CHAPITRE VII. — INSTITUTIONS CHARITABLES
alors de 275 que Ton portait à 350, en temps d^épidémie, au moyen de couchettes établies au milieu de quelques salles.
Bdti près du mur de Tenceinte occidentale de Pantique Bordeaux, dans un lieu peu élevé sur les bords de la Devèze, on aurait pu Taccuser d'être malsain, avec d'autant plus d'apparence de raison qu'il manquait do promenoirs et que dans les salles où l'air circulait mal chaque lit recevait ordinairement deux malades. C'était pourtant un des hôpitaux de France dont les tables de mortalité offraient le moins de décès. Ainsi, dans les dix dernières années de son existence, sur 51,498 malades admis, il n'avait compté que 4,791 décès : rapport 1 sur 10,75; tandis que le ' rapport général'pour les hôpitaux de Paris était à la même époque 1 sur 7,35 et celui du grand Hôtel-Dieu de Lyon, de 1 sur 9,86 (*).
Pareil résultat obtenu malgré tant d'éléments contraires s'explique par la bonté des eaux, par le cours d'un ruisseau (la Devèze) qui débarrassait rétablissement de tous les immondices, enfin par les courants d'air souterrains qu'entretenaient de nombreux canaux bâtis par les Bomains pour un tout autre usage et sur lesquels l'hôpital était en partie établi.
Mais, pour une ville aussi populeuse que Bordeaux, l'insuffisance des salles et des autres distributions de l'édifice rendait depuis longtemps nécessaire la construction d'un grand hôpital. Elle avait même été ordonnée par un décret impérial rendu à Bayonne le 25 avrij 1808. Aux termes de ce décret, l'établissement devait être disposé de manière à recevoir 1,000 lits; le corps municipal dirigerait et surveillerait les travaux; 600,000 fr. seraient d'abord affectés à cette dépense. Les guerres de l'empire et les désastres qui les suivirent firent ajourner ce projet. On y revint en 1819 et la générosité du duc de Richelieu en facilita l'exécution, car c'est à cette époque que, venant de recevoir en récompense de ses services un majorât de 50,000 fr. de rente, il fit don de la rente à la ville sous la seule condition qu'elle reconstruirait son grand hôpital dans un lieu plus convenable.
Malheureusement la mort du duc survenue en 1822 priva la ville d*un revenu dont elle espérait jouif plus longtemps. Mais l'érection du monument n'en fut pas moins poursuivie avec activité. La donation ne produisit que 128,623 fr. 02 et la dépense s'éleva à 1,907,326 fr. 88, au lieu de 986,585 fr. 21, somme originairement prévue par l'architecte H. Jean Burguet; cependant la construction autorisée le 8 juin 1825 par ordonnance du roi et commencée en 1826 fut terminée en novembre 1829.
La dépense fut répartie comme suit :
Frais de terrains 165338 »\
Fouilles, terrassements et constructions 13G6381 »/ . ry.^ onùtoo
Ameublement 283572 . j l,J07,Jib'88
Dépenses diverses et intérêts d'emprunt F. 92035 88)
[i) Voir sur l'organisation administrativo et intôrioure de l'ancien hôpital Saint-Àndrô lo Mcmoii-o de M, Blanôa publié dans les Actes de l'Académie de Bordeavw, lS1$i, p. iti.
882 LIVBB IX. — ADMINISTRATIONS.
Il fut pourvu à cette dépense de la manière suivante :
130252' • provenant de la dotation Richelieu et de quelques dons particiilien 524395 • provenant de l'aliénation de 26,000 fr. de rentes appartenant aoi
hospices et remplacés par la ville.
850000 • fournis par la ville en 6 annuités. 363239 » tirés des capitaux placés au Mont-de-Pitié par les hospices et dont
la ville fit la vente.
28049 • provenant d une nouvelle aliénation de rentes qui n'a pas été
remplacée par la ville.
11391 88 produits par vente de matériaux de démolition et autres revenus.
Uhôpital actuel occupe, sur une position assez élevée, nne superficie de 17,063 mètres carrés. La grande façade, le long de la place Magenta, a 143 mètres de développement; la chapelle et son péristyle précédé d^ane rampe de huit degrés en occupent le centre. L'édifice est élevé d^an étige avec séchoirs au-dessus. Le premier étage contient : 1^ les salles des malades correspondant à celles du rez-de-chaussée; 2^ les dortoirs des sœurs; 3^ la lingerie; 4^ les chambres des pensionnaires, des aumôniers, da chef interne et des internes. Les salles, symétriquement distribuées snr chaque aile, dans cinq corps de logis que séparent autant de cours formant jardins, ne laissent rien à désirer. L^air et la lumière y circulent avee abondance. Ces constructions forment par leurs extrémités les façades latérales sur la rue Jean-Burguet et le cours d\\lbret. La ligne du midi est occupée par différents services : la boucherie, Pamphithéâtre et ses dépendances, les bains, les cellules d^aliénés de passage, la buanderie, un séchoir et des installations hydrothérapiques.
A Pintérieur, entre les deux ailes, Tarchitecte a établi : 1® une vaste cour d'entrée longue de 54 mètres sur 45 de large, entourée d'une galerie en arcades ; 2^* au fond de cette cour, im réfectoire, une cuisine et leurs dépendances ; 3® sur Taxe de rentrée, entre deux petites cours de service, la pharmacie, le laboratoire et le droguier. Une galerie faisant suite à 1& première environne cet ensemble de constructions intérieures. Ainsi les différents services, bien distincts et séparés, se trouvent cependant liés entre eux pour mieux seconder le service général.
Les eaux potables fournies par Tadministration des eaux de la ville saot abondamment distribuées dans les différentes parties de Tédifice.
Des canaux intérieurs, pratiqués sur une même ligue le long* des façades latérales, reçoivent les immondices des latrines, les divisent et les charrient à Tégoût collecteur du cours d'Alsace-et^Lorraine. D'*autre3 canaux débarrassent rétablissement des eaux superflues»
L'hôpital Saint- André est éclairé au gaz.
Le numérotage des salles commence par le côté droit réservé aux femmes ; les salles 1 à 5 sont au rez-de-chaussée, et 6 à 9 au l^** étage. Le côté des hommes, à gauche, comprend au rez-de-chaussée les ïï9* 10 à 14 et au premier étage de 15 à 18.
Cet hôpital peut contenir 700 lits, y compris ceux des sœurs et d^ préposés; quand le nombre des malades excède 580, on place des couchettes supplémentaires dans les salles.