LA FERRIERE-DU-VAL
La Ferrière-du-Val , Ferraria Vallis.
L'église de La Ferrière-du-Val est moderne et sans intérêt.
Elle est sous l'invocation de sainte Anne. Le grand doyen du chapitre de Bayeux nommait à la cure ; le curé percevait les dîmes.
Il est parlé en ces termes de celte paroisse clans la charte de fondation de l'abbaye d'Aulnay : Habent monachi ( Alneti) totam terram Wuillelmi de Colleville de Ferraria Valle cum nemore ad eamdem terram pertinente. La Ferrière était, dit Béziers, le titre d'une prébende unie depuis long-temps au doyenné de la cathédrale de Bayeux ; c'était une des sept pré-
bendes que l'évêque Odon de Conteville avait fondées des biens du rebelle Grimoult , confisqués par le duc Guillaume.
On ne comptait que 29 feux à La Ferrière; elle dépendait de la sergenlerie de St.-Jean-le-Blanc , élection de Vire.
M. le général de Grouchy possède des bois très-étendus dans cette contrée; il habite, une partie de l'année, le château de La Ferrière , qui est moderne.
DANVOU.
Danvou , Ecclesia de Damno voto.
L'église de Danvou vient d'être reconstruite ; elle n'était pas achevée il y a 2 ans , quand M. Bouet y est allé.
La tour , surmontée d'une flèche en ardoise, s'élève sur un porche. Celte église n'est pas orientée. La cloche date de 1836.
Dans le chœur est un autel en bois sculpté qui vient de l'abbaye du Plessis.
L'église de Danvou est sous l'invocation de saint Vigor. Le chanoine de Bayeux , dont le fief était situé à Danvou et à Onde-Fontaine , était patron collateur de la cure et d'une chapelle fondée dans l'église paroissiale. Il percevait les dîmes. La prébende de Danvou était une de celles qui avaient été fondées par Odon de Conteville , évêque de Bayeux, avec les biens confisqués sur Grimoult , seigneur du Plessis.
Danvou dépendait de la sergenterie de St.-Jean-le-Blanc et de l'élection de Vire. On y comptait 5& feux au siècle dernier. A cette époque il y avait une forge où l'on fabriquait du fer avec un minerai que l'on tirait de Monbosq.
PLESSIS-GRIMOUJ/T.
Plcssis-Grimoult, Plesseiurn Grimaldi.
Le Plessis-Grimoull, situé à l'extrémité d'une vaste lande très-élevée (environ 1,100 pieds au-dessus du niveau de la mer) d'où l'on découvre une étendue de pays considérable du côté de l'Est et du Nord-Est, notamment l'embouchure de la Seine , le Havre et les falaises qui l'avoisinent , est une des localités les plus intéressantes du département.
L'église paroissiale a la forme d'un parallélogramme rectangle; elle appartient, en grande partie, au style roman.
Entre la nef et le chœur , l'arc triomphal a son archivolte ornée de moulures en zigzag et de saillies semi-cylindriques. Les colonnes qui supportent cette archivolte offrent de beaux chapiteaux ornés de feuilles entrelacées et de fruits.
Ils ont été malheureusement mutilés par suite de l'érection de deux autels et de deux statues à l'extrémité de la nef, à l'entrée du chœur.
Le chœur est voûté et se divise en deux travées comme dans la plupart des églises rurales : les colonnes qui divisent la première travée de la seconde ont des chapiteaux du même style que les précédents. Les fenêtres ont été retaillées et élargies du côté du Sud; les murs ont été repris (m sous- œuvre du même côté. Une partie des murs de la nef sont construits en arêtes de poisson, et la porte latérale, au Sud, a son archivolte garnie d'étoiles ; le reste a été repris en sous-œuvre.
Un porche , à l'Ouest , précède une porte cintrée sans moulures. Ce porche n'a pas de caractères qui permettent de lui assigner une date certaine ; il ne doit pas être ancien.
