ANNO
CGBAHTlBQft A. DB GAIVONT ,
BD» LAMBiBT.
On a troHTé des briques romaines sur plusieurs points de la commune du Manoir. C'est dans la pièce dite la grande Mionm ^ près du château de Beaupigny, appartenant à M. de Pontavice» que les constructions romaines et les tuiles à rebords sont le plus muliipiiées; on connaît aussi plusieurs puits bouchés dans les terres voisines.
La tradition rapporte que là existait la tilU de Mionme ( le champ où l'on trouve le plus de briques porte encore ce nom) , qui fut détruite par les Anglais. Dans beaucoup d'autres lieux où j'ai rencontré des restes de constructioDs , on attribue la ruine de ces établissements aux Anglais, et par les Anglais , on veut dire sans doute les Saxons.
En 1829 , j'ai fait pratiquer des fouilles dans les terres de M. de Pontavice et j'y ai trouvé des aires antiques de différente nature, dont plusieurs étaient inclinées à dessein , un grand nombre de placages et de débris de ciment , des mor-
ceaax de verre antique, etc., etc. Les mars que j'ai mis à nu étaient de petit appareil sans chaînes de briques » épais de 1 pied 1/2 à 2 pieds.
BAZRNVILLE.
Bazenville , Basainvilla y Bazanvilla.
La partie la plus curieuse de l'église de Bazenville est la charmante tour placée à l'Ouest Le premier étage de cette tour est à plein-cintre , tandis que tout le reste appartient au style ogival primitif , mais je ne crois pas que cette différence annonce deux époques distinctes , je pense que toot date du même temps , par la raison que, plusieurs fois déjà, j'ai trouvé dans des tours da XIIP. siècle la partie basse voûtée à plein-cintre. Sans rien conclure d'absolu» j'ai été porté à croire que les architectes ont préféré parfois, à cette époque , la forme semi-circulaire , peut-être parce qu'ils croyaient cette forme d'arcade plus solide que l'arc en ogive et plus propre à supporter le fardeau des tours.
Celle de Bazenville est , comme je le disais , une des plus élégantes et des mieux proportionnées que nous puissions citer dans nos campagnes : elle est, sur ses quatre faces, percée de fenêtres en lancettes , divisées en deux parties sur la hauteur , et dans la partie inférieure desquelles on a figuré des arcades tréflées. La corniche offre des modillons aplatis et festonnés au-dessous desquels est une garniture de trèfles sculptés en creux. Une pyramide qnadrangulaire, très-élancée, couronne cette belle tour ; les pierres en sont disposées de manière à présenter alternativement des bandes unies et des bandes festonnées. On remarque aussi, sur chaque face , une lucarne étroite très-élégante.
CANTON DE RTES.
Celle loor est préc^ée d'uD porche qui parait du XV*. siècle. Dans nne niche pratiquée au-de«DSdelaporie d'entrée , on remarque nn ba»- relief fait ea pierre de Oaen très-Goeinent sculpté, qui repré- «Mte saint Harlin coupant sou nianteao. Cette sculpture ne doit pas être antérieure an XVr.
siècle.
Le reste de l'église ne présente pas, à
beaucoup ^ia, an- -i
tant d'intérêt. Dt» *
colonnes et des cba- m
pileaui que l'on re- ■*»-'":i-r*i' dd mxtn. m ■iitMvrLii. marque â l'intérieur annoncent le XIII'. siècle, comme la tour; mais des reprises et des percées ont eu lieu postérieurement, sans qu'il soit facile de préciser ï quelle époque : pla<>ieurs fenêtres paraissent du XVI*. siècle.
Une porte latérale, au Sud de la nef, dans le tympan de laquelle on voit des rosaces scnlplées en creui , m'a para mériter d'être Ggurée.
Une sacristie moderne est accolée au chœur , du cAté du Sud.
Bazenvillc était sous l'invoniion de saint Martin , ce qui
CANTON DE KTBS.
PORT! llTfittt H L'tCLISII M 1.
explique la présence do bas-relief dont nous avons parlé. La care se divisait en deux parties, à la nomination do seignenir. Les deox curés percevaient un tiers de la dtme. L*aotre tiers était perçu » moitié par le chapitre de Bayeux , moitié par les abbayes de Longues et de SL-Evrouit (1).
La léproserie de Pxerre^oLain ( de petra solana , de petra solemni) est située sur Bazenville. La dénomination de PierreSolain semble se rattacher à la pierre milliaire dont je viens de parler à l'article consacré au Manoir ; un chemin partant de Ryes et passant près do prieuré , poor aboutir à une très-petite distance de la colonne, porte encore \ présent le nom de Chemin de la pierre.
