IL B8T MORT LE 22 OCTOBRE 1768 AOÉ DE 74 ANS BT LE DBRNIBR DE SON NOM
CANTON DB DOUVRCS^ 489
Très-Haute et Très-Puissante Dame Madame Thérèse-Bonne Gillain de Bénouvilley Marquise de LivRY sa Fille unique a fait ériger ce Monument pour perpétuer le souvenir de sa tendresse et de sa douleur ^ de son respect et de sa vénération.
Requiescat in Pace, (a)
L'église est dédiée à Notre-Dame. L*abbaye de Sainte-Trinité nommait à la cure; depuis Tan 1066 elle percevait les deux tiers de la dîme et le curé l'autre tiers.
Bénonville était un port où abordaient les navires, et c'est de là que lui venait son nom de Portus.
Ce port s'appelait aussi Port Mauvoisin^ à cause d'une famille Mauvoisin qui possédait la seigneurie aux XIP et XIII* siècles. Raoul de Mauvoisin était encore seigneur du port en 1403, ainsi que le prouvent des actes passés devant les tabellions.
Le château de Bénouville est un des plus considérables qui existent dans le Calvados, et parmi ceux du XVIII® siècle, il peut être cité. Avec son péristyle de colonnes^ son toit en plate-forme, il produit un assez bel effet quand on le voit de la rivière en bateau à vapeur, ou mieux encore de la rive droite du fleuve*
Une chapelle fait partie des dépendances de ce château.
(a) Dans ces derniers temps, ou a découvert i l'ialérieur de régUse de Bénouville de très curieuses peintures du £VI« siècle, arec légendes explicatives. On y voit les Supplices de VEnfer, la Roue de Fortune, la légende des Troie vifs et Troie morts.
490 STATISTIQUE MONUlflENTALB DU CALVADOS.
SAINT-AUBIN-D'ARQUENAY.
La nef de Téglise de Saint-Aubin-d'Arquenay est romane, et autrefois elle était accompagnée de deux bascôtés dont les arcades sont maintenant bouchées. La porte occidentale présente un arc surbaissé et des colonnettes du XIV' siècle. Un modeste tourillon moderne à deux baies surmonte la façade.
Le chœur, percé de lancettes élégantes, est malheureusement masqué par deux sacristies modernes ; les voûtes paraissent du XIV siècle. Le chevet est percé d'une fenêtre subdivisée en trois baies.
L'église est sous l'invocation de Saint Aubin. L'abbaye de Sainte-Trinité de Caen nommait à la cure et percevait les dîmes.
Nous allons citer à l'article Oistreham une pièce du cartulaire de l'abbaye, dans laquelle il est question des redevances dues par des habitants de Saint-Aubin au XIII^ siècle.
OISTREHAM.
Oistreham, Oistrehannum^ Estreham.
L'église, assez considérable, se compose d'un chœur avec abside circulaire, sur lequel s'élève une tour quadrangulaire, couverte d'un toit à quatre pans en charpente, et d'une nef avec des ailes qui s'arrêtent là où commence le chœur. Le plan ci-après et que je dois à l'obligeance de M. Vérolles, montre cette disposition et les proportions des différentes parties de l'édifice.
Cette église appartient au style roman de transition : on y voit un assez grand nombre d'ogives associées aux pleins cintres.
CANTOH Dl DODVRBB. 491 {
L'esqaisse que je présente ici fsit voir l'ordonnaDce '
Abside de l'égUie d'Oistreham.
de l'abside et de la tour centrale.
STàTISTIQUE. If^^fUSHTALf 1^ CALVADOS.
La U^9^ 89 eQiQpQse 4e qmXr^ oi^lere» »ii|Kif pinaés c'est une des plus élevées de noy églises rurales.
Flan de Téglise (fOistreham.
Des réparations cooaidérablefii ont été faiitea H y a
CAMTOn M KWViftBSk Vt&
peu de temps par M. VéroU«B, architecte, à «Urerses
Fafade de l'élise d'Oistreham.
parties de cette église, notamment aux m.vr» latâraux ; ces mura présentent à l'iatérieur, dans les fesôtrea du
STATISTIQUS aONUHENTALB H
Travée de l'église d'Oletrebam.
CANTON DE DOUVKES. 498
clérestory, composées d'une ouverture allongée en ogive entre deux petites arcatures, une disposition que Ton voyait à Tancien hôpital de Gaen^ démoli il y a 15 ans, et qui datait du XIP siècle (a)-
Le patronage et les dîmes d'Oistreham appartenaient à l'abbaye de Sainte-Trinité de Caen, par donation du duc Guillaume et de la reine Mathilde, son épouse.