La tour latérale , au Nord , n'a pas non plus de caractères tranchés ; elle pourrait cependant dater du XVe. siècle , car les contreforts sont appliqués sur les angles : elle est couronnée d'une pyramide en ardoise.
Il existe dans le trésor de l'église un beau calice que l'on a cru avoir appartenu à Bossuet qui avait été prieur du Plessis. Mais M. Floquet, qui est allé au Plessis pour le visiter, a reconnu que la date indiquée par l'inscription de ce calice ne correspond pas avec celle durant laquelle Bossuet fut pourvu de ce bénéfice ; on ne peut donc admettre que ce soit lui qui ait donné ce calice.
L'église est sous l'invocation de saint Etienne. Le prieur du Plessis nommait à la cure.
La baronnie du Plessis avec ses appartenances faisait partie du domaine de l'évêché de Bayeux. Beziers nous apprend que l'évêque Pierre de Vilaine fut maintenu dans ses droits de juridiction par rapport à cette baronnie et que les officiers royaux qui les lui avaient contestés furent condamnés dans les assises de Caen , tenues le vendredi après les cendres 1349. Le roi Louis XI l'érigea en haute-justice par lettres de 1477, en considération de l'évêque de Bayeux , patriarche de Jérusalem. Dans la suite les honneurs de la baronnie furent cédés aux Matignon , comtes de Torigny.
Les fiefs relevant de la baronnie du Plessis étaient : 1°. le fief et la seigneurie deLesnault; 2°. la franche vavassoriede St.-Jean-le-Blanc; 3°. une autre vavassorie audit lieu; k°. le fief de Courvaudon ; 5°. le fief de Pontécoulant ; 6°. un autre fief au même lieu; 7°. le fief Quesnel à St.-Jean-le-Blanc; 8°. le fief Bigot à Savenay; 9°. le fief de Perrigny ; 10°. le fief de Lacy; 11°. un autre fief ibid.; 12°. un autre Mibid.; 13°. le fief de St.-Vigor-des-Maizerets; 14°. vavassorie à Lacy; 15°. le fief de Brou ibid. ; 16°. le fief de Pont ibid.; 17°. le fief de Longvillers.
On voit à quelque distance de l'église paroissiale les restes du château de Grimoult du Plessis dont je vais donner une description. On sait que ce seigneur puissant et fort riche fut un des principaux chefs de la conjuration qui voulut
détrôner le duc Guillaume et qu'il combattit à la bataille du Val-des-Dunes en 1067. Il voulut rallier quelques-uns des conjurés après cette bataille décisive, mais il fut fait prisonnier et conduit à Rouen. Plus tard il fut trouvé étranglé dant son cachot (1).
Après la mort de Grimoult du Plessis, tous ses biens furent confisqués et donnés à Notre-Dame de Baveux et à différents seigneurs en récompense de leur fidélité. La donation faite à l'église deBayeux est de l'année 1076. Odon de Conteville, alors évêque , frère utérin de Guillaume , unit à la manse de l'évêché , la baronnie du Plessis. L'évêque employa une grande partie de ces biens à fonder sept prébendes dans la cathédrale de Bayeux.
Plus tard Richard de Douvres , évêque de Bayeux, fonda le prieuré du Plessis et lui donna l'église paroissiale avec un fief et des terres dans cette paroisse , et Henry Ier. , roi d'Angleterre, affranchit ces biens des droits qui lui étaient dus. Il lui donna en outre de son chef, plusieurs paroisses avec leurs dîmes, en l'année 1130. C'est à cette époque qu'on fixe la fondation du prieuré. Honri II confirma les donations et obtint , en 1180, une bulle du pape Alexandre III en faveur du prieuré et des églises d'Ivrande , de Fresnes et de Montsegré qui en dépendaient et qu'il avait exemptées de charges et redevances. Henry II , évêque de Bayeux , ratifia toutes ces exemptions en 1200. Le prieuré était à la nomination du roi au siècle dernier.
