EGLISES DE CAEN
SainUNicolas. Si l'on excepte la tour qui appartient en grande partie aux derniers temps de la période ogivale (peut-être au commencement du XVI* siècle), l'église Saint-Nicolas, construite vers l'an 1083, présente le type de l'architecture romane secondaire, presque sans mélange d'ornements étrangers, et sans altérations modernes. Sa forme est celle d'une croix romaine. On voit à l'extérieur des fenêtres semi-circulaires, des modillons à figures grimaçantes, des contreforts plats, etc., etc. Des arcatures portées sur des colonnes garnissent extérieurement la partie basse de l'abside , au-dessous des fenêtres qui s'ouvrent au nombre de cinq à chaque étage dans cette partie de l'édifice. L'abside dont je parle est couronnée par un grand toit conique en pierre, qui n'est pas du XI* siècle et doit avoir été fait longtemps après. J'ai remarqué
10 STàTISTIQUE UOKDtrlHTALB DU CALVADOS.
dans les greniers, sur le gable qui termiae la nef, la (race de l'ancieD toit; il était beaui^ouf) moins élevé
que le toit pyramidal actuel. Celle observation s'applique aussi aux loils pyramidaux en pierre qui sur-
CANTONS DE CABN. 11
monteat les chapelles absidales accolées au mar oriental des transepts.
A l'inlérieur, l'élévation de l'édifice est divisée en deux ordres : au premier ordre, on trouve de belles arcades cintrées, à plusieurs retraits, portées sur des colonnes engagées, cantonnées en croix : toutes choses qui caractérisent les édifices du XI* siècle. Les chapiteaux des arcades qui séparent la nef des ailes, offrenl
pour la plupart ce type très fréquent en Normandie et sont ornés seulement de deux larges feuilles recourbées en volutes et séparées par une espèce de console.
L'hémicycle de l'abside présente une courbe gracieuse, et les cintres qui encadrent les fenêtres du premier étage sont garnis de tores portés sur des colonnes engagées (I).
Entre les colonnes qui portent les cintres des fe-
(1) V, mon Conn d'AaUqiiit«> monamenUde», IV< purtis.
li STATISTIQUE MONUMENTALE DU CALVADOS.
nétres du second ordre, court une rampe en pierre dont les moulures prismatiques annoncent le com^ mencement du XVI** ou la fin du XV« siècle. Il parait qu'à cette époque des réparations ont été faites ; on eut même un instant la mauvaise pensée de sculpter des feuillages frisés dans la partie du transept qui sur-^ monte le premier ordre de la nef. Quelques chapiteaux ont été ainsi sculptés au XV*, et il paraît qu'on avait l'intention de rajeunir aussi les autres, lorsqu'une cause qui n'est pas connue empêclia de continuer. Une tour peu élevée, couverte maintenant d'un toit à double égout, surmonte le transept. La tour principale accolée à la nef près de la façade a été, comme je l'ai dit en commençant, édifiée presque tout entière au XV% ou au XVP siècle. La partie ancienne se termine là où commence l'encorbellement au niveau du toit de la nef. Le couronnement est formé par un double toit au-dessus duquel s'élève une petite aiguille (1).
L*abbaye de Saint-Ëtienne de Caen nommait à la cure et percevait les deux tiers des dixmes ; l'abbaye de Sainte-Trinité de Caen percevait l'autre tiers. Avant la Révolution, il y avait à Saint-Nicolas un curé, un vicaire et quatre prêtres obitiers.
L'église Saint- Nicolas servit pendant longtemps d'écurie aux chevaux de la Remonte. La même administration y loge aujourd'hui ses fourrages. Une fabrique de plomb de chasse fut longtemps établie dans la tour occidentale (a).
(1) On avait eu Tintention de construire une autre tour am nord ; on voit de ce côté la base de la tour projetée, qui aurait lait pendant à celle du sud.
(a) Des réparations récentes exécutées sous la direction de M. de La Rocque, architecte du Gouvernement, ont dégagé le
Saint-Ouen, L'église Saint-Ouen n'a rien de remarquable et les parties les plus anciennes peuvent dater de la fin du XV' siècle. Elle est en forme de croix, et un seul bas-côté est accolé à la nef du côté du sud ; du même côté s'élève une tour couronnée en bâtière (a).
L'église Saint- Ouen est désignée dans les chartes sous le nom de Saint-Ouen-de-Villers. Elle fut donnée vers Tan 1077 à l'abbaye de Saint-Étienne par Guillaume-le-Gonquérant, Villarium cum omni territorio suOy etc. Cette donation fut confirmée par Henri II, roi d'Angleterre (ecclesiam Sancti Audoeni de Villariis), par l'archevêque de Rouen en 1170, et par l'évêque de Bayeux en 1172.
Par suite de la donation dont je viens de parler, l'abbaye de Saint-Ëtienne nommait à la cure. Elle percevait les deux tiers de toutes les dixmes ; l'abbaye de Sainte-Trinité percevait l'autre tiers.
Avant la Révolution, il y avait à Saint-Ouen un curé, un vicaire et deux prêtres obi tiers.
L'établissement du Bon-Sauveur, qui a pris de si grands accroissements sous la direction de M. l'abbé
yn
1 aS
portail des terres au milieu desquelles il était enfoui, et lui ont rendu, avec l'élégance de ses proportions, tous les détails de sa décoration primitive : trois rangs d'arcades, d'inégale largeur, surmontées d'un cintre semi-circulaire, dont l'archivolte présente plusieurs rangs de moulures arrondies.
(Nota. — Les quelques notes imprimées avec ces caractères, avec renvois en lettres, sont celles de l'éditeur).
{a) La restauration de cette église a été opérée, il y a quelques années, par les soins et grâce à la générosité d'un de ses derniers curés, M. l'abbé Moncoq. La croisée ogivale du chevet droit, qui était masquée par un grand rétable en pierre, a été réouverte à cette époque.
Jamet, décédé en 1845, est sur le territoire de Saint- Ouen (a).
Abbaye de Saint-Étienne. L'église de l'ancienne abbaye de Saint-Étienne, le plus vaste des monuments religieux de la ville de Caen, a la forme d'une croix ; la nef est garnie de collatéraux ; ceux-ci se prolongent au-delà des transepts et font le tour du chœur; ils sont bordés de chapelles à partir du transept. Ce grand édifice offre, dans son ensemble, trois styles différents qui caractérisent bien évidemment trois époques.