On trouve dans le cartulaire de cette abbaye des détails très curieux sur les droits qu'elle exerçait à Oistreham. Je me borne à citer quelques extraits de ces chartes ; voici ce qu'on y lit :
€ In Oistrehan habemus XXIX villanos plenarios, et c dimidium de terra Serli : unusquisque eorum reddit « per annum IIII solidos et dimidium et III quadrantes
< frumenti et V minas brasii et duos capones ad natale
< Domini et XX ova ad Pascham, et acram terrœ arant c per annum, dimidiam partem ejus ante natale et di- « midiam post natale, et erciant et seminant (1) de c nostro semine ; de uno quoque porcorum suorum « unum denarium per annum, etquando ad millia cac piunt allecta (2), reddit quodque rete centum. Sex
< homines ibi habemus quos aloers vulgo vocant; c quisque eorum tenet ortum suum, faciuntque séria) Les travaux de restauration, commencés en 1876 sous la
direction de M. Ruprich-Robert, ont entièrement modifié l'aspect de réglise de Ouistreham. Ils ont mis h décourert, derrière des parements de pierres rapportées, un système complet d'architecture tellement riche et remarquable, notamment l'élégant triforium de la nef, que ce monument est devenu un des plus intéressants du Calvados.
(I) Ib hersent et sèment.
(î) Hareng.
4M STATISnQUI VOUmfKNTAIJi IMJ CALVADOS.
vioia «d ^yroipfiHfvâ naaerift et veMmt pir «nmm X\i denaries «t quatuor minfas avenœ.
« la Boiatfehan Btni aeptem BordarU «nilsqiiiflqfwe redditXIIdenarios atq)i<e«ervitrem q4iodf)tsrMaiet;;m(^* lendinum quatuor modios tertiam partetn frumeuti et XV solidos, molendiniini miaus unum modium et V Bolidos induobus anais, tria miilia aiiguiUarum;poTtu8 Oûtrebaia X soUd. ; Uafridus V s&lidos et ^]ttidaal bordariua de porta XII solid*. : in 8^°. Albûio V censarios : Robertus reddit très solidos» Rogerua du^^ Godefrid^ duos, Gundaiaus quatuor ad feriara S"% Dionisii. In GoHevilla V censarios et très èordarios qui reddunt XII denaiîos. Guartnus eensor duos solid. Rob. filius Balduiai duos, Hamelinus très, reddeates ad feriam prati ...*...«.
OBHies isti juraverunt iosimul jura dominas abbatissœ apud Hoistreham anao grattœ M. CCXXX(1230) in festo S" Martini, scilicet Sello de Hoistrehan, Willelmus de Gravia, Willelmus Le Terrier^ Robert Medtcus, Johannes filius Willelmi, Torgis Boenpaia, Willelmus Samsonis, Hugo Le Breton (sorveat aeuf autres sigaatures) i
L'abbesse de Caen ou ses gens avaient différents privilèges à Oistreham, notamment celui d'acbeter le poisson avaat que persoaae en eût choisi; elle avait les saumcms, les esturgeons, les aloses, les lamproie»^ et les «utres ipoissons frtfaes (I) .
(1) Apud Hoistrehan domiaa abbatiiM vel ftioHilî ^lym habere pisces ad meliurem marcam qaam uUus homo el uUus bome non débet emere illos places, niai famuli domine abbatlsw «b iUo
CAHTOW «R OOOVUES. ^
Placé 'SW le 'bord d« rOrne, là où rembouchnre de cette riviètre fornïc une sotte de bras de mer, Oîstrd^ttin était au moy engage vin port assez important; c'était Jâux XI% Xf I-, Xlli* et XIV «iècîes, un entrepôt pour le commerce maritime. l\ est très souvettt fiien* tionné dans les Rôles normands de la Tour de Londres. On trouve beaucoup de lettres de ïmmj ducs, adressées afiuc'offîeters de ce port.
Aujourd'hvi, par suite des traraux qu*on y a faits poar rétablissement d'un bassin à la tète du canal qui conduit de la mer à Oaen, Oistréham a reconquis une partie de rtmpoHance qu'il avait autreffbis.