Quoi qu'il en soit de l'origine de son nom , le prieuré de Pierre^Sclain dépendait de l'ordre de Cluny.
Aujourd'hui c'est une ferme , qui se compose d'une coor séparée en deux parties par la maison du fermier placée an centre , des bâtiments du pourtour et d'une chapelle. Cette chapelle , la seule partie qui mérite d'être vue , appartient au style ogival flamboyant; quatre fenêtres dans les murs laréraux (Sud et Nord] et une autre dans le chevet, annoncent la deuxième moitié du XY*. siècle. Un petit clocheton en arcade renfermait autrefois la cloche. La porte d'entrée est placée du côté du Nord.
Il y a quelques années , on remarqua sur le côtean voisin des bâtiments de Pierre-Solain , un certain nombre de sépultures disposées en ligne , formées de pierres plates juxtaposées et garnissant les fosses. Ce mode économique de former des cercueils n'était pas rare dans certaines localités , quand on ne pouvait faire les frais d'un sarcophage monolithe.
En parcourant le village de Bazenville, on remarque plusieurs chemins bien pavés et des fermes du XVII». siècle, qui annoncent l'ancienne importance de ce village. J'ai re-
(1) Toir le Pouitlé du diocèse.
CANTON DE RYES. 581
marqué dernièrement , au-dessous d'une masse de fossé que Ton venait de défricher et sur lequel avaient végété des arbres séculaires , des pierres taillées en assez grand nombre et même une petite auge en pierre , preuve qu'une ancienne habiution avait existé sur le sol que recouvrait ce fossé. Ces pierres n'étaient point assez caractérisées pour indiquer une époque ; mais elles devaient remonter à un temps très-reculé. Il paraît que d'autres découvertes du même genre, sur lesquelles on n'a que de vagues renseignements , ont été faites dans la même commune.
Guidon de Bazenville était issu de l'antique famille des seigneurs de Bazenville. En 1258, il représentait le grandmattre de l'ordre du Temple dans les possessions de cette milice religieuse en France.
Le château moderne de Bazenville appartenait dernièrement à M. de Grimouville : il vient d'être vendu.
Antiquités romaines. On a trouvé, il y a quelques années, h Bazenville , 2 à 300 médailles romaines.
V I LLIERS-LE-SBC.
Villiers-le-Sec , Eeclesia de Villari Sicco.
L'église de Villiers-le-Sec appartient , dans ses parties anciennes, à cette famille nombreuse d'édîGces du XIIP. siècle, que nous continuerons de passer en revue dans les parties de l'arrondissement de Bayeux qui nous restent à visiter. Pour simplifier les descriptions qui nécessairement se répéteront beaucoup , voici (page 532) la vue du chœur et de la tour centrale de cette église. La nef et les bas-côtés qui l'accompagnent sont modernes et ne méritent pas qu'on s'en occupe ; je pense que cette partie date de la seconde moitié duXVIII*. siècle. Le chevet a été masqué par une sacristie moderne.
An XYP. siècle, peut-être même au XVir., la tour de
STATISTIQUE HONOyENTALE DU CALVADOS.
L ÛLMI Dl TILiriM-ll-lEC.
CANTON DE RYES. 53S
Viliiers reçut un toit en pierre à double égout, noo-seulement pour elle , mais encore pour la tourelle en saillie renfermant Tescalier i Tun des angles ; la construction du XIIK siècle s'arrête conséqnemment au niveau des consoles qui supportent la base du toit et le canal destiné à recevoir les eaux pluviales.
Mon dessin montre le faire , les proportions et la disposition des ouvertures et des arcatures en lancettes aux différents étages» Les ouvertures du clérestcry de ce clocher sont garnies de quatre archivoltes toriques, portées sur autant de colonnettes.
Le chœur n'a qu'aune travée , éclairée par une fenêtre en lancette ; mais le dessous de la tour forme une autre travée, comme dans plusieurs églises à tours centrales ( Vaucelles , Cussy« Ranchy , Barbeville , etc. , etc.).
L'église de Viliiers est sous l'invocation de saint Laurent L'abbaye de Fécamp nommait à la cure; le prieuré de St- Vigor percevait les 3/4 de la d!me; le reste était dévolu au curé.
Petù'Semtnaire. M. l'abbé Troppé, qui est devenu dans la suite principal du collège de Bayeux , a fondé , sous la Restauration , un petit-séminaire à Yilliers-le-Sec : cet établissement , assez considérable et qui a sa chapelle particulière , est dirigé à présent par M. l'abbé Michel , ancien curé de Balleroy , frère de M. l'abbé Michel , grand-vicaire du diocèse.