La façade, les tours jusqu'à la coraiche du toit, la nef et les transepts, appartiennent à la première construction, et datent du XI* siècle.
Cette partie de l'édifice fut consacrée en 1077, par Jean d'Avranches, archevêque de Rouen. Dans l'origine, il y avait trois absides ; on voit encore celles qui s'ouvraient à Test de chacun des transepts.
Le portail est plus simple que ceux de beaucoup d'églises moins importantes du même temps ; il se distingue par la gravité plutôt que par l'élégance du style.
Les tours forment, sans contredit, la partie la plus intéressante de la façade ; il y en a peu du XP siècle qui soient mieux traitées.
(a) Cet important établissement de bienfaisance, Tun des plus considérables de France, dirigé par des religieuses du nom de Filles du Bon- Sav/oev/r^ couvre de ses constructions un espace de près de 18 hectares. Outre les aliénés des deux sexes, il comprend deux pensionnats de jeunes filles, une école pour les sourds-muets, une pour les sourdes- muettes. En comptant aussi les dames en chambre, les religieuses et les novices, les infirmiers et les employés de toute espèce, on arrive à une population agglomérée d'environ 2,500 personnes.
CiirrONB DE CABK. IK
Dans ta nef, on trouve une heureuse dispoiition des lignes, une savante combinaison des vides el des
Façade de l'église Sa in l- Etienne.
masses ; les proportions du vaisseau sont vastes, les voûtes ont de l'élévation (1).
cl) V. De JolimoDt, deBorlption des muDomenU de Csea.
Des piliers garnis de demi-colonnes soutiennent les arcades qui séparent la nef des ailes. Les demicolonnes qui s'élancent le long des faces des piliers jusqu'à la voûte, sont alternativement simples et tripies; les chapiteaux sont d'une grande simplicité comme ceux de l'église Saint Nicolas, et les bases des colonnes (aillées en chanfrein. Au-dessus des arcades de la nef et au niveau de cet étage intermédiaire que j'ai désigné sous le nom de triforium dans mon CourSyde larges galeries régnent sur toute l'étendue des bas côtés, à droite et à gauche, comme dans certaines basiliques ; elles pouvaient contenir une grande quantité de spectateurs dans les cérémonies publiques. Il faut remarquer que les rampes en pierre de ces tribunes, découpées en qualre-feuilles, n'appartiennent point au XI^ siècle ; il en est de même des voûtes en ogive des bas côtés, dont les arceaux prismatiques annoncent le XV* siècle.
La grande chapelle, accolée au collatéral du nord, parait de la même époque, et l'on sait qu'avant la fin du XIIP siècle on ne garnissait guère de chapelles les bas côtés des nefs (1).
Les voûtes de la nef sont remarquables ; il est possible qu'elles soient un peu moins anciennes que les murs, et selon l'observation judicieuse de M. Gally- Knight, il y a dans les petites colonnes auxiliaires qui aident à les supporter, et dans la manière dont elles sont adaptées, quelque chose qui tend à fortifier ce soupçon.
Le chœur de l'église Saint-Etienne doit être de la fin du X1I« siècle ou du commencement du XIIK Tous les caractères architectoniquesde cette partie de l'église
(1) V. mon Cours d'Antiquités monumentales, IV* partie.
CANTONS SI CABN. 17
annoncent, en effet, les premiers temps du slyle ogival . A l'iatérieur, les arcbivoltes de plusieurs arcades sont encore ornées de zig-zags; les fenêtres sont toutes étroites, en forme de lancettes; des arcades ft plein cintre encadrent les lancettes géminées des galeries; la charmante décoration de la chapelle dans laquelle se trouve la sacristie, ne peut guère se reporter à une époque postérieure ; enfin les colonnes des chapelles du pourtour ont leurs lûts ornés d'anneaux (1).
Les caractères du plus ancien style ogival se montrent plus viBihIement encore à l'extérieur de l'abside, d&ns les cintres entrelacés, sculptés sur les murs des collatéraux, dans la nature des ornements, dans la simplicité des fenêtres et dans celle des roses dont les compartiments ressemblent aux rayons d'une roue.
Les murs du grand comble sont soutenus par des arcs-boutanls. mais rares, simples, sans ornements. Plusieurs des piliers sur lesquels se termine la retombée des arcs ne soni point surmontés de clochetons ; ceux-ci n'existent qu'au-dessus des contreforts qui cor-
(I) Il n'«>t pu jaiqD'BDi orédfDcei dn chapslles offnal deux trcadïs k plsiD olntro iuw lesquelles s'onvrenl dai aiobea carMci, qui a'siinoD-
18 STATISTIQUE HONUtfBNTALB DU CALVADOS.
respqndent au point où commence la courbure de l*abside, et ils se terminent par des pyramides à quatre pans.
J'insiste sur ces particularités, parce qu'il existe une opinion contraire à la mienne sur l'origine du chœur de Saint-Etienne. M. l'abbé De La Rue rapporte, dans son histoire de Gaen, que le chœur fut élevé dans l'intervalle de 1316 à 1344, par l'abbé Simon de Trévières. Je ne saurais regarder avec M. De La Rue le chœur de Saint-Etienne comme un ouvrage du XI V^ siècle. Sans doute M. De La Rue a relaté cette date d'après quelque document, mais tout porte à croire que les travaux faits au chœur de Saint-Etienne ne furent que des retouches ou des restaurations. En cela je me trouve d'accord avec tous les antiquaires qui ont visité le monument dont nous nous occupons (1).
c II est impossible, dit M. de Jolimont dans sa description des monuments de Gaen, de faire concorder le style du chœur de Tégiise Saint-Etienne avec la date qui lui est assignée par M. l'abbé De La Rue. Cette partie de l'église est bien antérieure, et il suffit, pour s'en convaincre, d'en comparer la structure avec celle de tant d'autres monuments élevés dans le XIV* siècle. Ici l'art prend évidemment un nouvel essor, mais avec timidité, et l'on y reconnaît une certaine composition mixte qui caractérise assurément la transition d'une époque à l'autre, tandis que dans les édifices du XIV* siècle le genre est parvenu à son apogée, et l'artiste ne met plus de bornes à la fécondité de son imagination, à la hardiesse de l'exécution. »
(i) V. la figure 2, pi. LXI de mou Coups d'Antiquités.
