PLAM DE L ÉGLISE DE SAINT-GEORGES-D AULNAY
Elle se compose d'un chœur remarquable dans le style ogival de la première époque , de deux transepts du même style
2hU STATISTIQUE MONUMENTALE DU CALVADOS.
dans les murs desquels on remarque beaucoup de fragments romans, particulièrement du côté du Midi ; de deux bas-côtés très-étroits, du XIIIe. siècle, et d'une nef moderne dont la façade occidentale ressemble aux constructions des Jésuites et porte la date 1720.
La tour, dont les fenêtres paraissent du XVe. siècle, s'élève entre les transepts sur des piliers romans (1).
On voit sous la chapelle qui termine le bas-côté nord , une fontaine recouverte d'une voûte ogivale.
La cure était divisée en deux portions : le marquis de Buron nommait à la première, le chapitre de Bayeux à la seconde. Il existe un accord de l'évêque de Bayeux et de son chapitre, du mois de décembre 1466, par lequel il fut reconnu que le patronage de cette portion appartenait au chapitre et la collation et juridiction à l'évêque, avec le déport par moitié. L'évêque Louis de Harcourt prétendait à cette portion , et en conséquence ses grands vicaires y avaient nommé Guillaume de Gastillon (de Castillione), archidiacre des Vez, le 29 mai 1465. Les deux curés avaient leurs territoires séparés. Le curé de la première portion percevait sur son territoire le tiers des grosses dîmes avec les verdages et les menues dîmes; les deux autres tiers étaient partagés entre l'église de St.-Georges et les religieux d'Aulnay et le titulaire de la chapelle de Courcelles. Le curé de la seconde portion avait aussi les menues dîmes et le tiers des grosses dîmes de son territoire ; les deux autres tiers étaient perçus par l'abbaye d'Aulnay.
Il y avait plusieurs fiefs à St.-Georges-d'Aulnay : le principal était celui de St.-Georges ( autrement dit Champin ) , auquel était attaché le droit de présenter à la première portion de ladite cure : c'était un fief de haulbert relevant immédiatement du roi.
(t) Notes de M. Bouet.
CANTON D'àULNAY. 265
Buron était un autre fief avec une grosse ferme située au Sud de l'église dans la vallée où l'Odon prend sa source.
Ces fiefs et ceux de Ronde-Fougère, d'Ardennes et de Mosges furent unis et érigés en marquisat sous la dénomination de Mosges- Buron, en 1725. Les lettres-patentes furent délivrées à Marly, au mois de mars , et enregistrées par les cours du parlement , des aides , comptes et fermages de Rouen au mois de novembre suivant , en faveur de Léonor- Théodose de Mosges-Buron.
Sauques est un hameau de St. -Georges où il y avait pour le marquisat de Mosges-Buron, une haute-justice qui relevait du baillage et présidial de Gaen (1). Il y avait dans le même lieu une chapelle fondée au XVIIe. siècle sous l'invocation de Notre-Dame de Liesse par Lanfranc de Mosges et Geneviève de Morand, sa seconde femme; mais elle fut, en 1750, transférée dans le château, près de l'église St. -Georges, où elle sert de chapelle domestique (2).
Courcelles est un autre hameau de St. -Georges où il y avait une chapelle de la Sainte Vierge qui avait été fondée en 1322, en septembre , le vendredi après la Sainte-Croix , par Guillaume de Meheudin , comme on l'apprend d'une présentation faite le 10 août 1610 par Daniel Radulph, écuyer, qui prenait le titre de seigneur et patron de St.-Georges-d'Aulnay. En 1755 , elle fut transférée de son ancien emplacement dans le manoir de Léonor-Charles-Alexandre Radulph , seigneur de Beaumes , situé dans le même hameau. Ce même Léonor Radulph, un de mes ascendants maternels, vendit, l'année suivante , la terre de Courcelles et le patronage de cette cha-
(1) Les paroisses qui en dépendaient sont : St. -Georges, Longvillers (en partie), Epinay-sur-OJon , Trac-y-Bocagc , Amayé-surOrne , Bretleville (en partie) et la Bigne.
(2) Le chapelain était tenu d'y dire la messe les dimanches et fêtes et le jour du décès du fondateur.
pelle à la famille de Mosges-Buron , qui réunit ainsi ce fief à ceux qui composaient le marquisat (1).
