AULNAY ( CHEF LIEU
Aulnay , Alnetum.
Le bourg d'Aulnay est considérable et très-commerçant; la population est aujourd'hui de près de 2,000 habitants.
On y a construit , il y a peu d'années , une belle halle , et plusieurs routes ont rendu l'accès plus facile.
L'église paroissiale , placée à l'extrémité du bourg , offre bien peu d'intérêt; elle paraît, en majeure partie , dater de la fin du XVP. siècle; mais, aitendu qu'on a refait partout des fenêtres , le style de cette époque y est peu apparent. La tour , située à l'extrémité occidentale et terminée par un toit à double égout et des fenêtres en forme de lucarnes , doit remonter à l'époque que j'indique.
Mais, avant la reconstruction ou l'agrandissement de l'église , à la fin du XVIe. siècle , comme je le suppose, il y en avait une dont on a utilisé les murs , au moins en partie. Nous voyons , en effet , paraître des assises en arêtes de poisson dans les murs de la nef; nous voyons encore , du côté du Sud, une porte à pleincintre , bouchée , et au-dessus une petite fenêtre romane ornée de moulures à compartiments géométriques, dont M. Bouet a fait un croquis.
Nous n'avons rien de plus à dire
de l'église d'Aulnay ; elle a été repavée et ne nous a pas présenté de pierres tombales. Le chœur est très-long relativement à la nef , et le transept est par conséquent plus rapproché de la porte occidentale qu'on ne le trouve ordinairement.
Abbaye. — L'abbaye d'Aulnay était une des filles de Savigny qui furent agrégées à l'ordre de Citeaux en 11^7. L'époque de sa fondation, que l'on fixe au 15 juillet 1131 , s'infère d'une charte de Henri Ier. , roi d'Angleterre , qui confirme les donations faites à ce monastère.
Les premiers fondateurs, Jourdain de Say , près d'Argentan , et Luce, son épouse , donnèrent le terrain où s'éleva primitivement le monastère ; leurs donations furent confirmées et considérablement augmentées par Richard du Hommet , connétable du roi d'Angleterre , qui transféra l'abbaye sur la rivière d'Odon , à mille pas du premier emplacement. En 1151, Gillebert , fils de Jourdain, donna une terre sise à Vendes; Guillaume, fils de Richard, en donna une sise à Langrune , le 29 avril 1190, jour que l'église fut dédiée en l'honneur de la Sainte Vierge par les évêques de Bayeux et de Coutances. Parmi les autres bienfaiteurs on compte des papes , des rois de France et d'Angleterre , des évêques de Bayeux et des descendants de Jourdain et Richard, seigneurs d'Aulnay et de Semilly.
L'abbaye d'Aulnay a donné naissance à celle de Thorigny ; elle adopta l'étroite observance en 1635.
Avant la Révolution, elle possédait 18 patronages, et ses revenus étaient évalués à 33,000 livres (1).
Une filature considérable , appartenant à M. Lcprince ,
(t) Pouillé historique du diocèse de Bayeux , par Lamare.
CANTON d'aulnay. 237
occupe l'ancienne abbaye d'aulnay , située sur i'Odon , à 2
Kilomètres du bour.
Il ne reste des anciennes constructions de l'abbaye que la moitié de la nef de l'église (1) , quelques parties des transepts et d'un bas-côté du chœur , de transition , et une porte du dernier style ogival, assez riche, mais d'un médiocre dessin (2).
Le reste des bâtiments est moderne et largement construit ; pour les pilastres , on a employé une pierre trèsdure ressemblant beaucoup à celle du château de Thorigny et que l'on trouve assez près de l'abbaye (conglomérat porphyritique des géologues ) ; les encadrements des fenêtres sont en pierre blanche. Tout le rez-de-chaussée était voûté , mais on a détruit , pour placer des métiers , une grande partie de ces voûtes et le grand escalier qui était placé près du transept de l'église. Parmi les voûtes conservées , on remarque celles du réfectoire ; elles rappellent celles du réfectoire de St.- Etienne de Caen.
M. Bouet a dessiné la girouette que voici, sur un des bâtiments actuels.
La nef, construite dans le style de la transition du XIIe. siècle, présente quelques particularités remarquables : à l'intérieur, les arches inférieures sont ogivales et les fenêtres en plein-cintre ; la disposition contraire existe à la façade : là , la porte est en plein-cintre et la fenêtre ogivale.