CANTONS DB CiEN. 19
t Nous croyons devoir affirmer, coatinue H. de Jolimont, que le chevet de Téglise Saint-Ëtienne est tout au plus du commencement du XIII* siècle, et Ton pourrait croire qu'il serait même antérieur ; car il ne serait pas impossible, nonobstant tous dires contraires, et sans avoir recours à une reconstruction, que cette église n'eût point été terminée entièrement à Tépoque que Ton croit, mais quelque temps après, lorsqu*un nouveau goût commençait à s'introduire dans l'art; ce qui n'empêche pas que, de 1316 à 1344, Vabbé de Trévières n'ait fait quelques embellissements au chœur et aux chapelles de cette église. Si Ton n'a pas de preuves écrites qui justifient cette opinion, aucunes, du moins, ne la détruisent directement, et l'âge d'un monument est souvent mieux écrit dans la disposition des pierres que dansles relations de tantd'historiensinfidèles(l). >
Les pyramides octogones, qui couronnent les deux tours de l'Ouest, avaient été, à ce qu'il paraît, gravement endommagées en 1360 par le roi de Navarre ; elles doivent être du XIV* siècle (2).
La tour centrale, qui avait déjà beaucoup souffert par suite des larges brèches que les troupes anglaises y avaient faites pour y placer leurs canons lors du siège de Caen en 1417, fut ruinée par les Pro lestants (a) : la partie supérieure de cette tour est postérieure à cette époque. ^
(1) V. De Jolimont, description des monuments de Caen.
(2) Ces deux tours forent réparées par M-. Guy, vers 1850; on trouva dans une d'elles une description gravée sur une planche de plomb, qui atteste que l'extrémité de cette tour avait été endommagée par la foudre en 1704 et reoonstruite en 1705.
(a) Il est certain aujourd'hui que la chute de la tour centrale n'est pas Fœuvre des Protestants, mais qu'elle est dfue à
Les balustrades qui surmontent les murs latéraux de la nef sont aussi d'une date assez récente (a).
Tout le monde sait que Guillaume-le-Conquérant a été inhumé dans Téglise de Saint -Etienne. Son tombeau dont j'ai donné la description dans le 6* volume de mon Cours, d'après Orderic Vital, fut détruit par les Huguenots en 1562 : on peut voir dans l'histoire de Çaen, par M. De Bras, la fureur avec laquelle les cendres du Conquérant furent violées. Le second tombeau, dont le rétablissement était dû à dom Baillehache, subsista jusqu'en 1742, que les restes du Conquérant furent transférés dans le sanctuaire, où est placée la pierre que l'on voit aujourd'hui.
l'ineptie d'un sénéchal de Tabbaye, nommé Jean Laurent, dit Le Goullu, qui, par des modifications imprudentes, détermina, en 1566, la catastrophe.
(a) L'église Saint-Étienne, après avoir éprouvé les mutilar tions les plus déplorables, a été l'objet, à partir de 1867, d'intelligentes restaurations dirigées par l'architecte du gouvernement, M. Ruprich- Robert, avec le concours de l'excellent architecte de la ville, M. Auvray. Elles ont rendu en grande partie à la vieille basilique normande sa physionomie et sa splendeur architecturale d'autrefois. La façade et les tours ont été restaurées, le fronton abaissé et surmonté d'une croix antéfixe, cloisonnée ; huit grandes fenêtres ont été ouvertes dans le bas-côté de la nef du midi en remplacement de jours de souffrance qui le déshonoraient. Les chapelles du rond-point, demi-circulaires et peu profondes, ont été également restaurées; leurs autels primitifs ont été découverts sous des baldaquins Louis XIV et rétablis dans leur forme première : une simple table de pierre placée sur trois colonnes cylindriques et sur un massif vertical de maçonnerie formant angle. Enfin, signalons les verrières neuves, aux couleurs éclatantes, qui garnissent les fenêtres de l'abside et l'autel byzantin de la chapelle de la Vierge, orné d'émaux, etc.
CANTONS DE CABN. 2i
Lés Protestants avaient dévasté avec tant de fureur Téglise de l'abbaye de Saint-Ëtienné, que 64 ans s'écou- ^y
lèrent avant qu'on pût y célébrer Toffice divin. Ce fut dom Baillehache qui» en 1626, fit réconcilier Téglise par Jacques d'Angennes^ évêque de Bayeux.
Dom Baillehache, grand prieur de Tabbaye de Saint* Etienne, en 1604, a écrit une histoire d.e Tabbaye, ■',]
restée manuscrite et dont il existe plusieurs copies (1).
Avant la révolution, l'abbaye de Saint-Ëticnne de Caen était une des plus riches de France et possédait environ 192,000 livres de revenu.
L'abbaye de Saint^Ëtienne de Caen a produit un '
grand nombre d'hommes remarquables ; mais ce serait sortir de notre cadre et faire de l'histoire littéraire que d'en offrir ici l'indication.
Ancienne paroisse de Saint- Etienne. L'église de l'ancienne paroisse de Saiul-Étienne offre une longue nef avec bas côtés garnis de chapelles. Le transept est surmonté d'une tour assez hardie demeurée ouverte à l'intérieur.
Tout dans cet édifice appartient au style ogival prismatique ou tertiaire (2) ; quelques parties môme ne datent évidemment que du XVI" siècle.
La position de cette église, tout près des murs de ville, fut cause qu'elle essuya beaucoup d'avaries lors du siège de Caen par Henri V, roi d'Angleterre, en 1417: les canons de ce prince placés dans les tours de l'abbaye y avaient fait des ravages considérables, et l'on trouve
(1) L'histoire de Dom Baillehache existe à la Bibliothèque nationale de Paris ; elle y porte le n* 7,481 .
(2) Voir dans mon Cours d'Antiquités la classification des monuments qui appartiennent au style ogival.
dans les manuscrits de Gaignères (l), qu'en 1426 Henri VI accorda une somme de 100 livres aux paroissiens pour réparer cette église tombée en ruine et décadence par les grosses bombardes qui avaient tombé sur elle et abattu les voûtes pendant ledit siège.