Je trouve encore dans les notes manuscrites deBeziers que la seigneurie de St.-Georges-d'Aulnay et la baronnie d'Annebec furent portées par mariage , à la fin du XVIIe. siècle, à Païen de Méheudin , deuxième du nom , seigneur de Méheudin et de Rouvrou , par Agnès de Neubourg, troisième fille de Robert de Neubourg et de Marguerite de Glocestre. Elles passèrent ensuite dans la maison de Husson, d'où Marguerite de Husson les transporta à son mari Samson de Saint-Germain, chevalier, avec lequel elle vivait en ÏU5U.
Samson de Saint-Germain , chevalier , baron d'Annebec , seigneur de St. -Georges, de Rouvrou et de La Selle, a cause de sa femme, obtint , en 1^63, des lettres pour le rétablissement des marchés du Pont-d'Ouilly et de St.-Georgesd'Aulnay.
Jean de Saint- Germain, seigneur de St.-Georges-d'Aulnay, épousa Catherine de Chesné, par contrat passé àCondé-sur- Noireau le 3 février 1A76.
Jacques de Saint-Germain , seigneur de St. -Georges et de Fontenay-le-Husson, épousa demoiselle Antoinette du Saussay, par contrat du 27 septembre 1537.
Anne de Saint-Germain, fille héritière de Louis de Saint-
(t) Notes manuscrites de Beziers.
La famille Radulph vendit aussi , ainsi que nous l'avons dit précédemment, les terres qu'elle possédait à Tracy-Bocage; Léonor de Radulph remplaça ces biens qu'il possédait dans le Bocage par l'acquisition qu'il fit du château de Douville , à Tessy, canton de Trévières, qui sera figuré dans la suite de ce volume. Il fut nommé procureur général du conseil supérieur établi à Bayeux lors de la suppression du parlement de Rouen. Son unique héritière épousa M. le baron Hue de Malhan, seigneur de Sninte-Croix-sur-Mer et possesseur d'un fief à Crépon dont il sera question dans l'article qui concerne celte commune : ma mère est issue de ce mariage.
Germain, seigneur et patron de St.-Georges-d'Aulnay, vendit, le 29 octobre 1592, la terre de St. -Georges à Scipion de Mosges, conseiller au parlement de Rouen; il était fils de Nicolas de Mosges , seigneur de Buron , du Breuil , de La Haye d'Estouteville, et d'Anne de Pretouville, dame d'Ifs. Il épousa, le 12 octobre 1595 , Marie Baudouin , fille de Gaston Baudouin, seigneur de Préaux.
Lanfranc de Mosges, seigneur de St.-Georges-d'Aulnay , conseiller au parlement de Rouen et commissaire des requêtes du palais, etc., etc., fut marié, le 13 juin 1621, à Françoise de Boivin, fille de noble homme Jacques , seigneur de Bonnetot , conseiller du roi , maître ordinaire de sa chambre des comptes à Rouen; secondement, le 28 juin 1635, à Geneviève de Morand , fille de noble homme Guillaume de Morand. Il rendit hommage au roi en sa chambre des comptes, le 23 juin 1627 , à cause des fiefs et seigneurie de Mosges et de la châtellenie d'Evrecy. Il eut pour fils :
Alexandre de Mosges, conseiller au parlement de Rouen , qui épousa, en 1665, la veuve d'Etienne Blanchard, sieur d'Angcrville ;
Léonord-Théodose de Mosges, son fiis, qui devint marquis de Mosges- Buron , épousa sa cousine germaine Charlotte de Mosges, en 1695; il eut pour fils Léonor de Mosges, et pour petit-fils Charles-Jean-Théodose de Mosges , qui fut pourvu , en 1760, de la cornette générale de cavalerie.
Le contre-amiral de Mosges , mort il y a deux ans, était le petit-fils de ce dernier.
Le château de St.-Georges-d'Aulnay est considérable; placé sur une éminence, on l'aperçoit de fort loin. Il appartient aujourd'hui à M. le général prince de Broglyes , membre de la Société pour la conservation des monuments, et à son fils.
Plusieurs bois sont compris dans le territoire de St. -Georgesd'Aulnay ; les principaux sont ceux d'Angerville et de Buron.
COULVAIN.
Coulvain , ecclesia de Coulevrain. — De cuit o fermcnioso.
L'église de Coulvain est du siècle dernier (1781); elle renferme des autels dans le goût rocaille; l'ensemble de l'édifice a de l'unité.
Le clocher, en charpente, couvert d'essente, est assis audessus du gable occidental. Il est en forme de cloche, comme beaucoup de tours d'église du XVIIIe. siècle.
La cloche est moderne.
Le patron de la paroisse est saint Vigor. Le seigneur nommait à la cure. Le curé percevait les dîmes.
Coulvain faisait partie du doyenné de Villers-Bocage et de l'élection de Vire (1).
