AVANT-PROPOS
€ Parmi les divers motifs qui président ordinairement à la confection d'un * livre, il en est deux qu'on peut avouer : l'un, et le plus commun, est < l'amour de la célébrité; l'autre, et le plus louable, est l'intention d'être « utile. Assurer que le premier de ces sentiments m'est totalement étranger, « ce serait taire suspecter ma franchise; mais, certainement, le second est t le motif principal qui m'a déterminé a publier cet ouvrage. » (Forget, Médecine navale. 1832).
Quant à moi, et à mon âge, l'amour de la célébrité n'est point ce qui m'incite; je ne me fais pas illusion sur la valeur scientifique de ces recherches; il ne faut, pour recueillir de nombreux matériaux, que de l'ordre, de la méthode et une infatigable patience; pour les coordonner, les condenser et les interpréter, qu'un peu de jugement et beaucoup d'honnêteté d'esprit. En apportant ma contribution à la statistique médicale de Rochefort, j'ai le droit et le devoir de déclarer que je m'inspire uniquement de la pensée de Taire connaître, dans toute sa vérité, le degré de salubrité ou d'insalubrité de ce port de l'État, question d'un intérêt considérable et résolue jusqu'ici, sur la foi du passé, dans un sens défavorable.
Il est donc utile d'entreprendre cette tâche; mais le moment est-il opportun! le n'hésite pas à répondre par l'affirmative.
La statistique est, en effet, à l'ordre du jour. L'éducation générale a réalisé île tels progrès qu'on ne se contente plus d'affirmations sans preuves; on se montre sévère et difficile ; on exige des faits nombreux et authentiques avant Je poser une règle, et la tendance actuelle est de tout exprimer en chiffres ; ''est surtout en économie sociale que nous constatons l'heureuse application Je cette méthode: les exemples ne nous manquent pas, d'ailleurs, pour nous encourager à suivre la même voie. Depuis 1862, le département de la guerre publie la statistique médicale de l'armée, et déjà de nombreuses et graves erreurs ont été relevées, notamment- sur le chiffre delà mortalité. En 1862, M. Husson, directeur de l'administration générale de l'Assistance publique, a livré à, l'impression une étude du plus haut intérêt sur les hôpitaux et, depuis cette époque, et d'un commun accord, les médecins attachés aux services nosocomiaux réunissent leurs efforts pour établir une statistique complète des maladies, sur laquelle pourra être basée la constitution médicale de Paris.
U Topographie médicale de la Belgique, par M. le docteur Meynne, publiée w 1865, est un guide excellent pour des recherches analogues.
Tout dernièrement a paru la Statistique de la ville de Lyon.
Mentionnons, en passant, les tableaux statistiques pour la guerre de Crimée, ceux de la guerre de sécession aux États-Unis, les tentatives *mblables pour la bataille de Sadowa, et enfin le si remarquable ouvrage ■ M. le docteur Chenu.
VIII STATISTIQUE MEDICALE DE ROCHETuRT
C'est à l'aide de ces travaux partiels, qui vont, sans aucun doute, se multiplier de toutes parts, que pourra enfin être édifié un travail d'ensemble.
Mais si la statistique a ses partisans, parmi lesquels se plaçait M. Villermé, de si regrettable mémoire, elle a aussi ses sceptiques et ses détracteurs. Qiw n'a-t-on pas dit de l'art dégrouper les chiffres! N'incline-t-on pas généralement à croire que l'auteur choisit les faits favorables au système préconçu qu'il veut faire triompher, et qu'il écarte ceux qui lui sont contraires! De» lors, son œuvre , en face du doute et de la suspicion , est frappée de stérilité,
Qu'il me soit permis, pour éviter cet écueil, d'exposer la marche que j'aî suivie et qui, j'en ai la confiance, m'a mis à l'abri de toute erreur- En mi qualité de directeur du service de santé, j'ai pu puiser à leur source même les documents dont j'avais besoin ; les chiffres officiels que j'ai recueillis ont été soumis à plusieurs contrôles contradictoires, de telle sorte que leur interprétation seule relève de la critique.
Mes investigations se sont adressées : 1° au mouvement de la population. 2° aux faits particuliers à l'Hôpital de la marine et à l'Hospice civil.
Dans le premier ordre d'idées, je n'ai eu qu'à consulter les registres tenuà la Mairie, et j'ai reproduit les chiffres :
De la population, d'après les recensements quinquennauœ ;
Des naissances annuelles ;
Des décès;
Des morts-nés ;
Des mariages.
J'ai fait, avec le plus grand soin, mois par mois, depuis 1854, le dépouillement de tous les bulletins fournis à f État-civil par les médecins de la ville. à titre de renseignements, sur les causes de mort. 11 m'est arrivé très souvent d'obtenir la rectification d'indications fautives ou incomplètes à ce point de vue ; mais je dois avouer que, dans plus d'une circonstance aussi, mes efforts n'ont point abouti et que certains décès sont dus à des maladies dont la nature n'a pas été déclarée. Le nombre de ceux-ci est du reste assez restreint pour que ce point noir n'altère pas la clarté du tableau général.
A l'Hôpital de la marine et à l'Hospice Saint-Charles, les conditions sont bien plus avantageuses ; le service médical est militarisé, et toute invitation du chef est un ordre hiérarchiquement obéi.
En ville, on ne peut arriver à connaître que le nombre des décès et le nom générique des affections qui les ont produits ; le nombre des maladies terminées par la guérison et la durée du traitement de chacune d'elles restent dans l'obscurité, et pourtant c'est là un des côtés les plus intéressants du problème à résoudre. Ces lacunes n'existent pas dans nos grands établissements: et, ainsi une étude complète l'autre.
Voici comment j'ai procédé :
Chaque jour, le médecin de garde à l'Hôpital ine remet un état (n° 1) des entrants de la veille, indiquant leurs nom, prénoms, fige, lieu de naissance, profession, provenance, la maladie reconnue à l'entrée, les numéros de la salle et du ht sur lesquels sont dirigés les malades.
Je fais aussitôt le dépouillement de cet état sur un compte ouvert pour chacun des corps de la marine, et aux titres séparés des fiévreux , blessés, vénériens, galeux, maladies de peau.
Chaque jour aussi, je reçois de l'administration des Hôpitaux (état n°2) l'indication du nombre des malades, partagés suivant les cinq catégories précédentes. Cest la base du calcul des journées d'hôpital.
J'opère sur des états séparés un relevé quotidien de ces documents, et je totalise à la tin du mois.