Les travaux de reconstruction furent commencés l'année suivante; mais en examinant les moulures d'ornement, on demeure convaincu qu'ils se prolongèrent fort longtemps : toute la partie occidentale de la nef et le charmant portail de la façade ne doivent être que de la fin du XV* siècle; beaucoup d'autres parties paraissent du même temps. On sait d'ailleurs que Hugues Bureau , qui vivait à la fin du XV' siècle , contribua au rétablissement de la nef; aussi voyait-on ses armes peintes à la voûte et dans une des vitres du côté du midi. Les culs-de-lampe qui ornent les voûtes du sanctuaire sont évidemment du XVI* siècle, et à l'extérieur, en approchant du chevet, des arcs-boutants et des contreforts appartiennent au style de la Renaissance; ainsi nul doute que des reprises considérables n'aient été faites au XVI* siècle.
Si une partie des murs antérieurs aux avaries de 1417 a survécu, l'ornementation presque tout entière est du XV®. ; j'ai seulement remarqué dans la partie basse du transept et du chœur quelques chapiteaux qui peuvent être du XIV*.
Sur un des contreforts du chevet près de la porte par laquelle on entre aujourd'hui de la rue delà Préfecture (a)^ est incrustée une statue équestre et très fruste. M. De
(i) Bibliothèqae nationale, n« 671.
(a) Aujourd'hui rue de Caumont.
Vue gËUËrale de Saint-Ëtieniie'le- Vieux.
a statistiqdb hohdmgntale ou calvados.
Braa qui en parle et qui la regardait comme l'image de Guiltaume-le-Conquérant faisant son entrée dans la ville, dit que de soa temps on distinguait sous tes
Cavalier du XII* siècle, replacé sur l'église SI-Ëtlenne-la- Vieux.
pieds du cheval un jeune homme mort et un avtre komme et une femme à genoux. Plusieurs antiquaires ont regardé cette statue comme antérieure à l'église, sur laquelle elle a été replacée. D'autres, au contraire, ont prétendu qu'elle ne date que du XV° siècle, comme l'église elle-même; M. Lambert a défendu cette opinion dans un mémoire imprimé.
Malgré la confiance que j'ai dans les opinions de
GANTONS ]>B CABN. 25
H. Lambert, qui est à mes yeux Tua des meilleurs observateurs de la province, je suis convaincu que cette statue est bien antérieure au XV' et probablement du XII* siècle : le costume de la statue me parait le prouver. D'ailleurs ils est facile de voir qu'elle a été encastrée dans le mur après coup et qu'elle n'a pas été faite pour la place qu'elle occupe. Je ne chercherai pas à décider ce qu'elle représente^ mais je reconnais qu'elle offre de grandes analogies avec ces statues équestres que l'on voit sur plusieurs églises du Poitou et qui, comme celles ci, semblent fouler un personnage aux pieds de leurs chevaux ; on peut voir ce que j'ai dit de ces statues dans la nouvelle édition du 4* volume de mon Cours d* Antiquités monumentales.
L'église de l'ancienne paroisse de Saint-Ëtieifne est aujourd'hui dans l'état le plus déplorable ; plusieurs fenêtres ont été bouchées. Après avoir servi longtemps d'écurie pour les chevaux de la remonte, elle est louée par la ville de Caen pour différents usages : on y trouve des magasins de charbon, des dépôts de charrettes, de bois, de chiffons» etc. , etc. (a). Plusieurs des arceaux en pierre de taille qui maintiennent l'arête des voûtes sont tombés dans le bas ^côté méridional et le peu d'intérêt qu'on semble porter à la conservation de l'édifice doit donner des inquiétudes aux amis de l'art. II a été question de l'aliéner, et nous avons réclamé de tout notre pouvoir contre ce projet dont la
{a) Ce magnifique monument, curieux spécimen de l'architecture anglo-normande du XV« siècle, fut sauvé, en 1847, d'une destruction imminente par la Société des Antiquaires de Normandie, qui prit chaleureusement sa défense auprès du Gouvernement. Les réparations les plus urgentes furent entreprises et la ruine de l'édifice fut conjurée.
26 8TATIST[QUB MONUMENTALE DU CALVADOS.
réalisation entraînerait probablement la destruction immédiate du monument (a).
Le patronage de Saint-Étienne appartenait à Tabbaye de Sainte-Trinité, par suite d'un échange fait entre la reine Mathilde et Odon, évèque de Bayeux (1). Avant la révolution, le clergé se composait d'un curé, d*un vicaire et de cinq obitiers, qui avaient le droit de porter Taumusse.
Ancienne église Saint -Sauveur. L'ancienne église Saint-Sauveur, située à l'extrémité de la longue place du même nom, est masquée du côté de l'ouest par des mainons modernes et par un portail élevé peu d'années avant la Révolution. Cette construction a caché un charmant portail du XV' siècle, figuré très imparfaitement dans le voyage de Ducarcl, et dont les vous-
(a) < En 1880, on déblaya le porche latéral nord, Tune des parties les plus intéressantes de Tédifice. De 1884 à 1887, au chevet de ce monument, la municipalité, sous la direction de MM. Douin, habiles sculpteurs, a fait établir une collection lapidaire, composée de fragments d'architecture, provenant des monuments restaurés. Tous les spécimens d'architecture normande (chapiteaux, modillons, pinacles, etc., etc.) s'y trouvent représentés depuis le Xle jusqu'au XVI<' siècle. Il serait très désirable que la municipalité sacrifiât une somme nécessaire pour faire classer par styles ces divers fragments entassés pêle-mêle. Us donneraient une idée très exacte de la décoration architecturale en Normandie.
(i) Voici le passage de la charte donnée en faveur de l'abbaye de Sainte- Trinité, qui constate cet échange. La charte est de l'an 1082.
Dédit etiam haec eadem Adôlais Fraxiniviilam et Maisnillum Urcelli, quas ego Mathildis regina excamblavi ecclesias sanct» Marias Bajocensi, per Odonem ejusdem eoclesiae antistitem, concessu domini mei Régis, pro ecoleslis, cum decimis, Sancti Stepkani et Sancti Martini Cadoml sicut Anschitillus fllius Ursi eas tenuerat ; et pro ecclesîa sanoti Georgii de Castro Gadomi. V. G allia Christianaf vol» XI,
sures portaient des guirlandes de feuillages découpés à jour de la plus grande délicatesse. Plusieurs fragments de cette belle porte ont été détachés vers 1840, à l'occasion des réparations faites à la halle et transportés au musée de la Société des Antiquaires.
