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PRIEZ DIEU POUR LE REPOS DE DE SON AME. SON A,', E

La seigneurie de Bernières a été possédée par les Pelvey, seigneurs de Juaye. Richard de Pelvey en était seigneur en 1356. Elle appartenait, quelque temps avant la Révolution, à M. Gabriel de Piédoue (1).

Le chapitre de Baveux possédait un fief et plusieurs rentes dans cette paroisse.

Elle dépendait de la sergenterie de Briquessart; on y comptait 48 feux dans la première moitié du siècle dernier.

LINGÈVRES.

Lingèvres , Linguebra , Lbiguebria , Lingebra , Lingevvice , Lingevrum.

L'église de Lingèvres est d'une certaine importance et peut être analysée ainsi qu'il suit : chœur ogival de la fin du XIIIe. siècle ; nef romane en partie reconstruite ; tour latérale, au Sud, d'une époque incertaine.

Le chœur est éclairé de chaque côté ( Nord et Sud ) par trois belles fenêtres sans colonnes, séparées en deux parties par un meneau bifurqué au sommet; la corniche est garnie de dents de scie.

Deux petites portes, parfaitement semblables, s'ouvrent l'une en face de l'autre (au Nord et au Sud) dans la partie de ce chœur la plus rapprochée de la nef, elles ont des archivoltes en arc surbaissé.

Une colonnette très-mince, avec chapiteau très-allongé garni de feuillages, décore chacune des parois de ces portes.

L'arcade qui séparait le chœur de la nef a été abattue et remplacée , probablement depuis la Révolution , par une large ouverture à plein-cintre très-lourde.

La nef conserve, du côté du Nord, quelques pans de murs romans très-épais avec de petites fenêtres en meurtrière. Cet ancien mur offrait un surplomb considérable qui, avec

(1) Voir les notes manuscrites de Béziers, déjà citées.

d'autres avaries , a décidé à faire des reprises il y a peu d'années ; il est néanmoins d'une grande solidité.

Deux portes surbaissées s'ouvraient dans le mur ; elles ont été bouchées il y a long-temps. Je suppose qu'elles servaient surtout aux habitants du château fort, dont les fossés bordent le cimetière et dont je vais parler tout à l'heure.

Du côté du Sud , il y avait autrefois un bas-côté dont les arcades, bouchées depuis long-temps, reposaient sur des colonnes monocylindriques à chapiteaux garnis de grandes feuilles plates. Ce bas-côté avait évidemment été ajouté à la nef primitive , peut-être au XIIIe. ou au XIVe. siècle. L'extrémité occidentale de la nef est moderne. La tour, en forme de bâtière et appliquée contre le mur méridional de la nef, est d'une date très-problématique, comme tant d'auîres tours de cette forme. La partie basse est probablement plus ancienne que le haut où l'on voit une ouverture du XVIe. siècle : elle renferme trois cloches, fondues il y a un an.

La sacristie est une addition toute récente, derrière le chevet. Il existait , il y a quelques années , dans l'église de Lingèvres , un font baptismal dont le réservoir arrondi , en forme de coupe et d'un assez grand diamètre (2 pieds 8 pouces ) , était monté sur un pédicule octogone sur lequel étaient collées , à distances égales , quatre colon nettes assez minces , dans le style du XIVe. siècle : ce font n'offrait , du reste , aucun autre ornement ; il a été remplacé par un font nouveau et jeté dans le cimetière où il est resté quelque temps.

Cette église est sous l'invocation de saint Martin. Une sentence de l'an 1535 indique qu'il y avait alors trois chapelles dans l'église de Lingèvres : une de la Sainte Vierge et deux autres de saint Nicolas et de saint Louis , qui sont détruites.

L'abbesse de Cordillon présentait à la cure et percevait les deux tiers des dîmes , en vertu de l'acquisition que la communauté en avait faite par contrat passé à Paris, le 11 mai 1689, du prieuré de Royal-Lieu, près Compiègne. Le livre Pelut de Bayeux , dressé au XIVe. siècle , confirme ces faits, car il dit que l'église de Lingèvres était alors desservie par un religieux de Royal-Lieu : ecclesia de Linguebra — prior de Regali-Loco — desservitur per religiosum.

