S IV. — ÉPIDÉMIES
Le département de la Gironde est un de ceux qui se font remarquer par un état sanitaire généralement satisfaisant. Comme les autres contrées de la France, il a subi certaines influences épidémiques; néanmoins celles-ci n'ont jamais offert une gravité très-sérieuse.
Choléra. — Trois fois dans l'espace de vingt-deux ans, le choléra s'est montré dans la Gironde. Ce fut le 4 août 1832 que, pour la première fois, il éclata dans Bordeaux; il dura tro's mois environ et fit 285 victimes, lombre assez restreint pour une population qui était alors de 120,203 labitants. En 1849, il flt son apparition le 15 juin. Cette épidémie rholérique doit être partagée en deux périodes distinctes : la première lura trois mois et demi : elle commença le 15 juin et flnit le l^'' octobre; a deuxième, plus courte, commença le P*" novembre et se termina le 0 décembre suivant. On compte 751 décès, c'est-à-dire 528 dans la ramière période, 223 dans la deuxième. En 1854, le choléra frappa la rironde pour la troisième fois, et dans l'espace de trois mois et quelques >urs (du 24 juillet au 24 novembre), il flt 788 victimes (423 hommes et 55 femmes). Le choléra ne s'est pas renfermé dans l'enceinte de la ville ;
il s'est propagé dans quelques communes de Tarrondissement. Celles qui furent plus spécialement visitées sont : la Bastide, Caudéran, Bègles, Podensac, Barsac, Biganos, etc., etc. Quelques autres contré 3S ont ressenti rinfluence épidémique, mais elles n'en ont éprouvé qu'une atteinte légère. Il existe entre l'homme et tout ce qui l'entoure des liens secrets, des rapports mystérieux dont l'influence sur lui est continuelle et profonde : favorable, cette influence ajoute à ses forces physiques et morales, elle les développe et les conserve; nuisible, elle les altère et les anéantit. C'est ce qui explique pourquoi la mortalité produite par le choléra n'a pas été uniforme dans toutes les parties de la ville de Bordeaux. Le tableau des décès causés par l'épidémie cholérique en 1854, dans les dix arrondissements de la ville de Bordeaux, fournit le résultat suivant :
\eT Arrondissement.
..décès.
6* Arrondissement.
7« — 8e — 9« le -
. .décès.
Il résulte de ce tableau comparatif que l'épidémie cholérique a d'abord éclaté et a semblé se complaire dans les quartiers dont les rues sont fort étroites, humides, mal aérées, dans ceux où une population malheureuse se trouve entassée dans des logements insalubres et insuffisants; puis de ces divers quartiers, elle a envoyé sur d'autres points de la ville ses rayons affaiblis. L'expérience apprend que le choléra envahit d'abord les localités pauvres, qu'il a une prise facile sur les organisations débilitées par un air vicié, une mauvaise alimentation, l'excès du travail. Ainsi, les 10®, 8«, l®"" et 7« arrondissements sont ceux dans lesquels le choléra a multiplié ses victimes, tandis que dans l'arrondissement le plus riche (le 3«), dans les quartiers les mieux construits, le? moins encombrés, les effets du fléau se sont fait sentir moins cruellement.
Variole. — Plusieurs épidémies de variole S9 sont produites dans le département, et principalement à Bordeaux. Je citerai en particulier celles qui ont sévi pendant les années 184*7, 1856, 1862 et 1870. L'expérience a démontré que la variole ne frappe pas indistinctement et au hasard ; elle attaque les anciens vaccinés et respecte les nouveaux. Les relevés publics dans notre ville, prouvent qu'avant la neuvième année la variole est fort rare; que si elle apparaît, elle est légère. Les mêmes relevés démontrent que cette affection sévit principalement chez ceux dont la vaccine remonte à vingt, vingt- cinq, trente et trente -cinq ans. L'influence heureuse de la vaccine sur l'issue d'une variole a été attestée par des faits nombreux.
Les faits observés dans le cours de ces diverses épidémies ont permis de conclure que la vaccine, quoique non préservatrice absolue, a cependant une influence salutaire sur l'issue d'une variole; elle en abrège la durée, en diminue le danger. Puisque la vaccine préserve souvent de la variole ou en atténue la gravité, elle est utile ; mais puisque son effet ne s'étend pas à la durée entière de la vie de l'individu, qu'il cesse au bout d'un temps donné, il faut, par une nouvelle insertion du virus, en