L'intérieur de la nef annonce le XV* siècle ; la partie la plus ancienne, et qui toutefois n'a presque plus aujourd'hui de caractère, doit être le dessous du clocher ; on y distingue encore des colonnes romanes et des ouvertures bouchées qui étaient à plein cintre ; à l'extérieur la partie visible de la tour doit être du XIII», à en juger par la forme des ogives et les dents de scie de la corniche (1).
Le chœur, dans le style de la Renaissance, avait des voûtes garnies de pendentifs et de diverses moulures en relief qui ont été détachées lors des réparations toutes récentes dont j'ai déjà parlé; quelques-unes sont aujourd'hui déposées dans la collection de la Société des Antiquaires. Ce chœur avait été commencé en 1530 et terminé en 1546, d'après les documents recueillis par l'abbé De La Rue.
Plusieurs contreforts qui s'élèvent au-dessus des bascôtés et que l'on peut voir derrière des maisons qui bordent la rue Saint-Sauveur, sont aussi du XVP siècle et ont élé faits, selon toute apparence, en même temps que le chœur.
La tour actuelle en pierre était surmontée d'une flèche assez élevée en bois, qui datait de 1605. Vers 1840, on détruisit cette flèche, dont la restauration n'aurait pas plus coûté que la démolition.
Le chapitre de Bayeux avait le patronage de l'église
(1) Il faut excepter les 12 pieds de maçonnerie qui précèdent immédiatement le toit et qui ont été ajoutés en 1604 : il est facile de distinguer ce travail de l'autre.
Saiat-Sauveur. Le personael se composail d'un curé, d'uQ vicaire et de 5 obitiers ; ces deraiers étaient régis par des statuts que le chapitre de Bayeux, leur avait donnés en 1508.
Eglise Saint-Julien. — La petite église Saint-Julien, à Textrémité de la promenade, ressemble plutôt à une église de campagne qu'à une église de ville, et n'offre qu'un intérêt très-minime. L'abside à pans coupés avec des contreforts appliqués sur la jonction des pans, les moulures du portail, eii&n tout ce qui offre un peu de caractère dans l'édifice, annonce le XV* siècle, peutêtre de la 2* moitié (a).
Les Templiers avaient possédé le patronage' de St- Juli^n, presque dèb l'origine de leur ardre, c'est-à-dire peu après l'année 111 8; après leur suppression en 1312, il appartint à l'ordre de Malte.
L'abbé De La Rue rapporte que, lorsque l'ordre de Malte recevait à Caen les vœux de quelque chevalier, la cérémonie avait lieu à St- Julien.
Il y avait à Sl-Julien un curé qui prenait le titre de prieur, un vicaire et deux obitiers.
Église des Bénédictines (ancienne église des Cordeliers). — Non loin de l'église St-Julien est le couvent des Bénédictines, qui remplace celui des Cordeliers. L'é-
(a) Depuis une trentaine d'années, l'église a subi une transformation presque complète, sous l'initiative généreuse, dévouée et intelligente de M. l'abbé Legrand, curé de la paroisse. La restauration a embrassé non seulement les murs extérieurs et intérieurs, la tracerie des fenêtres, la construction du clocher recouvert en ardoises et de la sacristie, mais encore tous les détails de l'ornementation et du mobilier artistique.
pww^
CANTONS DE GAEN. 29
glise assez vaste qui s*ouyre sur la rue est ea grande partie de la fin du XVI* siècle, car elle avait été presque détruite durant les guerres de religion en 1562. et Ton ne commença à la réédifier qu'en 1678. On y voit des fenêtres assez élevées en ogive (a).
Eglise JVo^re-Dame,— L'église Notre-Dame de la rue Froide offre la réunion de plusieurs styles dans ses deux absides accolées, sa tour, son portail, etc , etc.
L'abside St-Eustache, dans le goût de la Renaissance, est de 1546, date qu'on lit dans un cartouche placé sur un des piliers intérieurs.
L'autre abside, avec ses fenêtres festonnées, chargées d'élégantes ciselures, ne peut remonter au-delà de la seconde moitié du XV* siècle, si même elle n'appartient aux premières années du XVI*. J'assignerais la même date aux fenêtres et aux sculptures de la muraille latérale qui masque la tour, en se prolongeant parallèlement à la rue Froide, ainsi qu'au portail ouvert à l'extrémité de cette muraille.
La tour pourrait être du XVI' siècle ; elle a beaucoup de rapports avec celle de Saint-Pierre, mais elle est moins élégante et moins élevée.
La porte en bois du grand portail offre des panneaux assez bien conservés dans le style ogival perpendicu-
(a) Cette chapelle a subi, il y a environ vingt-cinq années, sous la direction de M. Lamotte, arehitecte, des restaurations qui ont modifié l'aspect de l'édifice primitif. La façade a été ornée d'un porche sous lequel on a sculpté un bas-relief représentant de saints personnages et des anges en adoration devant le Saint-Sacrement. Â la même époque, l'habite architecte a couronné l'édifice par une flèche gracieuse, ajourée, bien proportionnée et qui a sa piiysionomie à part.
dU STATISTIQUE SIONDHXNTALE DU CAI.VADOB.
laire. Elle a été gravée dans l'ouvrape de M. Pugin : Arckiteclural antiquities of Normandy.
ûiiremarque encore quelques restes de vitraux peints dans les tenètrea de l'abside, mal restaurés (a)- (a) En 1873, les deux absides ont éti débarrassées des vieilles
CANTONS DB GABN. 31
Le patronage de cette église appartenait au chapitre de Bayeux depuis Tan 1133 (1).
Le personnel se composait d'un curé, d'un vicaire et de six chapelains obitiers.
Église Saint-Pierre, — L'église de St-Pierre est de plusieurs siècles, ce qui pourtant ne détruit pas Tunité de son ensemble; elle offre des parties très remarquablea, sa forme est celle d'une longue nef sans transepts.
Là tour^ chef-d'œuvre de hardiesse et d'élégance, mérite surtout l'attention ; je n'en connais point dont les proportions soient plus gracieuses ; elle fut élevée en 1308, sa hauteur est de iW pieds.