Château. A côté de l'église (au Nord) on voit une motte ou plutôt une petite enceinte à peu près ronde , dont le diamètre peut être de 55m. environ , dans laquelle on voit un puits à moitié comblé et quelques fondations de murs ; les fossés ont encore 30 pieds de largeur et 15 à peu près de profondeur.

Dans les guerres anglaises du roi de Navarre , au XIVe. siècle , qui furent si funestes à nos contrées , les Anglais occupèrent le château de Lingèvres (1356), aussi bien que celui de St. -Wast , cité dans le Ier. volume de la Statistique monumentale (p. 238). Ils le gardèrent pendant plusieurs années; et , de là , ils exercèrent les plus grands ravages clans les environs , ne vivant que de pillage ; la ville de Caen le racheta au moyen d'un emprunt levé sur les maisons religieuses de son arrondissement.

Le château de Lingèvres fut un de ceux qui furent visités par ordre du Roi , en 1372, par le bailli de Caen , René Le Coustellier , accompagné de deux chevaliers. Le château fut trouvé en bon état , comme le prouve le passage suivant du procès-verbal de cette visite :

« Item à Lingièvres ledit jour (le lundi VIII jour de mars ) « commandé fut à monsieur Becquet de Forges, chevalier « seigneur et capitaine du lieu, qu'il en fit bonne garde , « car il est assez fortifié , garni et ordené. »

CANTON DE BALLEUOY. 377

En 1M7, le château de Lingèvres fut encore occupé par les Anglais ; Eustache de Saint-Pierre , qui en était alors capitaine, le leur rendit par capitulation.

D'après l'abbé Béziers, Serlon de Lingèvres était seigneur de cette paroisse dans le XIe. siècle. Il tient un rang éminent dans la charte de confirmation faite à l'abbaye de St. -Etienne de Caen , par Roger de Montgommcry. Richard de Lingèvres, qui appartenait à la même famille, alla offrir ses services à Roger , roi de Sicile , que ses victoires rendaient alors célèbre. Il fut reçu par ce prince avec distinction.

Quoi qu'il en soit, Guillaume de Soliers était seigneur châtelain de Lingèvres, dans la seconde moitié du XIIe. siècle ; il souscrivit la charte de confirmation de Henri II pour le prieuré de St. -Nicolas de la Chesnaye , et fonda l'abbaye de Cordillon dans sa terre de Lingèvres.

Suivant une ancienne généalogie , Etienne de Forges , qui avait épousé Marcelle de Soliers, lui succéda dans la châtcllenie de Lingèvres ; il eut un procès avec l'abbesse et les religieuses de Cordillon ; mais l'affaire fut arrangée par Guy , évêque de Baveux. L'abbaye avait droit de pâturage dans les landes de Lingèvres, et de chauffage dans les bois ; la contestation s'éleva au sujet de l'exercice de ces droits (1).

Robert, fils d'Etienne de Forges, IIe. du nom, fit, en 1262, des partages avec son oncle. Far suite de ces partages, la seigneurie de Hottotfut démembrée de la seigneurie de Lingèvres. En 1365, Jean de Forges était seigneur de Lingèvres.

On ignore à quel titre cette seigneurie passa à Jean de

(1) L'évéque, avec le consentement du seigmur de Lingèvres, attribua à l'abbaye 10 acres de terre sises près d'elle et une cinquième partie des bois. Notes manuscrites de Béziers , communiquées par M. G. de Villers, membre de la Société française d'archéologie.

Mauny, qui vivait au commencement du XVe. siècle : sa fille fut mariée, en l/i77, à Robert de Hoye, chevalier, seigneur et baron de Blangy.

Le seigneur de Lingèvres fut maintenu , par arrêt de l'Échiquier, du 18 mai 1490 , dans le droit qui lui était contesté par le capitaine du château de Bayeux , de faire garder son château de Lingèvres par les vassaux de cette paroisse et ceux de Bucels, Hottot, Couvert, Bernières, Longraye , Trungy et Torteval.