Au Xn* siècle, le port d*Oistreham recevait des cargai^ns de vin de Saintouge ; on y expédiait alors des marchandises diverses pour TAn^leterre. La ons^ième année 'du règne d'Henri III, <m voit un nommé Langlois, d'Oistreham, obtenir la permission de passer avec son Vaisseau, nomme Za Benoîte, dans toutes les possessions du Roi ; il est spécifié dans ce permis qu'il n'a qu'un tiers du chargement poiir son compte : ainsi il y avait société de «commeroe entre lui et d'amlres habitants 4m. pays.
Les "ducs avaient à 0istre?ham un officier de port qttaîifié de ballïvuSj comme le prouve l'acte suivant du commencement du XIIP siècle.
Hex ballivo portus de Oistreham salutem : inveniri bonam iiavem, sine ,prelio pdsonibus quos in Angliam
loM YCOflumrfaK» Débet ètbere StlmenM, EMnrgpowps €t AteMi« et Lrai^fms'et iPoiy edes«t omiieB fiiftiicdB pifloes et <imne ireyec (foMI acoiéerk «piid 0i8tfebMi, aurnin-, fiil JvaiT, vd aanteUum sine atladiîa, aim rliabeai «sliqmn «equettlem et hoc venientl, (A tieM et potesi sibi emere suum sal et suum Tinum et suam buscam, et ontiia alla jibi«t»miMMiét6rio it
498 STATISTIQUE MONUliBNTALE DU CALVADOS.
mittimus, et computabitur tibi ad scaôearium teste me ipso apud Cenoman. XIII die Augusti (1)«
Oistreham est plusieurs fois cité au nombre des ports importants dans des actes émanés des ducs de Normandie, rois d'Angleterre (2).
On compte aujourd'hui près de 1^200 habitants dans le bourg de Oistreham.
Antiquités romaines. Une voie romaine qui venait de Bayeux et que nous signalerons dans plusieurs communes de cet arrondissement, se dirigeait vers Bénouville après avoir franchi la Seulles, à Reviers. Elle passait TOrne entre les limites d'Oistreham et de Bénouville tout près d'un camp retranché, situé sur le
(1) Il y AVAÎt des baillis dans les principaux ports de mer, car dans un autre acte de Jean-sans-Terre on lit : Mandatum est baliviis omnium porluum.
(S) Un de ces actes que voici place le port d'Oistreham sar la même ligne que ceux de Douvres, de Dieppe, de Caen et de Barfleur.
Ricbardut Dei gratift rez Anjciie dux Normannis Aquitannie et c«ines AndegaYie, Archiepiscopis, Episcopis, Abbatibus, Comitibus, baronibus, jusliciariis, Tice-comitibus et omnibus mioistris totius An« glie et flormannis et portaum maris et nominatim pnepositis de Hamton et de HasUngs, et de Dovra, et de Barbeflet, et de Cadomo, et de Otstrebam, et de Deppa, et de omnibus aliis portubus maris salutem. Volumus et predpimus quod monaclii et fratres abbatiœ de Rievalle et omnes res et homines eorum sint quieli de telooeo et passagio et poiH tagio et pedagio et de omni alia consuetudine et seculari eiactione de se ipsis et de omnibus rébus suis quocumque yenerint et de omnibus rébus quas emerint yel vendiderint vel déporta re feoerint in nundinis et mercatis et in omni loco potestatis nostrae per terram et per aquam ad propios usus suos; et probibemus ne aliquis eos vel res, vel homines eorum in aliquo vezet aut disturbet, quia tam ipsos quam qiue eorum sunt sicut res proprias et dominica's in manu nostra et protectioneet castodia retinemus. • • • probibemus etiam ne de ullo tenemento suo ponantur in pladtnm nisi coram nobis Tel ooram capUali justieia nostra.
Ex eartul, abbatim de Rùvall, biblioU Cottotu
bord de cette rivière, et que j'ai décrit daas mon Coors
d'Antiquités monumeatales, seconde partie, chap. VIII.
Ce camp placé sur le bord de l'Orne, près de l'endroit
oii devait aboutir la voie romaine venant de Bayeux,
Plan du camp romalo.
présente la forme d'un carré long. De deux cAtés l'enceinte est défendue par un vallum, dont la hauteur varie depuis cinq jusqu'à 15 pieds (1), et des autres côtés par l'escarpement naturel du terrain. J'y ai remarqué des fragments de tuiles à rebords ; on y a trouvé des médailles romaines. Ce cbemin servait de limite entre les deux communes; des maisons placées à quelques pas de l'église de Bénouville, au nord du cbemio, appartenaient à Oislreham.