La tour, proprement dite, est surmontée d'un trottoir garni d'une balustrade en pierre, et de huit clochetons à jour, délicatement travaillés. La pyramide terminale, construite en pierres de 6 à 7 pouces d'épaisseur, liées les unes aux autres au moyen de cramr pons en fer, est percée, sur les faces de l'octogone, par 48 ouvertures en forme de rosaces, et garnie de crochets sur les angles ; elle est d'une telle solidité, que les intempéries des saisons n'y ont point produit d'altération sensible. La partie supérieure du clocher et les
échoppes qui y étaient accolées. Cette restauration a fait découvrir, dans le soubassement de l'abside ogivale, trois petites fenêtres qui devaient éclairer une chapelle peu élevée. Dans la chapelle de droite, en entrant, on a exécuté des peintures murales qui ne sont pas sans mérite ; les vitraux sont médiocres. En 1888, on a jugé à propos de garnir, sans nécessité, les fenêtres de l'abside Renaissance de meneaux quten modifient la physionomie. Aucune trace ne justifie cette innovation, absolument en dehors de la conception primitive.
(i) Le dernier patron collateur de Notre-Dame a été le respectable abbé Saonnet, ancien professeur de l'Université de Paris^ titulaire du canonicat de Froideme, mort à Bayeux en 1819.
3s STATISTIQUE MONUMENTALE DU CALVADOS.
tourelles avaient beaucoup souffert en 1862, lors du siège du château par Tamiral de Coligny. Le feu de la place ayant été dirigé sur les assiégeants postés dans la tour, de larges brèches avaient été faites; elles ne furent réparées qu'en 1688, comme nous Tatteste une inscription gravée à l'intérieur de la pyramide.
La nef et le chœur, en partie du même siècle que la tour, ont été refaits ou complètement retouchés dans la suite, à l'intérieur et à Textérieur.
La façade occidentale avait été terminée peu de temps avant 1384 (1), mais elle a subi des altérations depuis, et la partie supérieure, seulement, pourrait remonter à l'époque indiquée. Les bords du fronton découpé à jour, qui couronne le portail, sont garnis de feuilles contournées formant des crochets qui ressemblent beaucoup à celles du XV* siècle ; cette circonstance ne devra point étonner, puisque les détails dont je parle ne datent que de la fin du XIV*, en admettant qu'ils n'ont point été faits postérieurement (2). D'ailleurs une partie des caractères du XV* siècle se rencontrent parfois dès le XIV*, et la tour de Saint- Pierre, elle-même, plus ancienne que la façade occidentale, puisqu'elle fut construite en 1308, offre déjà des feuilles contournées au-dessus des fenêtres.
Durant la première moitié du XV* siècle, on travaillait aux collatéraux (3). Les guirlandes de feuilles frisées qui entourent les fenêtres, à l'extérieur, les con-
(1) Essais historiques sur U ville de Caen, par M. l'abbi De La Rue.
(9) Je ne serais nullement surpris que plusieurs parties de la façade occidentale de l'église Saint- Pierre eussent été retouchées dans le XV« siècle, lorsqu'on raccorda la nef avec les bas-côtés .
(3) Le collatéral placé au sud, le long de la place Saint-Pierre fut construit quelque temps avant l'autre; on y travaillait en 1410. Foyt^ Us Origmes de Caen par Huet, les Essais historiques de M. l'abbé De La Rue, etc., «te.
Vue générale de l'église Saint-Pierre.
treforts couronnés d'aiguilles hérissées de crochets, les nervures prismatiques des voûtes, les colonnes dont les fûts très maigres ne sont point cylindriques, et dont les chapiteaux, presque sans épanouissement au sommet, sont garnis de feuilles déchiquetées, caractérisent parfaitement cette époque, surtout la deuxième moitié du X\\
Le portail du nord remonte tout au plus à la Qn du XY« siècle. La date que j'indique est écrite, pour ainsi dire, dans toutes les moulures qui décorent cette entrée latérale, tant à Tintérieur qu*à l'extérieur, aussi bien que le fronton garni de dentelures trilobées qui la couronne à l'extérieur, et au centre duquel se dessine une arcade semi-circulaire.
J'ignore la date précise du porche par lequel on entre du côté de la place, mais, à coup sûr, il est postérieur à la tour sur laquelle il s'applique, et dont il masque la base ; il avait été décoré de statues en 1608 ; des réparations modernes l'ont complètement altéré.
Le chevet, commencé en 1521 , par Hector Sohier, architecte né à Caeu, est, à juste titre, regardé comme un chef-d'œuvre d'élégance et de délicatesse, comme un des morceaux les plus curieux qui aient signalé dans nos contrées l'époque dite de la Renaissance (1). On doit surtout observer dans cette partie de l'église la variété et la multiplicité des décorations, et bétonnante construction des voûtes chargées de nervures et de pendentifs.
Les voûtes du chœur, ouvrage du même architecte,
(i) L'extrémité du chœur de Saint-Pierre avait été provisoirement close par un mur droit percé d'un immense vitrail qui fut fracassé par le vent en 15 19, On avait déjà obtenu de Louis XI, venu à Gaen en 1473, l'autorisation d'empiéter, k
sont également remarquables par le nombre et la grande saillie des arceaux ornés de pendentifs.
Ainsi la construction de Téglise Saint-Pierre fut souvent interrompue : dans chaque siècle ou ajoutait un peu à ce qui existait déjà. On procédait assez ordinairement de cette manière au moyen âge : on commençait de vastes édifices sans s'embarrasser de l'époque à laquelle ils pourraient être terminés.
Quoi qu'il en soit, l'analyse de l'église Saint-Pierre peut être résumée de la manière suivante:
Tour, de la 1" moitié du XIV.
Nef et chœur, en partie du même siècle, mais complètement retouchés au XV' et au XVI' ;
Façade occidentale, en partie de la fin du XIV' siècle, retouchée postérieurement ;
Collatéraux, du XV'.
Portail septentrional (bouché), de la Qn de ce dernier siècle ;
Voûtes du chœur, chevet et chapelle terminale, du XVI'. siècle (a).
cet effet, sur \ei murs de la ville et snr le lit de la rivière ; il parait même, d'après Huet, que le rond point était déjà fondé en partie, lorsque Louis XI vint & Gaen. Sohier reprit l'ouvrage et continua les fondations jusque dans le lit de l'Orne, où il fallut établir des pilotis. Voye^ Us Origines de Caen par Huet, p. 195.