Martin de Hoye, seigneur châtelain de Lingèvres, baron de Blangy , et Michel de Marguerye, passèrent entre eux une transaction (18 octobre 1496) par laquelle ce dernier reconnaît que son fief de Forges est tenu de la châtellenie de Lingèvres. Le seigneur de Lingèvres rendit lui-même aveu au Roi, la même année, de son fief et châtellenie de Lingèvres. Godefroy de Hoye fonda à Lingèvres plusieurs obits et fut inhumé, en 1525, dans le chœur de l'église. Il avait rendu aveu au Roi, le 26 mars 1517, de sa châtellenie de Lingèvres.

Gustave de Hoye , baron de Blangy , passa , le 1 5 janvier 1547, une transaction devant les notaires de Blangy, avec Pierre Costard , sieur de La Motte.

En 1595, Pierre de Hoye inféoda quelques héritages. Françoise de Hoye, son héritière, dame de Lingèvres, fut mariée, à la fin du même siècle , à Jacques du Breuil , auquel succéda Jean du Breuil, seigneur et patron de Lingèvres et Bucels , qui décéda en 1631 , laissant pour fille unique Catherine du Breuil , morte en 1696.

Elle épousa 1°. François du Poirier de Portbail , dont elle eut un fils , Antoine du Poirier ; 2°. Pierre Costard , seigneur de Hottot , qui devint par ce mariage seigneur de Lingèvres. Dans l'aveu qu'il rendit au Roi , il déclare que la châtellenie de Lingèvres s'étend dans celte paroisse et dans

celles de Longraye, Hottot, Bucels, Chouain , Couvert cl environs. Antoine Du Poirier, sorti du premier lit de Catherine du Breuil , eut pour héritière Françoise du Poirier , qui , par son mariage , apporta la seigneurie de Lingèvres à Michel du Hamel , seigneur de Rochefort et de Clouay , subdélégué de l'intendant de Caen au département de St.-Lo (1). Il soutint un procès important contre l'abbesse de Cordillon dans le milieu du XVIIIe. siècle , à l'occasion de droits qui lui étaient contestés.

Des aveux de U62 , 1^73 et H80 prouvent que les droits de halle et de marché appartenaient à la châtellenie de Lingèvres.

On connaissait quatre fiefs à Lingèvres, savoir : la Châtellenie, le Vivier, Verrières et le Mesnil-Landon.

D'autres aveux mentionnent aussi le fief noble de St.- Vaast , sis à Lingèvres , qui relevait du Roi ; la fiefîerme nommée dame Maheust de Soliers, assise à Bucels, avec quelques extensions sur le territoire de Lingèvres.

Le château moderne de Lingèvres , appartenant à; M. de Hainaut de Cantelou , remplace les anciens bâtiments du Mesnil-Landon.

Il y en a un autre à Verrières qui doit être du siècle dernier ; il appartient à M. le comte du Mesnildot , de Valognes.

L'abbaye de Cordillon était comprise dans le territoire de Lingèvres ; elle était dédiée à saint Laurent , martyr , et

(1) Le petit-neveu de ce dernier, M. de Marguerit de Rochefort , qui habitait le château de Clouay et qui est mort il y a peu d'années, avait épousé Mlle. Césanne II uë de Malhan , sœur de ma mère : son fils, M. de Marguerit, de Rochefort, est aujourd'hui maire de celle commune , inspecteur cantonal de l'Association normande et membre du Conseil de l'arrondissement de St.-Lo.

était occupée par des religieuses de l'ordre de saint Benoît. On croit , dit Béziers , que ces religieuses s'étaient d'abord réunies à Bayeux , dans la paroisse de St. -Sauveur , mais que , s'y trouvant trop à l'étroit , elles allèrent à Lingèvres , où Guillaume de Soliers , seigneur du lieu , leur donna un terrain plus étendu et plus commode au milieu de ses bois. Il les mit en possession de la chapelle de St. -Laurent qu'il avait en ce lieu , et leur donna les maisons et les terres environnantes, avec droit de chauffage et de pâturage dans les bois. Robert des Ablèges , évêque de Bayeux , confirma ces donations en 1210. Malhilde Tesson, femme du fondateur, augmenta les donations de son mari en 1217. En 1230, Jean de Reviers donna aussi des terres aux religieuses de Cordillon.

