mais quelquefois dW viUa^ an hameau voisin» Dans une même ville , les gens du peuple qui habitent les I lieux fi-équentés par les étrangers et la bourgeoisie , ont une pronondatiou et > même des termes qui diffèrent du langage usité entre les cultivateurs et les ouvriers relégués dans des quartiers habités par eux seuls. D^un autre côté ,

» et ce qui peut arriver à an homme endormi qui se sert cTun réchaud dans so » nécessités de nuit. Mais c'est encore bien pis dans ce pays. Je vous jure que jï

• autant besoin d'un interprète, qu'un Moscovite en aurait besoin dans Paris. Néaa- » moins, je commence à m'àperceyoir que c'est un langage mêlé d'espagnol et d'italien: 1 et conune l'entends assez bien ces deux langues, j'y ai quelquefois recours pour » entendre les autres et peur me Ëdre entendre. Mais- il arrive souvent que fe perds » toutes mes mesures, comme il arriva hier, qu'ayant besoin de petits clous à broquetle » pour ajuster ma chambre, j'envoyai le valet de mon oncle en ville, et lui dis de » m'acheter deux ou trois cents de broquettes; il m'apporta incontinent trois boites

• d'allumettes : jug^ s'il y a sujet d'enrager en de semblables malentendus. Cela irait » à l'infini, si je voulais dire tous les. inconvénlens qui arrivent aux nouveaux, venus eu. f. ce pays comme moi. >.

cetîdiome, moins dur dans les parties méridionales des arrondissemens de Montélimar , Nyons et Die , que dans le reste du département , est pourtant moins agréable à Toreille que celui du Comtat-Venaissin , qui diffère luimême du vrai patois provençal et plus encore du languedocien, le plus agréable de tous.

Le point où le langage populaire subit , dans le département , une métamorphose sensible , est Montélimar. Malgré les nuances d^une commune à une autre , on retrouve toujours le même patois depuis Montélimar jusqu^à Marseille et jusqu'^à Montpellier , tandis <{u''en remontant vers le nord , il ya se dénaturant, de telle manière qu^un habitant de Montélimar serait peutêtre embarrassé de soutenir une conversation en patois avec un cultivateur de Romans.

Montélimar est le point où passe la ligne qui sépare la langue qu'ion peut appeler provençale, de celle qui appartient plus particulièrement au Dauphiné.

M. Gaud de Roussillac, qui a administré long-temps et avec beaucoup de distinction cet arrondissement en qualité de sous-préfet, et qui s^est occupé de recherches sur cette matière, étendait à Test jusqu'*à la mer, en passant par Bourdeaux , la Motte-Chalancon , Valdrome , Serres , Sisteron , Digne, Grasse et Saint-Laurent-du-Var , cette h'gne, passé laquelle le langage méridional subit des changemens qui le rendent méconnaissable.

Il étendait également de Montélimar au sud-ouest , en passant par Rochemaure, Privas , Aubenas , Largentière, Saint-Ambroix , Lodève, Pézenas, Béziers et Narbonne, la ligne au nord de laquelle on ne parle plus le véritable languedocien. Montélimar forme ainsi le milieu de cette ligne, dont les deux extrémités sont Saint-Laurent-du-Var et Béziers.

Quant à la ligne intermédiaire qui sépare le provençal du languedocien , elle est formée d^une manière aussi exacte que naturelle par le cours du Rhône.

Quelques géographes du moyen âge ont établi une différence entre les peuples d'^après la différence de leur langage : les uns furent désignés par eux sous le nom de peuples de la langue dHoc^ parce qu^ils prononçaient oc au lieu de ouij et les autres sous le nom de peu[Jes de la langue dW/ ou de ouij parce qu^ils prononçaient ail ovl oui. La Lpire , qui fut alors

la ligne de démarcadoQ) serait inexacte aujourd'hui : le temps, qui change tout y a changé sans doute le langage vulgaire des peuples de la langue d'oc qui avôisinaient la Loire , car il n'a plus aucun rapport arec le langoedoden. Le languedocien lui-inême a éprouvé de tels changemens , que le mot d'où dérive sa désignation ne se prononce presque plus à Montpellier, à Bézkn j à Narbonne ; on ne dit pas oc pour dira omi , oa prononce simplement Oy sans âdre sentir le c«

Vers Tannée 1807, le bureau de statistique eu mimstère de Tintérieiif avait réuni un grand nombre de niatériaux pour servir à rhi^oire des dialectes de la langue française. Il avait choisi poar ^pe de toutes ks versions paÉoises la parabole de X Enfant prodigue y non^-seulement piroe qu'elle est connue de tout le monde , mais encore parce qu'elle préamie une simplicité d'expression propre à bien faire apprécier les différences d'un idiome à un autre. La société royale des antiquaires de France a consigné dans le 6""* volume de ses Mémoires celles de ces versions qui lui ont paru présenta le {dus d'intérêt.