(a) Depuis le milieu de ce siècle, d'importantes restauralions ont été exécutées à l'église Saint-Pierre: en 1858, reconstruction en sous-œuvre d'un des piliers de la tour^ qui renfermait un fragment d'une construction romane du X1« siècle, d'une pile du Xil«, d'une enveloppe du XIII* et d'une retouche du XIV*; en 1867, démolition des maisons et échoppes qui déshonoraient la façade principale ; en 1869, réparation de la tour au-dessous des ouïes; de 1864 à 1871, à l'intérieur, restauration des chapelles et de la galerie de l'abside, enlèvemeiii des boiseries des chapelles, réparation des mutilations et
GANTONS DE CABN. 37
Le patronage de Saint-Pierre appartenait à Tévèque de fiayeax.
Il y avait un curé, deux vicaires, 12 chapelains.
Église Saint-Georges du Château. — Lorsqu'on pénètre dans l'enceinte du Château, on trouve à l'entrée du planitre une église autrefois paroissiale sous l'invocation de Saint Georges. L'église primitive datait des XI* et XIR siècles, comme l'attestent les corbeaux et les sculptures variées du mur latéral et, à l'intérieur, l'arche semi-circulaire du chœur, appuyée sur des chapiteaux romans. Cet édifice lut presque entièrement rebâti au XV® siècle, époque à laquelle on doit attribuer le porche délicatement fouillé, ainsi que les croisées. Â l'intérieur existe une magnifique charpente, peut-être unique en France.
Au XI« siècle, le chapitre de Bayeux avait le patronage de l'église Saint-Georges. Il le céda à la reine
rétablissement des autels en pierre ; de 1875 à 1879, restauration de tous les contreforts et clocbetona du collatéral nord, qui fit le plus grand honneur à Tarchitecte, M. Auvray,et au sculpteur, M. Douin ; à partir de 1889, restauration (encore inachevée) de Textérieur de l'abside, sous la direction de M. de La Hocque, architecte du Gouvernement, avec le concours des sculpteurs, MM. Douin, père et fis. Les archéologues et aussi des architectes des plus distingués regretteront toujours les meneaux dont on a cru devoir, sans nécessité, garnir les croisées des chapelles de l'abside, d'autant plus qu'ils croient que ces meneaux n'ont jamais existé et qu'en tout cas ils auraient été supprimés pour répandre plus de lumière sur les détails des voûtes.
En 1864, par l'établissement du boulevard, enfouissement du soubassement gothique du chevet qui baignait dans Teau de la Petite-Orne, grossie des Odons, ce qui a enlevé de l'élégance et du pittoresque à l'abside.
38 STATISTIQUE MOIft[H»iTAl,E DU CALVADOB.
Mnthilde pour des reveoUB au Frespe-Cnmilly eL uelLe
princesse le donna à l'abbaye de Sainle-Trinité en lOi
CANTONS DE GAEN. 39
C'est à tort qu'on a pris pendant longtemps pour une églhe l'édifice, dans le style roman, qui se trouve à gauche dans te fond de l'enceinte du château. C'est dans ce bâtiment que TËchiquier de Normandie tenait ses séances au Xll* siècle. Il sert aujourd'hui de magasin pour rartillerie de la place.
Église du Sépulcre. — L'église collégiale du Sépulcre fut fondée en 1219 par Guillaume Acarin, prêtre, né selon les uns à Grainville près Caen« selon d'autres à Bernières-sur-Mer. Il avait fait le voyage de la Terre-Sainte et fit construire l'église à l'image du Saint-Sépulcre de Jérusalem. On y remarquait une chapelle appelée le monument, qui représentait exactement, dit-on, le tombeau deJ.-C. (1).
L'église actuelle, qui sert de magasin à l'administration de la guerre, est moderne» si l'on excepte une porte romane garbie de frètes crénelés et quelques restes de murs enchâssés dans les murs modernes.
En 1&62, le duc de Bouillon, gouverneur de la province, qui suivait le parti des Protestants, fit abattre l'église primitive, sous prétexte qu'elle pouvait incommoder le château de Caen en cas de siège. La chapelle Sainte-Anne, située à côté et qui avait été épargnée, devint l'église collégiale. Les chanoines y ajoutèrent alors quelques constructions et au XYIll* siècle ils élevèrent la partie qui forme le chœur actuel. La porte romane dont je viens de parler appartenait à la chapelle Sainte-Anne incorporée dans l'église actuelle.
(i) Robert des Ablëges, ivique de Bayeux^ érigea l'église du Sépulcre en collégiale aa mois de jnin 12 19; .Thibaud d'Amiens» archevêque de Rouni» approuva cette fondation en 1223.
L'abbé De La Rue a donné dans ses Essais historiques sur Gaea de bons détails sur eette collégiale et la liste des doyens.
Le chapitre était composé d'un doyen^ seul dignitaire et de neuf chanoines prébendes : ce nombre fut fixé par le pape Urbain V en 1367 (i). L'évéquede Bayeux était seul collateur du doyenné et conférait les canonicats alternativement avec le doyen, Tun et l'autre de plein droit.
Il y avait en outre six chapelains ou vicaires amovibles nommés par le chapitre.
Le chapitre nommait aux cures de Brouay, Ëpron, Soiiers, la chapelle de Fours, même commune, Rocancourt, Fontaine-les-Bassets et Saint-Pierre-d'Escures.
Saint-Gilles. — La petite église de Saint-Gilles n'est pas sans intérêt et mérite d'être visitée. Si la ville de Gaen met à exécution le projet qu'elle a formé de trans férer la paroisse dans la grande église de l'abbaye de Sainte-Trinité, il serait fort à regretter que l'église paroissiale fût détruite.