Il existait autrefois dans le camp une chapelle qui était, dit-on, entretenue par les trois communes de Saint-Aubin, Bénouville et Oistrebam ; elle est marquée sur la carte du diocèse de Bayeux par l'abbé Oulier.
(I) Le remput le plu haai ttt vcn le coocbanr ; siu doaie parce que de u i&tà
te n'eri fm me proenrer 4e renseignemeûts sur rorigine de toêtte chapelte, dont il ne reste pins qu'un souvenir dam <« coAiffiune.
Sépttitures, Beaucoup de sépohures existaient à peu de distance du cainp, sur le bord de l'ancienne voie dons je vims de parler; elles appartenaient sans doute à ^ffik*M&ts siècles, mais les plus a&oiennes devaient ètte «OBtanporaines du camp.
M. l'abbé Durand^ curé de Bènouville, auquel apparlieat le terrain, a fait des Touilles dans ce cimetière et 4ôil «n publier plus tard la relation. Je me suis trans- ^orbé è B^ii^ville peur observer moi-même le ri^ltat des fMilles de M> Durand, «t4'on peut résumer en peu -àe s»^ tas fnte iftt'eites tmt révélés. Les morts ètaieni dèpoaès^ les uns dans des cercn^ls de pierre, orientés de l'otiest À r^eet, et plus étroits de oe dernier côté ; les autres, dans des excavations simplement creusées dans le sol; quelques-uns déposés à côté des cercueils. Pinceurs squelettes avaient sous la tète une pierre en guise d'orèïïler, de ôorte qu'au lieu d'être horizontalement placée comme le corps, la face du mort était en regard du soleil lerrant. l'fti remarqué cette disposition dans un très grand nombre de squelettes observés sur différetit points, et je tie doute pas qu'elle n'ait été observée par suite d'un usage général. On voulait que la face fût tournée vers l'horizon, parce que c'est de là que doit venir le Messie le jour du jugement dernier.
Les diverses sépultures ont produit des boucles de ceinturon, dw lames de «abi^'C^iJU^afttnd'uBiSfliiioôté^
et ua 4i8sei grand nombre de petits «Ayjeto en fcr ou en
Voki qitetqoès (larticiilariiéB observes par M. Du«- FMid. Dans un cereueil, mmii de son eoBverde, on a irl^Hvé uoe igrôsse bonde en 'fer, «ornée de i^rosses tètes de dou eo argent; elle avait é^ af^pliquée sur one toile dont on voyait très^istimctMient le tissu imprimé sur la croûte d*oxyde.
Dans un autre cercueil^ on a trouvé, près du squelette, un sabre long de 18 pouces, placé à droite, plusieurs fragments d'une lame de poignard et des restes d'un habit en mailles de fer. Sur les restes de l'habit de fer, on remarquait des ornements en métal qui paraissaient avoir été attachés avec des clous en argent.
En dehors de ce sarcophage, on a trouvé un squelette qui avait une chaîne autour 4« «orps. La chaîne est en bronze et i:>ien conservée ; l'intérieur des anneaux très usé prouve qu'elle avait servi loiagtemps.
Dans un sarcopliage, long de 6 pieds à l'intérieur, on a trouvé, dit M. DeTand, les débris d'une armure en fer. Le fer très oxydé n'a pu s'enlever que par parties, mais on distinguait sur ces fragments le tissu d'une grosse toile qui avait vraisemblablement servi de camisole en-dessous; une agrafe, plaquée d'un métal qui ressemblait à l'argent et longue de 4 pouces, avait servi à fixer le ceinturon ; elle était ornée de quelques moulures.
Dans un sarcophage, long de 5 pieds 11 pouces^ on a trouvé, près d'un squelette très bien conservé, la moitié d'un crâne placé dans l'angle droit du cercueil. A la hauteur de la ceinture, était une forte boucle et un petit vase en terre cuite, ayant presque la forme d'une boule; aux pieds du mort, un crâne et des os de jambe.
iOi STiTIBTIQDB VOHDlIKNTtLB DU aLTlDOS.
Un autre cercueil reofernaail deux petits vases en terre cuite, saos vernis et assez mal coDfectionDês; le plus grand avait été placé près de la tète, du cAté droit ; le plus petit, aux pieds, du même c6té. Ils étaient l'un et l'autre inclinés, savoir : celui de la tète vers les pieds, et celui des pieds vers la tète. De petites pierres servaient à les maintenir dans cette position.
FIN DU 1" VOLUMB.