De la bruyère appelée les Champs-d'Etc, qui est fort élevée , on aperçoit les villes de Caen et de Bayeux.
CAHAGNES.
Cahagnes, Cahagniœ s Cahagnœ, Cahanniœ^ Kaannes.
La partie la plus ancienne de l'église de Cahagnes est la nef; mais elle ne présente rien d'intéressant, et je ne crois pas qu'elle remonte à une date antérieure au commencement du XIVe. siècle ou à la fin du XIIIe. La porte occidentale est ornée de chaque côté de deux colonnettes qui semblent annoncer cette époque. Les murs latéraux ont été percés de fenêtres modernes; celles qui existaient auparavant étaient étroites et en forme de lancettes sans colonnes.
(1) Livre l'élut du diocèse.
Le chœur et les deux chapelles du transept sont , sans aucun doute , du XV*. siècle et probablement de la seconde moitié. Les colonnettes très-maigres à chapiteaux frisés, les portes à voûtes surbaissées surmontées de nervures formant accolade , et les autres sculptures que l'on remarque sur différentes parties des murs , annoncent très-bien le XVe. siècle.
La tour s'élève au centre du transept ; elle se termine en bâtière.
Dans les deux côtés des transepts orientés à l'Est existaient deux autels en pierre qui pouvaient remonter à l'époque de la construction de cette partie de l'église (2e. moitié du XVe. siècle).
L'un de ces autels , dans la chapelle du Nord , a été détruit il y a douze ans. La table , en pierre , reposait sur des colonnettes. Le curé promet de conserver l'autre, qui se trouve dans la chapelle du Sud et qui est moins curieux que le précédent, parce que , les colonnettes ayant été brisées , on a soutenu la table de pierre au moyen de deux petits murs qui font l'office de chantiers. Tel qu'il est , cet autel mérite d'être conservé et j'ai recommandé de ne pas le détruire.
C'était l'usage dans quelques parties de la Normandie , et notamment dans cette contrée du Calvados, de placer de chaque côté du portail deux piscines, l'une servant aux cérémonies du baptême, l'autre faisant l'office de bénitier. On en remarquait, il y a quelques années, deux semblables dans l'église de Cahagnes, qui ont été détruites pour gagner un peu de place , et l'on a placé un nouveau font baptismal dans le passage même , en face de la porte d'entrée.
Heureusement les deux réservoirs détruits n'étaient pas d'une très-ancienne date; ils étaient en granit, portés sur un tambour cylindrique d'un très-grand diamètre et sans moulures. J'en ai vu les débris près du presbytère.
Il est à regretter que M. le Curé de Cahagnes ait cédé aux désirs de ses paroissiens en faisant badigeonner le chœur de cette église. Toute la partie basse, jusqu'au niveau des chapiteaux des colonnes , est d'une teinte hortensia marbrée , et je ne crois pas qu'il y ait dans la nature de marbre de cette nuance. La partie supérieure du chœur est peinte en bleu. Tout cela est de la plus mauvaise exécution et de l'effet le plus détestable.
L'église était sous l'invocation de Notre-Dame. Au XIIIe. siècle, Cahagnes avait une léproserie et appartenait aux chanoines de Merton dans le diocèsede Lincoln (1). Au moyen d'un échange , elle devint dépendante de St.-Fromond , en 1200.
Long-temps avant la Révolution , le patronage de Cahagnes appartenait à l'abbaye du Val, qui percevait les deux tiers de la dîme. Le presbytère actuel, au Nord de l'église, occupe l'emplacement de l'ancien prieuré. Plusieurs avenues venaient aboutir à l'habitation , au témoignage des hommes âgés de la commune. Des titres et diverses pièces anciennes dans lesquels se trouvaient sans doute consignés des faits curieux pour l'histoire de la commune, étaient déposés au presbytère avant la Révolution; mais, à cette époque, un certain nombre d'habitants parmi lesquels se trouvaient sans doute des rentiers du prieuré, se portèrent au charnier, prirent tous les papiers et les jetèrent dans le puits du presbytère.
Il existe à Cahagnes une chapelle de saint Martin , à quelque distance, à l'Est de l'église; elle est longée par un chemin dit de St. -Martin, près duquel on a trouvé des tombeaux en pierre.
Le château d'Auhigny est situé à environ 1/2 lieue de l'église.
Cahagnes était du doyenné de Villers-Bocage. Le territoire
(l) Notes de l'abbé de La Rue.
de la commune est très-étendu. On y comptait plus de 2,000 habitants avant la Révolution : la population actuelle dépasse le chiffre 1,900.