La principale rue du village est assez longue et garnie de maisons , dont quelques-unes offrent des parties du XVII*. siècle.
Aticien château. Le château , près de l'église , appartient à M. du Merle ; la porte d'entrée en est remarquable ; ses
frontons, les uns triangulaires , les autres arrondis; ses bossages • ses guichets quadrangulaires en saillie , comme noua en retrouverons bientôt au manoir du pavillon , à Ryes , annoncent répoque de Louis XIII, peut-être même une époque un peu plus ancienne.
Antiquités romaines. On a trouvé une quantité considérable de fondations , de briques et de tuiles brisées dans la campagne de Villiers tendant vers Crépon , au Nord de la route départementale. Dans plusieurs pièces de terre qui m'appartiennent, et dans d'autres à MM. de Marguerit, de Rochefort, de Druval, et Bérard, la terre est jonchée de briques, ce qui leur a fait donner le nom de délies du Caillou- Rouge, Feu M. Kenaude avait , durant l'espace de trente ans , tiré des terres qui m'appartiennent à présent plus de cent charretées de matériaux provenant de constructions romaines qui entravaient la marche de sa charrue. M. Renaude, son petit-fils , mon fermier, a détruit, dans le même but, une belle aire en ciment mêlé de brique pilée et d'une grande solidité. J'ai vu des morceaux considérables de cette aire , qui ont été brisés à grande peine et employés à raccommoder le chemin.
Il est de tradition que le village de Villiers était situé dans cette plaine, mais qu'à cause du besoin d'eau , car on en manquait sur le plateau où était la villa romaine, Sicca Villa, on avait déplacé le village, qui pourtant a conservé son surnom de Le Sec. Il est bon de rapprocher cette tradition de celle que nous avons mentionnée à l'article de Secqueville-en- Bessin , dans le I". volume de la Statistique monumentale , page 291.
CANTON DB BV».
TieBCBriLI.B.
TierceiiUe , EecUtia de Tercia Valte.
I/égUse de TienxTille a u oef de traoaltioa entourée de deux bas-côtés modernes , i fenêtres carrées , qaî ae laissent apercevoir d'ancien que la partie supérieure des mors , couronnés par une corniche ï uiodillons cintrés et ft subdivisions internes. La façade occidentale de cette nef est moderne comme les bas-cOlés; la porte seulement a été conserrée ; t'archiïohe unie en est bordée de tores; le ittt des colonnettes qui la rapportent est séparé en deux parties égales par un anneau.
La cbmar est d'un
roman plus caractérisé; la corniche est portée sur des corbeaux grimaçants ; les fenêtres , cintrées , sont au nombre de deux au cbefet, séparâes l'une de l'autre par DU contrefort central
On voit, du côté dn Snd , nne jolie porte ï i
plein-cintre , dont l'ar- ï
chiroite est ornée d'un "
rang de larses feuilles , .,,,.
d un très-bon enct. Une o* l'bnut db tiucitili.b.
sacristie moderne est maladroitement appliquée sur le mur méridional.
La tour est aussi accolée au chœur , du côté opposé ; elle est massive , garnie de contreforts assez saillants et terminée par un toit à double égout. L'éuge supérieur présente , du c6té du Nord , deux fenêtres ogivales en forme de lancettes. La cloche est suspendue dans l'une de ces ouvertures, comme cela a lieu dans les tours de Tltalie et du midi de la France, chose très*rare dans le Nord.
Une autre petite ouverture tréflée occupe le centre du fronton , au-desssus des deux fenêtres dont il vient d'être question. Cette tour peut dater du XIV*. siècle on du XY*.
L'église de Tierceville est sous l'invocation de saint Martin. L'abbaye de Grestain nommait à la cure. Le prienr-curé percevait la moitié des dîmes ; l'autre moitié appartenait . par portions inégales , à l'abbaye , au prieuré de St. -Gabriel et au chapitre de la cathédrale de Bayeux (1).
Le bienheureux Vital , fondateur et abbé de Savigny , était né à Tierceville.
Château. La vue du château que voici a été dessinée il y a vingt ans. On m'a£Brme qu'une partie de l'édifice a été démolie depuis cette époque. Ce château était très-imposant; c'était un bon spécimen du style en usage pour les constructions seigneuriales de la première moitié du XYIP. siècle ou de la fin du XVP. Deux tourelles cylindriques en encorbellement, couvertes d'une calotte hémisphérique en pierre de taille , se trouvaient près de chacun des pavillons faisant saillie sur le corps de logis central Les tourelles de cette forme ont été assez répandues, auXYI*. et au XYIK siècle , dans les parties du département qui ,
(1) V. le PoutUé du dlocéie , par Lamarc.
CANTON DE RYliS.
