TOMBEAU DE CHILPÉRIC
Le tombeau de Chilpéric P^ lithographie sur la planche IV, était Plancijc placé auprès du mur septentrional du sanctuaire de l'église abbatiale de Saint-Germain-des-Prés, comme on le voit sur le plan gravé à la planche II; il était semblable, pour ses dispositions générales, à celui de Childebcrt, gravé à la planche III, et présentait comme lui plus de largeur vers la tête que du côté des pieds ; les dimensions de longueur étaient les mêmes. Détruit en 179^, il fut reproduit sur une dalle, en 1817, d'après Montfaucon, et placé dans les caveaux de l'église impériale de Saint-Denis. La sculpture indique par son style que ce monument a été exécuté après l'achèvement de l'église, au xii* siècle; le roi est chevelu, sa barbe est longue et frisée; une couronne simple, sans pierreries, et surmontée de fleurons découpés, est sur sa tête; il porte une longue robe recouverte par un ample manteau; de la main gauche il tient sa barbe, de la droite il porte un sceptre que termine
un riche bouquet de feuilles ; ses pieds sont chaussés de hottes pointues par le bout. Sur Tencadrement extérieur qui entoure la statue on lit, gravé en grandes lettres du temps : « Rex Chilpericus hoc tête gitur lapide. » Le roi Chilpéric est couvert par cette pierre.
ABBAYE DE SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS
TOMBE DE FREDÉGONDE.
Planche Le plan du sanctuaire gravé sur la planche II indique, à l'orient
du tombeau de Chilpéric, entre l'extrémité du gros mur septentrional du sanctuaire et la première colonne du même côté, la «situation de la tombe de Frédégonde, dessinée sur la planche V. Ce monument curieux difiFère des précédents en ce qu'au lieu d'être exécuté en sculpture , il est formé d'une sorte de mosaïque composée de matières vitreuses, colorées de divers tons, et réimies par un ciment très-dur; des dessins tracés par des filets de cuivre enveloppent des morceaux de la même matière vitreuse qui simulent des pierreries. Ce travail est analogue aux émaux cloisonnés; des fils de métal tracent un dessin dentelé autour du cadre de cette tombe et sur la robe de la reine. Toute cette mosaïque délicate est établie dans ime pierre dure d'un grain très-fin, dont certaines parties ont été conservées au niveau du reste, tant pour indiquer largement les contours et les plis du vêtement que pour laisser une place importante au visage, aux mains et aux pieds; la pierre étant très-polie en ces divers endroits, il est probable qu'elle a été peinte dans l'origine, pour mieux figurer ce que les parties ménagées dans la pierre devaient exprimer.
La reine, couchée, a la tête couronnée de lis et de pierreries; la main gauche, ouverte, est appliquée siu* la poitrine; de la droite elle porte un sceptre surmonté d'un fleuron. Une longue robe attachée par une ceinture la couvre, les manches sont bordées d'im galon; des filets de métal, incrustés dans la matière de la mosaïque, divisent la robe en douze zones horizontales, dont la plus basse est de largeur double et terminée par une grande bordure; un manteau placé sur
cette robe est fixé sur la poitrine par une agrafe; il est bordé sur tous ses contours. Les chaussures, terminées en pointe, sont, comme le masque et les mains , dépourvues des détails que probablement la peinture ajoutait aux silhouettes, qui seules existent aujourd'hui.
On a pensé que ce monument pouvait être celui qui fut originairement placé sur la sépulture de Frédégonde en 694 ; cela paraît peu probable. Tous les autres tombeaux mérovingiens ont disparu, puisqu'ils ont été renouvelés après la reconstniction de l'église ; celui-ci , dont la fabrication est des plus fragiles , n'a pu survivre seul à la destruction de la basilique primitive par les Normands, qui, en l'incendiant, ont dû amener la chute du toit et des constructions supérieures sur le pavé, et détruire tout ce que renfermait l'édifice. Bien que le travail qui constitue ce monument oflFre de l'analogie avec les émaux cloisonnés qu'on rencontre dans les sépultures de cette époque, les lis de la couronne , le nœud et la disposition de la ceinture , le galbe et la forme aiguë des souliers , ont ime allure du moyen âge qui peut faire douter de l'ancienneté de cette mosaïque, qui doit dater de l'achèvement de l'église au xii* siècle. Le tombeau de Frédégonde, recueilli au musée des Monuments français par A. Lenoir, le 22 ventôse an m , a été transporté à l'église impériale de Saint-Denis.
ABBAYE DE SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS