IN PRIMA MENSIS, POST PRIMAM, LVCE NOVEMBRIS
La crypte placée sous le chœur est conforme à la ■ plupart de celles qui existent dans les églises du même siècle; la voûte est soutenue sur trente-quatre colonnes cylindriques, dont seize seulement sont isolées; celles du pourtour, en partie engagées dans les murs, sont élevées sur un stylobate.
(i) Voici la traduction qu'a faite l'abbé De La Rue de Tépitaphe de la Reine Mathilde :
« Sons ce magnifique tombeau repose Mathilde dont la vie prouva qu'elle était un « illustre rejeton de nos Rois ; elle eut pour père le duc de Flandre, pour mère « Adèle, fille du Roi Robert et sœur du Roi Henry. Son mari fut le noble Roi « Guillaume ; elle fit bâtir ce temple, sa dernière demeure ; après l'avoir enrichi « par de grandes possessions et lui avoir abondamment fourni toutes les choses « nécessaires, elle en fit célébrer la dédicace. Elle aima la piété, elle consola les « pauvres, et pauvre pour elle-même, elle ne se trouva riche que pour distribuer ses « trésors aux indigens. C'est par cette conduite que le l** novembre, après six « heures du matin, elle alla jouir de la vie étemelle. »
46 STATISTfQUE MONUMENTALE DU CALVADOS.
L'ancienne porte de Tâbbaye et un vaste bâtiment d'architecture romane qui en était peu éloigné existaient encore il y a vingt ans. J'ai figuré et décrit la porte dans la 5* partie de mon Cours d'Antiquités monumentales; c'était la plus ancienne porte d'abbaye que nous eussions dans le département ; elle a été détruite en même temps que le grand bâtiment dont je parlais (1), par suite des travaux exécutés pour la translation de l'hospice à l'abbaye de Sainte-Trinité.
Les murailles détruites à la même époque dataient vraisemblablement du XIV* siècle : l'abbesse avait été à cette époque autorisée à fortifier l'abbaye. Le premier capitaine du fort fut un Percy (2). Les bâtiments de l'abbaye ont été renouvelés au XVIIP siècle; ils sont occupés par rhôpital de Caen (a).
(i) M. Lèchaudé d'Anisy a donné dans sa traduction de Ducarel une vue de ce bâtiment, que l'on appelait le Palais de Mathilde.
(a) La fortification de 1 abbaye avait eu lieu en 1336. Dans la 2* moitié du XrV* siècle, elle était classée parmi les forteresses. Aussi voyons-nous les commissaires chargés parle roi, en 1371, d'inspecter les châteaux et forts du bailliage, faire commandement à l'abbesse pour qu'elle eût à réparer la forteresse .
« Jeudi 7ax*joar de Février. — L'abbeie de Sainte Trinité de Caen fut « visitée par les diz commissaires, et fut commandé à Madame l'abesse après ce que « la commission des commissaires ont esté leue, et aussi à Monsieur Erart de « Parchy cappitaine de la dicte abbeie que la forteresche fut mise en estât de « toute defience de toutes reparacions, tant de garites, fossés et autrement et aussi « garnie de vivres et d'artillerie convenablement, selonc une sedule qui leur fut « baillie soubz le scel du bailli et temps prefigié jusques au premier jour d'avril « prouchain venant. »
(Visite des forteresses du bailliage de Caen, par Régnier Le Coustelier, bailly de Caen^ etc., etc.) .
(a) Uéglise de Sainte -Trinité a été restaurée avec un soin scrupuleux par M. V. Ruprich-Robert, architecte des monuments historiques. Les travaux commencés en 1854 ont embrassé une période de dix années. Cette restauration nous a rendu le monument débarrassé d'additions maladroites et ramené autant que possible à son état primitif par le rétablis-
CANTONS DE CABN. 47
Saint-Jean, — Lors du siège de Caen par les Anglais, en 1417, l'église St-Jean fut gravement endommagée (1), et Henri YI accorda, en 14S8, une somme de 100 livres pour aider à réparer le dommage. On fît alors à l'édifice tant de retouches, de réparations et d'additions que toutes les sculptures qui existent aujourd'hui annoncent une époque postérieure au XIV* siècle.
En mettant de côté les retouches et les ornements qui appartiennent au XV* siècle, la nef pourrait offrir quelques parties du XIV', aussi bien que les étages inférieurs de la tour du portail; il est certain que la partie supérieure de cette tour est d'une date moins ancienne, car, en 1434, une rente fut donnée à l'église, pour aider à continuer l'ouvrage (2).
Il est probable qu'on travailla pendant longtemps aux restaurations ou reconstructions devenues nécessaires après le désastre de 1417; le chœur paraît tout entier du XV* siècle, et une partie de la croisée est postérieure à Tan 1464 (3).
semant le plus soigneux de détails, et d'ornements arbitrairement supprimés. Gomme innovation, on ne voit à noter que Tadjonction de contreforts aux murs latéraux de la nef réclamés pour la solidité des voûtes, et dans le tympan de la porte centrale de la fagade un bas- relief, dû au ciseau de M. Dechaume, représentant la Trinité, le Saint-Esprit figuré sous la forme humaine et non sous celle d'une colombe.
La partie ornementale a été exécutée par M. Joseph Douin auquel on doit les bénitiers et la cuve baptismale.
(i) Essais historiques sur la ville de Caen, par M. Tabbé De La Rae.
(2) Haet, Origines de Caen^ page 199.