La disposition des colonnes de la nef indique qu'elle a dû recevoir des voûtes qui , comme à nos abbayes de Caen , couvraient deux arcades.
(1) Ces noies ont été rédigées par M. Bouet, lorsqu'il a levé le plan des parties anciennes qui subsistent encore Nous en avons vérifié l'exactitude il y a peu de temps encore.
(2) Un écusson, maintenant mutilé, portant 3 llcurs de lis, se voyait sur cette porte.
Quant aux voûtes des bas-côtés , il ne semble pas qu'elles aient été destinées, dans l'origine, à être renforcées de nervures ; mais , comme dans la plupart des monuments romans , ce ne devaient être que de simples voûtes d'arêtes , car l'architecte n'avait disposé aucune colonnelte pour recevoir la retombée des nervures diagonales , et , lorsque ce changement fut introduit dans le projet , on dut faire porter ces nervures sur le vide. Quoique ces nervures soient d'un style un peu avancé, M. Bouet penche cependant à les croire du même temps que le reste de l'édifice, l'encorbellement étant le même que celui de quelques colon nettes qui supportaient les grandes voûtes.
Le transept ne conserve qu'une porte romane donnant accès à l'escalier, placé dans l'angle , conduisant , au moyen de couloirs, dans le clocher, qui était placé sur le centre de l'église. Ce clocher était à double égout.
Le bas-côté nord du chœur semble du XIVe. siècle. Sous une console à feuillages placée au fond de ce bas-côté, qui se termine carrément, est un écusson où j'ai cru apercevoir un chevron accompagné d'un croissant en pointe.
M. Bouet a trouvé dans les matériaux provenant du pavé de l'église quelques briques émaillées , ce qui prouve que ce système de pavage avait été employé à Aulnay comme dans beaucoup d'églises.
Château. — Robert Wace cite ensemble (vers 13,775 et suivants), comme ayant pris part à la bataille de Hasting, plusieurs seigneurs dont j'ai retrouvé les châteaux dans les communes du Calvados qui portent le même nom. Ce sont les seigneurs d' Aulnay, du Molay, de Combray, de Rubercy, et de Fontenay-le-Marmion. Le poète leur fait proférer des cris de mort contre le roi Harold.
« Les seigneurs de Combray, celui d' Aulnay, les sires de
« Fontcnay, de Rubercy et du Molay couraient, dit-il, en « mandant le roi Harold et disant aux Anglais : Où donc est le roi que vous servez , le parjure qui a manqué de foi à Guillaume ? si nous pouvons le trouver , sa mort est certaine (1). »
L'emplacement du château d'Aulnay est à 1/2 lieue du bourg de ce nom, sur le versant nord d'une chaîne d'éminences qui traverse cette partie de l'arrondissement de Vire et décrite dans mon ouvrage sur la géologie du département du Calvados. Ce château, assez vaste, aujourd'hui couvert de bois, était divisé en trois parties bien distinctes , qui suivaient la pente du terrain. La motte du donjon occupait la partie la plus élevée; elle est ronde ; son diamètre est de 150 pieds. On y voit encore des fondations de murailles et un puits qui se trouvait, je crois, dans une petite cour que je suppose avoir existé sur la partie de la motte tournée à l'Est.
Ce donjon, ceint de larges fossés, était dominé au Sud et au Sud-Ouest par le sommet de l'éminence dont il occupe la pente septentrionale, ce qui devait considérablement en diminuer la force en cas de siège.
On descendait de la motte dans la cour centrale, par une pente douce. Cette pente a été pratiquée du côté du Nord- Est, soit parce qu'elle devait correspondre à la cour du donjon placée, comme je le suppose, du même côté, peut-être aussi
(t) Cil de Combrai è cil d'Alnei E li sire de Fonlenei De Refoercil é del Molei Vunt demandant Héraut li Rei As Engleiz dien ; ça estez; U est li Reis ke vos servez , Ki à Guillaume est perjurez, Morz est s'il pot estre trovez.
Roman de Ko*, vors 13 775 82.
CANTON d'AULNAY.
parce que dans cette direction la vallée rendait le château peu accessible à l'ennemi.