D'après les manuscrits de l'abbaye , la première abbesse dont le nom ait été conservé s'appelait INicolle ; elle vivait en 1247 ; on voit figurer , parmi celles qui lui succédèrent :

Asseline , vers l'an 1300 ;

Michelle de Combray, qui portait pour armes : de sinople à la bande de gueules;

Jeanne de Tessel , 1336 ;

Nicole de Feuguerolles, fille de Jean de Feuguerolles, seigneur de Feuguerolles et de St.-Louet; elle vivait encore en 1358 et mourut vers la fin de cette année ;

Philippine de La Lande, 1358 ;

Jeanne de Tilly, 13%;

Philippine Thésart fut élue abbesse en 1409 (1) ;

(!) Béziers C Notes manuscrites J apprend que celte abbesse était issue de la maison des Thésarts , châtelains des Essarls, depuis barons de Tournebul. Elle était nièce de Louis de Thésart, évêque de Bayeux, puis archevêque de Reims, fille de Hébert, seigneur des Essarts , et de Pétronille de D.impierre. Elle a été inconnue aux auteurs des grands-ofliciers de la couronne qui ont donné la généalogie

Perretle d'Ouville de Beaumont , 1H0; Marguerite de Loucelles , fille de Jean de Loucelles, seigneur de Cornières (aujourd'hui Anctoville), mourut abbesse en 1461 ;

Perrette de Lithaire existait encore en 1480 , selon le Gallia Christiana; elle mourut en i486, d'après le manuscrit de l'abbaye; mais ces dates sont contredites l'une et l'autre par un acte portant que , le 22 décembre 1473 , Jeanne de ïroismonts avait été élue abbesse à la place de Perrette de Lithaire , décédée ;

Cette abbesse Jeanne de Troismonts était morte en 1517 ; Bonne de Harcourt nomma à !a cure d'Orbois en janvier 1573;

Jeanne de Savonières mourut âgée de cent dix ans , selon

les mémoires de l'abbaye, et fut enterrée au milieu du chœur;

Catherine de Savonières, nièce de la précédente, était

alliée , par Magdeleine de Beauveau , sa mère , à toutes les

maisons royales de l'Europe;

Marie Le Prévost, issue d'une famille noble de Normandie, fut réprimandée par l'Évêque de Baveux , pour avoir reçu la profession de Charlotte de Matignon , sans l'avoir fait examiner auparavant; on lui signifia, le 7 janvier 1655, la suspension de ses fonctions, mais elle reconnut sa faute et en fut relevée le 20 du même mois : elle mourut en 1658 ;

Marie-Angélique de Froulay de Tessé , d'un grand mérite et fort savante , vit mourir Jeanne de Bonnefonds , une de ses religieuses, à l'âge de quatre-vingt-dix-neuf ans et après quatre-vingts ans de profession ;

de celle maison (t. H, p. 34 el suiv. ). C'est d'elle dont il est parlé dans le Catalogue des Rôles normands, années 1417-1418 : libertates confirmalœ ubbatissœ sancti Lamenlii de Cordillon pro abbatissa sancti Luuventii de Cordillon.

Marie-Suzanne Le Bereeur , fille de Hervé , marquis de Fontenay , gouverneur des ville et château de Cherbourg, et de Marie de La Luzerne de Brevans , devint abbesse , en 1751 , et mourut en 1755 ; elle avait , avant sa nomination, refusé l'abbatiat de l'Abbaye-aux-Bois de Paris;

Elle eut pour successeur , à Cordillon , Bonne- Eulalie d'Enneville , religieuse de Valognes.

L'abbesse de Cordillon nommait aux cures de Lingèvres , Orbois , Manvieux , Ste. -Croix- Grand-Tonne alternativement, et de Cambernon , près Coutances.

Les bâtiments qui subsistent n'ont rien d'ancien ; le logement de l'abbesse est aujourd'hui un joli château , qui ne remonte pas au-delà du siècle dernier ; les constructions qui entourent les cours ne m'ont aucunes paru avoir plus de deux cents ans d'existence.

Il y avait une grande église golhique , qui a été détruite après la Révolution , par un des précédents propriétaires et dont il ne reste pas les moindres vestiges.

Le parc, assez étendu, a conservé tous ses murs de clôture ; il renfermait deux étangs dans son enceinte.

M. Grusse est aujourd'hui propriétaire du domaine de Cordillon.

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