(3) En 1464, Goraeîlle Alardin vendit au trésor de Saint-Jean une maison, cour
La tour centrale, dans le style de la Renaissance» date évidemment du XVI* siècle. M. de Bras rapporte d'ailleurs, dans son Histoire de Gaen, qu'elle avait été commencée de son temps (\\
Ainsi, dans son état actuel, l'église Saint-Jean peut fournir un bon exemple du style ogival de la dernière époque ; ce style est écrit dans les compartiments contournés des fenêtres garnies à Textérieur de feuillages frisés que supportent des animaux de différents genres, dans des postures forcées et bizarres (2); dans les colonnettes à fûts ovales, équarris du côté le plus apparent ; dans les chapiteaux de ces colonnes, couverts de feuilles déchiquetées; dans la forme des balustrades; enfin dans les nervures prismatiques qui décèlent de tous côtés, jusque dans les moindres détails, le ciseau des artistes du XY* siècle ou du commencement du XVI*.
Vaucelles. Valicellœ. L'église de Vaucelles se compose d'une nef garnie de bas-côtés et d'un chœur terminé par un chevet droit flanqué de deux chapelles terminées aussi à l'est par un mur droit et un pignon. Cette partie de l'église (chœur et chapelles) paraît du XV* siècle.
La tour latérale au sud, enclavée dans le collatéral, est romane, et date du XI* siècle ou du XII*; elle est
et jardin, pour la perfection de la croisée que l'on fît à ladite église. (Huet, Origines de Caerii p. 200.
J'ai figuré pi. LVI, fig. 24 de mon Cours la belle fenêtre qui décore l'extrémité du transept sud.
(i) M. de Bras était né en 1^04, mais la tour dont nous parlons fut commencée postérieurement à cette époque.
(2) Les guirlandes de feuillage qui entourent les fenêtres du XV* siècle, sont très fréquemment supportées par des animaux bizarres placés en encorbellement et faisant l'office de cariatides \
CANTONS DI CAGN. 49
Tour rumune <lo SuIntMlchel <le Vaucellcs.
OO STlTISTIOnE HOHnUENTALE SD CALVADOS.
ornée d'arcalures cintrées; elle se termine par un toit pyramidal à quatre pans.
La nef et les collatéraux qui l'accompagnent au nord et au sud doivent être du XVK On remarque du côté du nord une porte formant saillie, très délicatement travaillée et bordée de festons, qui est évidemment de cette époque. Elle a été gravée dans l'ouvrage de Pugin.
Enfin le prolongementde la nef, la façade et I& tour moderne en coupole ont été constrnits en 1780, aux frais du curé, qui s'appelait alors Robert Fauvel (a).
L'église est sous l'invocation de Saint Michel. L'abbaye de Saint-Ëtienne de Gaeo nommait à la cure. Elle percevait les deux tiers des dîmes. L'autre tiers appartenait h l'abbaye de Sainte-Trinité.
Vaiicellea était le chef-lieu d'un doyenné qui s'étendait assez loin dans la campagne et comprenait 34 paroisses,
(a) En ISSS, H. l'abbé Bohée, curé de la paraisse, voulant ompr de vitraux les fenêtres supérieures du choeur, crut devoir profiter de cette circouEtance pour foire nettoyer et repeindre les deux magnifiques clefs de voûte du chœur. Ce travail, confié à MM. Jacquier, Tit découvrir sous le badigeon qui recouvrait la voûte, des décorations accessoires destinées i relier à la clef de voûte huit médaillons de forme circulaire. On cjinstata également à la voûte de la travée en avant huit autres médaillons avec arabesques et enroulements.
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CANTONS DE GAIN. Si
Sainte-Paix. — L'église de Sainte-Paix, dont il ne reste plus que quelques vestiges, n'était d'abord qu'une chapelle fondée par le duc Guillaume ; elle avait pris son nom de ce qu'un concile tenu à Caen, l'année de son érection (1061), avait ordonné la trêve de Dieu, le couvre-feu, et portait des peines sévères contre ceux qui troubleraient l'ordre public (1 ) ; on l'appelait aussi chapelle de Toussaints, parce que c'était là qu'on avait déposé les reliques de plusieurs saints de la province, sur lesquelles on fit jurer les barons de faire respecter et exécuter les décisions du concile .
Cette église, qui avait été pillée par les Protestants en 1562, a été abandonnée en 1793; elle était tombée en ruines, et offrait cependant des restes intéressants, lorsque M. de Jolimont vint h Caen, et la dessina en 1822. Il en a publié une lithographie. Tout récemment l'usine à gaz, pour l'éclairage de la ville de Caen, a été établie au milieu des ruines; une partie de Tédifice a été conservée avec ses colonnes et ses arcatures.
Quelques bas-reliefs, ornant les parties qu'il a fallu démolir, ont été transportés au musée de la Société des Antiquaires.
Parmi ces fragments on distingue une représentation du Christ, la tète ceinte du nimbe croisé, tenant un
(I) Cette loi fiit appelée loi de paix ou trève-Dieu, parce qu'en effet elle établissait une espèce de suspension d'armes pendant certains jours. Elle était ainsi conçue, suivant les termes des chroniques : « H fut fait une telle loi que de mercredi « soleil couchant jusqu'au lundi soleil levant, paix seroit entre les peuples. Que « l'ung ne meiFeroit à l'autre ne par fait, ne par dict, et quiconque feroit le contraire « il payeroit une amende de dix livres k la volonté du prince ou de l'eveque, et « seroit excommunié, et pour ce fîist ordonné que ce temps seroit appelé trève-Dieu ; « et Ces ordonnances jurèrent tous les prélats et barons qu'ils les tenroientet feroient « tenir sans enfreindre, etc. »
DZ STATISTIQUE tlOltniIRNTALE DD GALVAIH».