S IV. — SOCIÉTÉS ET INSTITUTIONS DE BIENFAISANCE
g g I. — Service des enfants assistés du département
de la Gironde.
Ce service, réorganisé en 1874 par les soins de M. Abert, inspecteur départemental, offre le plus grand intérêt. Nous voudrions reproduire ici les excellents rapports qu'il a présentés chaque année pour le Conseil général à M. le Préfet de la Gironde; mais la place nous manque. Nous y puiserons simplement les indications suivantes : Ce service est divisé en deux branches : 1° les enfants de l'assistance départementale hospitalière dont nous venons de parler; 2® les enfants secourus temporairement à domicile.
Empressons-nous de dire, avec les preuves a l'appui, contenues dans les
remarquables rapports de M. Abert, à qui on est redevable de nombreuses
améliorations dans le service, que la deuxième de ces branches, c'est le
progrès; que c'est l'une des conquêtes des temps modernes obtenue par
l'expérience et la science. La première c'est l'ancienne méthode d'assistance
qui tend à être réduite à ^a plus simple expression ; celle-ci dissout la
famille sans y suppléer, tandis que l'autre la conserve et la soulage en
obéissant à des lois naturelles. « Lorsqu'une pauvre fille est tombée
» victime de la séduction, dit le savant rapporteur de la Commission
s> d'enquête de 1860, la réhabilitation la plus complète, mais aussi la
» plus difficile à laquelle elle puisse prétendre, est assurément le mariage
» avec celui qui l'avait trompée... Il y a une autre réhabilitation, moins
» complète, moins évidente aux yeux du monde, mais également méri-
» toire, qui ne s'acquiert souvent qu'au prix des efforts les plus pénibles
» et d'une longue et courageuse expiation. La mère abandonnée, qui élève
» son enfant sans espérance de légitimation, qui rachète par toute une vie
» de travail et de sacrifices un égarement d'un jour, mérite plus que de
» l'indulgence. »
Assurément, l'enfant a dans ce cas moralisé la mère, il a été la cause innocente du déshonneur et il devient la cause du relèvement. On ne saurait trop s'efforcer, à notre avis, d'unir les enfants à leurs mères, et de développer le régime des subsides à domicile.
D'après le rapport de M. Abert, année 1876, sur 1,000 filles-mères secourues dans la Gironde, 100 se marient, et le nombre des légitimations d'enfants est de 125. Ces unions légitimes iront en augmentant, certains indices le font espérer.
Le système des subsides temporaires fut essayé en 1852 dans la Gironde; son développement s'accentua à partir de 1854. Il fit de tels prog'rès qu'on crut nécessaire, en 1862, de fermer définitivement le tour qui depuis dix ans était surveillé et n'était ouvert que de neuf heures du .soir à minuit. Après l'époque de cette fermeture, l'extension successive des subsides eut pour effet de porter, en 1877, à 1,226 le chiffre des enfants secourus et de restreindre à 1,415 celui des enfants de l'hospice, dont le nombre s'élevait à près de 5,000! sous le régime du tour.
La comparaison de la mortalité de ces enfants de 0 à 2 ans secourus par l'assistance hospitalière ou par les subsides que nous donnons ci-après, est le meilleur argument que Ton puisse présenter en faveur des secours temporaires à domicile. Ce simple rapprochement de chiffres vaut mieui que des paroles. On est arrivé à réduire la part de la mort des nouveau-nés naturels secourus presque au niveau de celle des nourrissons l^itimes, qui est de 14 0/0 pour toute la France, et cependant les premiers sont venus au monde dans des conditions bien différentes.
Cette espèce de prodige n^est dû qu^au lait et aux soins maternels qoi font défaut aux enfants des hospices.
STATISTIQUB DBS BNFANTS SECOURUS TEMPORAIRBMRNT
mftcHf et wmvemBnL
1177 VfA
Enfants secourus existant le l«r janvier 1 ,078 1 .037
Admissions duraat Tannée 931 910
Total... 2,012 I,9î7
lt77 lt7l
Dont : enfants orphelins 4 3
— — légitimes 287 169
— — naturels 1,721 1,805
Radiations de secours 786
Dont : restant au 31 décembre 1,226 1,07»
Motifs qui ont/ait opérer les radiations:
!• Mariage des mères
2o Enfants admis à l'hospice pour cause d'abandon, d'extrême misère ou de maladie
3« Enfants dont la mère a amélioré sa position
4» Enfants ayant quitté la Gironde . . .
5© — de flUes-mères entretenues.
6» Enfants dont les secours ont été reportés sur leurs frères nouveau-nés
70 Enfants ayant accompli leur 2* ou 3e année
8« Enfants décédés dans le courant de l'année
Total 786 899
Allaitements et mortalité générale comparés
Enfants de un jour à un an allaités par leur
mère
Enfants de un jour à un an allaités par des
nourrices au sein
Enfants de un jour à un an allaités par le
biberon
Nombre d'enfants décédés chez leurs mères.
Nombre d'enfants décédés chez leurs nourrices au sein
Nombre d'enfants décèdes chez leurs nourrices au biberon
Total d'enfants décédés de un jour à un an. 175 — 11,13 «/o 241 — 14,1
101 — 7,98 Vo
-JÊk.