CHAPITRE IV. LES EAUX. LES ETANGS
de vase et de sable tourbeux qui s'incline ensuite brusquement vers les dunes, au pied desquelles on trouve 11 m. d'eau sur fond de vase molle rt très-profonde. Au lieu dit Pey-d'au-Camin ou Bèdre, la partie guéable, hérissée de pieux anciennement plantés pour des pêcheries, est coupée transversalement par une fosse longue de 15 m. à fond de vase si peu consistante, qu'elle ne résiste pas, dit Jouannet, à un plomb de 10 livres STec 30 brasses de ligne.
Un nivellement, fait en 1792 par M. Labgeois, ingénieur hydraulique, donne à cet étang 13 m. 376 millimètres d'élévation au-dessus de l'écluse de Goulée sur la Gironde ; la distance moyenne de l'étang à la mer est de 4,000 m. en ligne droite, sans tenir compte des pentes des dunes.
Brémontier avait conçu l'idée de profiter de l'élévation de l'étang de Hourtin pour dessécher les terres noyées qui l'environnent. Il pensait, une fois les dunes ensemencées, laisser au lieu de Malignac, entre les massifs d'arbres et d'arbustes dont on aurait couvert les monticules, une allée vide dirigée de l'étang à la mer. Les sables de cette gorge factice, abandonnés à la fureur des vents, auraient été balayés par eux ; un vallon se fât ouvert dans la direction donnée, et lorsqu'en s'approfondissant chaque jour, il se fût trouvé au niveau de l'étang, les eaux, se faisant aisément jour à travers un sol aussi mobile, se seraient portées d'elles mêmes à la mer en raison de leur masse et de leur pente.
En 1803, de jeunes Basques furent appelés pour commencer ces travaux ; tm bateau destiné au transport des matériaux fut construit à Cartignac et mis à l'eau; mais les événements politiques vinrent tout enrayer, et trois ans de travaux se trouvèrent perduB. De ce projet séduisant, il n'est resté que le poste du Flamant et l'établissement dans le pays de quelques familles basques.
De 1859 à 1872, il a été créé un canal réunissant l'étang de Hourtin et Carcans à l'étang de Lacanau, et un autre canal réunissant ce dernier au bassin d'Arcachon.
Ces canaux, dont la construction n'a pas coûté moins de 440,000 fr., ont eu pour effet d'abaisser le niveau des eaux de ces étangs, de livrer i la culture près de 7,700 hectares de terrains marécageux d'une très ^nde fertilité, et d'assainir les abords de ces étangs en maintenant à un niveau constant la hauteur de leurs eaux. Voir page 45 notre chapitre des Marais,
Étang de Lacanau. — Situé à 6 kilom. au S. de l'étang de Hourtin, il a 2,000™^!- de superficie. Son fond est de même nature que celui de Hourtin et présente le même gué du côté des landes, la même inclinaison et la même profondeur du côté des dunes.
Cet étang est très-poissonneux ; nous en reparlerons dans l'article Pêche de notre livre vu, Industrie.
Jadis cet étang communiquait avec la mer, et le port de Lacanau s'appelait Port d'Anchise, d'autres lui donnent le nom de Port Maurice {^) ,
. !*• Il esl ainsi nommé dans quelques anciens litres de propriété appartenant à la famille M Verihamon.
L^étang de Lacanau reçoit, comme nous venons de le dire, le trop plein de Tétang de Hourtin, et communique lui-même avec le bassin d^Arcachon par un canal traversant les étangs du Porge.
Étangs du Porge. — Sous ce nom, nous comprenons plusieurs petits étangs situés au S. de Pétang de Lacanau, sur le territoire des communes de Lacanau et du Porge et au pied des dunes.
Ci-dessous leur nom local et leur contenance après les travaux de dessèchement dont il vient d^étre parlé.
Batejin 20 hect.
Balourtot 24 —
Lôde-Basse. 52 —
Lagraoe ou Yoncru 30 —
LaDgouarde 10 —
L^Étang de Oazau ou de Sanguinbt, au s. de la Teste, dont il est séparé par la forêt à laquelle cette petite ville a donné son nom, est le plus vaste et le plus élevé des landes de Gascogne. Sa superficie est beaucoup plus considérable que celle de Pétang de Hourtin, son élévation au-dessus de POcéan, à basse-mer, est de près de 21 m. Ses eaux se partagent, depuis Pouverture du canal d^Arcachon et du canal dMrrigation de la plaine de Cazau, entre le département de la Gironde et celui des Landes; au N., il a son écoulement vers le bassin d'Arcachon parles canaux précités; au S., vers Pétang de Biscarosse, et successivement vers ceux de Parentis et d'Aureillan. Ce dernier communique avec la mer par le canal de Mimizan.
La partie qui appartient au département de la Gironde forme un triangle scalène ayant pour base la ligne frontière; cette base est de 10,000 m., la hauteur est de 4,000 m. environ, et la superficie de ce triangle peut être évaluée à 3,500 hect.
Produit par les mêmes causes et sur un sol semblable, Pétang de Cazau offre le même fond et les mêmes accidents de terrain que Pétang de Hourtin. On y a reconnu aussi les traces d'un ancien chenal trèsprofond qui aboutissait probablement à la mer. On indique même Pendroit ou il aboutissait à POcéan, et Pon ne fait pas remonter à plus de cinq siècles Pépoque oîi Pembouchure, située près de la pointe de Maubrucq, finit par disparaître entièrement ensevelie sous les sables. Une fois la communication interceptée, les eaux des landes, continuant d'obéir à la pente du sol, s'accumulèrent et s'étendirent au pied des dunes, d'où elles se frayèrent im chemin jusqu'aux étangs situés au S.
Chacun des étangs que nous venons de décrire est alimenté par quelques crastes ; . mais il est probable, à en juger par le peu de diminution que subissent en été les eaux de ces étangs, que des sources cachées contribuent à leur entretien.