On comptait 32 prieurs depuis Samson, qui fut le premier, jusqu'à l'abbé Le Mercier, nommé en 1758. Le prieur du Plessis nommait à un grand nombrede cures dont voici la liste , et dont quelques-unes font maintenant partie du département de l'Orne.
(l) Dumoulin , Histoire de Normandie , p. 141.
22k STATISTIQUE MONUM
Le Plessis.
Roullours.
Carville.
Chênedollé.
Truttemer.
Montsegré.
Fresne.
St.-Jean-le-Blanc.
Gampandré.
Montchauvet.
Ardais.
Stc. -Honorine-la-Chardonne.
St. - Vigor-des-Maizerels.
Perrigny.
Cauville.
Proucy.
Bernières-le-Patry.
Maisoncelles-Jourdan.
Estry.
St. -Christophe-d'Amfcrnet.
Beauchêne.
Claire-Fougère.
EÏNTALE DU CALVADOS.
Proucy.
St.-Cornier.
St. -Jean-des-Bois.
St. -Quentin-des-Chardon-
nettes.
Ivrande.
Bonne-Maison.
Courvaudon.
Bully.
Feuguerolles.
Foutaine-Etoupefour. Rozel.
La Cambe.
St. -Cléinenl-sur-le- Vey.
Mondrainville.
Noyers.
Planquery.
St.-Germain-d'Elle.
Bretteville-le-Rabet.
Campeaux.
Gollombelles , etc.
Restes du prieuré. Quand on arrive sur la montagne du Plessis, du côté d'Aulnay, on aperçoit les ruines de l'église du prieuré, à l'extrémité de la bruyère, au Nord du bourg. Cette église assez considérable avait un transept et se terminait par une abside ; plusieurs des colonnettes que j'ai vues dans ces ruines avaient des chapiteaux qui annonçaient le XIIIe. siècle. La vue générale que voici a été prise en 1827; aujourd'hui on voit encore une grande partie de ce qui existait alors, bien que quelques pans de mur aient été démolis. La tour , à l'Ouest , ne paraît pas aussi ancienne que ce qui existe du
chœur , au moins elle paraît avoir été retouchée ; on y voit des chapiteaux tournés: la plate-forme doit avoir été substituée à une pyramide en charpente à une époque que je ne crois pas trèsancienne, peut-être au XVIIIe. siècle.
Il y avait probablement sous cette tour un autel dédié à saint Roch , car on y voit quelques peintures et l'inscription suivante peinte sur le mur :
IlOCHE
PFSTE LABORANTES AD ROCH PATRON li M
CONFUGIENTES CONTAGIONEM ATROCISSIMAM
EVASUROS SICNIFICO
On voit encore tout le côté oriental des bâtiments qui bordaient la cour du cloître ; c'est là qu'habite le propriétaire , M. Bultot.
Voici un croquis de la salle capitulaire fait par M. Bouet , mais cette salle a été raccourcie quand on a reconstruit ou refait en partie les murs des bâtiments où elle se trouve , et tout paraît indiquer qu'elle se terminait, à l'Est, par une espèce d'abside; deux portes s'ouvraient sur la galerie du cloître.
Les chapiteaux des colonnes couverts de feuilles contournées doivent être de la fin du XIVe. siècle ou plus probablement du XVe.
Les autres pièces du rez-de-chaussée sont également voûtées ; les colonnes à 8 pans ont des chapiteaux unis qui peuvent être du XIVe. siècle , mais auquel il est difficile d'assigner une date certaine.
On regarde comme ayant été la cuisine , une pièce dans laquelle on voit une belle cheminée.
Des jardins et , plus loin , des étangs se trouvent à l'Est des constructions que nous venons de signaler.
A l'Ouest de ceux-ci existe la cour extérieure du prieuré ; la porte par laquelle on y entre de la route m'a paru nié-
riter un dessin ; elle doit dater de la fin du XIIIe. ou du XIVe. siècle.
Bonet île!.