Traduction de la Parabole de V Erifant prodigue ^ en patois de Die ,

jMr M. Drojaty a90caL

il. Éro (iD bomme qa'àvio doux éfoos.

12. Lou plus drainé doou doux H dicèl : Honnpévé^ biilè mé eé quèpouonnérém' doou bien ; et lou pesé km foguë lou portadz^,

13 « Paf groQ temps oprés, lou plus dzuèné d'oquélous doux éfoos ^ o!on romossati^ oé qu'ovio, s*éii oné per pois dins un éndré qu'éro bien lén^ et léi dissipé tout«^ ovéz éo èxés et déibaoutsas.

14* Oprés qu'ôgttè tout counsama, survende vount éro uno grondo fomfno , si bîa que coumméncè dé séntt lou bésoun.

IS; 8^ fiigué douDc^ et sa louîè véz un bouon kobiton d^ou poi» qné loa mn^ dliias#mi dounnéné per gordà Ions coîous.

16. Et quon le! fugue > n'bourio pas mèi démooda que dé se foret Ion pitre de U coffàs que mindzavoun; mé déngu n*in dounavo.

17. O lo fin, révéoon sur si même, se dicèt : Que io dé valèï véz mouu péré qn^«fi^ mai dé peu que n^én voloun , et ioumé cèî muérou dé fon.

1^. Paou que mé levé et que m'en ané yét moun péré et que li dbé : Péré, a? pela eôuontralou c»él et eowQBtro T»us«

19; N^.méritou jdlia d!ètié op^a TOtté éfc»;. tiétè mè ovuomcio ùq dooa vahè» qu'ové.-

20. Se lévè doqno et B*én vénguè Yèz souo péré; éro éncaro très lén, que soun péré lou végué : sas ontraillàs n'en fuguéroun èïmuàs de coumpossioou^ et couroot oou dovont d'élloa, Tonropè dins sous bras et lou bèîsè téndromént.

21. Et souD fils li dicèt : Moun péré, a! pétsa coupa tro lou ciel et cooontro vous; u'en giou plus digoé d^ètré oppéla YOtcé éfeu.

22. Lou péré olors dé dire o sous valèî : Odduzè lî bien lèou so rooubo pnuuèïro et possè li lo 5 et bouttè li uno bago o lo mon ei dé souUérs oou pès ;

23. Et toutsè cèi lou vèou geas et tué loift tobién et rédzouissén nou^;

24* Percé que moun gorçou que voqui éro mouort et qu*éi ressuscita , qu*éro perdu et que s'éi rétrouva : et tout doré coumméncè lo fëto.

25. Entroco» soun èiné qu'éro oou tsoms révénga^, et quon fugué près .dV>r>^vâs , oouvè lou suun doous instruméns et lou bru d*oquelou8 que dqnsavoun»

26. Sounè douno un dé sous senrîteors et lî dénMUkdé çé qu'éro.

27. ii votre fréré qu'éi révéngii^ li dicèt lou serviteur, et votre péré o tua lou vèou gras dé ce que lou rêvé bien pourtonf .

28. En coulèro d'oquo, vouguè pas intrâs dîn» lo pfièMOu; soun pécé odouoc sourté pér Tén convias.

29. Mes ellou li dicèt per réîpotmso : Vétoqui dedzo tput d'oos que vous servou sens ibomai vous oiés désooubéi dîiis xén dé çé que m^ovè coummonda^ et dasomaî pasmén m^ovè souqué fa codô d'un tsobri per mé trétâs emb mous omis. . . ,

30. Hés Taoutré ebaî qu'o piffra tout soun bien embé dé cotorina^, n*éi pas plus tuez révéugu qu'ovè sona lou vèou gras pér éllou»

31. Moun éfon, K foguè lou péré) vous sijè tpudzous embé mi» et tout ce ipi'èî mioouné es o vous. ,

32. Mes folio fas féto et nous redzouîs, percé que votre fréré éro mouort qu*4i ressuscita, qu'éaro perdu et ^qué «'éi «étrouva.

Traduction de la Parabole de V Enfani; prodigue ^ enpafoîs de Nfons.

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