Les arcades à plein-cintre de la nef, portées sur des pilastres garnis de colonnettes^ groupées, et les arcatures qui les surmontent annoncent par leur travail le XII* siècle et plutôt la deuxième moitié que la première ; cependant Tabbé De La f^ue prétend qu'elle est
(1) Lors de l'éreaion de la collégiale, le chapitre se troavait composé de sept prébendes fondées : l'une par Guillaume Acarin, celles d'Anzeré, de la Mare, d'Anisy, de l'Ecrivain, de Bourguébus et du Poirier, par Hubert Anzeré, Robert de Ponteaudemer, Raoul d*Anisy, Richard l'Ecrivain, Robert de Villerey et Jean de Saadebr«uil ; trois ou quatre ans après, les prébendes de Mo«lt et de Qiwtre- Poits fiiMBt fondées par GntUaiune de Moult et p«r Gwttaume le Clnpdaiix; enfin, l'an 1233, Raoul de Carville fonda une 10* prébende.
de la fin du XI' siècle et qu'elle fut bâtie peu de temps après 1082, que le duc Guillaume accorda par une charte la permission de Tériger. Je suis convaincu que la nef, partie la plus ancienne, n'est pas antérieure au XJP (1), n'importe quel soit le motif qui ait empêché de la construire à la fin du XIV II est facile de voir que les voûtes de quelques parties des bas-côtés, notamment les fenêtres, les contreforts surmontés de pinacles, qui, à l'extérieur, supportent les arcs-boutants, et les rampes en pierre qui couronnent les murs des collatéraux, sont du commencement du XVI® siècle ou de la fin du XV.
Le chœur appartient au troisième style ogival (XV* siècle) (a). Le portail latéral au sud offre quelques jolis détails ; il peut n'être que du XVI® siècle, on en a fait encore de semblables de 1510 à 1530.
Le portail occidental est moderne et sans aucune espèce d'intérêt.
Abbaye de Sainte-Trinité. — L'église de Pabbaye de Sainte-Trinité fut élevée dans la seconde moitié du
(1) La corniche ornée de dents de scie qui couronne les murs extérieurs de la nef annonce aussi la fin du XII' siècle ; les fenêtres ogivales actuelles en ont remplacé d'autres dont on distingue les places.
(a) En 1862, cette église a éprouvé une bien regrettable mutilation. Pour élargir à cet endroit la rue des Chanoines, pour régulariser les abords de la place et ménager, parait-il, une échappée de vue sur l'intérieur de la ville, l'administration municipale, malgré les plus vives protestations, jugea à propos de déniolir le chœur du vieil édiAce, dont la restauration n'aurait pas plus coûté que sa destruction. Cette partie de Féglise, de forme irrégulière, se terminait par un mur droit, percé d*une grande fenêtre à six baies, appartenant au style rayonnant le plus caractérisé
XI* siècle, en même temps que celle de Saint-Étienne ; mais elle est plus petite, moins élevée et ornée d*un plus grand nombre de moulures. Sa forme est celle d'une croix latine. La façade que j'ai figurée sur la pi. LU de mon Cours d'Antiquités (tome IV% l*^' édition) offre plusieurs rangs de zigzags, sur les archivoltes de ses portes et de ses fenêtres. Les murs latéraux de la nef surmontés d'un entablement à modillons variés et percés de fenêtres accompagnées de petites arcades bouchées, sont, avec l'abside ou chevet, les parties qui méritent le plus d'attention à l'extérieur.
Le couronnement des tours de l'ouest (1) et le portail qui masque le transept méridional ne remontent pas au delà du XVIII' siècle.
La tour centrale paraît du commencement du XIII*, à l'exception, toutefois, de là baluâtrade en pierre qui règne à la base du toit, et qui doit avoir été faite au commencement du XVP siècle ou à la fin du XV», aussi bien que celle qui surmonte Tentabiement de l'abside.
A l'intérieur, la nef offre une certaine magnificence, des frètes crénelées se déroulent autour des arcades qui communiquent de la nef aux ailes. Les arcades du transept sont ornées de plusieurs rangs d'étoiles. On trouve cependant des proportions plus heureuses dans beaucoup d'églises du XI" siècle. Les fenêtres, avec leurs colonnes très courtes, écrasent les cintres, d'ail-
(1) Outre les couronnements ornés de consoles et de balustrades qui terminent les deux tours occidentales de Téglise Sainte-Trinité, la plus grande partie de la face septentrionale de la tour du nord a été reconstruite au X VIII« siècle \ d'autres réparations très importantes et toutes récentes ont été faites so^s la direction de M. Guy. Grâce à ces travaux de consolidation, la façade de l'église pourra subsister encore pendant des siècles.
lenrs trop petits, de la galerie obicure qui forme l'étage
central des travées.
44 STATISTIQUE MONUMENTALE nU CALVADOS.
Le sanctuaire est décoré, à son extrémité, d'un péristyle semi-circulaire à double étage, dont les colonnes portent des chapiteaux couverts d^ornements bizarres et de figures dont plusieurs paraissent symboliques {{). Ces chapiteaux, fort bien conservés, ont été figurés dans plusieurs ouvrages (2).
On voit dans le chœur le tombeau de la reine Mathilde. rétabli en 1819. Les Protestants avaient renversé, en 1562, le monument élevé à la mémoire de cette reine; le cercueil et divers fragments du corps, recueillis avec soin, furent, dans la suite, renfermés dans un tombeau moins somptueux. Oe nouveau tombeau fut profané en 179«3; le monument actuel est très simple et en forme de tombe, au milieu du chœur; ce qui en fait tout le prix c'est la table de marbre du tombeau primitif, qui, ayant échappé deux fois à la destruction, recouvre encore le nouveau cénotaphe : elle
(i) M. de Jolimont pense qae les deux chimères ailées placées face à face et en contact immédiat, que Ton voit sur un des chapiteaux dont nous parlons, offrent l'emblème de la théorie fondamentale du manichéisme et figurent les deux principes du bien et du mal qui, selon ce dogme, régissent le monde. Ces monstres ont une forme partie humaine, partie animale ; l'un, à gauche, a les ailes élevées ; c'est, d'après M. de Jolimont, le génie du mal, qui est dans une perpétuelle activité. L'autre, dont les ailes sont en repos, représente le génie du bien qui, dans une attitude plus calme, avec moins d'efforts, oppose à son rival une résistance non moins puissante.
Ce sujet est reproduit, ainsi que plusieurs autres dans lesquels on pourrait aussi trouver un sens caché, sur plusieurs chapiteaux du XI* siècle. M. de Jolimont fait observer que l'on ne doit point s'étonner de rencontrer un semblable tableau dans les églises catholiques, en considérant que le système des deux principes, qui «st de la plus haute antiquité, fut admis, modifié diversement, dans presque toutes les religions, chez presque toutes les nations, et que le christianisme même n'a pu s'en affranchir entièrement.
(2) Dans les Antiquités architecturaUs de Normandie, par M. Cotman; dans la traduaion du voyage de Ducarel en Normandie, publiée par M. d'Anisy ; dans la description des monuments de Caen, par M. de Jolimont .