538 STATISnQUE HOnDHBHTALB DU CALVADOS.
comme celle oà ae irooTe TiercenDe, a?iieat de bdks p de uilte.
Un pare eaumré de mon K lie an cUteao de Tiercefille. La figure suivaDte représente nne des portes par lesquelles oo ; entre.
Le domaine de Tierceville , après avoir j^ipartenn i M. de Beanmoat , riche propriétaire du département de la Haoche ei possesseur dn duteau de Beanmuit-eD-Hague , appartient aujoard'bui i sou neveu , H. le comte Louis du Mesnildot , de Valognes.
COLOHMIEMS-SIIB-SBDLI.E.
Colombiers-sur-Seulle, CoUotUtaria tuperSettlam,eedesia de Colombiers.
CoIombiers-Bur'Sealle présente une église romane presque complète. Cette église parait avoir été construite d'un seul jet, et avec des matériaux qui ont permis de donner beaucoup de r^ularité à l'édifice. Il est nulbeureux que , pour se procurer plus de jour , on ait défiguré presque toutes les anciennes fenêtres pour leur substituer des ouvertures modernes hors de proportion avec la hauteur des murs. Les modillons et la corniche sont assez bien conservés autour du chœur et de la ad.
CANTON Ob BÏBS.
Hais ce qui mérile aurlout d'être remarqué, c'est a belle tour , placée lalénleUKut entre cbœur et nef dn cAié du Nord. Nous n'eu avons guère de cette époque qui wieut aosii bien coDserTéei et qui offrent des proportions aussi satislalsantes. Elle est ornée sur ■es quatre bces d'arcatares el de fenêtres élroites , hautes et cintrées, et couronnée par une belle pyramide à quatre pans.
J'ignore qoeile est la date de cette égjiw; mais je suppose qn'elle n'est pas antérieure k la fin du XI*.
dn XII*.
Elle était sous l'invocatioa de saint Tigor , el la cure était i la oominaiion dn seigneur du lien.
L'abbaye de Su-Vigor de Bayeux percerait tes 2/;i de la dlme , et le curé 1/3.
AMtiquitét romaines. La voie romaioe de Bayeui au Bac-do-Port passe an
Nord de l'église , au haut du coteau qui domine la vallée de la Seulle, et plusieurs antiquités remarquables s*ob-* servent encore à peu de distance de ce chemin. Ainsi l'on voit en face du village , sur le côté droit de la route , une pierre brute de 7 pieds de hauteur, implantée en terre comme une borne , à laquelle*se rattache une sorte de culte religieux et que la Société française d'archéologie a achetée avec le terrain environnant afin de la consei*ver. Près de cette pierre, on mit à nu sur le côté gauche de la voie, en 1826, un certain nombre de cercueils grossiers formés de pierres plates placées sur le champ. Dans chacune de ces cavités, qui étaient à peine à 1 pied de profondeur , on trouva des squelettes avec des sabres et des agrafes ou boucles qui avaient été argentées.
M. Lambert possède quelques-uns de ces débris.
Au Nord de la voie romaine commence , sur le territoire de Colombiers, la campagne où l'on remarque tant de vestiges d'antiquités et dont je vais parler à l'article Banville.
La motte du Hu , composée de terre , qui dépendait vraisemblablement d'un ancien château féodal , est elle-même entourée de débris de tuiles et de vestiges de constructions. C'est un des points de la campagne où j'en ai le plus observé.
Enfin on voit encore à Colombiers , au Sud de la voie romaine et à très-peu de distance de la pierre que je signalais tout à l'heure , un tumulus très-allongé , formé de pierres sèches , dans lequel on a trouvé , il y a environ 30 ans , une cavité arrondie formée par de grosses pierres implantées dans le sol ; elle était remplie d'un grand nombre d'ossements humains à moitié brûlés; on y recueillit aussi un anneau de bronze. En 1829 et en 1830 , j'ai fait moi-même fouiller ce tumulus ; l'extrémité orientale est plus Uivge que l'extrémité occidentale. La partie protubérante de l'éminenoe ayant été ouverte au moyen d'une tranchée, ne nous présenta pas de ca-
CANTON DE RYES. 541
vite semblable i celle qui avait été découverte antérieurement et dont on voit encore la place ; mais à Textrémité opposée quelques coups de pioche mirent à découvert une cavité arrondie formée , comme la première , avec des pierres volumineuses plantées de champ. Cette cavité était pleine d'ossements humains dont plusieurs étaient à moitié brûlés ; elle avait Z^ U pieds de diamètre. Le tumulus dont je parle a été figuré dans Tatlas de mon Cours d^anttquùés ( pL YI , fig. U ).